CHAPITRE DEUXIEME
ombrage de cette liaison. Il se vengea cruellement dans des circonstances analogues, du comte de Kœnigsmarck qu'il fit enfermer dans un four chaud, dit Saint-Simon, poignarder et jeter dans un égout, racontent quelques autres (i). Lassay redoutant un scandale, quitta Rome et fit ainsi ses adieux à la duchesse.
Je ne veux pas que vous bazardiez à vous perdre en continuant un commerce avec moi : il vaut mieux que je meure et que vous viviez moins malheureuse. Cessez donc d'écrire à un homme qui traîne tous les malheurs après lui, et dont l'étoile est empoisonnée. Il semble que je ne sois dans le monde que pour y souffrir ; la vie m'est à charge, et je voudrois en mourant vous rendre votre repos et votre bonheur : Adieu, ma chère princesse, je ne peux plus supporter l'excès de la douleur que je soufifre.
Des ennuis domestiques l'attendaient à son retour en France, à la fin de l'année 1686. Il eut beaucoup à se plaindre de Madame de Lafayette dont il avait été l'ami, à laquelle en partant pour la Hongrie il avait confié sa fille, et qui intriguait alors pour la marier avec son fils. Il exprime son ressentiment au sujet de cet abus de confiance, dans un long mémoire adressé à sa protectrice naturelle Madame de Maintenon très liée elle-même avec Madame de Lafayette. A cette époque commença aussi la série de ses procès. Nous n'insisterons pas sur cette partie peu intéressante de sa vie. Il n'aimait point la chicane et restait étranger aux finasseries de la procédure. On se souvient qu'il avait jadis signé tout ce qu'on avait exigé de lui pour conserver le droit d'épouser Marianne. La terrible Marie de Rabutin sa marâtre, lui fit payer cher sa confiance
I. La vérité est que le comte sortant de chez la princesse ■?: fut assailli par quatre trabans ; il se
f défendit vigoureusement mais son arme s'étant brisée on l'acheva en le plongeant sous l'eau
■>: son corps fut ensuite brûlé i. Sophie-Dorothée fut séparée de son mari et enfermée au château
d*Ahlden où elle resta trente-deux ans prisonnière. — Voir dans la Revue B/etie, no du 28 aoîit 1897, un intéressant article de M. Guillaume Depping : Sophie-Dorothée et îes lettres du marquis de Lassay, — Voir aussi les numéros des iS juillet et 12 septembre, 2 et 9 janvier, et 7 août 1897 de la même Reloue.
I ^6 LA MAISON Dt MADAILLAN
et sa légèreté ; elle lui suscita mille alïaircs très désagréables et parvint à mettre dans ses intérêts la propre fille d'Armand qui lit ainsi chorus avec les ennemis de son père. Celui-ci en éprouva beaucoup de peine ; il s'en plaint amèrement dans ses Mémoires. Ces querelles de famille s'éternisaient et, après bien des années, on ne trouva d'autre moyen dv mettre un terme que de marier Léon de Madaillan, HIs du marquis de Lassay, avec sa jeune tante Reine de Madaillan née du second mariage de Louis de Madaillan avec Marie de Rabutin. Une lettre que Lassay écrivit à Madame de Maintenon, en 1697, donne une idée exacte de la situation.
Souffrez, .\ladanie, que je vous parle de l'état malheureux dans lequel je me trouve ; j'ai une belle nicre qui a plaidé toute sa vie, et qui sçait plaider dans la perfection, elle veut me faire cent procès à moi qui les entends moins que l'Hébreu... La grâce que je demande au roi, c'est qu'il veuille bien nous donner pour nous juger des arbitres, des commissaires, des parens qui illui plaira; je ne me soucie pas de les connaître, car j'ai raison; et si je ne l'avois pas, je voudrois qu'on me condamnât. Tout ce que je crains, c'est de passer ma vie à plaider contre ma famille; il faudrait tant dire de choses devant tout un parlement et si désagréables, que je ne sçaurois seulement, .\Iadame, me résoudre à vous les écrire. Si vous n'étiez pas une hermite au milieu de la cour vous les sçauriez assurément ; et si vous en voulez dentander des nouvelles, on ne vous en dira que trop. J'ai cru que .Nladame de Lassay ne devoit pas aller tous les jours à l'opéra, à la comédie, aux Thuilleries tête à tète avec .Nladame de Coligny (la lille ainée de Lassay); le monde ne trouve pas que j'aie eu grand tort, cependant ma bellemère chez qui madame de Coligny loge et qui n'est pas si difficile, se sert de cela pour l'aigrir contre moi et pour me faire tous les maux qu'elle peut. J'ai marié Madame de Coligny à quinze ans, et lui ai rendu en même temps tout le bien de sa mère, elle en demeure d'accord ; ce n'est pas l'avoir fait attendre trop longtemps; ce qu'elle demande c'est l'intérêt de l'intérêt de douze ans de jouissance de ce bien : il n'y pas d'exemple que jamais une fille ait demandé pareille chose à son père ; je lui offre d'en paier l'intérêt, mais non pas l'intérêt de l'intérêt ; je crois que c'est se mettre à la raison ; voilà sa prétention, et voici son procédé. Sans m'avoir fait faire la moindre honnêteté, elle a commencé par m'envoyer un sergent qui m'a donné un exploit. D'un autre côté .Nladame de Montataire pour m'empêchcr d'avoir le bien de ma mère n'a rien à m'objecter, sinon que j'ai manqué à des formalités de justice que je devois faire contre mon père ; c'est une faute dont je ne sçaurois me repentir; il est aisé de juger qu'elle compte de me