CHAPITRE DEUXIÈME I
mation sont les propres enfants de Louis XIV, la princesse de Conti, la duchesse de Bourbon, le duc du Maine, le comte de Toulouse. La duchesse de Bourgogne vient un an après et s'y jette à corps perdu. En politique, les chefs sont le duc de Bourgogne, Fénelon, le duc de Beauvilliers, le duc d'Orléans, futur régent. La majestueuse autorité du Roi, doublée de la discrète influence de Madame de Maintenon, en comprime les éclats trop violents : mais on en suit et l'on en devine partout l'action à Versailles, et la compression royale n'eut d'autre résultat que de la pousser vers la licence en la couvrant du voile de l'hypocrisie. En littérature, c'est le moment de Madame de Caylus, de Massillon, de Regnard, de Lamotte, de Fontenelle. Voltaire n'est pas loin. Louis XIV n'en impose plus. Son autorité ne se discute pas tout haut ; mais on la raille tout bas, et l'on reprend dans l'intimité toute la liberté que l'on perd dans l'étiquette des relations officielles. Le liel s'amasse au fond des cœurs et débordera plus tard pendant les licencieuses années de la Régence. J'indique là une nuance délicate, mais une nuance qui n'a échappé à aucun de ceux qui, de nos jours, ont pénétré au coeur du siècle de Louis XIV : MM. Eudore Soulié, Sainte- Beuve, Paulin-Paris.
On connaît l'épisode de la petite vérole de Madame la Duchesse. Le Roi est inquiet de l'état de sa fille ; il veut s'en assurer par lui-même, et se dirige vers la chambre de la malade, lorsque sur le seuil de la porte, il trouve le grand Condé qui lui barre résolument le passage, de crainte de la contagion. De là, stupéfaction des courtisans qui ont renseigné la postérité sur un fait tout naturel en soi. '< Madame la Duchesse eut la « petite vérole à Fontainebleau, dit Madame de Ca3'lus, dans le temps « de sa plus grande beauté. Jamais on n'a rien vu de plus aimable et de « si brillant qu'elle parût la veille que cette maladie lui prit. Il est vrai « que ceux qui l'ont vue depuis ont eu peine à croire qu'elle lui eût '< rien fait perdre de tous ses agréments. » Le charme que Madame la Duchesse répandait autour d'elle s'était déjà exercé pendant son mariage sur son beau-frère, le prince de Conti; « Il l'aima passionnément, dit Madame de Cavlus, et si, de son côté, elle a aimé quelque chose, c'est assurément lui, quoi qu il soit arrivé depuis. » Cette singulière réticence semble désigner M. de Lassay. Ce qu'il y a de certain, c'est que le prince de Conti élu roi de Pologne le 27 juin 1697, retarda son départ pour Varsovie, fut devancé par l'Electeur Auguste de Saxe, et vit ainsi la couronne lui échapper. Les Mémoires imputent unanimement ce
LA MAISON »F. MADAILLAN
retard au chagrin qu'éprouvait le prince de Conti de s'éloigner de Madame la Duchesse de Bourbon.
Enfant gâtée, la Duchesse poussa parfois jusqu'à la cruauté l'exercice des privilèges de sa naissance et de sa position. Le vieux Santeuil en fit la douloureuse expérience. Dans un repas, à Chantilly, la Duchesse lui reprochait de ne pas consacrer son talent de versificateur latiniste à faire son éloge. Puis s'exaspérant peu à peu, elle s'oublia au point de souffleter le pauvre poëte, et afin de laver cet affront, elle lui jeta à la tête un verre deau, en disant: " C'est la pluie après le tonnerre. * Le malheureux pique-assiette fut bien forcé de prendre la chose en riant, et en a lui-même consacré le douloureux souvenir dans une pièce de vers, commençant ainsi :
Hue vos, Mitsx oiiiiies, vos pindi gloria poscit, <•/<•., Cii.
Dieu merci 1 de pareilles façons d'agir sont loin de nous, et ne peuvent s'excuser que par des mœurs et une société à jamais disparues.
La Duchesse perdit son mari, le duc de Bourbon, le 4 mars 17 10. 11 lui laissait neuf enfants dont les plus connus sont : le duc de Bourbon, ministre sous la minorité de Louis XV : le comte de Charolais, celui qui, par passe temps, tuait les couvreurs à coups de fusil, et le comte de Clermont. Quelles circonstances rapprochèrent Léon de Lassay de la Duchesse ? Quels furent les moyens employés ou les avances faites? Le cœur humain seul peut répondre ; mais l'impitoyable Saint-Simon a un mot terrible qui, je le crains, dispense de tout commentaire : " Elle -? le trouva sous sa main />. A cette date, elle était veuve depuis un an et avait trente-huit ans. Léon de Lassay en avait vingt-huit.
Ce n'était pas la première fois qu'elle rencontrait un Lassav sur son chemin. Quelque dix ans plus tôt, elle avait détaché au père, comme un coup de fouet en plein visage, un de ces couplets satiriques dont elle posséda le monopole. " Elle ne se doutait pas alors de ce qui lui est
* arrivé avec le fils //, dit Saint-Simon. Un passage des Mémoires de Luynes se rapporte également aux premières années du xviii" siècle : ''Madame la Duchesse Mère me contoit, à Marly, il y a quel-
* ques jours (4 septembre 1738^ que, dans les soupers du feu Roy.... il
* arrivoit quelquefois que le Roy, qui étoit fort adroit, se divertissoit à V jeter des boules de pain aux dames et permettoit qu'elles lui en
* jettassent toutes. M. de Lassay, qui était fort jeune et n'avoit encore