CHAPITRE dOATRIÈME
Louise de Rouet était fort belle et Brantôme lui-même en fut très épris comme de tant d'autres. Il composa pour elle plusieurs sonnets qu'on peut lire dans le petit recueil de ses poésies (i). Nous nous garderons bien de les reproduire car Brantôme était un très médiocre poète. Il -se rend d'ailleurs justice. « Je romps ici ma plume et à jamais je ne trace plus « de vers quej'avois quitté depuis vingt ans, comme il paroist « à ma grossière rime, et qui sent son antiquité à pleine « gorge... aussy dèslores je prends congé des Muses, et leur '< dis adieu pour jamais. » (2). Les sonnets en question sont lourds ; les vers mauvais, souvent faux ; les idées banales. La crudité du langage, parfois excessive, ne saurait tenir lieu d'intérêt et donner du charme à une déclaration. Dans ce qu'a écrit le seigneur de Bourdeilles, sur la belle Rouet, on sent percer un certain dépit qui permettrait de supposer qu'il fut du nombre des adorateurs éconduits. Montaigne porte sur Madame d'Estissac un jugement beaucoup plus flatteur.
Quinze ans après la mort de son mari survenue en 1565, Louise, toujours belle sans doute, convola, en 1580, avec Robert de Combaut, seigneur d'Arcis-sur-Aube, premier maître d'hôtel du roi (3).
Si Mademoiselle de Rouet eut une jeunesse légère, cela n'empêcha point Louise d'Estissac de devenir une admirable
1. Les poésies de Brantôme ont été publiées par M. le docteur Galy, à la fin du xa volume de l'édition Ludovic Lalanne, voir pp. 429, 478, 479.