CHAPITRE ClXaUlHME
années et le demandeur devenu majeur passa un compromis avec son opiniâtre adversaire. Les parties s'en remirent à l'arbitrage des sieurs d'Escorbiac et Rapin, leurs avocats. Le procès recommença en 1678, se poursuivit en 1679 ^^ 1680, après quoi nous perdons sa trace.
De tous ces documents, il résulte que Lucresse de Madaillan conserva, malgré tout, les positions conquises, qu'elle continua à jouir des deux tiers de Gibel et ne cessa point d'habiter le château.
Sur ce long procès s'en étaient greffés beaucoup d'autres, mais de tous côtés Lucresse faisait face à ses adversaires, et sauvegardait par son habileté et son énergie, la plus grande partie du patrimoine compromis par ses auteurs. En 1656, elle était en lutte avec Pierre de Villemon, docteur en théologie, père prieur de Corconat(i) qui l'avait assignée devant « Monsieur de Lard, lieutenant royal de la ville de Penne » pour l'exécution de certain prétendu arrêt obtenu par ledit prieur contre Suzanne de Broq de Bellestat (2), mère de Jean de Sarrau. Le 26 février de la même année, elle fit rédiger par M*" Degouany (?) notaire à Monflanquin, un acte de protestation contre les prétentions du prieur (3).
Lucresse de Madaillan, née vers 1608, se maria à 35 ans, le 28 janvier 1643, ^vec Isaac de Bérail, sieur de Bajouran, fils d'Arnaud de Bérail, gentilhomme ordinaire dela^Chambre du roi et de Jeanne de Ribes. Isaac était veuf de Jeanne de Ségur dont il avait eu cinq enfants qui sont morts sans posté-
1. Le prieuré de Corconat appartint plus tard au séminaire d'Agen ; il était afferuié annuellement 2,600 livres [Revue de V Ageiiais, année 1888, p. 401, Et Pouillé Historique dit diocèse d'Ageiiy par M. l'abbé Durengues, pp. 431, 452).
2. C'est par erreur que, dans sa médiocre généalogie de Sarrau, O'Gilvy l'appelle de Bne de Bellestat.
3. Arch. de M'' Sagust de Bergues, notaire à Monflanquin, qui a bien voulu nous délivrer une copie de cet acte.
:8o l..\ MAISON DE MADAILLAN
rite (i). C'est ainsi que les Bérail furent substitués aux Madaillan à Monflanquin. Les uns et les autres appartenaient à la religion réformée.
De son mariage avec Lucresse de Madaillan, Tsaac de Bérail eut trois 111s et une lille : Hector, Benjamin, Antoine et Claire. Les deux preniiers moururent sans laisser d'enfants. Antoine de Bérail épousa, le 5 mai 1682, Marie de 'Vincent de Bourgougnade. Plus loin nous retrouverons les Madaillan de Cauze alliés à cette famille de \'incent et nous aurons à en reparler (2).
Comme conclusion à cette histoire des Madaillan de Paris et Gibel, à peu près inconnus jusqu'ici, nous dirons que la dernière de cette branche, par sa mâle énergie et sa courageuse attitude, mérita bien son nom de Lucresse, ce beau nom de romaine qu'elle avait reçu au berceau. Sa signature est superbe et paraît refléter fidèlement la force de son caractère.
Nous dirons aussi quelques mots des Bérail qui étaient à Gibel les dignes successeurs des >Lidaillan. Cette maison est de très vieille noblesse. Au xui" siècle, Raymond de Bérail épouse Anne de Sauve. Leur fille Marguerite se marie, en 1329, à Seguin de Gontaut, seigneur de Badefols. lîn 1390, noble et puissant seigneur Géraud de Bérail reçoit l'hommage pour tous ses droits sur la seigneiu'ie d'Anglars. En 1437, Guillaume de Bérail épouse Ysabeau de Gontaut. Ils sont qualifiés plus tard seigneurs de Bajouran, de Listrac, de Gibel, de Roquefère. Sous la Restauration quatre frères Bérail servaient dans la garde royale. Ils avaient exactement la même superbe taille et se trouvaient toujours à côté les uns des
3. .\ri:li. et Gcncalogic de lierai), coiiiiuuaiquées par M. de Bérail, notaire à Monflanquin.
4. Une fiUc d'Antoine de Bérail et de Marie de Vincent, Lucresse de Bérail, épousa Gilles de Comniarque, seigneur de l.a Barde.