‹ Histoire de la maison de Madaillan, 1076-1900Chapitre 130 sur 327 · CHAPITRE DEUXIEME I · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME I

sépare jamais de l'idée de Dieu. Les conseils qu'il donne en cette matière sont une interprétation heureuse, comme la paraphrase de cette magnifique prière qu'on appelle le pater.

C'est lui qui fournit à Massillon, en 1709, le mémoire pour servir à l'oraison funèbre du prince de Conty. En dehors de ce mémoire que nous avons sous les yeux et qui contient un bon résumé de la campagne de Hongrie, Lassay a tracé un excellent portrait de ce prince. Il a laissé deux autres portraits vigoureusement brossés : ceux du prince de Condé, son beaupère, et de Monsieur le Duc, son demi-beau-frère. Très dur, inexorable vis-à-vis d'eux, il semble avoir emprunté pour les peindre, la manière vigoureuse, le tour énergique de son grand ennemi Saint-Simon. Toute cette famille fut bien éprouvée à la même époque. Le prince de Condé et le prince de Conty moururent en 1709, Monsieur le Duc et sa demi-sœur, la marquise de Lassay en 17 10.

Il y a eu dans la vie du marquis de Lassay beaucoup de défaillances. On peut dire qu'il a été victime de la faiblesse de son cœur, de sa grande sensibilité. L'influence des femmes a lourdement pesé sur sa destinée. En blâmant Saint-Simon d'avoir été injuste à son égard, il ne faut pas tomber dans l'excès contraire, considérer et présenter le personnage sous un jour flatteur. Il faut le suivre, les documents à la main, et le dévêtir pour le voir tel qu'il est et pour le juger. Lui-même d'ailleurs n'essaye pas de masquer ses défauts. S'il s'adresse parfois en s&s Mémoires des éloges exagérés, il s'y confesse aussi bien souvent et ne cherche pas à se mettre au-dessus de

la réalité. Il écrit à Monsieur le Prince : '< Je demande ce

« canonicat à V. A. S. pour un fils que j'ai, âgé de vingt-un « ans, grand théologien, homme de mœurs excellentes et

" dont la sagesse pourroit faire douter qu'il lut mon lils ; voilà " deux étranges aveus que je fais, l'un que j'ai un fils de " vingt-un ans. et l'autre que ce tils n'est pas légitime... * Ailleurs il écrit : '' Pourquoi suis-je né avec un cœur si sensi-

» ble il est impossible que je résiste à l'extrême agitation

» que je sens; tous mes sentiments se combattent la pas-

» sion m'entraîne malgré moi et malgré la raison. Ma tète " n'est point folle, elle voit toutes les extravagances que mon " cœur lui fait faire et elle les condamne, mais elle n'est pas " la maîtresse. J'en suis plus malheureux, et je n'en suis pas •" plus sage... >/ Horace avait déjà dit ça.

Après la campagne de Hongrie, Lassa}- qui aimait mieux recevoir des billets doux que des lettres de cachet, ne se soucia point de rentrer en France et surtout à la Bastille. Préférant voir passer de loin la colère et la justice du roi, il resta quelque temps à l'étranger. Au commencement d'octobre 1085, il quitta le camp de Presbourg avec le prince Louis de Bade pour aller à \'ienne et reçut à la cour de l'empereur un bon accueil. A la iin de novembre il partit pour aller visiter l'Italie, et rencontra à Rome la célèbre princesse des Ursins (Anne- Marie de La Tremoïlle) deux fois veuve; en premières noces, du Prince de Talleyrand-Chalais qu'elle avait suivi en exil ; en secondes noces, du duc de Bracciano-Orsini. Il semble avoir été lié avec elle par la plus étroite amitié et la façon dont il parle de la belle villa que Madame des Ursins possédait à Bagnaïa près Viterbe prouve qu'il y commandait en maître. Il connut aussi à Rome, Sophie-Dorothée de Hanovre, femme du duc de Brunswich qui fut plus tard le roi Georges r*" d'Angleterre, et noua avec elle une intrigue. Son recueil renferme quatorze de ses lettres adressées à cette jeune et belle princesse; elles sont finement écrites. Le duc prit

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