‹ Histoire de la maison de Madaillan, 1076-1900Chapitre 128 sur 327 · CHAPITRE DEUXIEME i · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME i

qui le rapproche de La Bruyère. Il put connaître, à l'hôtel de Condé, l'auteur des Caractères, « il est un de ses disciples '< pour l'observation vraie ; il en a le fond sinon le relief. >/(i). En présence d'un jugement aussi flatteur il est bon de reproduire tout le morceau.

'< Mon étoile bien plutôt que mon goût m"a conduit à vivre avec des princes, connoissant qu'ils sont encore plus imparfaits que les autres hommes ; car n'étant pas nécessitez à se contraindre, ils se laissent aller à toutes leurs mauvaises inclinations ; il n'y en a point à qui on puisse dire la vérité ; on sent bien vite en les fréquentant combien il seroit dangereux et souvent inutile de le faire, et on sent aussi qu'ils ne vous aiment pas assez pour mériter qu'on hazarde de leur déplaire; si bien qu'on leur parle toujours comme à des malades ; chacun cherche à leur dire des choses agréables, et tout le monde les gâte ; je veux enfin secoiier leur jouo-, il m'est insupportable ; quand on vient à un certain âge, le commerce familier avec eux ne convient plus, on n'a pas assez de santé pour être toujours complaisant ; le respect dû à leur naissance, quelque soin qu'ils prennent à l'adoucir, attire une sorte de contrainte dont on ne peut plus s'accommoder ; les commoditez de la vie et les bonnes chaises deviennent nécessaires : on est moins propre à leurs plaisirs, et moins sensible aux divertissements qui les entourent ordinairement- la supériorité blesse trop, pour aimer à passer sa vie avec des gens qui en ont beaucoup sur vous : les vues d'intérêt et d'ambition cessent, et ce sont les seules raisons qui peuvent engager à vivre avec des personnes à la mauvaise humeur et aux fantaisies desquelles on est exposé à tous les momens, qui ont toujours raison quelque tort qu'ils aient, dont la haine est dangereuse, qui ne se soucient de vous qu'autant que vous pouvez contribuer à leur amusement, et qui croient que tout leur est dû et qu'ils ne doivent rien à personne ; ils exigent des autres mille soins ; ils trouvent bien mauvais quand ils y manquent et cependant ils ne leur en rendent jamais aucuns. S'il leur arrive quelque chose^ soit maladie, soit affliction, il faut tout quitter pour demeurer auprès d'eux et en pareil cas ils en sont quittes à votre égard pour des complimens, ou tout au plus une visite; et vous sentez le peu d'intérêt qu'ils prennent à vous ; il y a trop d'inégalité dans un tel commerce pour qu'il soit aimable; les cabales de leurs petites cours et de leurs domestiques qui s'imaginent qu'on leur veut ôter des choses qui leur paroissent grandes, parce qu'elles le sont à leur égard, et dont cependant de certaines gens n'ont aucune envie ; les mauvais offices qu'ils tachent à vous rendre dans cette vûë ; l'insolence de leurs valets avec lesquels il ne faut jamais se commettre, et dont il est bien plus sage de souiïrir ; tout devient insuportable; on est même honteux de se trouver au milieu de choses si petites ; on veut jouir de l'indépendance et de la liberté dont le désir augmente en vieillissant et qu'un honnête homme ne peut plus sacrifier avec honneur qu'au service de sa Patrie, encore faut-il qu'elle ait besoin de lui.

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