I. Sainte-Beuve, ihid
Il aurait pu mettre à la lin de ce portrait un léger correctif comme il l'a fait après avoir écrit sur les feniiiws un chapitre sévère mais plein de sel et de line observation. " J'en connois « qui sont bien dilïérentes de celles que j'ai dépeintes //.
S'inspirant de Fénelon et de l'abbé de Saint-Pierre, il a fait, dans sa Relation du Royaume Je Félicie, la description d'un pays imaginaire où tout marche à merveille sous un gouvernement parfait.
Le fondateur et le législateur de ce nouveau royaume de Salentc n'est autre (dit Sainte-Beuve) que l'antique et daus Léliiis, l'ami de Scipion, ou plutôt Lassay qui ayant toujours son arrière pensée d'être roi, s'est fait là un royaume comme pour lui et s'est donné le plaisir de régner tout à son aise sans trop gouverner. Il semble y rêver pour la France, dans un avenir idéal, le gouvernement et le régime anglais, moins les passions et la corruption; il se prononce contre les conquêtes et n'admet la guerre que dans le cas de nécessité ; il a sur la milice provinciale, sur la liberté individuelle, sur le droit de paix et de guerre déféré aux Assemblées, sur un ordre de chevalerie accordé au mérite seulement, et à la fois militaire et civil, sur l'unité du (2ode et celle des poids et mesures, sur le divorce, enfin sur toutes les branches de législation ou de police, toutes sortes de vues et d'aperçus qui venus plus tard, seraient des hardiesses, et qui n'étaient alors que ce qu'on appelait les rêves d'un citoyen éclairé. 11 est évident que M. de Lassay, s'il avait pu assister soixante ans plus tard à l'ouverture de l'Assemblée constituante, aurait été au moins dans les premiers jours, de la minorité de la noblesse.
Sans être un auteur, sans songer à s'adresser à la masse, Lassay se faisait l'écho des doléances de son temps ; il sentait souffler déjà comme un vent de réformes, et dans sa sphère restreinte d'homme du monde, de philosophe amateur, il donnait lui aussi son coup de pioche dans la tranchée et sapait le vieil édifice royal sans avoir l'intention de le détruire. Dans tous les cas son Royaume de Félicie est une fiction fort honorable qui donne la mesure de son jugement et de sa perspicacité ; c'est presque une prophétie.
Sous forme de lettre adressée à son fils, il a fait connaître sa manière de comprendre la justice et l'honneur qu'il ne