PHILIPPE IL — PHILIBERT II
mais le désir de posséder un instrument dont il se sentait capable de faire un bon usage. Le peuple qui se tronîpe rarement lorsqu'il juge les hommes puissants, et qui
n'avait encore vu en lui qu'un rebelle incorrigible, et un parent dénaturé, salua pourtant avec transport son avènement à la couronne. Et ce guerrier passionné, qui naguère encore et déjà âgé de plus de cinquante ans, avait tout quitté pour aller combattre au loin en faveur d'une cause qui n'était pa.^ la sienne, et pour un prince qui n'était ni son ami ni son patron, ce guerrier, dis-je, ne fut pas plutôt monté sur le trône qu'il s'appliqua à se nàaintenir en paix avec ses voisins, et qu'il entreprit la réforme de la procédure dans ses États , réforme dont la nécessité se faisait sentir depuis longtemps, mais que les jeunes princes auxquels Philippe succédait n'avaient eu ùi le temps ni la patience d'exécuter. Malheureusement le sort avait trop tardé à se montrer favorable à Philippe, et dix-huit mois aprés la mort de son dernier neveu, luimême le suivit' au tombeau (1497). Il laissait un fils nommé Philibert, et surnommé le Beau, âgé de dix-huit ans, et marié depuis environ un an à Marguerite d'Autriche, fille de l'empereur Maxi milieu P'.
Élevé au milieu des camps et aimant la guerre près* qu*autant que son père Tavait aimée, Philibertll pouvait entraîner son pays dans du ruineuses entreprises: mais convaincu que la prospérité des États et le boniieur des peuples sont toujours compromis par des batailles, il résista à la plus forte séduction qui pût ét^e offerte à un prince guerrier de cette époque et de cette contrée. La rivalité entre la lnai^^o^ d'Auti iche et la maison de France se ranimait; l'Italie allait devenir le théâtre où leurâ dii-
férends seraient réglés par les armes, et les deux chefs de^ maisons rivales mettaient tout en œuvre pour gagner r alliance et la coopération du duc de Savoie. 11 proclama sa neutralité et il la maintint. Il la maintint malgré sa jeunesse, son amour des combats, les instances de sa jeune femme plaidant au nom de son père, les bienfaits de celui-ci, la reconnaissance que Philibert en éprouvait, et l'espoir bien fondé d'en recevoir de nouvelles faveurs s'il consentait à se déclarer pour lui. Il la maintint malgré la présence des troupes françaises dans ses États et le langage ouvertement menaçant du roi, qui regardait la Savoie comme une province lui appartenant à un titre quelconque (mais sans savoir lequel). 11 est certain, toutefois, qu'à partir de Louis XI, les rois de France afl'ectèrent de posséder et d'exercer sur la Savoie on ne sait quels droits, et qu'ils trouvèrent fort mauvais que les ducs refusassent de les reconnaître. Je ne doute pas que, sous des princes moins éclairés et moins fermes, la Savoie n'eût fini par succomber, et que la persistance du plus fort n'eût été, comme cela arrive généralement, couronnée de succès.
Philibert permit à un certain nombre de ses soldats d'entrer au service du souverain qu'ils préféraient, se procurant ainsi le double avantage d'épargner à son trésor la paie de ces soldats, et de les accoutumer de plus en plus à combattre sous des chefs habiles et dans les rangs de soldats aguerris. Il fit à Louis XII, lors de son passage à Turin, le plus brillant accueil; mais il refusa constamment de contracter avec lui l'alliance offensive et défensive que celui-ci réclamait. Il donna de sages conseils à son beau-père ; mais il n'alla jamais plus loin ni d'un