CHARLES II (BLANCHE DE MONTFERRAT
eniraloé Philippe de Bresse à sa suite, «car il trouva toujours en lui un sage conseiller non moins qu'un va ilant guerrier. Philippe sauva plus d une fois, pendant celte désastreuse retraite (1495) « Farmée française, réduite à dix mille hommes et entourée d'enut-mis nombreux, soit en combattant à sa tète, à c6té de ses chefs, soit par la ' conoaissaDce qu'il avait du pays et de ses habitants. De retour en Piémont, il seconda les elTorts de la régente pour faire conclure entre Ludovic le More et Charles VIII un traité qui permit à celui-ci de ramener au delà des Alpes leb débris de son armée. Philippe ne se sépara du roi qu'à Grenoble, où il dememra comme gouverneur du Daiipliiné pour la France.
On s'étonnera de le voir préférer cette dignité en pays étranger, loin de sa famille et de ses biens, loin du trône dont il occupe désormais le premier degré, à sa double lieutenance de la Savoie et du Piémont. Son ambition Favait-elle quitté? Après s'être montré si ardent à disputer à sa belle-sœur d'abord» et pins tard à sa nièce» une place dans la régence, la dédaignait-il maintenant que personne ne la lui contestait plus? La \ie de ce troisième enfant était-elle donc si bien assurée, qu'il n'eût plus aucun espoir de lui succéder? Mais cette vie était en ce moment tout près de s'éteindre, et les vues amlHtieuses de Philippe allaient enfin se réaliser. Tout cda me semble inexplicable. Mais si j'avûs à siéger un jour comme juge du comte de Bresse, accusé d'avoir été le meurtrier de ses trois neveux, son absence non motivée à un pareil moment m'insjiii erait plus de sévérité que d'indulgence; car la seule explication plausible que je trouve à sa conduite en cette dernière circonstance, c'est
sa HISTOIRE DE LA MAISON DE SAVOIE.
qu'il connaissait révénement qui était proche, et qu'il
espérait écarter tout soupçon par son absence.
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Charles 11 mourut subitement {l/i96) , les uns disent d' un coup qu'il se donna en tombant, les autres, d'un coup qu'il reçut en jouant à la balle. Il avait huit ans, et la descendance d'Amédée iV s'éteignait avec lui. Son grand oncle, Philippe de Bresse, avait cinquante-deux ans lorsqu'il lui succéda. Sa vie s'étaiL écoulée dans des ri\aliLcb successives, contre sou père d'abord, contre sa belle-sœur eusuite, et contre ses neveux. Il avait servi tour à tour Charles, duc de*Bourgogne, et Louis XI, roi de France, et avait été alternativement recherohé, poursuivi, puni, récompensé par l'un et par l'autre de ses puissants rivaux, tandis que lui-même semblait ne chercher dans d'aussi périlleuses aventures que des distractions pour son âme inquiètn et son esprit turbulent. Il était fait pour le commandement, et sa position secondaire fut comme un poison pour ses sentiments et pour sa moralité. Parvenu enfin soit par une série de crimes affreux, soit par un singulier concours de circonstances fortunées au but de ses désirs, il fit dire de lui ce que l'on a dit d'Auguste, qu'il n'eût jamais dû monter sur le trône, ou n'en jamais descendre, et il prouva au monde que sa soif de pouvoir n'était pas seulement un instinct ambitieux et égoïste,