CHAPITRE DEUXIEME
Paris, comme ils l'avaient fait cent ans plus tôt pour l'hôtel Pisani- Rambouillet. La Duchesse reconnut largement les soins donnés à son installation. '< Elle céda à M. de Lassay, dit M. de Joly, une partie « des terrains du côté des Invalides, afin qu'il pût faire élever un hôtel « semblable au sien, à condition qu'il resterait dans les dépendances du « palais, et que plus tard les princes, ses enfants, pourraient le récla- " mer. » Cet hôtel ne fut commencé qu'en 1724 et bâti dans le même alignement que le palais Bourbon et sur les mêmes dessins. « Seule- ^{ ment, c'est toujours M. de Joly qui parle, comprenant qu'il y avait un « défaut de proportion dans les deux pavillons de l'entrée avec le « corps de l'édifice, il dispensa Girardini de les répéter. Au lieu de « l'avant-cour du palais Bourbon, on arrivait par une avenue de « quarante toises de longueur, fermée par des murs et des bâtiments. « Cette avenue était plantée de deux allées de marronniers. » C'est aujourd'huil'hôtel de la présidence du Corps législatif.
Un érudit qui joint une science solide à un talent toujours jeune, M. Paulin Paris, a donné jadis (i) une notice sur l'hôtel Lassay, à laquelle je suis heureux de faire l'emprunt suivant : « Quand le palais « et l'hôtel furent à peu près achevés, Lassay parla de la nécessité d'i- <' miter encore les Italiens dans leur amour des bons tableaux. On « acheta les ouvrages des maîtres les plus estimés. La princesse eut « alors un nouveau scrupule : elle voulait bien avoir une galerie ; mais <?: elle souffrait de ne pas la partager avec Lassay. Celui-ci trouva le « moyen de la consoler ; il demanda la permission de faire exécuter par «: de bons artistes la copie de tous les tableaux pi^écieux qu'elle réunis- « sait dans son palais. Ainsi tout, dans son petit hôtel, rappellerait « l'objet de ses constants hommages, et plus les copies seraient satis- « faisantes, mieux il sentirait le prix et le mérite des originaux.
«c Cet arrangement fut exécuté avec la dernière rigueur, je le crois du « moins, M. de Lassay n'ayant jamais laissé soupçonner son honneur ni « sa délicatesse. Cependant telle est la méchanceté, qu'on trouva bien- « tôt à gloser sur ces belles imitations de la duchesse de Bourbon. On « dit tout haut que l'hôtel de Lassay était réellement plus élégant, plus « délicieux, plus commode que le palais Bourbon. On ajouta que le « conseiller avait profité de toutes les fautes de l'architecte et qu'il ne « les avait pas prévenues pour conserver à sa maison l'avantage de ne
I. Le yLirquis de Lassaj et Tliôlel de Ljissay, Bulletin du Bibliophile, 1847.
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" pas les avoir reproduites. On dit aussi des tableaux.... Ici nous laisse- "• rons parler les Mémoires et anecdotes pour servir à /histoire de » Perse. On rétablira aisément les noms de ceux dont on parle.
« La princesse Roxane avoit été gouvernée jusqu'à sa mort par " Khodabindi, seigneur persan de beaucoup desprit, fin courtisan, " intrigant, sachant profiter de la faveur, et qui, sous Ali llomajos (le '< Régent), en avoit habilement tiré parti pour se faire une fortune ". considérable. Roxane ne décidoit rien que par ses avis. Elle avoit ", tant de confiance en luy, qu'elle lui abandonna la direction d'un '< magnifique palais qu'elle faisoit bâtir. Tout joignant, Khodabindi en ^ fit élever un petit, mais superbe, mais mieux entendu, mieux ordonné, ^ plus commode, plus recherché, préférable, en un mot, au jugement " des connoisseurs, par le goût et les vraies beautés qui y régnoient. « On assure qu'on voyoit dans ce palais des tableaux originau.x dun « très grand prix, dont il n'y avoit que des copies dans celuy de Ro.xane, « à qui cependant, dit-on, les originaux appartenoienf. Les deux palais « se communiquoient par une porte secrète et une galerie souterraine " qui déroboient Khodabindi aux regards des curieux.... *
C'est dans cet hôtel que Aécut Léon de Lassay, entouré de toutes les recherches que peuvent procurer le goût et la richesse. Une clause du testament de Madame de Verrue, citée plus loin, autorise à penser que Madame de Lassav, en s'v installant avec son mari, ne se montra pas bien soucieuse des bruits qui circulaient. La vie du comte Léon de Lassay fut celle d'un Sybarite élégant, vingt ans plus tard on allait dire d'un philosophe. L'hôtel de Madame de Verrue n'était pas loin, et l'intimité se noua entre l'ancienne maîtresse de Victor-Amédée et la fille de Louis XIV. Des deux côtés, la tournure d'esprit, les goûts, les besoins de liberté, étaient les mêmes. Sans doute le diable ne perdait rien dans une pareille société, mais l'esprit, l'élégance des manières, la distinction du ton, y gagnaient beaucoup. En 1695, les escapades de la duchesse de Bourbon étaient en avance sur le siècle: en 1730, sa façon d'être retardait.
Madame de V^errue mourut en novembre 1736. Par une clause de son testament, elle léguait '< à M. le comte de Lassay, mon ancien, bon et " cher ami, mon grand tableau de Van Dyck, qui est vis-à-vis la " cheminée de ma galerie, sur le terrain des Carmes, et tous les " tableaux qui, lors de mon décès, se trouveront garnir le mur entier " de ladite galerie opposé à la cheminée, à gauche et à droite dudit