‹ Histoire de la maison de Madaillan, 1076-1900Chapitre 142 sur 327 · CHAPITRE DEUXIÈME JT · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME JT

« tableau de \'an Dyck, d'une fenestre à l'autre sans exception. Je le <?. prie de se souvenir de moy comme de la meilleure et de la plus '( tendre amie qu'il aura jamais et qui a le mieux senty tout le prix '< d'un cœur comme le. sien. » Ces tableaux estimés 4b.ooo livres dans l'inventaire de la comtesse de Verrue, vinrent s'ajouter à ceux, — copies ou originaux, — que M. de Lassay tenait déjà de la libéralité de Madame de Bourbon et à d'autres que son goût pour les œuvres d'art avait dû le porter à acquérir depuis 1724. Ce grand tableau de Van Dyck est le beau portrait de Charles 1'-'', du Louvre. Acquis par Crozat, baron de Thiers, à la vente de Lassay, il passa dans Ja collection de Madame du Barry, qui en fit don au Roi. En outre, la teneur de cette clause est précieuse, en ce qu'elle montre Lassay comme un caractère dévoué, attachant, sachant entretenir et garder intacte l'affection de ses amis. La morale peut le juger sévèrement ; ces quelques lignes d'une vieille femme, tracées en face de réternité, sont bien près de le faire absoudre. La comtesse n'oublie pas Madame de Lassay. Elle lui lègue un tableau de Carie Maratte, en la priant d'accepter cette marque de son amitié.

La mort de Madame de \'errue fut le premier coup de cloche dans la vie du comte de Lassay. 11 avait cinquante-trois ans, l'âge où les amis d'autrefois qui tombent autour de nous emportent nos dernières illusions, l'âge où Ton médit de l'avenir au profit du passé. Il rentre peu à peu dans la coulisse, ne laissant trace de son passage que par les deuils de sa vie. En 173S, le 21 février, son père, le vieux marquis de' Lassay, meurt à quatre-vingt-six ans; en 1743, le 10 juin, c'est le tour de son amie et de sa bienfaitrice la Duchesse de Bourbon, première douairière. Privé de ce dernier appui, ses dernières années durent s'écouler bien tristement en face de Madame de Lassay, a laquelle il avait donné le droit de lui adresser bien des reproches ; sans enfants • — il en avait perdu quatre en bas âge, — livré aux attentions intéressées de parents éloignés, qui attendaient le moment de partager sa fortune. 111a leur fit attendre sept ans, et mourut le i"'' octobre 1750, mais pas à Paris, comme le dit Moréri. Du moins n'ai-je rien trouvé à cette date sur les registres mortuaires de la paroisse du Gros-Caillou. Madame de Lassay lui survécut treize ans et s'éteignit le 5 janvier 1763, âgée de soixante-dix-neuf ans (i).

I. Pas plus que M. Clément de Ris nous ne savons exactement où est mort Léon de Lassay : ce qui est certain c'est qu"il fut inhumé dans le chœur de la chapelle des Bénédictines de Lassay. (Essai historique, ihid., p. 6i.)

La fortune Je M. de Lassay se divisa en deux parts. La première alla à la descendance du troisième mariage de son père. « De la bâtarde de « M. le Prince et de la Montalais, dit Saint-Simon, il eut une fille qu'il •« maria au fils de d'O. Elle mourut à l'hôtel de Condé. Elle ne laissa « qu'une fille, belle comme le jour, à qui Lassay, plein de millions et « sans enfants ni parents, donna prodigieusement pour épouser le fils « du duc de Villars-Brancas, dont la noce se fit chez Madame la « Duchesse, comme de sa petite mère bâtarde ». La seconde revint en usufruit à Madame de Lassa}', et en nue propriété à la famille de la Guiche, ainsi qu'il résulte du passage suivant de l'avocat Barbier : « La fille bâtarde que feu M. le Duc (c'est le fils de l'amie de Léon de « Lassay) a fait reconnaître par lettres patentes, enregistrées en Parle- « ment, a été mariée le i6 de ce mois (novembre 1740), sous le nom de « Mademoiselle de Verneuil, à M. le comte de la Guiche, parent de la « comtesse de Lassay, que M. le comte de Lassay a fait son héritier, et « qui se trouvera par conséquent très riche *. Les tableaux et œuvres d'art et de curiosités étaient compris dans ce lot; et l'usufruitière n'hésite pas à en prêter une partie au nu propriétaire. C'est ce qu'indique un état descriptif qu'a bien voulu me communiquer M. le comte de la Guiche avec une obligeance dont je ne saurais trop le remercier. En voici la copie :

'' Etat des tableaux qui sont dans le grand cabinet de M. le comte « de la Guiche :

« Grand panneau : Diane au bain, paysage de Paul Bril et figures du « cavalier Josépin, sur toile. — Baptême de Saint-Jean par Notre- « Seigneur, par Mole, sur toile. — Paysage de Paul Bril et figures du « cavalier Josépin, sur toile. — Portrait dlioninie, par Reimbrandt, « sur toile. — La Charrette embourbée, sur toile, par Rubens. — Por- « trait de femme, par Van Dyck, sur toile. — Une Vierge, avec '< Saint-Joseph qui montre à lire à TEnfant-Jésus, sur cuivre, par Sche- <■< done. — Racket au puits, par Paul V'éronèse, sur toile. — Un jeune « Hercule qui tue deux serpents, sur cuivre, manière de Carrache.

« A côté de la cheminée : Paysage avec figures, de Claude Lorrain, « sur toile. — Anne la prophétesse, par Reimbrandt, sur bois. — Por- <' trait de Neische, peint par lui-même, sur toile.

". Vis-à-vis dudit pameau : Soleil levant, ou Port de nier, de Claude « Lorrain, sur toile. — Tête, par Reimbrandt, sur bois.

f Je reconnais que les quinze tableaux spécifiés dans le présent

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