‹ Histoire de la maison de SavoieChapitre 12 sur 23 · PHILIBERT II · texte numérisé non relu

PHILIBERT II

côté ni de l'autre, et sa prudence fut si grande qu'aucun des deux rivaux ne conçut contre lui de ressentiment. Louis Xn eût dû même lui avoir de la reconnaissance ; carc*est, je pense, aii refus de Philibert de s'opposer à son passage en Italie, qu'il dut l'apparente neutralité gardée après tout par l'empereur Maxiinilien. Le caractère de ce prince manquait de résolution et de fermeté, et peut-être que Philibert s*en était aperçu ; mais, sî Terapereur eût pu compter sur la résistance de son gendre au passa^je des Alpes par l'arniéc riaiiraiso, il est peu vraisemblable qu'il se fût borné à soulever quelques princes italiens contre le conquérant français; et eût-il hésité encore, sa fille Marguerite Teût entraîné dans une guerre ouverte, sans laquelle son mari eût été perdu»

Pendant que les princes et les repui)liqiies d'Italie s'agitaieut dans des rîvalités désastreuses, appelaut l'étranger, ou se liguant contre lui, et jouant à cette fatale partie leur indépendance, leur nationalité, et, ce qui est plus triste encore, leur énergie et leur dignité, le duc de Savoie demeurait ferme dans sa neutralité, et obtenait, en la méritant, la reconnaissance des deux rivaux. Louis XU

lui cédait des propriétés dans le Milanais en retour de la spleodide hospitalité qu'il^n avait reçue à Turin, et Tempereur Maximîlien lui confirmait les importantes conces*

sions faites piu- Charles IV au comte Vert sur plusieurs villes et diocèses relevant de l'Empire, concessions qui étaient, demeurées jusque-là lettre morte , le ten^ ayant manqué à Amédée Vl pour les réaliser.

Mais ces avantages personnels ne furent pas les seuls que Philibert retira de sa prudente conduite. La prospérité de son peuple prit alors un développement tout nouveau.

«S HlSTOiAË D£ LA MAISON DÈ SAVOIE.

Le pasïiage des aimées françaises devint pour les Sbt ■ baudo-Piémontais une source de lucre; car, au lieu île remplir ses coffres de l'argent que Louis XII déboursait pour l'entretien de ses soldats, Philibert le (it circuler dans le pays, augmentant par là les ressources des commerçants. L'admission des Juifs dans les États de Savoie, et laper* mission qui leur fut accordée vers cette époque, de s'y livrer au commerce et à l'industrie, ouvrit aux Savoyards, naturellement économes et laborieux, comme une école de commerce à laquelle ils s'instruisirent promptement. Philibert introduisit aussi plusieurs réformes heureuses dans la législation de ses domaines, ainsi que certaines institutions établies en Allemagne, et dont la duchesse Marguerite lui apprit à apprécier les avants^es. *

Lorsqu'on songe que de tels bienfaits furent l'œuvre d'un règne de quatre ans, pendaut lesquels la guerre apportée par Louis XII eu Italie ravageait les contrées les plus proches du Piémont, et absorbait les forces, l'intelligence et les ressources de tous les princes italiens, on regrette amèrement la fin prématurée de Philibert IL U but à une source glacée après s'utie livré à un \ ioîent exercice et lorsqu'il était inondé de sueur ; une douleur aiguë au côté droit le saisit aussitôt, et il comprit que sa dernière heure était venue. Porté au château de Pontd* Ain, les médecins s'acharnèrent vainement à le disputer à la mort ; ils ne parvinrent seulement pas à lui en adoucir les approches. Déchiré par d'atroces souflVaaces, et se reprochant l'imprudence qui Tenlevait à ses peuples avant d'avoir pu exécuter les desseins qu'il avait conçus pour leur bien-être, mais pieusement résigné à la

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volonté de son créateur, il mourut en quelques heures, à râge de vingt-quatre ans, et sans laisser d'enfants.*

Ce fut èon frère Charles qui lui succéda.

C]BAILB8 dit LB BON*

Charles 111, dit le Bon, avait dix*huit ans lorsqu'il monta sur le trône, où il portait les qualités les plus

aiinabkîs; mais il manquait de la fermeté et de la rapidité de coup-d'œil, si nécessaires dans un prince appelé souvent à prendre des résolutions soudaines au milieu de circonstances compliquées et dangereuses, et à marcher droit vers son hut, en dépit des conseils et des intrigues de tons ceux qui sont intéressés à l'en détourner. Charles ill est le premier des princes de sa race qui conduisit son pays sur le hord d'un abîme. Rien ne lui réussit, et l'on serait tenté d'attrihuer à un sort contrûre ses malheurs constants, si l'histoire tout entière de sa maison ne prouvait avec trop d'évidence que le passé et îè présent sont les véritables artisans de ravenir, et que l'on atteint tôt ou tard le but vers lequel on a ' constamment marché. Mais ce hut, il faut le déterminer nettement, le hien regarder en face, et ne commencer à le poursuivre qu'après s'être exactement renseigné sur les voies qui y conduisent. Un esprit faux croit l'apercevoir là où il n'existe pas; an esprit faible hésite à choisir le chemin le plus direct

et le plus sûr ; il en change sans motif, perdant piu* là unr

temps précieux et toute coufiancp dans son propre jnn;ement. Philibert avait su conserver la paix au milieu des combats, et se faire des amis dans les camps opposés. Charles 111 se crut en devoir de suivré son exemple» et cela par un motif que nous ne saurions approuver. Le trésor ducal était alm's grevé par les douaires de quatre princesses , et ces douaires se composaient à cette époque de villes et de provinces entières. Claudine de Penthièvre, mère de Charles 111, possédait, à titre d'apanage, le Bugey ; Marguerite d'Autriche, la Bresse, le pays de Vaud et le Faucîgny ; Blanche de Montferrat jouissait des plus lielles villes du Piémont, et Louise de Yillars, fille de Jean de Savoie, comte de Genève, ^tait en possession du Gbablais. Pas une obole des revenus ces villes et de ces terres n'entrait dans les coffres l'État.' qui devait néanmoins pourvoir a« frais delenr entretien et de leur administration. C/étaientlàsans doute' de graves embarras, mais ils n'étaient pas de nature k l'emporter sur toute autre considération. Provisoires par leur durée, il n'eût pas été impossible de les diminuer h un moment donné. Claudine de Penthièvre n'avait pa» longtemps àjouir de son apanage; Marguerite d'Aiitriche, ainsi que Blanche de Monti'errat, avaient donné d asse^ beaux témoignages de leur dévouement aux intérêts de leuF^ patrie d'adoption pour qu'il fût permis d'attendlr^ d'elles l'abandon momentané d'une partie de leurs revenus, dans le cas où la condition du pays eût leudn ce sacrifice nécessaiie. Et d'ailleurs, il est pour les princes et pour les États d'antres sources de richesses que les produits réguliers des terres et des maisons ; et, quoique -

Téconomie politique n'existât pas comme- science à cette époque, nous verrons bientôt l'un des descendants de Charles iil devancer ses préceptes par son génie, et se créer d'abondantes ressources en dehors de l'impôt sur les immeubles. Quoiqu'il en soit, Charles III se crut forcé à la plus rigoureuse économie, et prit, dès le début de son règne, i inébranlable résolution d'éviter la guerre à tout prix.

11 y a longtemps qîi'on l'a dit : cgiui qui veut conserver la paix doit se tenir prêt à la guerre, et jamais neutralité

ne fut respectée, si elle n'était volontaire et douteuse. Charles 111 n'eut seulement pas la vulgaire prudence de dissimuler ses embarras ni sa résolution, li en parla sans réserve, et déclara vouloir se consacrer uniquement à rétablir l'équilibre entre les revenus etlesdépenses de l'État.

11 fit plus. Les Yalaisans, encouragés par ces déclarations, conçurent le projet de contraindre le pacifique souverain à leur céder une partie du Chablais, et ils marchèrent armés jusqu'à Ëvian (1506), Lés ancô-» très de Charles III avaient souvent battu ces inquiets montagnards, et Philibert avtdt laissé en mourant les troupes Sabaddo-Piéniontaises de beaucoup supérieures par la discipline et par l'habitude des combats à ce qu'elles étaient avant lui. Charles 111 n'essaya même pas de résister. «J'aurais plutôt fait, dît-il, de donner aux Valaisaos ce que me coûterait la guerre; » et il les ren~ « voya satisfaits poui le moment. Ayant mis ainsi à découvert son côté vulnérable, Charles lii devait s attendre à rencontrer partout les plus iniques et les plus absurdes exigences. Qu'il s'y attendit ou non, elles ne tardèrent liais à se présenter.

Il chassa un de ses secrétaires dont il était mécontent. Celui-ci se rendit en Suisse, et y acheta la bourgeoisie de Berne et Fribourg, en forgeant des titres d'après lesquels la maison de Savoie eût été redevable à ces deux villes de la somme de 900,000 écus, pour services rendus à Ciiarles ï", à Charles 11 et à la régente Blanclie de Montferrat. Ces prétentions n'avaient aucun fondement. La duchesse Yolande seule avait contracté une dette envers le canton de Fribourg, et s'en était acquittée en Taffranchissant de toute dépendance envers les princes de la maison de Savoie. Ce fut môme à la faveur de cet acte d'affranchissement que le canton de Fribourg put entrer dans la confédération helvétique, ' Charles IH fut d'abord indigné de tant d'audace et de déloyauté, et il alla jusqu'à faire quelques préparatifs pour forcer les deux cantons à se désister de leur injuste demande. Mais ces préparatifs étaient coûteux, et Charles m s'en effraya, 11 revint à ses résolutions ultra-^pacifiques, et s'accommoda avec les Suisses en transigeant pour la moitié de la somme. 11 était dès lors évident pour chacun qulon pouvait tout obtenir du duc Charles en lui adressant des demandes accompagnées de menaces.

Ce n'est pas tout. On pouvait le contraindre même à faire la guerre, et il se rangerait non pas du côté qui lui promettrait de plus grands avantages, mais de celui qui lui coûterait moins cher , et où il verrait les meilleures chances d'obtenir plus tôt la paix. Kn effet, lorsque Jules II arma toute l'Europe contre larcpublique de Venise (1509) 9 Charles III n'osa pas fermer les passages des Alpes aux armées françaises. Louis XII avait permis à l'iiiiibert de demeurer neutre lors de sa première descente en Ita* .

lie; mais le même privU^ oe fut pas accordé k son frère, et on ne lui laissa le choix qu'entre Venise et la

ligue. « Si vous n'êtes pas avec nous, lui dît-on, nous vous considérerons comme étant contre nous, » et le pauvre duc fournit son contingent aux alliés* sans stipuler aucun des avantages auxquels il eût pu prétendre pour prix de sa coopération. Il faisait la guerre parce qu'on l'y forçait, et lui-mêmc n'essayant pas de donner à sa conduite une apparence plus digne, les alliés profitèrent de son concours sans lui en savoir aucun gré, et sans craindre de montrer leur ingratitude. "Venise fut battue, et recourant aux artifices de cette diplomatie qu'elle avait créée, elle entreprit de dissoudre la ligue formée contre elle. L'entreprise n'était pas difficile. Jules II, sa vengeance satisfaite, regrettait déjà Tappui qu'il avait trouvé au delà des Alpes, et ^tait impatient de chasser de l'Italie les alliés qu'il y avait appelés. Le duc de Savoie était toujours prêt à accepter une paix quelconque, et il se' sentait blessé d'ailleurs par le dédain des vainqueurs, qui ne songeaient pas à lui offrir de récompense pour mie victoire qu'il les avait aidés à remporter, oubliant que lui-même avait négligé de faire ses conditions au moment où il eût pu les imposer, c'est-à-dire avant d'entrer dans la ligue.

Une ligue nouvelle se forma aussitôt en Italie contre la France (1511). Le pape, en était le chef, et l'empereur s'y rallia. Mais le duc de Savoie refusa obstinément d'en faire partie. Il demeura fidèle à la France, mais toujours sans stipuler avec elle ni les conditions, ni les bornes de cette fidélité. On peut supposer qu'il refusa d'adhérer à la nouvelle ifgue, par dégoût de cette manie belUquense

dont les Italiens seinblaieiit alors' possédés, et qui lesr

poussait sur les champs de balaille u' importe dans quel but , ou bien parce qu'il le» cousidéi ait comoie tout à fait I incapables de fermer les passages des Alpes aux troupes frauçaises. Ce qu'il ^ a de certain, c'est que les Français traversèrent la Savoie soit en conquérants, soit en fugi- ^ tifs, chaque fois que les événements les y convièrent, sans demander le consentement du duc, et comme si la Savoie eût été une province française.

Cependant les Français iurcnL battus devant Novare par ks Suisses, alliés de Fempereur et de Maximilien Sforza (1513). La Valteline devint alors un canton suisse, et le Piémont eut beaucoup à soufirir des troupes républicaines qui l'envahirent pour le châtier de la fidélité de son souverain au parti français. Charles III dut s'apercevoir alors que la paix peut quelquefois être aussi coûteuse que la guerre, car il n'obtint la retraite des troupes suis> ses qu'en leur payant 80,000 ducats.

François 1'% fils de Louise de Savoie, avait succédé à Louis XIL Charles III s'en réjouit, croyant pouvoir compter sur les égards et sur les bons olikes d'un aussi proche parent. Plus que jamais, il se tint éloigné des princes confédérés, et tout en marianlsa iœurPhiliberte à Julien de Médicis, neveu de Léon X, il résista à toutes les instances de ce pape, qui, désespérant enfin de vaincre Tobstination du duc, prit un singulier parti. Léon X envoya sa propre cavalerie en Piémont sous les ordres de Prosper Golonna pour disputer, de concert avec les Suisses, le passage des Alpes aux armées françaises, sans en avoir obtenu le consentement du duc et malgré ses bruyantes protestations.' £n dépit de son humeur et de ses résolution^ pacillques»

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Charles 111 ne pamnaît jamais à éviter la gaerre dont il

fut toujours la première victime. •

Cependant, grâce aux secrets avis que le duc fit tenir * au roi son neveu, les troupes françaises parvinrent par des voies détournées et inconnues de Tennemi Jusqu'en* Piémont (1515). Charles III reçut François H à Turin, et s'efforça de i aniener à des négociations })aciliqnes. Luimême fut chargé par sou royal parent de traiter avec les Suisses, qui semblaient disposés à r^rendre leurs an* ciens engagements envers la France, pendant que le roi, à la tète de ses troupes et des auxiliaires fournis par le dnc, allait combattre dans le Milanais. Malgré tous ses efforts» Charles ne gagna que les quatre* cantons de Berne, de Fribourg, de Soleure et du Valais. Le traité de Galerate * rendit à la France les mercenaires de ces cantons ; mais les Suisses de tous les autres accoururent en foule au près du cardinal deSîon,en le suppliant de les mener au combat. Ce fut à une mort sanglante (jue ce belliqueux prélat les conduisit dans la , plaine de Marignan [1515). le n'ai rien à dire de cette bataille trop fameuse et bien connue dans ses moindres détails; je rappellerai seulement que TartîUerie piémontuse y rendit de grands services au vainqueur. La guerre allait finir, car personne à cette époque ue mettait assez d'acbarnement à la défense d'une cause pour y persister après une bataille aussi décinve. On se battait alors pour des intérêts, et il est rare que ceux-ci imposent des sacrifices absolus et une contenance désespérée. Lorsque l'on combat au nom d'un principe ou d'un sentmient, les vivants remplacent les morts, ft une défaite, loin de terminer la guerre, n'a souvent pour effet que cfe la rendre plus acharnée. Mais nous ne

400 H(ST01ftË D£ LÀ MAISON DE SAVOIE. *

. sommes escore qu*aa xti* âèd6« et la gaerre d'Italie it'étût qu'une guerre de conqaôte'. Tous léis ennemis de

•la France s'empressèrent de se réconcilier avec elle après la bataille de Marignan, et Charles 111, étant parvenu à Taire signer à tous les cantons un traité de paix avec la France (1610), put se croire arrivé au terme de ses souffrances.

Quels (lurent être par conséquent sa douleur et son étonnement, lorsque aussitôt après la conr^nsion delà paix, il reçut de François une sommation péremptoire de rendre à la duchesse d*Ângoulême sa part de l'héritage paternel; à René de Savoie, fils naturel du duc Philippe II» les fiefs qid lui avaient été confisqués; et à la France, enfin, Nice et^erceil comme fiefs détachés de la Provence et de la Lombardîe, ou hien de se préparer à la ' guerre (151S) 1

Le sang de ses aïeux sembla cette fois bouiUomier dans les veines de Charles III. Sa réponse fut ce qu'elle devait être : quelques mots seulement pour rappeler les services par lui rendus à la France, et le retour qull en recevait;, le déni le plus formel des droits qu'on s'arrogeait, et l'expression du plus ferme propos de résister jusqu'au bout à l'inique usurpation. Le héraut français reçut ensuite avec son congé une paire de gants remplie de pièces d'or, et un riche habillement. Cette fois pourtant, Charles 111 en fut quitte pour ces menaces. Les Suisses intervinrent auprès de François 1**, et lui déclarèrent qu'il eût à se désister de ses arrogantes prétentions, s'il ne voulait voir déchirer le traité récemment conclu avec eux. François 1" céda.

Mais Charles 111 n'était encore qu'au débu^t de sa pé-

CHARLES IIL m

nible carrière, et les dangers qu'il venait de courir n'étalent que le triste prélude de bien plus grands malheurcL Gharles-Qoint fat élu empereur d'Allemagne en 1519. Une implacable rivalité s'établît aussitôt entre lui et François I". L'Italie était la scène où ces rivaux devaient se rencontrer et se combattre jusqu'à la mort on à la ruine de l'un des deux, et les États de la maison de Savoie se trouvaient sur le passage de leurs armées. La poffltion de ce pays était des plus délicates. Un grand politique eût seul pu traverser sans naufrages tant et de si terribles écueils, tandis que Charles 111 n'était qu'un aimable bonnête homme ; il était aisé de prévoir qu'il succomberait dans la lutte imminente. Si le pays se releva plus tard de sa chute, ce fut grâce à son é'nergie na* tnrelle et aux grandes qualités des princes qui succéda rent à Charles 111.

Je ne saurais voir sans étonnement certains princes de la maison de Savoie aider la France à s'emparer du Milanais, et le plus grand nombre des historiens italiens blâmer Charles III pour la préférence qu'il témoigna à certaine époque à l'empereur Gbarles-Quint sur le roi de France son rival. La France, maîtresse du Milanais , doit tendre nécessairement à faire disparaître l'État intermédiaire qui sépare ses possessions. Peut-elle se résigner ^dépendre dubon plaisir d'un souverain étranger, pour établir entre ses diverses provinces les commU* nications nécessaires? Je trouve singulier qu'on ait pu le penser un instant, et qu'il y ait eu un Piémoutais partisan de la conquête^ du Milanais par la France. La domination autrichienne en Lombardie est infiniment moins dangereuse 'pour le Piémont que celle de la France.

Le duc de Savoie devait se résigner aux plus grands sacrifices plutôt que de laisser le Milasais à François * mais il devait agir avec une extrême circonspection. Nous allons le voir à l'œuvre.

Charles-Quint avait pour femme Élisabeth de Portugal, dont la sœur Béatrîx avait épousé Charles HT (1522). Cette princesse, fortement attachée à sa famille, travidUa constamment à séparer son mari de ses proprès parents, le roi de France et sa mère, la duchesse d'Angoulême. On l'a accusée d'avoir, par sa partialité et par l'influence qu'elle exerçait sur le duc, attiré sur le Piémont tous les maux qui Taccablèrent à cette époque ; mais la sommation faite par François à Charles UI, aussitôt après la conclusion de la paix dite perpétudle, est antérieure k l'avènement de Gharles-Quint, et à cette époque Charles III n'avait encore remlîi que des services > signalés à son neveu. Cela prouve suiTisamment que le roi de France visait à rattacher le Milanais à la France, en s'emparant des États intermédiaires. Ce dessein était si parfaitement conforme aux intérêts français , et son exécution importait si fort à la consolidation de la puissance française en Italie, que le roi de France, conquérant du Milanais, se fût montré indigne de sa haute position en négligeant d'assurer la durée de ses succès. Le doc de Savoie devait s'opposer par tous les moyens en son pouvoir à la conquête du Milanais par la Fiance; il y concourut au contraire, et dès lors toute sa vie ne lut plus qu'une lutte désespérée. La maison de Savoie était pour la première fois menacée de voir ses État^tomber au pouvoir de l'étranger et réduits à la condition de provinces françaisea. L' av ènement de Gharles-Quint pouvait lui offrir

guarlës III. m

une voie de saint, si Charles III eût été capable de l'a< percevoir et de la suivre. 11 eût été sacre à hii de prendre entre les deux rivaux le rôle officiel de pacificateur iinpartial, pendant qu'eD réalité il devait travailler à affermir la puissance impériale, et à chasser les Français du Milanais ; mais ce rôle de médiateur, il l'adopta de bonne foi, et dès lors il n'y eut plus pour lui un seul jour de sécurité ni de repos*

Menacé dans sa nouvelle conquête, François redes<» eendit en Italie à la tète d'une puissante armée (152â)> et Charles III lui ouvrit encore les portes de ses États, le reçut cordialement et magnifiquement dans sa capitale, lui prêta ses soldats , et travailla sincèrement à lui assurer par un traité la paisible possession du. Milanais* Ce fut François I** qui refusa tous les partis offerts et qui s'obstina à combattre. Dès lors Cbaries III se refroidit pour lui; il écouta avec plus de faveur les conseils et les prières de sa femme, ainsi que les propositions du connétable de Bourbon. Mais s'il était mécontent de François I*% c'était comme on Test parfois d'un ami qui se refuse à des démarches dont il se sendt bien trouvé, et qui se jette avec l'imprévoyance et 1 emportement de l'orgueil dans des embarras qu'on eût voulu lui épargner.

^ Charles III prouva bientôt en effet qu'il n'avait jamais cessé d'être le fidèle ami de François I*') on le vit clairement àladonleur qu'il n'essaya même pas de dissimuler lors de la captivité de ce roi (1625), et à l'offre qu'il fit à la duchesse d' An^i^oulême lorsqu'il alla la joindre à Lyon pour concerter avec elle les mesures à'preodre afin d'obtenir la liberté du captif; il lui ofirit de se rendre de sa personne en Espagne pour négocier avec l'empereur la

délivrance du roi. Si la duchesse d'Âlençoii remplit cette mission à sa place, ce fut parce que l'expérimeDtée Louise d'Angoulème avait grande conûaDce' dans l'habileté de cette princesse.

A peine rendu k la liberté, François l*' renia toutes ses promesses, et recommeiiçala guerre pour chasser Tempereur et ses Allemands du Milanais où ils s'étaient établis au grand mécontentement du Pape, des Vénitiens et du duc de Savoie. Mais au lieu de marcher droit sur Milan, François i" profita du libre passage que le duc de Savoie lui accordait à travers ses Ëtats pour s'emparer d'Alexandrie, d'Asti et de Gènes (1528), qu'il se proposait de garder; Gènes cependant lui échappa, grâce au coui âge entreprenant et à riiabileté d'André Doria.

La paix de Cambrai, conclue en 1529, mettait lin aux prétentions de François 1" sur T Italie, sans pourtant admettre celles de Gharles-Qaint. Les puissances signataires du traité garantissaient à Charles III la domination non contestée de ses États de Savoie et de Piémont, et à François-Marie Sforze celle du Milanais. ,Ce fut Charles- Quint qui donna cette fois l'exemple de la mauvaise foi dans l'exécution des traités. 11 rendit le Milanais à François-Marie, mus en- lui imposant le paiement d'une pension si exorbitante, que le ihalheureux duc se vît dans l'impossibilité de le satisfaire. Cette insolvabilué, qui n'était ignorée de personne, servit de prétexte à l'empereur pour garder, en qualité de gages, les châteaux de IKlan et la ville de (lôme..

Cbarles-Quint se rendit en 15B0 d'Espagne en Italie pour y être couronné par le pape. La cérémonie eut lieu à Bologne, où tous les princes itali^s se rassemblèrent

CHARL£S m.

p<mr rendre hommage an nouyel oint Le duc de Saifoie

y occupa l'une des premières places, et son beau-frère le traita avec les plus grands égards ; mais lorsqu'on passa des compliments aux affaires , la faveur dont Charles III avût joui jusque-là parut s'affaiblir considérablement Ce fut en vain que le duc de Savoie réclama son royaume de Chypre, dont la république de Venise s'était emparée au moyen de ces artifices qu'elle pu^sudaît si bien ; ce fut en vain que le pape, examen fait des titres du duc, les trouva parfaitement réguliers et engagea l'empereur à y faire droit; Venise l'emportja encore, et les droits acquis furent préférés aux droits écrits et légaux.

La possession du royaume de Chypre était plus importante pour Venise que pour le Piémont, et Charles III eût pu se consoler aisément de la perte de ce procès, en gagnant eeluî qn'il soutenait an sujet dn Montferrat. Le marquis Uoiiiiace et Georp:es Paléologue étaient morts à peu d'intervalle, sans laisser de postérité, et le duc de Savme réclamait leur succession à plusieurs titres. Le contrat de mariage d'Yolande de Montferrat, épouse d^Aymon, fils de Philippe I**, et celui de Blanche de Montferrat, mère de Charles II, assuraiciit à ces princesses et à leurs descendants la réversibilité des i^tats petmels dans le cas où la ligne directe et mâle des , Paléologues viendrait à s'éteindre. Je sois pourtant porté à considérer l'introduction de pareilles clauses dans ces contrats de mariage comme une formalité pluiùt propre à compliquer les embarras d'une succession indirecte, qu'à déterminer la valeur des droits des divers prétendants; car le marquis Frédéric de Gonzague, qui

dïspnUdt au duc de Savoie l'héritage du MoDtfemt^ ee fondait précisément sur une clause semblable de soncna-»

tiat de rnariap;e avec Marguerite de Montferrat, dernier rejeton des i'aléoloiino. On concevrait donc sans peine que les droits de la dernière des Paléologue fussent préférés à des droits de même nature, mais foùdés sur un fait remontant à une époque plus reculée, surtout si ces droits n'avaient jamais été revendiqués depuis, et si, comme je le pense, tons les contrats de niariage des princesses de cette maison, ou au moins la plupart, leur conféraient les lAéraes dfxûts, ce qui eût suscité des prétentions inoombraldes de la part de leurs descendants* Mus les droits de Charles 111 ne reposaient pas seulement sur les contrats de iuariage de ses deux aïeules. Dès l'année lââO, le marquis Jacques, battu par Philippe Viscooti et réduit aux dernières extrémités, avait acheté la protection d'Amédée VIII en se déclarant son vassal. Jl est' vrai qu'ayant réussi à se réconcilier avec les Yîsconti et croyant pouvoir se passer de la prot* ction d'Amédée, il avait tenté de se délier de son serment; mais cette tentative n'avait fait que resserrer davantage ses liens el empirer sa pontion ; car son iîls, qu'il avait cbai^ de séduire le fils d'Amédée pour qu'il l'aidât dans son «itreprise, ayant échoué, comme je l'ai raconté pins liaut, fut arrêté par le prince de Piémont lui-même et remis à son père. Gelui-ci reçut ensuite, en échange de son prisonnier, la ville de Ghivasso et toutes les terres du Biarquîsat placées sur la rive gauche du Pô, et obligea la marquis c^ déclarer par écrit que, la ligne mâle et directe des Paléologues venant à s éteindre, le marquisat tout entier reviendrait à la maison de Savoie.

CHARLES IIL m

De pareils titres furent mis de côté après une discnssioti qui dura plusieurs jours, et les conditions du contrat de mariage de Marguerite avec Frédéric Gonzague leur furent préférées. Le juge était pourtant le bean-frète da perdant. On dit alors qjae Frédéric de Gonzague avait donné trente mille éens à l*nn des conseillers de Veoipereur, et que les services d'un aussi grand capitaine que Gonzague étaient d'un plus grand prix aux yeux de rem-* pereur que Tamitié et les conseils de Charles 111. Tout cela est possible; mais ce qui est certain^ c'est qu'à cette époque déjà les tendances de la maison de Savoie inspi* raient de F Id quiétude aux puissances qui convoitaient r Italie. Plusieurs petits princes seraient plus facilement domptés, surtout lorsqu'ils étaient jaloux les uns des autres, qu'une monarchie considérable par son étendue et par sa bonne administration. Les choses ontpelles si fort changé depuis lors?

Pour dédommager le duc de la perte de f'hypre et du Montferrat, l'empereur lui fit don de la ville et de la comté d'Asti, comme formant la dot de sa belle-sœur Béatrix de Portugal. H invita en outre les deux (ils du duc, Emmanuel-Philibert et Louis, à venir achever leur éducation en Espagne auprès de son propre lils, qui fut depuis Philippe 11, et cette offre fut acceptée avec empressement par la duchesse, qui obtint aussi le conseiH tement de son mari.

Ces marques de faveur, par lesquelles Charles -Quint essayait de faire oublier à son beau-frère le double déni de justice dont il s'était rendu coupable à son égard, déplurent à François l*',qui n'avait jamais aimé Charles 111, mais qui, à partir de cette époque, le regarda comme

90Ù ennemi déclaré. Charles III pourtant n'avait accepté la comté d'Àsti qu'après avoir consulté François lequel d'ailleurs avait formellement renoncé à toute pré* tention sur cette province.

De nouveaux ennemis allaient surgir contre le duc. Ce n'ét^t pas assez pour ce màlbeureuiit prince d'être sans cesse et tour à tour menacé par les Français ou par les impériaux; les ennemis du pape et de. sa tyrannie devinrent aussi les siens.

C'était le moment des réformes religieuses en Aile* magne et «n Suisse* L'autorité des ducs de Savoie sur la comté de Genève et sur le Valais n'avait jamais été absolue. La ville de Genève surtout, ville impériale et épiscopale, était soumise à son évêcfue, à un vidame impérial et à ses comtes. Ces trois autorités s'étaient concentrées depuis plusieurs années dans la maison de Savoie, mais l'évèque pouvait être choisi ailleurs que dans cette famille; et ces trois pouvoirs, même réunis, ne formaient pas d'ailleurs une autorité souveraine, car à côté d'eux un corps municipal, composé de citoyens genevois, avait la plus grande part dans le gouvernement de la cité»

Mais la souveraineté des princes de la maison de Savoie avdt toujours été exercée avec tant de douceur et de modération, que les Genevois ne s'étaient guère préoccupés jusque-là de fixer les attributions et lesibornés des divers pouvoirs établis sur eux. Ce fut seulement à l'apparition des premiers réformateurs que Genève, 8*étant aus»tôt prononcée pour eux, vit, non sans surprise ni sans indignation, (ïliarles 111 prendre envers elle les façons d'un maître despotique, et prétendre commander même aux consciences. '

Les Genevois se lignèrent d'abord avec Fribourg. et plus tard avec les Bernois, retirèrent an âne le titre et

l'autorité de Mdame, s'armèrent et se préparèrent à la guerre. Cépendaot Charles III, entouré de ses conseillers et sans doute de quelques prélats, se livrait à l'examen de ses titres à la souveraineté de Genève, et ceux-^ci ayant été suflfisamment jugés en droit, il se flattait de les vofr reconnus par les Genevois eiix-nièmes. Peut-être y fùt-il parvenu en eûet, s'il eut laissé au pa|)e le soin de soutenir et de défendre sa propre autorité sur les consciences en révolte ; et, quand on réfléchit aux embarras cruels dont Charles III était alors assiégé, on ne peut s'empêcher de regretter son union trop étroite avec Rome et sa persistance à considérer les ennemis du pape comme les siens. Deux fois Tempereur parvint à apaiser le ressentiment des Suisses et à rétablir la paix entre eux et le duc, mais jamais les Genevois ne renoncèrent à la liberté de leurs consciences, et chaque fois qu'ils voulurent la constater par des actes, ils rencontrèrent daiis le duc de Savoie l'opposition d'un souverain absolu et indigné. Des deux côtés enfin l'irritation s'accrut à un tel point que la guerre semblait inévitable. Les fonctionnaires laïques et Ecclésiastiques placés à Genève par le duc et par le pape furent maltraités par les réformés, et le sang coula dans les rues de Genève. Les Bernois chassèrent l'évêque de • Lausanne, s'emparèrent de cette ville, des pays de Vaud et de Gex, du Genevois et du Gfaablais jusqu'à la Drance , pendant que les Yalaisans se rendaient maîtres du reste du Chablais, et les Fribourgeois du comté de Romont.

Ce fut alors, c'est-à-dire en lô3d, que Charles 111 re-

ÇtttdftFrançois 1**^ sommation salvante, qae le premier ' président du parlement de Paris, Poy et avait été chargé

de lui porter. Gliai les 111 devait restituer immédiatement à la couronne de France la succession de Philibert 1'', son frère, la comté de Nice et les villes du Piémont qui avaient autrefois relevé des comtes de Provence, ainsi que plusieurs villes détachées du marquisat de Saluées ; il devait cii outre faire h oui m âge au roi de France pour le Fauciguy. Pour colorer cette démarche hostile, François T' exposait ses propres griefs contre le duc de Savoie. La duchesse Béatnx avait prêté ses pierreries au connétable de Bourbon; quant an duc, il avait écrit à l'empereur une lettre de félicitations après la bataille de Pavie, et il avait accepté la comté d'Asti^ qui venait d'être enlevée à la France.

Charles 111 essaya vainement de se justifier et de conjurer l'orage, en rappelant les services qu'il avait rendus à laTrance, en expliquant ses propres droits sur les pays réclamés, et en se montrant peu éloigné de l erjoncer à la comté d'Asti. Le président Poyet se refusa à toute discussion, et exigea une réponse immédiate ,et catégorique. Si le duc de Savoie ne cédait sur tous les points, le président Poyet avait ordre de lui déclarer la guerre.

Quelque pacifi(|iie que fût Charles 111, il était d'une race qui ne connut jamais la lâcheté. L'imminence du péril sembla même avoir ranimé son courage. 11 répondit comme il avait déjà répondu & une sommation semblable, qu'il mettait. sa confiance dans la justice de Dieu, dans sou bon droit et dans son épée. La duchesse comptait en outre sur laprotection de son beau-frère, Charles- Quint.

CHARLES III. fit

François l"' ne perdit pas un instant U semble qu'en attaquant Charles III il satisfaisait une vieille bidne* Le

comte de Saint-Polfut envoyé, à la tête de vingt-cinq niille hommes de boDoes troupes, pour s'emparer du Bugey, de la Bresse et de la Savoie, que Charles 111 renonça à défendre alin de consacrer toutes ses forces an salut du Piémont. Mais que pouvait-il contre la France dtt xvi'^siëcle? Les princes féodaux qui, un siècle plus tôt, contre-balançaient le pouvoir des rois de l^'rance, n'étaient plus que des courtisans empressés à leur plaire et à les servir. La France était devenue une grande puissance, et la maison de Savoie ne régnait encore que sur un petit État.

Charles 111 avait confié la gai tie du pas de Siizc à Ton iceili et à Julien de Médicis. Parvenus sur les hauteurs dominantes, les Français les forcèreot à se retirer et à leur livrer passage. Dès lors Turin ne fut plus un lieu sûr pour le duc, qui se retira à Vercdl, pendant que Turin fermait ses portes et essayait un luiiiuiiie de résibUuice. Mais Turin n'était pas alors une ville forte comme elle le devint plus tard, et elle dut bientôt se rendre et prêter serment au roi, sans déroger, toutefois, ajoutèrent les citoyens, aux droits de leur souverain. Charles-Quint avait pourtant des troupes sur les frontières du Piémont, et le ^uc ne cessait de les appeler à son secours. Antoine de Lé va, qui commandait à Milan l'armée dite de la ligue italienne^, quoiqu'elle fût uniquement composée d'Espagnola, se mit en marche, et le duc eut un moment d'espoir. Mais, au lieu de se diriger vers Turin où les Français s'étaient retirés en apprenant les mouvements de ces troupes, et où ila étaient occupés à se for-

Ilf HISTOIRE DE LA MAISON DE SAVOIE.

tifier, le général espagnol marcha sur Toulon et Marseille. 11 était suivi par trente mille lionimes, et le duc, ne trouvant plus de sécurité dans ses États, l'accompagna dans la diversion ija'il allait tenter en Provence. Gharles-Quint avait rejomt ans^ son armée; mus il n'assista qu'à sa défaite. Marseille lui ferma ses portes, et l'armée de la ligue, campée autour de ses murs, fut décimée par une ûèvre mortelle. Antoine de Léva lui-même y succomba, et tons les brillants préparatifs qui avaient ranimé l'espoir de Charles III n'aboutirent qu'aux plus tristes résultats.

D'autres Impériaux, Julien de Médicis, marquis de Marignan, et le comte de Scalenghe assiégèrent les Français dans Turin; mais, pendant qu'ils s'efforçaient en vain de reprendre cette place, les Français s'emparaient de Ghivasso, de Saluces, de Honcalieri, de Garignan et de Chien.

La campagne suivante s'ouvrit sous de plus heureux auspices. Le marquis du Guast reprit Pignerol et toutes les villes delà plaine, y compris Albe. H battit en plusieurs occasions les Français, dont les mouvements et l'ardeiir

étaient paralysés par la discorde de leurs chefs. Mais François I" était résolu à ne rien négliger pour écraser le duc de Savoie, tandis que celui-ci soutenu par Gharles4)uiiit ne commandait pas à ses défenseurs, mais était réduit à accepter les secours qu'on daignait lui accorder; secours souvent insuffisants, détournés de leur but, et destinés à l'amoindrir presque autant qu'à le soutenir. Charles- Quint ne se souciait guère de voir un Etat puissant s'éta> blir sur les frontières du Milanab. U redoutait que les Français ne s'y installassent, et c'est pourquoi il leur fai-

CHARLES IIlT 143

sait la guerre ; mais son espoir était d'y placer un prince faible qui lui dut non-seulement son salut, niaîs son existence» et qui ne pût rien par lui-même. Aussi toute cette guerre fut-elle dirigée contre les Français» et n*eu^ell6 janoais le duc de. Savoie pour objet. Si le duc et la duchesse eussent conservé le moindre doute à cet és^ard, les conditions auxquelles fut stipulée la célèbre trêve de dix ans durent les convaincre complètement du peu de cas que faisaient les négociateurs de leur dignité et de leurs intérêts.

Cette trêve eut pour promoteurs le pape Paul IIL et TEmpereur.

François 1" avait envoyé de nouvelles troupes en Piémont, et les pertes que le marquis du Guast lui avait fait subir étaient déjà réparées. Toutes les villes reprises par le marquis de Mariguan avaient été de nouveau occupées par les Français et avaient été mises en état de défense ; le marquis s'était retiré avec ses hommes sur les hauteurs de Ghieri. Le Pape proposa à l'empereur de se rencontrer à Nice; d'où ils traiterdent ensemble avec le roi , et l'empereur accepta. L'étiquette exi^^eait cependant que de grands potentats leis que le l*ape et l'empereur ne séjournassent que sous la garde et la protection de leurs propres troupes. Nice, la ville choisie par les deux médiateurs pour le lieu de leur rendez-vous, était à cette époque la seule qui fût demeurée an pouvoir du duc, et dans laquelle il eût garnlbun. On comprend qu'il éprouvât quelque difficulté à l'évacuer et à s'en dessaisir, fût-ce môme en faveur d'aussi puissants amis, venus d*au8si loin pour lui

rendre service* Il olFrit de leur céder la ville et d*en re*

Wi HISTOIRE D*F: I.A MAIfiON DE SAVOIE.

tirer ses troupes, pourvu qu'on lui permît de garder le château ; mais la ville était dominée par le château, et on lui eut plutôt laissé celle-là que celui-ci. Cependant les soldats et les officiers piémontais, enfermés dans le château et décidés à garder à tout prix ce dernier refuge de leur prince, craignant aussi que le duc ne pût résister davantage aux pressantes instances de ses protecteui-s, prirent une énergique résolution.

Simulant une mutinerie, ils se rendirent armés et tumultueusement au palais habité par le jeune Philibert- Emmanuel, revenu d'Espagne avec son oncle, l'enlevérent, et l'emportèrent dans le château où ils se déclarèrent prêts à se faire sauter avec le jeune prince si on leur commandait d'en sortir. L'enfant joua parfaitement son rôle dans cette première aventure de sa poétique existence. 11 sembla d'abord ne céder qu'à la violence et à la terreur, mais une fois en sûreté derrière les fortes murailles du château, il remercia ceux qui l'y avaient amené, et il encouragea la garnison dans sa fidèle résistance. Emmanuel-Philibert n'avait alors que dix ans.

Le Pape et l'empereur s'offensèrent de ce qu'il leur plut de regarder comme un défaut de confiance de la part du duc, et ils s'établirent sous des pavillons au pied du château. On a voulu attribuer à ce mécontentement la singulière rigueur des conditions qu'ils imposèrent dans la suite au duc; mais il est peu vraisorablable qu'ils eussent exigé en aucun cas plus qu'il n'était dans leur intérêt d'obtenir, ni qu'ils se fussent contentés à moins. Quoi qu'il en soit, une trêve de dix ans fut consentie par le roi de France en faveur du duc de Savoie , grâce à l'intercession de Charles-Quint et de

CHÂltLISS fil. • lis

Paul \{[ ^1538). Pt'TiHRnt ces dix anmH»*^, la France ait garder la Savoie, et l'empereur le Piémont. Quant à Charles ill , on ne lui laissait que Nice. Il éleva des plaintes mais nul ne les écouta. Étant allé peu de temps après' siéger comme prince de l'Empire dans la diète de Hatishoniio, il y protesta contre le traité qui le dépouillait de ses États ; mais il n'obtint cette l'ois encore que <le vagues assurances de voir ses droits re- ' connus lôrs ée la conclusion de la paix générale et défi- Bîtive.

La condition du duc de Savoie soinhlaiL désespérée. Ni Tun ni Fautre de ses trop puissants voisins ne lui portaient aucun intérêt, et la Savoie convenait à la France aussi bien que le Piémont à l'empereur, mattre du Milanais. Si ces deux souverains fussent parvenus à s'entendre pour la conclusion d'une paix générale, la maison de Savoie ne pouvait éviter sa ruine. Oui donc aurait pu forcer la France et l'Empire à se dessaisir de provinces si fort à leur convenance, et dont ils étaient déjà en possession? Et comment snpposeï- qu'ils s'y décidassent spontanément ei de leur plein ^ré? D'autre part, là guerre se rallumant entre le roi et l'empereur, l'un et Titutre garderaient plus résolument que jamais des ter* ritoires qui leur serviraient à s'uttaquer et à se défendre réciproquement. Si le -duc Charles eôt conservé assieîs d'importance pour devenir un allié utile à la France ôu à l'Espagne, il pouvait, en s'uttachant franchement et complètement à Tune <i*elles, recevoir de celle qui l'emporterait'mr Ilmtre ceux de ses domaines dont elle se serait séparée avec le moins d'inconvénient ; mais le mal* heureux prince, réduit comme il l'était à la seule ville ce

m HISTOIRE DB LÀ MAISON D£ SAVOIS.

Nice, ne coiiiplaiL plus même parmi les puissances de second ordre.

Et cepeadant loin de périr, la maison de Savoie se releva de sa profende chute » et poursuivit d'un pas plus assuré que jamais sa marche victorieuse yers là souveraineté de l'Italie. Ce que le duc Charles ne pouvait tenter, son fils l'acconiplit par la seule force de sou bras et .de son intelligence. Il sut se rendre nécessaire à l'empereur, et lui faire accepter ses conditions. Hais n'anticipons'pas surlesévénements, et suivons jusqu'au bout de sa triste carrière T infortuné Charles III.

L'intention de l'empereur et du roi, en gardant pendant dix années les États de la maison de Savoie, était évidemment de détacher petit à petit les populations de ces contréesdeleurslégitimeset.bien'aîméssouverains^de lés accoutumer à un régime nouveau, et de préparer l'Enrope à l'usurpation définitive du Nord de l'Italie. Mais dix années é taient un trop long espace de temps pour queFrancois i^' le laissât s'écouler sans combats. Deux Italiens au service de la France furen t assassinés en Lombardie (iôAl) ; et, sur ce prétexte, le roi de France attaqua immédiatement Nice, dernier refuge du parent qu'il avait dépouillé. 11 n'était pourtant pas seul à tenter cet to eiUreprise : il avait su se ménager un allié, et cet allié n'était rien moins que le célèbre Barberousse, amiral de Soliman, vice-roi d*Al-> ger et roi de Tunis. Les Turcs et les Français, les lis et

croissant marchèrent enseud)le à l'attaque de la croix blanche de Savoie. Mais iNice leur résista (15A3).

Après huit jours de travaux assidus, trois brèche furent ouvertes par les assaillants dans les murs de la ^ ville; mais les poitrines fidèles des Niçards remplacèrent

CUAâLëS 111. i\l

les pierres écroulées, et la ville ne fut pas encore prise. Les femmes elles-mêmes soivireot leurs maris à la* défense de leurs marûOes , et Tune d*elles, Catherine Ségurne, s'avaoçant bravement sur Tune des brèches, en arracha un drapeau turc et l'emporta à travers mille dangei^. Ce fut une glorieuse journée pour Nice ; mais celles qui la suivirent furent des journée^ de deuil.

Le gouverneur jugea que la ville n'était plus en état de résister, et signa uue capitulation houorable et prolectrice» que les Turcs violèrent aussitôt, commettant d'adreuK outrages contre la population désaimée, et enimenant chargés de. chaînes des femmes et des adolescents. La citadelle ne fut point comprise dans la capitulation, et elle résista. Elle eût résisté jusqu'à ia mort de sou dernier défenseur; mais elle ne fut pas réduite à de telles extrémités. André Doria, par mer, et le duc luimême, par terre, accoururent à son secours, et les troupes franco- ottomanes battirent en retraite. Nice demeura encore le seul asile de son feou\ erain.

Les Français pourtant s'emparaient de toutes les villes pîémontaises que la trêve avait réservées à l'empereur. Le jeune et brave comte d'Enghien, frère cadet du roi Antoine de Navarre, commandait les troupes françaises; les Impériaux obéissaient tour à tour au marquis Du (juast, à Prosper Colonna, à Julien de Médicis et au marquis de Gonzague. Ces généraux, jaloux les uns des autres, songeaient bien plus à se nuire mutuellement qu'à battre l'ennemi. Gonzague» rival de Charles Ul pour la possession du Montferrat, ne voulait pas remporter de victoire

pût tourner au proût de son couipéliieur. Cependant un traité fut conclu (15AA) entre le duc, le roi et Tem-

HISTOIRE DE hX 1IAI$0N DE SAVOIE.

pe]:^^r ; cooditioa pffiocipale éuit. ]» mriage du Qond fils du roi de France avee un» prînœaee espm^ 'gpde, et la création d'un apanage pour Qe jeune prince. Mais celui-ci étant mort l'anuée buivftule, ou se prépara 4e nouveau à la.gueiTQ.

Clxarles ill envo^ des. ambaseadeore à la diète de Spire en iôA&,^ pour y réclamer au moins la restitution de cette partie de ses États que les Suisses avaient envahie. Le» a.iiib..i,sc3adeuis furent écoutés avec attention et faveur. La condition de ce prince, dont tou& les voisins semblaient d'accord pour s^'eoricbirdeses^léfiOuiUeS) était bien faite pour toucher les membies delà diète, qui dV vaient rien h prétendre au partage de ses États. La diète déclara eu effet que les droits du duc de Savoie sur certaines j)arties du littoral genevois^ étaient incontestables^ et décréta que ce tetritoire lui serait rendu. Mais ce décret, qui suffisait à sanctionner, les-droits^du duc, était, impuissant pour les faire respecter. Il eût fallu que le duc disposât d'une armée pour le faire exécuter. Il était seul, et la diète ne lui fournissait ni un soldat» ni un denier pour en acheter ; dès lors rien ne- fut changé à l'état des^chosesi» Les Suisses demeurèrent en possession du territoire appartenant d&droit au'duc, et celui-ci dut se convaincre qu'il n'avait rien à espérer de la justice des honunes.

La mort de François I", survenue en 15/j7, n'eut, d'abord aucune influence sur la marche des affaires» son successeur Henri II étant résolu à ne se détourner aucune» ment de la ligne politique suivie par son père. Une autre moi t , qui suivit de près celle-là , devait avoir de plus gravesel de plus heureuses^ cu^iséfiiu^ces-. AccaUé pac le^

SBI'MfHJlKL-rHtUMiirR m

iiitirmités, p4# l'âge et le malh«wr,.GiHii4e8 Hi se sentait^ depui» quelque to«ip0 âécUner ver»^ ]&r tombe. H y é»ceodit m 1669^ à Fâge de setxaDte-sni ans, aprëm- m

règne de près de cinquante ans, et qui semblerait encore plus long si on l'évaluait à la mesure de ses désastres. C'est à Verceil qu'il roaunity^iioa pas que cette ville lui â^partlnt, mais parce qfue l'empereur,- ùont les tmypa» Itœcupaieat* kt ara^periai» de YhMlBBf,

■aUlAMUMr- FIIILll«»f.

Emmanuel-Philibert ne snecédait qu'aux droits de sen père. Béjà, lorsque la trêve de ?9ice avait dépossédé

Charles 111 pendant dix ans, Philibert, quoique âgé seulelueulde dix-sept ans, s'était décidé à quitter son malheureux paysf et à aller apprendre le métier des armes et l'art de laguerresotts l'empereur son oncle* Charles III n*y avait consenti qu'à regret , mais la volonté du prince était de celles auxquelles on résiste ditîicilement, et il en avait donné des preuves dès sa plus tendre enlaace. Philibert passa successivement par tous les degrés de la taiérarchie militaire, ^t parvint, à force de valeur et de génie, aux premières dignités de l'armée. Le roi de France, qui i'iivuiL devitié, essaya par de brillantes promesses de l'enlever à l'empereur e^t de se l'attacher ; mais Philibert tenait fortement au parti qu'il avait embrassé, et il i-epeussa constamment les offres de la France. François I"

lui avait écrit de sa propre maiii en chargeant son ambassadeur près de Gbarles-Quint de remettre sa lettre au prince. Celui-ci la prend des mains de l'ambassadeur, et voit que l'adresse en était ainsi conçue : à mon cousin le

fils du duc de Savoie. Aussitôt il rend ia letti e sans Touvrir, en disant : cette lettre n'est pas pour le prince de Piémont. G'éuût là de Torgueil ; mais un prince injustement dépossédé peut et doit en avoir, surtout envers ses spoliateurs.

Philibert avait enfin obtenu de l'empereur d'aller com- . mander une partie des troupes employées en Piémont • contre les Français; mais il s*y heurta contre Tanimosité ùit Guuzague, qui haïssait les princes de la maison de Savoie en raison de la crainte et de la jalousie qu'ils lui inspiraient, et qui, par conséquent, était encore plus mal disposé envers le fils qu'envers le père.

Dans plus d'une occasion Philibert s'était rendu^fort utile à renipercur et à l'infant d*Espa-4ie, qui lut depuis Pliiiippe IL Sa sagesse et sa pi udence dans les conseils étonnaient plus encore que sa bravoure et la rapidité de ses résolutions sur les champs de bataille. Les sentiments d'estime et d'affection ont peu de prise sur le cœur des souverains, et Gfaarles-Qiiint avait bien montré par sa conduite envers le duc de Savoie (jue les liens du sang n'avaient pas plus d'influence sur lui que ceux de l'amitié ou de la reconnaissance. On eût dit pourtant qu'Enmianuel-Pliiiibei t avait trouvé le chemin de ce cœur impénétrable, et il se peut que le brillant courage, la rare intré? pidité et cet heureux mélange de grandeur et d'adresse qui distinguèrent toujours ce prince eussent inspiré à Charles-Quint une véritable sympathie. 11 est certain qu'il

£MMANU£L-PUILIB£RT. ISI

existait entre le vieil et tout^puissant empereur et le jeune

prince sans États quelques traits de ressemblance qui devaient les flatter tous les deux. Charles Quint aida souvent son neveu à remporter sur ses rivaux dans le oomnoandement de ses armées, et il lui fournit, chaque fois que l'occasion s'en présenta, les moyens de f»re briller ses rares talents et ses vertus plus rares encore.

Déjà, du vivant de Charles III, l'empereur lui avait rendu quelques-unes.de ses villes. Pourtant, lorsque Philibert reçut la nouvelle de son propre avènement, il ne

succédait effectivement qu'aux villes de INice, de Coni, de Fossano, de Cherasco, et aux territoires d'Aoste et d'Asti. Irait-U remplacer son père dans sa triste position» an milieu des débris de sà puissance détruite ? Écraserait-il le petit nombre de ses sujets d'impôts exborbi* lanls et supérieurs ii leurs moyens, pour tenir une cour, en présence d'eiiuemis qu'il ne pourrait combattre? Errerait-il en prince dépossédé autour des anciens domaines de ses ancêtres? Sa grande âme se refusait à su« bir les humiliations que son père avait acceptées et sous lesquelles il avait succombé.

11 jugea que sa place était là où il pouvait acquérir de la gloire et de l'influence sur les arbitres de son sort, U savait qu'il trouverait chez les Impériaux d'Italie l'hostilité de Gonzague et des desseins opposés à ses intérêts. 11 préféra agir sous les yeux de l'empereur et plus près du roi de France, ([ui avait appris à le craindre. Henri II eût fait df^ c^i ands sacrifices pour enlever ce général à son ennemi. Il lui laissa deviner qu'il lui rendrait une partie de ses États, s'il voulait accepter le commandement de

m HISTOIRE LA MAISON DE aAYOIE."

a«»^iip«8 coBtrd rempeiearv Piiilibeftn'liéaîUi pss ti» moment, car il n*ét«t pas homme à suivre et à attaquer

tour à tour le môme drapeau. Il ne voulut devoir le rétabUsseroeot de son autorité qu'à l'éclat de sa reouaimée ei à l'importance de ses sei*vice». De pareik» princes sont plu» rares que lee M^usies et les Césars.

Bieritdt pourtant sen plus solide appui vint à \m manquer. Cliarles-Quinl abdiqua (1550) et su retira dans le couvent de Saitf truste, euKspaguet laissant le trône à son ùhk Philippe, mais nonaane-Iui recommander d'écouter les: CABseils et d'employer la valeur du jeune duc de Savoie. GWles^Quint ne déposa certainement pas la couronne, qu il avait portée avec tant d'éclat, sans éprouver ces profondes émotions qui ramènent d'oixlinaire à la surface de» cœurs émus- les pensées qui y sont demeurée» longtemps ^encieuses et cachées; Les voix de la justice et de rbumanité se font entendre alors; les regM^el» et les remords des fautes commises , le désir de les réparer et la crainte il avoir à les expier, tout cela parie Itaut , qu^uefois plus haut même que les passions violentesr qa*OB a seules écoutées jusque-l&i Gharles-Qulnt se rappela dans doute ce beau-frère qu'il avait trahi et fouié aux pieds, dépouillé de ses bieus, poussé pas à pas dans Tabime, et qui, en attendant l'iieure de sa Justice, avait traîné pendant vingt ans l'existence de Texilé. Il se soBvint sans doute aussi de ce jeune homme qu'il s'était engagé à traiter coonne un' fils, qui l'avût toujours servi et honoré cuinme un ])ére, etqui, pour prix de sa licidiLé, était lui-même privé de sou héritage, exilé comme son pèro, et voyait seer sujets traité» en peuple conquis. Ces réiMso«»le tronUèreàt assméMeat, et s'il est vrai q«'^

wnt de se séparer de aoa dis, il Tm Mtenjomt de reedreà-

Philibert ce qui ka ciait dii. rien ne doit moins nous^ étonner. Bien d'autres, placés coiiHue T était Philibert, euaseat perdu courage en se sachant livrés à la jeconnaissance de Philippe 11; Philibert redoubla d'efforts pour la mériter de telle sorte que lui-niènae ne pût la lui refuser.

Je n'ai qu'iiii mot à ajouter pour expliquer comment il y réubsit : la bataille de Saiot-Queotin fut gagnée par lui (i&67} . Le roi d'Hapagne, alors à Cambrai, se rendit aussitôt sur le ohansp de bataille, pour y complimenter le duc do Savoie et recevoir de lui cinquante drapeuux, trente cornettes, vingt guidons, dix-huit grosses pièces d'artillerie, et un si grand nombre de prisonniers qu'on ne savait comment les garder.

i'al dit plus haut qu'il existait entre Philibert' et Gharles^uint quelques traits de ressemblance ; mais de peur que cette assertion ne soit jugée téméraii e, je vais ro^puyei* d'une preuve. Après la bataille de Saint-Quentia, OD tint conseil au oamp espagnol ppur décider com-' ment on profiterait de la victoire* Philibert conseilla hardiment d'abandonner le siège de Saint-Quentin et de imuclier droit ^iiu" Paris avant que Taiinée ennemie eut pu se rallier, et la capitale revenir de la terreur dans laquelle la plongerait la nouvelle de cette journée. U appuya son avis par de bons arguments ; mais le caractère de Philippe II lui interdisait tou jour» les résolutions* hardies. « Il ne faut jamais pousser à bout un ennemi vaiocu, » répondit-il aux instances de Piiiiibert, et il lit cootiiHHar le sié^ <k Saint-QueiUiii, qui se défendit Iob^ tempsu. Mms loKs^ue htoenvelle de ceMet immeosA vie-

toire arriva h Charles-Ouint, il interrompit la lecture de la dépêche qui la contenait, pour demander: a Mon ftls est-il à Paris? » Et sur la réponse négative qu'il reçat, il

tourna le dos et se retira sans eutendre la ûu de la dépêche*

La guerre continuait au Nord et au Midi. Là où Philibert commandait, les Impériaux étaient vainqueurs; en « Piémont, au contraire, où les troupes espagnoles obéissaient k des généraux espagnols, elles étaient constamment battues. Des quelques villes du Piémont que Charles III avait reçues de Charles-Quint, deux seules ap* partenaient encore à son tiis, l ossano et Goni ; Brissac • s'était emparé de toutes les autres. 11 voulut prendre Coni, y mit le siège et y donna l'assaut avec dix-huît mille hommes, tandis que la garnison piémontaise n'était composée que de huit cents. Coni pourtant ne fut pas pris. Les femmes mêmes combattirent sur la brèche et les assaillants furent repoussés. En même temps, Henri II, pressé du côté de la Flandre et des Pays-Bas par les Espagnols,, sous les ordres de Philibert, ayant perdu Sàint-Quentin, Noyon, Ghauni, se vit dans la nécessité de rappeler d'Italie le duc de Guise avec ses troupes et une partie considérable de celles qui occupaient le Piémont, sous Brissac. Ainsi affaiblie, l'armée française, qui jusque-là avait toujours été victorieuse, commença à perdre du terrain. Dégoûté d'un système de guerre qui lui coûtait depuis tant d'années beauconp d liommes et d argent, sans amener aucun résultat satis* faisant, Philippe ordonna impérieusement à ses généraux d'iialio (le pt oliter du moment et de chasser les Français du .territoire piémoutais. Le duc de Sessa, à la tête de

EMMANUEL-PHILIBERT. m

trente mille hommes, obéit; il reprit Gental, Démonte,

Rocasparv iera, Roccavion,.Moncalieri, et ne s'arrêta que devant Casai. •

Le rcA de France, ne pouvant plus continner la guerre avec avantage, souhaitait ardemment la paix, et Philippe Il refusa rarement les profits qui lui étaient offerts

en vue de profits pins gi ands, mais éventuels et qui exigeaient plus de peine ou présentaient plus de dangers. Philibert prit une grande part au traité de Càteau-Cambrésis. il était parvenu à inspirer une parfaite confiance à Philippe II, au plus soupçonneux des hommes et des rois, qui vit des conspirateurs jusque dans sa femme et dans son fils. Il est vrai que Pliilippe U était encore jeune à cette époque, et que la méfiance est pour Tordinaire une infirmité de la vieillesse, mais ce prince fut précoce et ii*eut jamais ni les défauts ni lesvertus du jeune âge. Philibert, d'ailleurs, lui avait rendu de si grands services; il avait constanunent parlé et agi avec tant de dévouement et de franchise, sansdissimuler aucune de ses préientious ni de ses espérances, toutes parfaitement légitimes, puisqu'elles n'avaient pour objet que la restitution de ses Étais, que Philippe 11 se rt^iiiit presque eniièreaient à lui pour les négociations de Gâteau - Gambrésis. Par ce traité, conclu en lôô9, le duc de Savoie était réintégré dans ses Ëtats, et il épousait la sœur d'Henri II, Marguerite de France, déjà âgée de près de quarante ans, mais belle encore et distinguée par son esprit et par ses talents. Le roi de France, qui croyait peut-être à la validité de ses droits sur le Piémont, exigea obstinément que Turin, Pignerol, Ghieri, Ohivasso et Villeneuve d'Asti lui fussent laissés jusqu'au jugement que prononceraient

1^ HISTOUE D£ LA WÀISON DE SAVOIE.

des arbitres entre le duc de Savoie et hn. Jalowc ée ces préteotioQS, Philips II décida de son coté qu'il ganlerait Asti et Vercell. Philibert adhéra sans trop de répugnance à ces conditions, assuré qu'il était de la plénitude et de révideoce de son droit, qu'aocon arbitre n'oserait inécoanaltre «t repousser à la face du neode entier, juge en dernier retisort ici-bas.

On supposa alors qu'il existait une ciiiuse secrète réversil)ililr du l^iémont à la France dans le cas où Philibert mourrait sans laisser d'enfants, et l'âge de sa fiancée semblait fustifier Tespoir du roi. Si eette suppos^îttofi est cotiiorme a la v érité, il i allait que Philibert eût pleine confiance non-seulement dans son bon droit, mais dans sa bonne étoile. En ce cas, l'avenir prouva qu'il avait en raison d'y compter. Henri II niourut par suite d'un accident survenu pendant les fêtes données à Paris, à Toccasion du doubie mariage de Marguerite avec Pliilihert, et d'Elisabeth, iille de Henri II, avec Philippe H, veuC de la reine Marie d'Angleterre (1559). La Franœ allait être déchii*ée{)ar mille troubles intérieurs, et ne pourrait de longtemps envoyer ses années en Italie, l^ilibert, qui leprévit, alla trouver le l oi d'Espagne dans les Pays-Bas avant de rentrer dans ses États, pour y presser la restitution de ses places.

La Savoie et le Piémont revoyaient enfin leur prince, et celui-ci se retrouvait au milieu de ses fidèles sujets^ dont il était éloi^rfé dépuis l'âge de dix-sept ans. Il en avait alors i renie et un, car son retour eut lieu en 1559. Les populations le reçurent avec des transports de jote qui durent lui faire oublier les amertumes de son long exil. Mais les effets de œt exil ne tardèrent pas àparaitre»

«t ik-étoieiit dépS^rableg. GepemiaM, « lavande Am,

m h 8ubiiii)ti courage (le Philibert ne reculèrent devant la tâche immemie qui lui* refilait à accomplir. Maie avant -^e passer à reKatnen de cotte partie de la carrièK d'€mmanuel-Pbilibert, dans laquelle il se montra légidateor, ébonomieteet réformateur, qu'en me permette d*acbeiver le récit des événements de son règne qui se rapportent à la {>oliii(iue étrangère.

Malgré l'âge 'de la dvohewe Maif^uerHe «t lee -espérances de son frère Henri II, Philibert eut d'elle un fils pendant Tannée qai «uivit celle de son retoor, et oe (ils dont Texigtence était si précieuse, échappa à tous les périls de l'enfance et de la jeunesse. Ce fut lui qui succéda à son père, et il se montra, sous plus d'un rapport, digne de lui succéder, le ne saurais lui adresser Mn éloge plus flatteur.

Un congrès fut assemblé à Lyon vers la fin de 1 année la4}2, pour régler les prétentions de la France au sujet du Piémont. Les raisons qu'alléguait le duc ne firent aucune impression sur Catherine de Médicis, qui se résignait sans peine à porter atteinte au bon droit et à la justice ; n)ais uueconsidération d'un ordre moins élevé sauva le IHéniont. La cour de France ne pouvait envoyer de troupes eu Italie, et Philibert ne pai-aissait pas disposé à souffrir en paix un aussi révoltant déni de justice, Catherine céda donc et rendit Turin et les autres villes occupées, à l'exception toutefois de Pignerol; de pins, elle^ se fit remettre La Pérouse et Saviglian, qu'il lui plut de considérer comme indispensable à la sécurité de ses frontières et à la conservation d« marquisat de Saluoea. Os séml^ait mck miblié que la question da marquisat de

m UiSïOlKË DE LA MAISON D£ SAVOIE.

Saluées n'avait jamais été vidée, et que le duc de Savoie avait constammeot protesté contre la souveraineté que la France avait essayé plusieurs fois de s*en adjuger. Mais Philibert garda prudeiinneut le silence et livra les deax places exigées sans faire aucune réflexion sur le motif allégué pour les occuper. Il savait que ses droits reposaient sur des documents écrits, que le temps ne pouvait les invalider, et que l'occasion favorable se présenterait un jour soit à lui-même, soit à ses descendants, de réclamer et d'obtenir justice.

QuaM au roi d'Espagne, il avait déjà consenti à échanger Verceil contre Sautbia, ville d'une moindre importance. Mais Asti lui restait encore. .

Philibert se préoccupait aussi de ses démêlés avec les Suisses, et il était impatient de rentrer en possession dèsbelles contrées que son père avait perdues par ses querelles avec les cantons. Philippe II et le pape l'encourageaient à attaquer Genève à main armée et lui promettaient des secours considérables pour l'y décider. En voyant le dévouement de Philibert pour Philippe il, et la fidélité, je dirais presque enthousiaste, avec laquelle il le servit pendant ses premières guerres contre la France, on est forcé de conclure que, malgré sa sagacité et sa pénétration, il ne connaissait qu'imparfaitement le caractère du roi d'Espagne. Aussi le voyons*nous ajouter encore foi à ses promesses, et entreprendre, en y comptant, la conquête de Genève. Les assurances du roi d Espagne n'eurent aucun effet, non plus que celles du pape, et Philibert, qui avait entrepris cette campagne avec des moyens insuffisants, et en vue seulement d< s f=;ecours promis, connut bientôt sa faute et s'empressa de la réparer.

£MMâNU£L-PH1L1B£RT. 4X9

11 ouvi it donc des négociations avec les cantons, qui, de Ieurc6té,préféraientkpaixàlagaeiTecoDU«ancapit^^ tel que Philibert. On s'entendit sans peine (156A). Leduc céda le pays de Vaud aux ikrnois, et se ût rendre le pays de 6ex , le Gbablais, et les bailliages de Temier et de Gaillard. Il contracta, en outre, une alliance perpétuelle avec les Suisses, alliance qui ne fut vraisemblablement agréable ni an roi d'Espagne, ni au pontife romain. Ce fut vers la même époque ^que Philibert retira ses troupes des Quatre Vallées, où- il les avait envoyées pour en réduire les protestants, qu'il termina ses dillurends avec les babitants du Valais (1569), et qu*il accorda aux rô* formés la liberté de leur culte, concesmon qu'il ne retira jamais, quelques instances qui lui eu lussent faites de plusieurs côtés. C'était un acte extraordinaire alors de la part d'un souverain sincèrement catholitiue. Mais Philibert était supérieur aux préjugés de sou siècle, et sa conscience né lui reprochait rien de ce qui avait pour but et pour effet le paisible développement de la prospérité de son peuple. Ce ne fut qu'à la mort de Charles IX, lorsque Henri 111, son frère, revint de Pologne à Paris, en passant par Venise et par le Piémont, que Philibert, étant allé le recevoir à Venise et Payant accompagné à travers laLombardie et ses propres États juscjira Lyon, obtint la restitution des trois places gardées jusque-là par la reine Catherine, Pignerol, La Pérouse et SaviUian (167i) . On a peine à se rendre compte des motifs qui décidèrent Henri lU à cette restitution, et l'on serait tenté de croire , que Philibert lui-même regarda cette conéession comme lui imposant une reconnaissance sans bornes, puisque

nous le voyons bientAt après aider efficaoementHenri IH

m inSTOiRK DE LA MAISON DE SAVOIE.

à rentrer en possession du marquisat de Salaces, que le maréchal de Bellegarde avait essayé de s'approprier. Il ne cessa dès lors d'agir en sincère ami de la France , et le cruel égoïsme de Philippe II, qui se montrait de plus en plus à découvert, lui inspira plus d'une fois la pensée (lui-même l'a dit) de devenir Français. Tous les Italiens de cette époque étaient malheureusement ou Français, on Allemands, ou Espagnols ; et, si Philibert résista à la tentation de devenir Français en cessant d'être Espagnol, ce fut grâce à l'admirable instinct qui accompagne le génie, plutôt qu'à la conscience nette et précise de ses intérêts et de ses devoirs comme Italien. Philibert rendit donc plus d'une fois senice à Henri Ilï, et il lui prêta des troupes pour réduire à l'obéissance les protestants. Cet acte de condescendance l'exposa même à un grand danger, car certains protestants, qui servaient dans le corpsd'armée prêté par Philibert au roi de France, indignés du service auquel on les destinait, complotèrent de se débarrasser par un assassinat du maître qui les envoyait ainsi combattre leurs coreligionnaires. Le complot échoua, et Philibert ne s'en inquiéta guère.

Du moment que la France ne consenait plus un seul soldat en IHéniont, l'Espagne ne pouvait décemment y occuper aucune place. Philippe 11 rendit donc Asti et Santhia. La joie que Philibert témoigna alors montre assez quelle avait été jusque-là sa douleur. « Dieu soit loué I 8*écria-t-il , je tiens enfin les clefs de ma maison ! »

Le Piémont et la Savoie étaient depuis près de trente ans le théâtre d'une guerre incessante et les victimes de l'occupation étrangère. Ces malheurs les avaient frap-

pés, araol même qué les popalations de ces cootrées

eusseut eu le temps de se fondre les unes dans les autres sous r influence d'un gouverueinent et d'un r^ime unir forme. Elles s'étaient isassemlilées autour de la maison de Savoie comme antour de ]a protectrice la plus piûssaute et la moins tymnnique qui s'offrit à elles, soit en sOi taiit de la rc[)ui>lique ou d'un gouvcrncinent municipal, soit en échappant au despotisme farouche de maîtres cruels» soit eaiiu qu'eUes eussent été cédées aux princes savoyards par leurs anciens maîtres, devenus trop faibles pour les garder, ou par les lois et coutumes féodales qaà réglaient les successions des États comme celles des meubles d'une maison. Les princes de la maison de Savoie étaient aimés de leurs sujets, même des derniers venus t mais c'était de cette affection qu'inspire naturellement un maître peu exigeant; et personne alors, ni en Savoie ni en Piémont, ne songeait à bénir la destinée qui l'avait appelé à faire partie d'un État indépendant tendant à s'a^andir et à absorber en lui tous les autres iÉtats ses voisins, pourvu qu'ils fussent composés des . mêmes éléments* Nulle pensée de ce genre n*avait encore pénétré dans l'intelligence de l'honmie ; il y avait alors de grands philosoplies, des poètes, des artistes qui avaient projeté leur éclatante lumière sur le monde; mais les mots mêmes de nationaUté et d'indépendance étaient tout aiiasi inconnus que ceux de gaz ou d'électricité.

Une occupation étrangère de trente années ayant lieu parmi des populations ainsi disposées, devait nécessairement y engendrer la confusion, le désordre, la discorde et la misère. Le projet de François I*' etde Charles^ Quiot de détacher ces populations de leur souverain, et

m HISTOIRE DE LA MAISON DE SAVOIE.

de les accoutumer à la forme du gouvernement français ou impérial, projet qui se trahit dans les conditions de la trêve de dix ans, échoua par l'effet de la guerre, qui se ralluma aussitôt après la trêve et qui se prolongea sans interruption jusqu'à la paix de Câteau-Cambrésis. Ce ne fut donc pas pour suivre un plan tracé à l'avance, mais pour faire face aux nécessités du moment que les chefs des armées d'occupation établirent dans plusieurs villes du Piémont les lois et l'administration de leur pays natal. Ils n'en connaissaient pas d'autres ; ils n'avaient aucune confiance dans les Piémontais et voulaient tout diriger par eux-mêmes. La naïve conviction de sa supériorité sur le reste des hommes a formé de tout temps l'un des traits les plus saillants du caract(M"e français. Rien ne doit donc moins nous étonner que de voir les généraux de Louis XII et de François I*' se bâter d'établir à Chien, àChivasso,àAlbaetailleurs, les lois et l'administration de telle ou telle province française, ou du moins ce que ces généraux en connaissaient. Ceux-ci se succédaient assez rapidement dans le commandement des armées, et l'on vit plus d'une fois le nouvel arrivé détruire l'œuvre de son prédécesseur, pour y substituer d'autres lois et un autre système d'administration, qu'il présentait (à l'instar de son prédécesseur) comme les lois et l'administration françaises. Les populations éprouvaient assurément peu de respect et de sympathie pour ces lois et pour ces fonctionnaires qui se succédaient si rapidement les uns aux autres. Mais elles oublièrent dans ce tourbillon de législateurs et de législations leurs anciennes lois, et elles perdirent ce respect quelque peu superstitieux qu'elles leur avaient voué et qui cominan-

£MHA1^UBL-PUILIBEHT

dait leur obéissaoce. À uae époque d'ignorance aussi gé* néràle, alors que le développement de l'inteUigeoce popu» laîre n'avait pas encore créé une autre obéissance plus digne et plus sure, cette soumission d instinct était la seole barrière contre les révolutions.

Ni l'Empire , ni TEspagne ue mettaient le même empressement que la France à imposer leurs lois et leurs ^ usages aux pays qu'ils occupaient Philippe II suivait un autre système, il se préoccupait peu du peuple , mais il s'appliquait à gagner la noblesse. U s'y prenait de la façon la pins simple : il lui faisait des pensions, et quelquefois même se bornait à lui en promettre. C'était, disait-il, pour empêcher qu'elle ne prit parti pour la France ; mais le résultat de pareilles largesses fut d'inspirer aux pensionnaires de r£spagne le désir de conser* ver, avec les bonnes grâces du roi Philippe, les pensions dont ils jouissaient. Les seip;neurs ainsi placés ue restaient fidèles au duc qu'aussi longtemps que cette fidélité ne déplaisait pas au roi; et, lorsque roccnpation espagnole cessa, c'est-à-dire après l'évacuation des troupes françaises, les seigneurs continuèrent à jouir de leurs pensions. Philippe II n'était ni assez généreux, ni assez équitable pour payer ainsi des services passés ; et , puisqu'il continuait à s'imposer cette dépense, c'est assurément qu'il comptait en tirer profit dans l'avenir. Les pensionnaires de Philippe II ne pouvaient être les fidèles instruments des volontés du duc, et celui-ci se trouvait tout à la fois placé devant une tâche immense et entouré de serviteurs et de courtisans prêts à le trahir.

S'il est vrai que la Savoie eût reçu à l'origine son

§H HISTÛIRS^ ilE LA MibiftOM B£ SAVOIE.

nom de la bonté et de la sécurité de ses Fouies, il est éonceux que ce nom lui eût été éonné sous le lègna d*Emnfianuel- Philibert, Elle ne possédait pour ainsi dire plus de routes, si ce n'est les routes intérieures allant d'une ville à Fautre ville la plue rapprochée. Maie les routes conduisant à l'étranger, ou àlanfwr, et pouyant servir au comoierce, avaient été détruites par Tintuner des diverses adminietralioiiB, et par le passage si soaveut réitéré des lourds équipages des années. Les routes eussent-elles existé cPailleurs» qu'elles n'eussent pas profité à un commerce complètement anéanti. Les terres de la Savoie, naturellement stériles, fournissaient à peine à l'eiistence misérable des pauvres cultivateurs, et les terres plates du Piémont, quoique entrecoupées par de nenbraix cours d'eau, n'avaient pas encore été soumises à l'admirable système d'irrigation qui fait aujourd'hui leur richesse. L'industrie seule pouvait à cette époque faire affluer dans le pays l'argent dont il avait si grand besoin. Mais l'industrie ne prospère qu'en temps de paix, et les États de la maison de Savoie étaient la proie de la guerre depuis un grand nombre d'années. Les matériaux pour servir à l'industrie manquaient aussi. L'ambassadeur vénitien Foscarini, dans son magnifique mémoire sur les progrès réalisés par la Sa voie et le Piémont, sous les princes qui succédèrent à Lmmanuel-PbiUbert jusqu'au roi Gharles-Emmaottel en l'année i7iO, nous apprend qu'à l'époque du rétablissement du premier dans ses États, les étoiles de soie y étaient inconnues. Les villes m, soavent attaquées, défesdues^ prises et reprises d'assaut, portaient de terribles traces de tant de catalituophos successives <|ae peraeane n'avab sengi^à rôpa-

EMlfANUBUPHIU9EaT. m

rer. Les plus belles jadis a étoieot |^$ que dea mas de miaee, gk^iensea ms doate pour la pluparl, m^îs funestes à la prospérité nationale. La durée de ]a paix

rétablie par le traité de Câteau-Caïubrésis dépendait uniquement du bon plaisir des puissances eui-opéennes, qui à la première occasion pouvaient le rompre et se pré- ' cipiler denouveau^ sur la Savoie et le Piémont» sans que le souverain de €68 contrées pût s'y opposer efficacement. Les frontières du côté du Milanais, c'est-à-dire de l'Espagne et de Ja Suisse, élaieiit déconvertes ; toutes les forteresses bâties par les anciens ducs de Savoie avaient été démantelées, et la population, réduite à neuf cent miUe âmes, ne pouvait fourair une armée suffisante à la défense de la patrie. Quant au revenu public, il ne.s éle* vait annuellement qu'à 200,000 écus; et pourtant la perception des impôts rencontrait mille dilticultés, et les populations en étaient accablées.

Et maintenant, si nous récapitulons les tristes circon* stances que nous venons de passer en revue, nous trou» vons : un pays stérile et sans luutes; point d iiidusu ie oi de capitaux ; une population décimée, sous la dépendance immédiate d'une noblesse vendue à l'étranger; des frontières ouvertes, des villes en ruine, le respect des lois et du souverain affaibli, toute unité dans la législation et l'administration détruite, des habitudes d'oisivcLéet d'agitation enracinées dans les basses classes de la population, et des habitudes de luxe établies parmi la noblesse, qui ne pouvait y satisfaire par des moyens honnêtes, ni autrement, qtt*en se maintenant aux gages de l'étranger.

Kmmanuel-i^bilibert ne se fit aucune illusion sur la

gravité des malheurs qu*il se sentait appelé à réparer $ car lai-même se plaignit aux ambassadeurs vénitiens, venus pour le féliciter de son rétablissement, de ce qu'il

possédait une souveraineté troublée par mille désordres et gênée à une infinité d* égards. Renonçant tout d abord ' àla carrière brillante des armes dans laquelle il avait marché avec tant d'éclat depuis son adolescence, et où il avait acquis tant de gloire , il se promît de ne jamais céder à aucun mouvement, ni d'ambition, ni de colère, capable de l'entraîner dans une guerre qu il lui eût été possible d'éviter. 11 ne déclara pas ouvertement sa détermination, comme l'avait fait son père en montant sur le trône ; car il savait trop bien qu'en rassurant ses voisins , il les eût armés, contre lui ; mais sa résolution n'en fut pas moins ferme pour être secrète, et le vainqueur de Saint-Quentin ne toucha plus à son épée.

Il se savait trahi par sa noblesse, et pourtant jamais il ne se laissa entraîner à user envers elle d'une rigurui qui eût été juste, mais qui n'était pas nécessaire. Il se contenta de lui enlever le pouvoir et l'influence dont elle eût fait un mauvais usage. Chaque ville avait ses États-Généraux, c'est-ànlire que les nobles de la province s'y rassemblaient 'pour décréter les mesures qui leur semblaient à leur convenance. Philibert abolit hardiment tous ces Ktats, et ne conserva que ceux de Cliambéry et de Turin; encore en cbangea-t^il radicalement la constitution. Au lieu d'une assemblée dans laquelle les nobles, le clergé et certains notables des localités siégeaient de droit, et où les plus riches et les plus haut placés, c'està-dire la noblesse et quelquefois le clergé, étaient assurés de dicter la loi, il créa deux sénats, l'un à Ghambéry,

EMHANUBL*PHILIBERT. 137

pour la Savoie , et l'autre à Toriii, pour le Piémcmt, composés chacun de dou^e sénateurs et de deux présidents * Bouimés par lui. U accordâ sa confiance à la magistrature et aux hommes de loi bien plus q[u'à la noblesse et

aux hommes de cour. Une commission composée des jurisconsultes les plus intègres et les plus éclairés fut chargée par lui de rédiger les lois qui devaient régir tous ses États. Le cliaucelier Louis Millet de Faverges et le célèbre Gassiano del Pozzo, d'Alexandrie» présidaient cette commission. Ce n'était pas alors l'ère de la liberté ni des gouvernements l eprésentatifs. Les peuples ne se souciaient ni de la politique ni de leurs droits comme citoyens libres, et ceux qui prétendaient les représenter se préoccupaient uniquement de leurs propres intérêts. C'est pourquoi la suppression des États-Généraux et la concentration du pouvoir entre les mains du souverain doivent être considérées comme des mesures favorables aux intérêts populaires. Les nations étaient encore dans l'enfance, et le meilleur tuteur qu'on pût leur soubaiter, c'était évidemment celui qui avait le plus à gagner à les rendre heureuses, et le plus à perdre à les abrutn . Jamais les habitants de la Savoie ni du Piémont n'eurent à se plaindre de la tyrannie de leurs princes ; et lorsque Tbeure de la virilité sonna pour eux, lorsqu'ils se virent en posôession de la maturité d'intelligence et des lumières nécessaires pour faire un bon usage de leurs droits politiques, les princes de la maison de Savoie n'hésitèrent pas à se dépouiller du pouvoir absolu. Celui que Dieu a envoyé aujourd'hui à l'Italie se sent lier et heureux de n'être qu'un monarque constitutionnel» et chacun connaît les sentiments que ses peuples lui ont voués en retour de cette généreuse et rare fierté. .

m HISTOIRE LA MAISOI^ DE SAVOIE.

Mai» Enttnanuet-Piiilibert régkuâl aa x?i* siècle» sur Btt peapfa qoi avait tout à apprendre et beaueoap k • oabHer. Il établît les bases d'nn cens territorial sur le»

quel il se proposait d'asseoir l'impôt foncier plus équitabl<*ment qu'il ne l'était alors. Mais il eut recours aussi aux iaipôts indirects, tels que l'impôt du sel et quelques aula^ sur les industries qu'il créait à mesure que les cir* ecnstances le lui permettaient, fl fit planter une grande quantité de mûriers dans des terrains en friche jusquelà, et il appela, en leur asvui antdes avantages considérables, d'habiles ouvriers d étoiles de soieet de tlssusenor eten argent. Lui-mèroeétablit à sesfraisdesmanufactures, où il employa tons ceux que la culture des terres n'occupait pas, et, sous son babile direction, ces industries , jusque-là inconnues, parvinrent rapidement à un degré remarquable de développement et de prospérité. Il ne négligea pas de procurer des déboucbés à ces produits, et pour y parvenir il acheta le port d*Oneille« et fit pratiquer une route qui y conduisait de Tintérieur de ses Étals. 11 écl)au;^ea avec la duchesse Hélène de Tende quelques fiefs peu importants par leur position contre le comté de Tende ^ que Philippe de Bresse avait léguée à son fils naturel René, et, grâce à cette acquisition. Il s'ouvrit une vole assez commode pour atteindre Nice, qui se trouvait jusque-là isolée du reste de ses États.

A mesure que ces divers établissements prospéraient et que le trésor public s'enrichissait, £mmanuel-Pbilibert réparait les désastres dont ses villes avaient souffert, et fortifiait ses frontières. On lui doit la citadelle de Turin, ainsi que les tonifications de Verceil, de Bourfr en Bresse, de Kumiily, dans la comté de Genève, et de Moutmé-

HMMÀiNUËL-PHiLlBËRT. (39

lian , dans la Savoie. U hêAt le Mmm àé Moadovr^

répara les fortifications d'Asti et rétablit celles de Creva^ core, dans la vallée de la Sesia ; il bâtit le fort de Sainte- Marie, pour défendre le pas deSuxe, celui de La Pérouse et de Ceva. £n(iii il acheva lea ports de Nice et de ViUe-* franche, et les conronna de fortificatioiis. Tous ces travaux furent exécutés sons la direction des ingénieurs imlitaires les plus renommés de son siècle, qu Emuianuel- Philibert appela auprès de lui et qa'il sut s'attacher ear les récompensant selon leurs mérites.

Turin lui doit le Ghàteau-d*Eau qui distribue dans . ses rues les eaux de la Doire apportées par un aqueduc. Elle Ini doit aussi son Hniversité qui, pendant i uceupatioD française, s'était retirée à Moudovi, où ellu paraissait prête à s'éteindre. fimmanuel-Philihert la ra]|K pela à Turin, Tenrichit de plusieurs chaires nouvelles, et appela pour les occuper des savants de toute l'Italie. U fonda aussi à Turin un magnifique hospice destnié aux vagabonds, aux mendiants et aux malheureux sans ouvrage, auxquels il fit enseigner le métier de tisserand pour les étoflbs de sole et ks brochés en or et en argent, les employant ensuite dans ses propres établissements, ou les plaçant dans les manufactures du môme genre qui ne tardèrent pas à s'ouvrir, lorsque l'exemple donné par le duc prouva à tous que la spéculation était bonne. Enfm il pourvut le pays de défenseurs par la création de ce qu'on appela alors la milice nationale et qui n'était, après tout, que la garde nationale du xix' siècle.

Les Vénitiens se vantent d'avoir fourni à Emui uinr 1- Philibert le modèle de sa milice dans leur Cemède, £o dehors de Venise, on considérsit les légions romaines

comme ayant donné à Emmanuel-Philibert la première

idée de cette institution. Quoi qu'il en soit, cette iiiilice devint bientôt considérable par son nombre et par sa forte organisation. Quelques historiens affirment qu elle ae composait de trente^six mille miliciens. Le Vénitien lippomanno n*en compte que vingt mille, et d'autres en réduisent le nombre à douze mille ; mais ces différents cbiffres peuvent bien être tous exacts. Il y avait assurément un beaucoup plus grand nombre de miliciens inscrits et enrôlés qu'on n'en comptait actuellement sous les armes; mais il est probable qu'en cas de guerre, les miliciens demenrés dans leurs familles devaient être appelés à prendre les armes, et à mettre en pratique l'enseignement militaire qu'ils recevaient à, tour de rôle et pendant la durée de leur service. Les officiers, à partir du grade de colonel , étaient choisis par le roi parmi la noblesse, qui seule, à cette époque, avait le niouopole des armes. £mmanuel-rbilibert accoutumait ainsi son peuple à la vie militaire, et se mettait en mesure d'éviter la forte dépense que lui eût coûtée l'entretien d'une armée régulière, telle qu'elle lui eût été nécessaire pour défendre ses États.

La maison de Savoie posséda alors pour la première fois une marine militaire, qui s'acquit dès son début même un glorieux renom. Elle prit part à la fameuse bataille de Lépante (1571) et se montra digne de sonlbn* dateur. Celui-ci pourtant ne se laissa pas détourner par ce nouvel instrument de gloire de ses sages résolutions, et il renonça à lile de Chypre, que le grand seigneur lui offrait à des conditions auxquelles il ne crut pas pouvoir souscrire, et au royaume de Portugal, auquel ilsuo-

, £MMANU£L-PHlLIfiRRT. ' 444

cédait de droit, comme héritier de sa mère Béatrix« le roi, frère de celle-ci, étant mort eaos laisser d'enfants. Sans tenir aucun compte des di oits du parent qu^il avait un jour appelé son bienfaiteur, Philippe H se prévalutde la supériorité de ses forces et des avantages de sa poûtîon topographique pour réunir le royaume de Portugal à ce-' lui d'Espagne; et Emmanuel-Philibert, dédaignant de faire entendre des plaintes qu'il n'eût pu faire écouter qu'en entraînant son pays dans les.horreurs d'une guerre nouvelle, repoussa les pensées ambitieuses qui eussent pu le détourner de sa bienfaisante et pacifique eutre^ prise.

Elle fut couronnée d*un ])loin succès. Je ne trouve nulle part qu'un seul des projets formés par iimmanuel* Philibert pour la régénération de son peuple ait échoué. Les entreprises les plus ardues sont assurément celles qui ont pour objet le rétablissement de finances obérées. Or le revenu public, qui ne dépassait pas, lors du retour d' Emmanuel-Philibert dans ses États, la somme annuelle de 20Q,000 écus, montait, vingt ans plus tard, lorsque ce prince quitta la vie, à celle de 800,000.

Je ne parlerai pas des encouragements accordés par Philibert aux hommes de lettres et aux savants. La littérature et la douceur des mœurs dont elle esta la fuis une des principales causes et un témoignage irrécusable, pénétrèrent pour la première fois parmi les rudes habitants de la Savoie. £n un mot, Ëmmanuel-Phiiibert n'oublia ni ne négligea rien de ce qni pouvait servir soit au progrès, soit à la prospérité de son peuple et de ses États,

cinquante ansi ce grand prince se sentit attâût

m HISTOIRE iif. IX MAISON DE SAVOIE.

les 'm^mités de la vieillesse. Ces cloquante années présentaient à ses souvenirs une enfance heureuse et

presque royale, une adolescence (h oiilt'c dans Texil* et dans la pauvreté, une jeunesse éclutante et glorieuse, une virilité plus glorieuse encore, bienfaisante et bénie* dont nul échec n'avait terni la splendeur. On comprend jqu!une telle vie, tout entière de dévouement et d*abnéga* tion.iùt assi'z longue pour les forces humaines. Emmaiiuel-Philibei t le pensait, car il se disposa à la mort qu'il prévoyait sans pourtant interrompre ses travaux, et sans s'abaisser à regretter la vie. 11 vécat encore quelques années, supportant ses souffrances avec le calme et la fermeté qui ne l'avsûent jamais abandonné. En 4575 seulement, jugeant son lils ca])able de porter le fardeau des aliaires, et désirant peut-être le voir à l'œuvre, avant, de le quitter, il lui remit le pouvoir suprême et se retira à la campagne, où il s occupa plus spécialement de la vie future, tout en fournissant à son fds les conseils dont ce jeune homme avait besoin. 11 inunnit en 1580, après trois jours de maladie violente , sans emporter dans la tombe d'autre souvenii* que celui de ses succès.

VU

CUAULES-EMMANLEL l"

Lorsque Charles-Emmanuel I" lui succéda, il n'était âgé que de dix-huit ans, et déjà depuis cinq années il gouvernait l'État au nom et sous les yeux de son père.

CHÀBt£ë-£MMANUËL 1". 443

Lp jeune duc s*entour;i d'abord des hommes les plus éclairés et les plus probes de son temps; mais son ^uDbition et ses instiDCts guerriers De lui pennireot pas de suivre toujours leur conseils. Emmanuel-Philibert avait été élevé à Técole des malheurs paternels, et cette expérience rétrospective awiit sufli à son génie. Chaiic.s-i:uimanuel, au contraire, n'avait assisté qu'aux éclatants succès dont toutes les entreprises de son père avaient jété couronnées, et il s'attendait à jouir du même bonheur, lors même qu'il y marcbei'ait à travers une route nouvelle. (]e lui une erreur, et elle en entraîna beaucoup d'autres. On dirait qu'une force irrésistible et fatale . pousse les enfants, même les meilleurs, à suivre une direction opposée à celle ^e leur ont tracée leurs pèreç. Charles-Emmanuel fut un bon fils, affectueux, soumis, respectueux ; niais à i)eiue son pùrc fut-il descendu dans le tombeau qu'il s'empressa de revenir sur tous les actes accomplis par lui , ou du moins sur tous ceux qui serap portaient 4 la politique extéi*îeure, sans songer assurément que la prospérité intérieure de son pays dé-' pendait entièrement de l'état de ses reiauoub avec l'étranger.

Emmanpiel-Philibert avait signé un traité de paix avec la Suisse « et renoncé à toute domination sur Genève; Charles-Emmanuel voulut y rétablir son autorité. Emma-

nuel-PIiilibort s'était éloigné de l'Espagne en se rapprochant de la France; son fils épousa, enlô85, Catherine d'Espagne, (ille de Philippe II (qui promit au premier fils Hé de ce mariage le duché de Milan), et il ne sut jamais vaincre son ressentiment pour la protection accordée par Henri lii a la ville de Genève. Emniauuel- Philibert

fil HISTOIRE DE LA MAISON DE SAVOIE.

ii*avait jaraai.^ essaye de laire valoir ses droits sur le marquisat de Salaces, quoiqu'il se fût bieo gardé de prononcer un seul mot qui pût être interprété comme un abandon de ceux-ci; quant à ses droits sur les royaumes de Portugal et de Chypre, on pouvait croire qu'il y avait renoncé, surtout pour ce qui était du royaume de Chypre qu'il avait refusé d'envahir avec l'aide des Turcs; Charles-Emmanuel réclama hautement tous ces États, et se prépara à la guerre pour les obtenir envers et contre tous. Enfin Emmanuel- Philibert étendait sa protectloQ sur ses sujets protestants, tandis que son fjls leur témoigna en tonte occasion de la malveillance et des intentions hostiles. Ce n'est pas tout encore : comme si le recouvrement de Genève, de Chypre, du Portugal et du marquisat de Saluées ne présentait point des difficultés suffisantes pour satisfaire le génie entreprenant de Charles-Emmanuel , il songea aussi à monter sur le trône de France, en qualité de fils unique de Marguerite de Valois, sœur de Henri II, et tante du roi alors vivant.

Sa première entreprise ne fut pourtant dirifj:ée ni contre la France, ni contre l'Hispagne, ni même contre le grand seigneur et la république de Venise. 11 se contenta d'abord d*attaquer la ville de Genëye et son terri* toire. Sa première tentative avait pour objet de surprendre la ville, dans laquelle il s'était ménagé des intelligences; mais les Bernois eurent vent de la conspiration, et ils en avertirent les Genevois qui se préparèrent à la défense. Dès lors Charles-Emmanuel leva le masque, et fit juarcher une belle armée conu e la ville qu'il regardait comme rebelle. Ce fut le roi de France Henri 111, qui intervint en faveur de Genève : il déclai^ qu'elle s'était

CHAKLES-EMMANUEL 44Ô

placée soas sa protection, et qu'il n'était pas pennis d'at^ taquer sans s'attirer rioimitié de la France. Charles-Emmanuel fut assez sensé pour s'arrêter; mais il enferma dans son c(pur un implacable ressentiment contre le souverain qui, abusant, selon lui, de la supériorité de 'ses forces, Tompéchait de faire valoir ses droits et de rentrer en possession de ce qui loi appartenait.

Son irritation fut si grande , qu'elle lui. valut une maladie presque mortelle. U se rétablit pourtant; mais la colère qui avait causé son mal ne disparut pas avec lui, et il attendit avec impatience une occasion de la satisfaire. Cette occasion ne tarda pas à se présenter. Nous le voyons cependant hésiter avant d'agir, et chercher à se réconcilier avec Henri III. Peut-être comprenait-il encore combien il importait à la sécurité de ses frontières de se maintenir en bonne intelligence avec les Français; peutêtre aussi la guerre acharnée que les protestants faisaient à Henri III le portait-elle à oublier les torts de ce prince à son égard. Quoi qu'il en soit de ces motifs, toujours est-il qu'après la célèbre journée des^ barricades (iôB8), Charles-Emmanuel envoya offrir au roi le secours de ses tronpes contre lesr^ormés. On ne sait pourquoi Henri II! refusa cette oITre, tout en remerciant vivement son cousin. Celui-ci prit ce refus pour une insulte, et son indignation en redoubla.

Les protestants s'étaient établis depuis quelque temps dans le Dauphiné, que gouvernait pour la France le duc de Lesdiguières, leur protecteur. Charles -Euiiiiaunel craignait qu'à l'aide de cette protection, ils ne pénétrassent dans le marquisat de Saluces, pays limitrophe du Danphiné et soumis récemment à la France. Il se décida

U6 histoire: de la maison de SAVOÎK. .

à en chasser les garnisons françaises, et 4 s'emparer par la force de cet ancien fief de sa maison (1588). Plus circonspect que lednc, Henri III recula devant la pensée d'une guerre contre le fils de Philibert; peut-être aussi comprenait-il que ses droits sur le marquisat de Saluées ne supporteraient pas un sérieux examen » et que la domination qu'il y exerçait n'était due qu'à la tolérance du dernier duc de Savoie. Au lieu d'envoyer ses troupes défendre le marquisat, Henri III engagea secrètement les Genevois et les Bernois à envahir le pays de Gex et le Chablais, ce qu'ils firent avec plein succès, grâce aux trois mille Français que le roi leur envoya, sous le coi^imandement de Nicolas de Harlay.

Charles-Emmanuel accourut aussitôt à la tête de ses troupes et d'un corps de cavaliers espagnols, venu de Milan par ordre de Philippe 11, ce qui changea aussitôt l'aspect dos afiaires. Il dut pourtant s'apercevoir bientôt qu'il ne trouverait pas dans Philippe 11 un allié plu§ sincère ni plus utile que son grand-père, Charles UI* n'en îivait trouvé un dans Charles-Quint. Les Espagnols préféraient les cantons suisses au duc de Savoie comme voisins de la Franche-Comté, qui faisait alors partie de cette grande monarchie, et ils demeurèrent specr tateurs inactifs des combats que ^e livraient les Piémontais et les Suisses. La victoire demeura cependpjît au duc, mais il n'en put tirer tous les avantages qu'il en eût obtenus, si la cavalerie espagnole eût obéi ^ ses ordres. Irrité par cette conduite déloyale, Charles- Emmanuel renvoya ses infidèles alliés à Milan , et poursuivit sans eux la guerre. Il la poursuivit môme avec succès, car il reprit Thonon, Bonne et tout le territoire

CHARLES-EMM^NUEL.r. U7

environnant ces villes, ainsi que autres placer l'ennemi s'était emparé.

Le ^'oi de France ne déclarait pourtant pas guerrç au duc, et les Suisses craignaient que celi^i-ci ne tournât ses armes victorieuses contre la vUle même de Genèye. Perne montra des dispositions pacifiques, et peut-être eussent-elles été suivies d'effets, sans la mort imprévue et violente d'Henri III, et les pensées ambitieuses éveillées par cet événement dans l'esprit du duc H confia la di^eetion de la guerre 4u 6enev<^ jsu coflijte de Saint-Raml^rt, 9*occ9pa plus que de gop nQuye^;^ «Jessein.

J*ai déjà indiqué l'origine des prétentions du di^c au trône de Frauce. Il était fils de Marguerite de Valois, sœur d'Henri II. De plus, Gbarfes-Emn^^ji^el é.tait c^tbplique, et catholique zélé, tandis que son principal çpfffpétiteur, le roi de Navarre, appartenait à l'Église réformée, et était considéré par les chefs du parti catholique comme lenr ennemi personnel. Ceux-ci, ep eûet, l'avaient exclu 4e 1^ succession, ainsi que le prioce de Qoudé.

La candidature de*Gbarles-£ipmnijie) n'éjtaîJ; pas tout à fait dépourvue de chances favorables. )Le Daupl^iné et la Provence, si rapprochés de ses États, et dont les intérêts avaient été si souvent confondus avec ceux de la Savoie et du Piémont, se déclarèrent pour lui, tandis (jjue le parlement ^e Grenoble, dans lequel plusieurs protestants s'étaient introduits, se rangeait parmi les partisans du roi de Navarre. Sans perdre de temps, Charles-Emmanuel entre en Provence, où il est reçu avec de grandes démonstrations de ^oie. .Quelques places fortifiées essaient 4e lui fermer leurs poi^, mais iji les fojrçe et a'e^

448 HISTÛiRB DË LA MÂtSON DE SAVOIE.

empare avec une étonnante rapidité (1590). îl se rend ensuite à Madrid et fait agréer (du moins en apparence) à son beau-père la pensée de le voir sur le trône de France; il en revient à la tête, de quatre mille soldats espagnols qai doivent le seconder dans son audacieuse entreprise. Bientôt j pourtant, la fortune semble Fabandonner, et il est battu a Vaison, malgré des prodiges de valeur, qui rappellent la jeunesse de son père Philibert. Dès lors, ses partisans se refroidissent ou le trahissent. Plusieurs villes qui l'avaient salué roi de France se déclarent contre lui. Pour tout observateur impartial, la candidature de Charles -Emmanuel avait échoué, et Henri iV l'emportait sur son rival.

Msûs Gharles-Ëminanuel tenait de ses ancèti'es le don de la persévérance et de la constance dans la mauvaise fortune ; qualités qui, aidées par son brillant courage, en eussent fait im grand prince s'il n'eût trop souvent permis à son ambition d obscurcii- son jugement. Pliilippe 11, suivant la politique de tous les souverains de la Lom-> bardie, voyait avec plaisir le duc de Savoie s'épuiser dans une guerre lointaine et improductive, qui l'empéchût de garder ses frontières et de fortifier ses États. Aussi ne lui envoyait-il que des secours insuffisants tout en lui en promettant de plus considérables pour l'avenir, le détournant ainsi de toute pensée de découragement. Les autres États italiens, tels que Venise, Florence et Mantoue, s'étaient ouvertement ligués contre lui. Les Napolitains, soumis «\ l'Espagne, agissaient comme les Milanais. Le maréchal de Lesdiguières conduisit encore une fois les Français en Piémont Entouré d'amis infidèles^ et en présence d'ennemis incomparablement plus forts et plus

nombreux que lui, Cbarles-Emmaiiael eut k gloire de

prolonger cette guerre pendaiit quatre ans, et même avec des succès divers. Sa vie fut souvent exposée, et il combattit pour la détendre comme le dernier de ses soldats. Général aussi habile que guerrier courageux, secondé par des populations belliqueuses et dévouées, mm souvent aussi trahi par une noblesse avide d'argent et de repos, Charles-Emmanuel eût peut-être fait pencher en sa faveur la balance des événements s'il n'eût eu pour adversaire le maréchal de Lesdiguières, pour compétiteur Henri IV, et pour alliée rfispagne. Cette dernière circonstance lui va* lut rhostilitédeFltalie presque tout entière ; car l'Espagne était, à cette époque, maîtresse du Milanais, et ni les Vénitiens, ni les Toscans, ni les Romagnols ne pouvaient consentir à l'agrandissement de l'allié d'une puissance aussi formidable que l'Espagne et qui les menaçait d'aussi près/ Cette funeste alliance de la Savoie avec rËsj)agne poussa les lépubliqucs italietines daik> le parti français. A la vérité, elles ne lui fournirent pas de troupes, mais elles lui furent prodigues de conseils et d'argent; et ce dernier secours éuiit précieux pour la France à l'époque où Henri IV monta sur le trône.

Lorsqiie Henri lY eut abjuré le calvinisme, le duc de Savoie conclut avec lui le 1" septembre 1593 une trêve qui l'ut prolongée pendant tout l'hiver et qui donna des espérances de paix. La guerre se ralluma cependant l'année suivante. Chargé par Henri IV delà conduire, le duc de Lesdiguières ravagea la plus grande partie des États de Gharles-Kmmannel, remporta plusieurs avantages dans la Savoie et le Bugey et s'empara de Fort-Barreaux; il conquit aussi presque toute la Maurienne qu'Q

456 HISTOIBB DË LA MAISON DE SAVOIE.

réperdit bientôt. Ces hostilités ruineuses pour la Savuié êe tirolongèrent jusqa^en 1598. Le tr&ité de Yerviùd i ûànn lecfuel le roî d'Espagne fit comprendre Charles- Emuiaiiuci (1 5 y b), les arrêta, sans faire disparaître tnnte cause de dissentiment entre le roi de France et le duc de Savoie. En eiïet, il renvoyait à l'arJ/it i aizo du pape Clément VllI la décision sur l'hommage du marquisat de Saluées. Sanâ doute Charles- Emmanuel était Tun des plus zélés chamj)ions de l'Église romaine, et nous verrons bientôt combien de témoignages il lui donna de son aveugle dévouement ; il pouvait donc sans trop de présomption compter sur le concours du Saint-Siège, Néanmoins il préféra traiter lui-même avec Henri I? et se rendit à Paris, dans l'hiver de 1599 à 1600. Là, il sî^na (décembre 1509) une convention aux termes de laquelle il s'engagesdt à restituer Saluées ou à céder en échange la Bresse , le Bugey, le pays de Gex et le val de Romey. Un délai de trois mois lui était accordé pour se décider. Au mois de juin 1600, il n'avait encore pris aucun parti. C'est qu'il comptait que le roi de France serait retenu dans Tintérieur de son royaiime par les intrigues de quelques mécontents, de Biron entre autres, intrigues que luimême avait fomentées. Mais Henri IV était prêt à tout. En août 1600, il fit attaquer les États de Charles- Emmanuel du côté de la Bresse par Biron, du côté de la Savoie par Lesdiguiéres. Bourg fut emporté (13 août): Montmélian, Chambéry, Conflans, Charboiinièrc, Saint- Jean-de-Maurienne, Moustiers, eurent bientôt le même sort ou capitulèrent. La citadelle de Montmélian seule fit une résistance sérieuse et prolongée; mais grâce à

la formidable artillerie que lé mariais de fiosùy (de-

CHÂALES-£MJkLÂiNU£L t\

{mfd éht éé SnMi) hijmèt tàniH se!^ riiaMlIeè, eUé

dut se rendre (13 novembre). Le duc de Savoie se fésigna alors à abandonner à la France là Bresse, le fiugê}, le pays de Gex et \è val de fiomey ; en retour il gàrda Salaces (traité de L^on, 17 janvier I6OI). Nal doute que la possession âu marquisat dé Saluées ne fftt d'une plus grande importance pour le duc de Savoiè que les provinces transalpines que je viens de nommer , et SÎ lé marquisat de Saluées eût appartenu réellement à la France, la cession que Charles-Emmanuel fit du Bilgey^ de la Bresse, de Gex et du val dè Rome y pour robfetiir eût été raisonnable, quoiqu'il perdît par là un ten itoire incomparablement plus étendu que celui dont on lui faisait rabandon. Mais telle n'était pas la situation, té marquisat de Salotces appartenait de droit au duc de Savoie, ad moins autant que ses autres provinces, et si la France le retenait , ce n'était , et ce n'avait jamais été qu'à titre de garantie poiir la Sf^iirité de ses frontières, ou par une oc upatiou provisoire, jusqu'à ce que la question fut décidée quant à son légitime seigneur. Cbarles-fimmanue! acbetait donc à un pvïi exorbitant ce cpii Ini appartenait selon toute juâtîcè et ce qu'il n'eût pas manqué d'obtenir si, imitant la prudence paternelle, il eût attendu une occasion favorable pour faire valoir ses droitâ en s'àppliquant à se créer des Émis parmi ceux qui pouvaient être appelés! ft devenir sëd juges ou les arbitres de cette contestation. Maiâ'îl était trop tard pour suivre une ligne de conduite aussi modérée. Quant à Henri lY, il renonçait à ce qu il n'eut pu garder sans se vouer et sans vouer son pays à d'întermifiabléâ qu^rélles, èt 11 acquérait en échange les frontières natn-

relies de son royaume du c6té des Alpes. S'il d' était plus aux portes de Tnrm, m les Sabaudo-Piémontais» m les Espagnols n'étaient plus aux portes de Lyon ni de Greno»

We. Un roi' sage et clairvoyant pouvait seul se déclarer satisfait de la paix conclue à de telles conditions, mais Henri IV était ce roi, et il n*eut garde d'écouter les conseillers qui lui disaient : « Le roi a fait une paix de duc et le duc a fait une paix de roi. n

Ce fut pendant que la guerre ravageait encore les États du duc et semblait devoir absorber toutes ses facultés, que Charles-Emmanuel déploya tout son zèle pour l'Église romaine et Thorreur que lui inspiraient la réorme et ses partisans. Malgré la puissante distraction qui l'avait éloignt du théâtre de la guerre avec les Suisses (sa candidature au trône de France), le Chablais et une partie du Faucigny étaient retombés en son pouvoir. Il voulut aussitôt profiter de ce succès pour déraciner dans ces provinces Thérésie qui s'y était établie et fortifiée pendant le règne d'Emmanuel-Philibcrt, et pendant ki domination suLsse fjui avait suivi la mort de ce prince. Charles-Emmanuel essaya de se concerter avec l'évêque de Genève et' de l'attacher à son entreprise; mais il rencontra dans ce prélat plus de prudence et peut-être aussi plus de charité véritable que de zèle. L'impétueuse éloquence du duc ue produisit pas sur lui tout rcffet qu'il en avait attendu. Il n'eut pourtant pas le temps de s'en plaindre, car cette même éloquence venait de lui créer un auxiliaire, mieux disposé et plus approprié à cette œuvre de missionnaire que le bon mais tiède évêque, monseigneur de Geimini. François de Sales, ([ni avait assisté à la conférence du duo avec l'évêque de Genève et

GUARL£S-£MMÂNUEL I». m

son clergé, sortit tout à coup des rangs des auditeurs, et

se déclara prêt à accepter la mission de prêcher le catholicisme aux réformés. Un seul chevalier s'offrit pour l accompagoer, et ce fut Louis de Sales, son cousin. Ils vendirent letîrs chevaux et leurs armes, se dépouillèrent de leurs riches vêtements et prirent sans hésiter le chemin qui pouvait les mener au martyre. 11 les conduisit au triomphe, et ce fut un beau triomphe, cehii de la persuasion et de l'émotion chrétienne. Les réformés accouraient en foule à leur rencontre, et François de Sales ne refusait jamais de répondre à leuis questions, non plus que' d'essayer sur eux la puissance de ses douces exhortations. On raconte qu'il prêcha jusqu'à dix-huit fois dans un jour, et si l'on réfléchit aux résultats qu*il obtint, on ne saurait plus s'étonner de ce chiffre extraordinaire. Ce qui est plus heau, à mon avis, et ce qui a * droit à toute notre admiration, c'est que François de Sales ne dut ses succès qu'a seule éloquence, et qu'il lie paraît pas avoir jamais réclamé le secours de l'autorité temporelle pour assurer ses victoires spirituelles. Je n'ai vu nulle part le récit d'un seul acte de violence provoqué par saint François de Sales dans les provinces du Ghablais et du Faucigny.

Les historiens savoyards ne tarissent pas d'éloges au sujet de la conduite de Ciiarles-£mmanuel envers ses sujets réformés. Quand le saint missionnaire lui eut aplani la voie, Charles -Emmanuel s'y précipita avec toute l'ardeur de son caractère et enjoignit à ses sujets réformés d'abandonner leur foi et de se soumettre à r Église romaine. Ceux que François de Sales avait touchés ou convaincus cédèrent; quelques-uns de ceux qui

m illSTOiftË DÊ LA ÀtAISON DË SAVOlK.

avaient fermé l'oreille aux exhortations pacifiques reculèfèfft devant leé niètiacesf du poctvoU', et aiaièreût iiiflèai

mentir à leur conscience que de s'exposer aux persécutionSt à la perte de leur fortune, de leurs emplois, de leur pHtth et peut-être de la vie ; mais an certain nombre résistèrent et s' abstinrent de prononcer rhumiiiaote foi mule de l'abjarâtion, persistant à s assembler en secret et refusant de parattre dans les églises rétablies et rendues ft l'ancien culte. Gharles-£mmanuel supportait dillicilefifetit la résistance à ses volontés, et cette fois il voyait sà conscience engagée à obtenir la soumission des rebèlleâ.

Je trouve dans Fhistoîre de la maison de îSavoie, de Jean Frézet, prêtre de la congrégation enseignante de Saintlôsepb, à Lyon, un singulier récit d- une scène non moins singulière dans laquelle Charles-Efnnianuel aurait joué un rôle que je m'abstiendrai de qualilier, mais que l'historien Jean Frézet déclare admirable, et dont le but était de ramener au bercail les brebis égarées et persistant dans Tégarement. Le lieu où la scène se passa n*est pas clairement indiqué par l'historien, mais on peut su{)po- Ser, d'après quelques mots qui suivent le récit, que ce fut dans une ville du Cbablais. Cbarles-Ëmmanae! avait fixé un jour pour l'entrée triomphale du clergé catholique, jadis expulsé de toute la province, et pour Fabjuration de tous les habitants. Plusieurs villages s'étaient présentés en masse et avaient abjuré; mais une partie considérable de la population de la ville et deâ èampagnes manquait à fappel. Ne pouvant contenir son indignation , Charles-Ennnanuel se rend en toute

béMe dans cètte tille, et il convoque tous les citoyens

CdAKLËS-£MMANUEL r^ 455

hétérodoxes obstinés devant FHôtel de Ville. Cette fois lis â'osfent désobéir, et ilsi sè fassemblent au lietî iftdiqué. Charles-Emmanuel paraît alors et ordonne à ceui ((aï veulent embrasser la religion de leur priuce de se rafigèr à sa droite, et aux hérétiques endurcis dé (las^er à sa gauche ; puis il s écrie, en s' adressant aux premiers: tt Je vous regarderai désormais comme mes fidèles su jets, et il à*est point de faveurs que vous ne deviez at* tendre de moi. » Jetant ensuite un regard courroucé à sa gàucbé : a £t vous, osez-vous donc, s'écrie-t-il, vous déclarer les ennemis de votre Dieu et de Votre prince? Je vous dépouille de vos emplois, et vous^bannis de mes États. J*aime mieux manquer de sujets qued*en avoir qui tOTTS ressemblent. » L'effet proiinit par une aussi iudip^iic parodie fut d* abord tel qu*oa devait Tatteodré, surtout cTufte population récemment convertie & des doctrines èt à des sentiments exaltés de sacrifice et d'abuégatiuu. Lu pttH nombre de cœurs tiédes et timides passai à la droite ât jf)rince, mats la majorité deifTédra jusqu'à la fin de la séance à sa gauche; puis à peine le prince était-il rentré âtLùs ses appartements que la fouie, eiTrayée dé sa propre témérité, sortit de la ville et alla se réfugier sur le territoire suisse. Le duc, de son côté, se préparait à quitter ïe Ohablais, mais avant d*en atteindre la frontière, il reçut de ses sujets récalcitraiits des uHVes de sonmission. Les employés destitués et les propriétaires dépouillés et exilés étaient prêts à accepter les conditions imposées et imploraient le pardon de leur passagère réâiStaoGe. Gharles-Emmânuel, qui ne souhaitait véritablement que le retour de ses sujets à TÉglise romaine, et qui, malgré l'impétuosité de son caractère, n'était ni dur

456 HISTOIRE DE tA MAISON B£ SAVOIE.

ni cruel« accueillit avec bonté les pénitents, et les réintégra dans leurs honneurs et dans leurs biens. Il poursuivit ensuite son voyage» heureux de son succès qu'il croyait durable, et écoutant avec complaisance les louanges que ses courtisans et le clerg(^ lui prodiguaient» comme au restaurateur de la véritable foi dans ses États d'abord, et un jour sans doute dans l'Europe entière. 11 est difiicile de dire ce qui serait advenu de tous ces nouveaux convertis, si le Chablais et les autres provinces limitrophes de la Suisse n'eussent pas été échangées par le duc contre le marquisat de Saluées.

On a déjà deviné sans doute que Charles-Emmanuel favorisait sans^restriction la Société de Jésus, Sa passion pour le prosélytisme et pour les conversions le prouve suffisamment. 11 fou'la en eflVt plusieurs maisons de Jé- * suites, les combla de faveurs et ne leur refusa ui grâces ni privilèges.

La paix que Charles^Emmanueî venait de signer à Lyon était loin de le satisfaire, et l'Ëurope craignit pendant quelque temps qu*il ne la violât, surtout en voyant qu'il ne se décidait pas à désarmer. Telle n'était pourtant pas son intention. Genève, le foyer de l'hérésie calviniste, n'avait pa<^ été expressément nommée dans le trrité de Vervins, et Charles-Emmanuel songeait à se dédommager de la perte du Bngey , de la Bresse, du pays de 6ex et du val de Romey, en reprenant possession de Genève et de son ' territoire. 11 dressa ses plans en silence , et dans la nuit du 22 au 23 décembre de Tannée 1602, il s'approcha, sous un déguisement, de la ville, qui ne soupçonnait pas son danger. 11 attendait tin petit corps d'armée que lui amenait La Bernouillère. Celui-ci arrive,

CHÂRLfiS-ËHHANUEL I".

reçoit les ordres de son maître, et fait appliquer des échelles aux maraiUes extérieures; les soldats du duc sont sur les bastions; ils surprenneut les sentinelles t les entraînent et leur arrachent le mot d*ordre. Mais un soldat genevois s'est échappé et a répandu l'alarme dans la ville. Les citoyens courent aux armes et sur les remparts. Les assiiiilaus, surpris et en petit nombref résistent vaillamment; mais celui qui défend son foyer et sa liberté se sent plus fort que l'envahisseur qui les attaque ; les soldats du duc ne trouvent leur salut que dans la fuite, et ils se précipitent du haut des murs daos les fossés et sur le terre-plein. Les^,uns périssent en tombant; d'autres parviennent à se sauver; quelquesuns aussi sont pris et faits prisonniers par les Genevois. Ces hommes n'avaient fait que leur devoir en obéissant à leur maître et en coinbattant sous ses ordres ; mais le peuple du xvii* siècle n'était pas encore parvenu à ce haut degré de civilisation qui l'honore aujourd'hui, en lui permettant de se montrer tour à tour terrible pour Fennemi qu'il combat et miséricordieux pour celui qh'il a vaincu. Le peuple genevois victorieux exigea lé châtiment des prisonniers, et les autorités municipales n'osèrent pas s'opposer à la volonté d'une populace qui venait de sauver la patrie. Les prisonniers furent sacrifiés et périrent par la main du bourreau. Cet acte de rigueur, qui nous parait excessif, ne devint pourtant pas un obstacle à la réconciliation du duc et des Genevois, tant il était conforme aux mœurs du temps. Le roi de France s'entremit pour rétablir la pau, et il y parvint sans beaucoup de peine, car les Genevois étaient impatients de se livrer tout entiers au développement de leurs libettés et de leur udustrie, et le

m msTOiHf. ^4 ^i^l^P^ SAVOIE.

duc de Çayoiç cogiiiiçnç^t ^ fornii^r 4*avlr^ devins et' allait oublier, en travaillant à leur succès, son récent reliée sous les murs de Genève. Char'es-Kiumaiiuel renonça à ses di'oits sur 1^ Douvelle république, et proiDÎtde 1^ respecter ; il s'engagea eQ outre à ne psas élever de forteresses dans la circonférenoe de qvatfe Jienes, à p^tir centre de la ville. .Cette reconnaissance eut lie,u le 21 jnill^>t 1603.

Mais quels étaient ees desseins, qui faisaient oyl^lier à r ambitieux Savoyard des droits depuis si longtemps établis, .et une buniUiation si récemment subie ?

Peut-être qu*en exposant la poliUqne suivie par Charles-Emmanuel, politique entièrement opposée à celle que son père lui avait indiquée par son admirable exemple ; peut- être qu'en racontant les funestes effets de cetie contradiction, et entraîné par le sentiment de profonde vénération qu*éve}l]e en moi le souvenir d*Emmanuel- Philibert, de son héroïsme, de ses sacrifices, de vertu, (le sa sagesse et de se^^ sneeès, j*ai pai'u mal disposé pour ' soû fils. Ët comment, eu eÛ'et, assister, sans une douloureuse impatience, aux travaux de ce fils qui prend une à une chaque pierre posée par son père pour former im magnifique édifice, et les disperse an loin, destinant ces matériaux à la eonstruction de bâtiments fantastiqu' s et irréguliefs, dont pas un ne demeure .(Jebout assez longtemps pour être adjievé ? C'est un spectacle p!u§ ^iligéant encore qu'irritant. Mais Thjstorîen n'est en ançjun cas dispensé d'être juste, et Charles-Emmanuel a autant de droit à l'admiration de tout observateur impartial qu'au blàrae sévère que je ne lui ai pas épargné jusqu'ici. Cb^rles-Ëinman^ étçit bien jeune lorsque son père lui

coofia le gi(MiiVjeniei»e^ 4e FÉtat, et îl vtvmi mi>re jéié qu*à Xécola de la prospérité. Ce n'est pas la meilleaiip

pour apprendre à régner, et surtout dans certaines conditioûs difficiles. Si Einmaouel-Phiiibert uiérite un repri>cbe, c'est d'avoir trop compté sur le génie qu'il rea»inaissait à son fils, et d^avoir oublié, oon-seulemeut qu6 le génie, lorsqu'il o*est accompagné ni par la modération ni pai' rcx|)ériei)ce, est sujet à se fourvoyer toni autant que la inéUiocrité, mais aussi que l'iioinme de géuie égaré sur une fausse route la quiUe pins diflicîleii)^ encore que rbomme ordinaire, car ii perd beaucoup de temps à cbercber ()es moyens désespérés de salut dans les directions les plus opposées, et il se flatte toujours de réparer ses fautc^, sans rompre entièrerijent avec son passé. Si fimmauuel-PiuUbert eût gouverné l'État jusqu'à sa mort, et nommé en moui-ant un conseil de tutelle à son fils, il lui eût épargné d*amers regrets, et à ses peuples d'immenses malheurs.

Ce fut à propreuieuL pai ler IMjilippc II qiij s'empara de Fesprit de s^Q gendre, le jei^ne jduc, et qui,pai' de fallacieuses projmesses et des conseils perfides, le guida pendant la première partie de sa carrière. On aperçoit, eu effet, dans les moindres actes comme dans les plusimporr tantsdu duc cje Savoie, jusques etai)rèsla paix de Vervins, comnïe uu reflet du sombre es[)rit de PiiiJippe II. U n'y a pas jusqu'à la scène racontée par le prêtre FréjEet, qui ne rappelle, malgré l'adoucisseinent quo rbumanité de la maison de Savoie dut nécessairement y ap[)orter, d'autres scènes bien plus tragiques que le duc iV Albe exécutait, à peu près à la même époque, pour obéir aux ordres du roi jd ivi^pag;^. ^e du;c ^ âavjoie ne iue

m HISTOIRE DE LA MAISON DE SAVOIE.

paraît camplétement dégagé de toute influence espagnole, que sur les champs de bataillé, lorsqu'il combat au milieu de ses soldats, et comm-î Fun d'eux ; ou bien lorsque,

inspiré' par le génie des combats, il découvre la faute que reunemi va commettre, le moyen d'en tirer profit, et que, traçant en peu d'instants tout un plan de campagne, il lance, il rappelle, il conduit ses bataillons, change en quel* ques heures la position réciproque des armées, et échappe à mi grand danG^er,on metrennenii en plpine déroute. On retrouve en ces moiueuis le duc de Savoie et son étoile; mais ailleurs qu'à la guerre, Cbarles-Ëmmanuel ne s'est montré à nous que le disciple et quelquefois ^e jouet de Philippe II. Ce n'est pas qu'il ait négligé volontairement les soins qu'exige d*uu bon prince le développement de la prospérité et de la moralité de ses sujets. Gbarîes- Euimanuel s'en occupa autant que les circonstances difficiles dans lesquelles il s'était placé le lui permirent. Il protégea le commerce et Tindustrie, fit construire des routes pour rçndre plus faciles l'exportation et l'importation des denrées, et ti availla à rendre le Pô navigable, surtout depuis que, par l'acquisition du marquisat de Saluces, cette grande artère italienne parcourait une partie plus considérable de ses fitats. Mais de pareils soins n'occupèrent malheureusement qu'une place fort secondaire dans sa vie, constamment agitée par la conception et l'exécution de si grands desseins, que l'honneur de les avoir formés peut suffire à la gloire d'un souverain.

Durant ses longues et funestes guerres contre laFrance, Charles-Emmanuel n'eut que trop d'occasions de se convaincre de la perfidie espagnole, et de l'inutilité de

toute alliance avec la cour de Madrid. Depuis le tmié

de l.yon surtout, Charles-Emnianuel (^'tait devenu sombre et méliant, et ceux qui l'entouraient attendaient de lai quelqnp détermination singulière. On crut longtemps qu'il méditait une nouvelle attaque contre la France ; qu'il regrettait la perte de ses provinces , et qu'il se préparait à les revendiquer. On le jugeait mal. Charles- Emmanuel, revenu de son aveuglement au sujet de l'Espagne , se le reprochait et songeait aux moyens d'en réparer les suites et de tirer parti de la politique nouvelle qui se présentait à son esprit.

11 n'y avait à cette époque que deux politiques possibles pour un Italien : s'allier à laFrance contre l'Autriche (qui se transforma pendant un certain temps dans l'Espagne, et reprit ensuite son ancienne forme), ou avec l'Autriche contre la France. Quant à se lier étroitement entre eux contre toute puissance étrangère qui voudrait violer leur territoire et s'en emparer, les princes italiens n'y songeaient pas encore, et peut-être qu'ils eussent échoué en l'essayant; car l'un ou Vautre de ces puissants ennemis, on peut-être tous deux eussent toujours réussi à détacher de la ligue italienne un ou plusieurs des nombreux États dont elle eût été composée, et dès lors toute résistance n'eût produit que d'affreux malheurs. D'ailleurs, le sentiment de la nationalité chez les peuples, ce sentiment qui a été la source de véritables prodiges, et qui semble être le graiid moteur humain de notre époque, date du XTX* siècle, et avant ce temps nous n'en voyons pas de traces, au moins dans le mi li do l'Europe centrale.

Charles-Emmanuel ne se disait donc pas : iitalia farà da 96^ mais il avait connu Henri IV pendant le court

lus HISTOIBE DE LA MAISON DE SAVOIE.

•^(Mir qu*0 aiwt fii^; à Pwi»» ^ 1699 à 1600, H U ftvaU compris le génie polUiqoe 4e ce prince. Uempre»»

semeot qu'avait luis Henri IV à Hier les frontières de la 'France et de la Savoie, de manière qu'elles pusseut tit'iueurer Deum^ut tr^tcée» iùièkmeni pectéest taodis que se» prédécesseurs D*awaient jajnaie tendu qa*À forouUkr la question, afin de profiler de imt malentendu pour envahir subrepticement TÉtat voisin, iiiOiiUdiL assez que ce graud iionime d'État se séparait de la poliliqu-e adoptée par ses prédécesseurs. Ciiarles- EmmaDuei comprit qu* Henri IV ouvj:aii une ère nouvelle à 2a poliiiqtts internationale, et sur cette pensée il fonda tout un plan de conduite, qu il exécuta ensuite exactement, et qui forme à coup sûr son plus l>eau titre de j^loire.

Ci^arks-j^anmaQuel raisonna ainsi : <( puisque le roi de France vent ariiter ses fioutières et les miennes sur le sommet des Alpfis, c'est qu*il nenonce i pénétrer en Italie, et qn'il désire s'aesurer contre toute attaque de ce cOté^

S'il en est ainsi, il, doit tenir à ce que l'Italie septentrionale soit occupée par ses amis et ses alliés ; comme aussi que ses amis et ses Alliés ne soient j^as constaQiiue;at OMS en péril parleurs ennemis etparceuiiiie la France^ on pour le moins^ que )es alliés de la J'rance^ maîtres 4ii nord de T Italie, soient assez forts pour conserver leur poMiion sur les Alpes, et n'en soient pas évincés par les ennemis de laFrance. .J'occupe ces frontières, et quoique je me sois montré jusqu'ici l'ennemi des Firançais, et l'aoû de r£spagne, son ennemié, j'ai été m ennemi assez la- ' commode p^ur que mon amitié ne soit pas tout à fait sans valeur. Je ne saurais pourtant ddua ma condition actuelle

CIIiVBLES-E]UMA^UEL K |03

me donner comme m boulevard, suffisant à la sécui it^ d(Bs frpniièjres françaises, aussi longtemps gu'avec ud nombre axiçsi poraé de spjets, j'aurai Tiiispa^De sur me^ derrières, prête i m'eovahir au premier acte dlndépepdance que je me permettrai. Mais le roi de France peut changer ma situation. Il peut, en me donnant l'indépep- * dance avec le Milanais, se donner à lui-même uii allié utile ^t uo ix>n gacdieu de ^ froiitière?. Les princes dp ma inaison oifjtété de tout t^mps fidèles à leurs epj^a^eoients, et il .doit assez me connaître pour coj^ipter que je comprends mes propres intérêts, et que rien ne m'enlèverait à un allié qui serait en môme temps mon bienfaiteur. Qui donc, à l'exception de ri>pagne, qui donc s'opposerait à ToccupatioD du )lUauais, et à r^^exion de ce duché aux domsûnes de maipaison ? Les Vénitjlei^3 peut-être ? Je leur servirai de rempart contre la France, et d'allié contre l'Espagne ou contre rAutriche, et jna présence sur leur frontière leur sera toujours moins funeste que celle d'un roi espagnol. Si^e puis ip'enten.dre avec le roi de France^ sfion dessein ne ^urbit rei^coj^trer d'obstacles. A 1* œuvre do^c, et r^j^pjrQcboijis-nous d*llej]ii 1\. »

Les négociations qui s'ouvrirent alors avec Paris, et auf^^ejUles Rome et Venise ne tardèrent pas à prendre part» sout demeurées jusqu'ici enveloppée? dhm certain mystère. Les historiens £ranç;aiis eu iudiquept fiu pbis sommairement le résultat dans le traité ^e Brussol; et les historiens italiens de cette époque ne semblent pas cpni^rer 1^ Savoie A^omme une province italienne. Sp^ le prétexte de nous aji|irendre Tbistoilre d'itsilijs, à^j^ »a mojliis ra,rrîyée d'inée dans ^ laJîmxa jijisqu'^ 099

jours, ils nous ioforment des plus insignifiants détails de

la vie des petits tyrans de leur ville natale , et nous prodiguent des descriptions de chaque édifice dont ces mêmeâ villes tirent quelque lustre , tandis que la belle et féconde histoire de la maisou de Savoie est passée par eux presque entièrement sous silence ; les noms mêmes de ses princes ne se rencontrent sous leur plume qu*en leur passagère qualité d'ennemis du dire de Milan ou de Mantoue, ou d'alliés de la république de Venise. J'eusse désiré publier les documents qui doivent nécessaireineiU exister sur les négociations entre Henri IV et Charles- Emmanuel; mais les difficultés de Tentreprise ai' ont déterminé à ne les livrer que plus tard au public, dans un volume supplémentaire, et à me contenter pjiir le moment de donner, comme Font fait jusqu'ici mes devanciers, les résultats de ces mêmes négociatious.

Si Philippe il eût encore été sur le trône d'Ëspagne, la tâche de libarles-Emmanuel eût été bien autrement difficile ; mais il reposait depuis plusieurs années sous cette terre qu'il aviût si souvent ensanglantée, et son successeur Philippe 111 paiais.sait sentir le poids des crimes amassés par son pére autour de sa couronne* Le sang de Gharles-Quint allait s'appauvrissant rapidement dans les veines de ses descendants. Il n'avait communiqué à Philippe 11 que la ruse paternelle, lui refusant les grandes et énergiques qualités, qui avaient fait de Gharles-Quint le plus grand prince et peut-être le pins grand homme de son temps* Philippe 111 ne possédait ni l'habileté ni les vices de son père, et l'on eût dit que, succombant sous h fatigue des deux existences si agitées et si remplies auxquelles il succédait» il ne sentait d'autre besoin que

CHARLBS*EMMAN0EL I« 465

celui du repos. Gharles-Ëmmauuel put donc former ses plans et leur donner un coanDencement d'exécuUon, sans éveiller les soupçons de celui de tous les princes d'Europe qui avsût le plus grand intérêt à les traverser. Un '

voyage à Paris, les rapports d'estime et d'amitié établis par le duc avec quelques uns des personuages les plus influents de la. cour d'Henri IV, la saine vigueur de ses vues jointe à la force de son éloquence , enfin l'oeii pénéti-ant et l'extraordinaire sagacité dont Henri IV était doué« tout concourait à favoriser les projets de Gbarles^Emmar nuel. Ces projets, dont la réalisalioa vient enfin de s'accomplir sous nos yeux, deux siècles et demi après avoir été conçus par Gharles-EmmaQuel, suftiraient seuls pour démontrer : i* que les pensées conformes à la nature des choses, ainsi qu'aux véritables besoins des hommes, ne sont jamais conçues en vain dans une puissante intelligence, mais que, s'y étant une lois développées, elles finissent toujours par arriver .à leur exécution i 2* que la maison de Savoie ne renonce jamais à un dessein qu'elle juge profitable pour elle, et nécessaire à la prospérité de ses États ; qu'elle sait attendre en silence le cours des années et des siècles, s'il le laiit, sans jamais perdre de vue le progrès qu'elle s'est proposé; 3** que ces desseins sont conformes à ceux de la Providence, ce qui explique d'ailleurs suffisamment le succès qui les couronne d'ordinaire.

Ces projets, auxquels Rome et Venise avaient adhéré, et que le traité siguéà Brussol ])ar Henri lY et par (^hai ies- Ëmmanuel consacrait, consistaient dans les transfunnations suivantes : La France et le Piémont cliassemient les Espagnols de la Péninsule italique; le duc de Man^

166 HISTOIRE DE LA iTAlSCUN DE SAVOIE.

tollé échangersiit province de Casai contre cellë de Crémbtiè; 6a rédtiîiaît le Milanais et 1ê Montferrat an Bémont, teconstituant A\m\ Tancied royaume dë Loni-

bardic dont Charles-Emmanuel porterait la couronne. Henri îV donnait sa fille en mariage à Yictor-Am('Ml(''e , prince de Piémont, et assurait au duc, ainsi que le faisaient Venise et le pontife, le titre de roi de Lombardle.

Or se représentera aîsémetit la joie de Charles-Emmantieî, lorsque, le 25 avril 1610, il apposa sa signature au traité de Brussol, sous les signatures du roi de France et des autres garants de son exécution. Mais quelque jurande que fût cette joie, elle fut sans doute encore dépassée par Ijt (^oUleur que Itd apporta la nouvelle de la mort d'tlénr) tV (mal 1610). Bavaillae ne méritait pas seulement les malédictions de la France, celles de f Italie Iti! étaient dues à un non moins juste titre; mais l'Italie ignorait l'heureux changement qui allait s accomplir dans sa destinée, et elle ne l'eût peut-être pas apprécié à sa véritable valeur, si elle en eût eu connaissance.

Tout le brillant avenir dont Charles-Emmanuel s'était flatté s'évanouit au moment où Henri IV descendait dans la tnnibe. Affligé, déconcerté un instant, mais jamais abattu ni découragé, le duc de Savoie espérait renouçr les négociations avec le successeur d'Henri IV, dés que Louis Xlll serait sorti de sa minorité, ou peut-être même avec la régente Marie de Médicis, quand il aurait sondé ses dispositions. En attendant ce beau jour qui ne devait jamais poindre, Charles-Kmmanuei s'appliqua à faire valoir ses droits sur le Montferrat.

il n'y avait que peu d'années que là question du Montfenràt avait été décidé pà)r Philfppelf, tùWrt foule

CHARL£S-£MMÂNUËL 1*^. 467

justice, en faveur de la maison de Gonzagne. Mais on eût dit que la Providence, désavouant un jugement qui lésait les droits de la maison de Savoie , avait ordonné les événements de façon à fournir à celle-d une occasion nouvelle de les revendiquer. Gonzagae, devenu seigncur du Montferrat et gondre de Charles -Emmanuel, mourut en 1612 sans laisser d'autre enfant qu'une fille nommée Marie et encore mineure. Le duc de Savoie n'était pas homme à négliger d'aussi belles chances. Il 8*empressa de réclamer sa part de la succession de son ^dr«, c*iB8t-â-dire le MontfeiTat, et d'assurer à sa petite-fille le reste de la snrccssion paternelle. 11 appela donc auprès de lui la duchesse douairière deMantoiic, sa fille, en l'engageant à lui amener la jeune Marie, qu'il se proposait de marier à l'un de ses fils. Il envoya même le prince de Piémont à Casai, pour entamer des négociations à ce sujet. Il y rcncontia l'envoyé espagnol, Cardenas, qui, plus mal disposé que jamais envers le duc, depuis que certains bruits relatifs à ses négociations secrètes avec la France étaient parvenus à la cour d'Espagne, favorisait ouvertement les prétentions et aidait aux intrigues do cardinal Ferdinand de Gonza;;iie, oncle de la Jeune héritière. Le résultat de ces intrigues fut le départ de la duchesse douairière poiir Turin, et la détei\tion de la jeune héritière enlevée par son oncle à sa mère, et enfermée dans le château de Goîto, sous le prétexte de pourvoir à sa sécurité, mais en effet pour la séparer * de toute influence pîémontaîse.

La patienre de Charles-Kmnianuel n'avait jamais été exemplaire, et cette fois elle était complètement épuisée. U commença sur^-le-champ la guerre et il s'em-

468 HISTOIRE Dis LA MAISON DE SAVOIE.

para en quelques jours des principales places du Montferrât Ce fut lorsque Trino, Alba et Moncalvo étaient déjà

en son pouvoir, qu'il adressa aux cabinets européens un manifeste pour justifier sa conduite. Il y exposa ses droits, l'injustice dont son père avait été la victime, et sa résolution de ne pas laisser échapper cette opportunité de faire reviser ce procès^ jugé jadis en dépit des lois de l'équité. Les puissances le désapprouvèrent, mus s'en tinrent à un blâme inactif, qui n'arrêta pas Cliarlcb- £mmanuel.

L'Espagne pourtant envoya le gouverneur du Milanais à la tête d*un corps d'armée pour soutenir Ferdinand de Gonzague, et le duc, voulant témoigner de son respect

pour cette puissance qui avait passé, durant tant d* an nées, pour l'amie et la protectiice de sa famille, ordonna au commandant de son armée, le comte de Saint-Georges, de se retirer sur Asti. Le duc de Nevers (Gonzague) vit ce mouvement rétrograde, et crut le lion intimidé; il ne put résister au désir de l'humilier en le harcelant dans sa retraite; mais le lion blessé se retourne, il aperçoit son ennemi qui se croit assuré du triomphe; il tombe sur lui, le bat complètement, met ses troupes en déroute, et châtie sévèrement cette partie du Montserrat dont il s'était d'abord emparé, et qui, le croyant vaiucu par la seule présence des troupes espagnoles , s'était déclarée contre lui.

L'Europe entière, alarmée des résolutions hardies et de Timdomptable courage du duc, se ligua pour en arrêter la marche victorieuse. Rome, Paris, Madrid, Florence et Mantoue lui enjoignént de déposer les armes et de

s'en remettre à un congrès pour l'examen et le rétablis-

CHÀRLES-EHMANUBL K 46d

sèment de ses droits. C4harles-Emmanuel, qui sait ce qu'il peut attendre d'uu aréopage ainsi composé, va sans doute résister, et se faire écraser par le grand nombre, lorsqu'un protecteur inattendu se présente. Jalouse de rinfluence que la France et l'Espagne se disputent sur ritalie, et dont elle seule a juia pendant plusieurs siècles, l'Autriche intervient en faveur du duc, et exige du cardinal de Gonsague le renvoi de sa nièce auprès de la duchesse douairière Marguerite de Savoie^ déjà réfugiée à la cour de sou père ; elle veut d'autre part que le duc de Savoie remette aux commissaires autrichiens les places fortes qu'il a conquises dans le Moutftrrat, et qu'il s*eo rapporte, pour l'appréciation de ses droits, à un congrès des puissances constituées en arbitres.

Ces conditions, que le duc de Savoie acceptait ^ans Tespoir de s'assurer un ami dans Tempereur, sont repoussées par l'Espagne. Phili(>pc ill veut faire expier au duc le traité de Brussol , sur lequel il n'a pourtant que de vagues et confuses dbnnées. 11 exige que le duc reconnaisse le cardinal Ferdinand comme héritier légitime du Montferrat, ainsi que du duché de Mantoue, et qu'il lui donne pour épouse sa propre fille Mai^ueiiie, veu\e du défunt duc de Mantoue, et mère de la jeune héritière. C'était préférer la guerre à la paix, et tel lut aussi l'avis de Charles-Emmanuel. Le cabinet de Madrid, inquiet des premiers succès du duc, se rapprocha du cabinet de Vienne, apaisa sa jalousie, Fexcita contre le duc de Savoie, et s'en fît un allié contre lui. Charles-Eunnanuel est mis au ban de l'empire, et trente mille soldats envahissent son territoire.

Tant que le duc de Savoie posséderait une année et un

no HISTOIRE DE LA MAISON DE SAVOIE.

trésor ])Oiir payer ses soldats, on ne pouvait s'attendre à CCI qu'il se soatntt à «n td abtts de pouvoir. 11 reprit les Artftee avec atitant â'empressemettt ét de eonfiance ques^il n'avait eu à combattre que le duc de Mantoue. 11 n*anienait pourtant sur lé champ de bataille que sept mille Piémontais. C'est avec cette poi^mée de braves qu'il soutint et traversa lacatnpagne de 161 4, sans perdre une seule place ni une seale Jtotaille. Il avait devant lui l'armée espagnole, et TEspagne de cette époque n'avait encore oublié ni (liiai los-Ouint, ni Philippe II. Elle se souvenait encore (les (lan;^ers (ju'rlle avait fait courir à Fr. ncois l^'et h la France, et elle s'inquiétait peu de la résistance que lui Opposait un aussi petit prince. Mais après la campagne de 1614, les généraux espagnols se demandaient, en échangeant de sombres regards , jusqu'à quelle témé* raire hauteur le duc de Snvoie oserait ponsî^er ses entreprises, depuis qu'une série non interrompue de mouvements heureux et d'entreprises couronnées de succès lui avaient révélé sa supériorité comme général , et la supériorité de ses troupes sur les leurs.

D'antre part, les Fi aurais, toujours suf^ceptibîes d'enthousiasme et de dévouement pour les causes justes, les grands hommes et les actions généreuses, accouraient en foule s'enrôler sous les drapeaux de ce héros nouveau ; et les Italiens, qui commençaient-à sentir le poids du joug étranger, et qui apercevaient pour la première fois dans un de leurs princes la volonté et la force de résister aux puissances du dehors, se tournaient vers lui comme vers le point d'où devait leur venir un libérateur. Ce sentiment, comprimé pendant plus de deux siècles, Mbsfista pourttot à pariif de osue époque dans le conir d«s Ita-

CHARLES-l^lfMANCËL J^. 171

lieos. S'ils en ftirent parfois distraits par d^autres espé*

rances, ils ne l'abafdontièront jaiiiâis, et ils y revinrent tdujouré, s y rattachant avec une ardeur sans cesse croissanté, à mesure cfne de nouveaux signes se manifeslaîènt à leiirs vonx.

Les Espagnols pourtant avaient aussi reçu des renforts, êl ces renforts étaient plus nombreux que ceux dont Gliarles-Ëmmaouel avait grossi les rangs de ses défenseurs. La guerre fut reprise et continuée l*année suivante âVec plus d\icl)arnement, mais avec des résultats divers qui se cbntre-banlançaient L'Europe s émut au spectacle de tant d'héroïsme, luttant seul contre des forces încomparableinent supéiieurts, et d'un prince défendant son droit, sans tenir compte des dangers auxquels il s'exposait. Le roi d*Espagne se résigna à accepter les conditions qu'il avait refusées naguère. On se rostituciait récipro- (pjeinent lés places conquises pendant la guerre, et Tappréciation des droits de la maison do Savoie et de la famille Gouzague sur le Montferi^t serait laissée à Tempereur jugeant comme arbitre.

Je ne saurais expliquer les motifs qui pousscient le roi d'Ëspagne h accepter des conditions qu*il. avait repoussées deux ans p^is tôt, non plus que ceux qui le portèrent en 1(316 à déchirer le traité qu'il venait de signer en 1 615. Quelques historiens disent que Philippe 111 s'aperçut de. riiuniiliation que ce traité lui faisait subir, et qu'il le rompit pour s'y soustraire. Mais on se demande comment il fut si longtemps à se rendre compte de ce qui était dû à sa dignité, et la réponse est d'antant plus diiïicile à trouver que le traité n'était pas nouveau, et que te rèltf'Espagne l'avait déjà re)[M>uèsé.

m UISTOIAE DE LA MAISON D£ SAVOIR.

Quoi qu'il en soît, ce traité, qu'il avait tour à tour proposé, repoussé, puis accepté, le roi d'Espagne le rompit cette lois. Le gouverneur espagnol du Milanais fut chargé par son roi de reprendre les hostilités. Gharlcs-Einmi^ nnel s'adressa alors aux puissances âgnataires du traité et garantes de son exécution, et réclama- leur appui. Le roi d'Espagne savait l^iien que celui de la lM ;iiice ne hn serait pas accordé, car Marie de Médicis négociait alors pour marier sa fdle Elisabeth an prince des Âsturies (depuis Philippe IV), et son fiJs Louis XIII à Anne- Marie d* Autriche. Elle se borna en effet à permettre le départ de sept mille volontaires, commandés par le maréchal de Lesdiguières. Mais Venise soutint mieux son rôle de puissance signataire et garante du traité, et elle ' envoya ostensiblement ses troupes combattre avec le dac de- Savoie contre l'Espagne.

La France pourtant voyait cette guerre avec inquiétude. Elle avait peu de profit à attendre des avantages que Charles-Emmanuel pourrait en tirer, et la ruine de ce prince eût pu lui devenir funeste par la suprématie que l'Espagne eût obtenue ensuite en Italie. Le traité de Pavie (9 octobre 1617) est dû à la France, et il faut avouer qu'il sauva la maison de Savoie d'un grand danger; mais ce fut en la dépouillant d une province sur laquelle elle avait d' incontestables droits. Le Montferrat fut donné à Ferdinand de Gonzagne, qui épousaune cousine de la reine mère Marie de Médicis. La restitution réciproque de tout ce qui avait été pris pendant la guerre par les parties belligérantes fut consentie, et Charles-Emmanuel rentra ainsi en posse^-sion de Verceil, ville iuiporUkute dout les Espagnols s étaient empaiés.

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CHARLES-EMMANUEL K m

L^expérience et les années commençaient-elles à tem^ pérer Textrême ardeur et ranibition sans bornes de Charles-Eiumaniiel ? On peut le croire lorsqu'on le voit signer le traité de Pavie, et abandonner, pour le motnent du moins, ses justes préceutions^sur le Montferrat, afin de se dévoaer à TadminL^tration intérieure de âes États. Il y apporta le coup d*œil prompt et juste, la sng icité et l'activité prodigieuses qu'il avait jusque-là consacrt's an succès de ses armes, et sa main aussi puissante qu'habile réussit à faire rapidement disparaître toute trace des blessures que la guerre avait faites à la prospérité nationale. Mais parmi tant de qualités brillantes dont Charles- Eiiiiiianuel était doné. cellf do savoir réduire ses prétentions à la mesure de ses forces lui manquait complètement. Il se trouva bientôt mal à l'aise dans le cercle étroit de ses devoirs de souverain, et de souverain d'un petit État.

Vers la même époque, c'est-à-dire en 1617, les princes protestants de l'Allemagne cherchaient un successeur à l'empereur Mathias, et le voulaient capable de les soutenir et de les défendre contre les puissances catholiques. La couronne royale de Bohême éiaii aussi vacante, et le célébra comte de Mansfeld se vantait d*en disposer à son gré. Tel était le renom acquis par le duc de Savoie pendant ses luttes contre l'Espagne, que les princes protestants d'Allemagne et le comte de Mansfeld le choisirent simultanément pour lui offrir les couronnes dont ils disposaient. C'était là un singulier choix de la part des princes protestants', et Gharles^Emmanuel lui-même dut s'en étonner et répugner à y souscrire; mais il se sentait à l'étroit sur le trône de ses ancêtres, et J'héroïâme de refuser la couronne

174 UISTOIBE 0£ LA IIAISON PE SAVOIE.

ifU|)éri^le fiéudi pas celMÎ de Gbarli^-Ji>maiajiiu£)* U commît même la faute de oe refuser ni cette courooBe ni celle de Bohême^ et ces deux caûdidataies, qu'il était impossible de tenir secrètes, se nuisirent Tune à

Tautre, de telle sorte qiL'il ue réussit dans aucune. Ferdiuaud de Slyrie fut élu empereur , et Cljarles-Eiw manuel, qui regrettait sans doute d'avoir prêté l'oreille aux séductions de.^ pri:ices protestants, crut expier sa faute eu aidaut le uouvel empei-eur à les faire reut»er dans l'obéissance.

Cliarles-tin manuel devait se laisser entraîiier encore par son ambition. Ou conuait la conspiratiou du duc d'Ossuna, vice-roi de Naples, et sa malheureuse issue. Le duc de Savoie y tiempa, et» se seniaut enveloppé dans le mécoûtentement que la cour de Madrid témoignait à l'occatioa de ce coiii])lut et envers ses auteurs, il s'empressa de se procurer un autre appui. 11 n'y avait que ia France dont la pi^tection lui pût être accordée, et c'est vers elle qu'il se tourna. Le cardinal Maurice , son fib, fut envoyé par lui à Paris, avec la mission de demander pour le prince de riciuont la main de la pi incesse Christine, propre sœur de Louis XUl. C'était le même mariage qui avait été stipulé à Bru8£.ol, et quelques historiens en ont conclu que le traité signé alors par Charles Emnianutl et Benri lY avait été repris et ratifié par Louis Xlll. G'ei&t une erreur, et Tarticle seul concernant le mariage fut nouvelé et exécuté (1019). "

Charles-Emmanuel ne s'était rapproché de la FrancCf que pour se mettre en état de rompre avec l'Espa^iic, et il n'attendait pour cela qu'une occasion favoraijie. occasions de rupture ne manquent jamais aux sotive*

rains qui les recljt;rciit»t, et surtout ior:»qu'iîs sont placés i^aiis les couditioos où se trouvait le duc de iSavoiie vjs-ii«vis de.i'£sp%giie de T Autriche^

La Valteline était entrée dans La ligue des Grisons ( tuais CCS cantoiis s ciant déclarés pour la réfoi me religieuse , la VallcliDC se dcLacija de la ligue, et fut reçue SOU6 la proLeciioo de riispa^^ue : c'était ouvrir à I'Ajitricbe une route facile pour descendre en Italie^ ex poqr communiquer avec le Milanais occupé par les Espagnols. Cfaarles-Conmanuei s*y fût vraisemblablement opposé, lors Diênie qu'il eût été seul contre l'iispa^^ne et l'Autriche; mais Hicliclieii s'ahunia tout d'abord de cette conjbinaisoii uouveUe, et ne dissimula pas sou n^écontentement, de sorte que Giiarles-Emmanuel put sans danger demeurer inactif , et faire acheter sa coopération ^ celle des puissances ennemies à laquelle il avait résolu de s'unir. Ce fut de sa paî t un acte de pruileiicr dont il eut bientôt lieu de s'applaudir, car la France et l'Espagne, également trompées par son indill'érence apparejite, et appréciant à leur juste valeur les services qu'il pouvait rendre à chacune d'elles, mirent tout en œuvre pour le gagner à leur parti. On eût dit que la France ne pouvait trionipijtjr de l'Espagne, ni rEs])agne de la France sans le concours du duc de Savoie. Le sort de l'Italie seinMait dépendre de son choix. Telle était à cette époque, encore si éloignée de nous, la position que les mérites de tant de princes de la dynastie ^voyarde avaient laite à cette maison.

Charles-Emmanuel ne prolongea pas trop json seoàlilant d indécision, et vers la fm de 1624, il signa à Suse un traité avec la France, qui le nommait ccnanai.dant de

m HISTOIRE DE LA MAISON DE SAVOIE.

ses années pendant la guerre. Quant aux conquêtes pré*

snmées, les deux a'liés se les partageaient à l'avance rie cette façon : la Ligurie demeurerait à la France, et le lltlanais au iluc de Savoie.

Ce fut le maréchal de Lesdiguières qui conduisit en Italie les six mille auxiliaires qne la France mettait à la disposition de son allié. Nous avons vu plus d'une fois les souverains français , espagnols ou autrichiens reconnaître là supériorité de certains princes de la maison de Savoie, et leur céder la direction d'une guerre entreprise en commun; mais nous n'avons jamais vu et nous ne verrons jamais les généraux de ces mêmes souverains accepter sans arrière-pensée la position secondaire qui leur était faite par leurs maîtres* ni concourir de bonne foi aux succès d'opérations qui ne leur avaient pas été confiées. Si les généraux qui contrecarraient en secret les plans conçus par nos ducs avaient été surtout jusques-là des généraux espagnols, c'était parce que les alliances entre la Savoie et Tl^spagne contre la France avaient été beaucoup plus nombreuses que celles de la France avec la Savoie contre l'Espagne. Les choses vont changer d'aspect; mais» si nous voyons désormais la France et la Savoie combattre fréquemment sous le même drapeau, nous verrons aussi les sentiments jaloux et envieux deâ Antoine de Leva* des Pescaire et de tant d'autres passer dans le cœur des généraux français et y produire les mêmes déplorables effets.

A peine Lesdiguières arrivait-il à Turin avec sa petite armée, que la discorde éclatait. Lesdiguières voulait ouvrir la campagne par le siège de Savone, et Gharles-Ëm<manuel était décidé à la commencer par une attaque sur

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le Montferrat Tons iem se soupçonnaient mutaelle*

meut de vouloir se boraer aux conquêtes qui devaient lai profiter, et négliger celles qm ne lui étaient pas destinées. Le doc de Savoie remporta sur le général français; mais la déûaoce avait péoétié dans cos deux cœurs, et elle s*accnit encore dans le cours de la guerre.

Le plcui de Charles-Lmiiiaïuiel qui avaii prévalu fut couronué de succès, Novi, Voltri, Sestri et Campoireddo tombèrent en quelques semaines au pouvoir des alliés. Ciiiirles-Enunanuel u'eî>t plus qu'à sept lieues de Gênes qui s* est alliée à l'Espagne , et il se prépare à en faire le siège. Mais Lesdiguières s'y oppose, et cette fois c'est sou avis qui remporte. Charles-Emmanuel cède malgré lui, et envoie son fils, le prince de Piémont, envahir la rivière de Ponent. Ce prince exécute les ordres paternels avec autant de bonlieur que d'habileté et de bravoure. 11 s'empare de toutes les villes de )a rivière à l'exception de Savone que le duc refuse d'assiéger dans 1 espoir d'amener Lesdiguières à consentir à mettre le siège devant Gênes, qui est à ses yeux d'une bien plus grande importance. C'est toujours dans cette même pensée qu'il attaque Savorguano, pour s'ouvrir un passage sur Gènes, par la vallée du Bisagno. La guerre durait depuis trois mois, et le duc, secondé par Lesdiguières, avait pris cent soixante quatorze places fortifiées. C'était un beau commencement.

Hais l'Ëspagne n'était pas non plus sans alliances. L'Autriche lui envoyait de puissants renforts, et une armée de vingt-deux mille huuiines, tant Espagnols qu'Autrichiens, marchait vers le Piémont à travers le Montferrat. Ces nouvelles lorceul le duo et ^es ailier a quiiier

178 HlSTOint: 6B tk tAISON SAVOIR.

IMrècîpitàmffidit tà U^e , pèttr dêftfiàre lë PtSMènt. A peine ont-ils passé les Apemiins, que (ôutè la Ligurie flè soulève t chaste les faibles garnisôos laissées pàr 1è dac et ouvre led poites de sie^ villéli ànx Espa^nol^.

Les forces dont le duc disposait étaient de beaucoup inférieures en notnbre à celles de^ Atïstro-E^pagtiolst mais il était accoutumé à combattfè et à \ aincre sans compter ni ses amis ni ses ennemis. Cette lois encore il donba aa nldtide tin beau spectacle. Les Espagnols mi* rent le siège devant Ven ue, et le maréchal de Créqui , Kendre de Lesdiguières , qu'une maladiè grave retenait loin dû camp , fut chargé par le duc de comihander un corps d'observation, qu'il destinait à harcélër M assiégeants. L'été s'écoula pour ces derniers datA de vains efforts et de malheureuses tentatives pour a'eiupàrer de cette place. Lorsqu'ils Tabandonnèrent enfin, ils n^étaient plus que quatorze mille, épuisés par là fatigue et les maladies, ayant consumé leurs mumiious de guerre iet d'équipement , et ils ti'eusâent pas souténu uh combat, s*ils avaient été attaqués pendant leur retraite. Charles-Emmanuel voulait, en effet, les poursuivre jits([u*én Ldhibardie ; Ihkis la Fràilce et Venidë ihèniè s'y opposèrent, craignant qu'il ne poussât trop avant ses ëdhquètes et préféràtit la pàit, que l'Espagne offràit à Prarice, à tne guerre dont le résultat était incertain et dont le duc de Savoie recueillerait tous les fruits. Ainsi arrêté dan^ diarche, Charles-Ëinhiànuel entrevit un prochain abandon. Mais on ne lui laissa pas le temps de S'y préparer ; la paix entre la France et l'Espagne était ebnclttè à Monçoh, et ratiRée à t^aris (1626), lorsque le traité en lut communiqué & Chàries-EhidiaQuel; il

ii*aViik fm été eèasélté et ne fat paè contpriadàt» i'm-

corô. Il af)prit seulement, par les coïKlitions du traité, que les espéraaces dont il 8 était laissé leurrer étaient éwanameSi et qne pas une ded promesBes dont la Frioee sLYtâi été BÎ prodigue ènverl Ini ne sersût respectée. Qaè dot éprouver efi ee mmnêat le cœur boaiHairt et titeéré de Charles-Emiuauuel? Ne regretta-t-il pas la sagesse paternelle, qui avait fermé l'oreille à toutes les séduetioDs dçnt la France et TËspagne ravaient si souvent poursuivi, sédoctldns auxquelles loi-même n'avait ja^ maïs su rénster et dent il venait d*étre encore nnë ibis la victime? Ilélas! quelque grand que soit, par le caractère, le génie et les vorttis. le prince d'un petit État, il n* est jamais considéré par les plus puissants, si ce n'est ^lorsqu'il met ses vertus et son génie à la disposition d*uii autre État plus coasidérable. La France et TEe^agné eussent acheté Talliance du due de Savoie à quelque prix cfii'il l'eût mise, pour empêcher qu'il ue se joignit à la puissance ennemie; mais du moment que ces deux grands États parvenaient à s entendre et à se réconcilier^ Timportance du duc de Savoie s'évanouissait comme vh rêve. Seol , il n*était rien ; à côté d*un ptnssAnt alHé, B était redoutable, et pouvait tout exiger. Emmanuel-Philibert l'avait compris par le souseuit des malheurs de son père, et il avait évité Técueil; Charles"Ëmn)anuel l'apprit par sa propre expérience, et même après de si sévères leçons, il l'oublia plusieurs fois encore.

Par Ife traité de Monçon l'Espagne renonçût i la ^â}^ teline. (jui retoui fi;iit aux Grisons, et on se rendait mutuellement ce que l'on s'était pris pendant la guerre. Pourquoi rfisi>agne abandonnait^Ue en 1626 l'acquisi-

lion précieuse pour laquelle elle avait pris les armes deux ans plus t6t 7 D'où venait ce changement et cette tardive modération, si ce n'est des échecs quelle avait subis pendant la guerre ? Et ces échecs, qoi avaient été autant de victoires pour la France, à quel bras étaient-ils dus? La réponse serait superflue, et lorsque Charles^Ënimanuel fut contraint de remettre son épée dans le fourreau, ce dut être avec un amer ressentiment contre ces puissants monarques qui, ne pouvant vaincre sans lui, comptaient que son ardeur belliqueuse et la grandeur de son àme le pousseraient d'elles-mêmes et toujours daus leurs pièges. C'était Richelieu qui dirigeait à cette heure les destinées de la France»

Une nouvelle occasion se présenta Tannée suivante pour Gharles-Emmannel, de revendiquer le Montferrat. Tant d'usurpations successives étaient évidemment con^ traires aux vues de la Providence, puisque aucune n'assurait à la dynastie usùrpatrice la possession du territoire usurpé. Vincent de Gonzague^ successeur du cardinal Ferdinand, se mourait à Mantoue et mourait sans laisser d'enfants. Le marquis de Saint-Cbamond , ambassadeur de France à cette cour, ourdit et conduisit une ihtrigue qui mérite une mention particulière dans les annales de la diplomatie. Vincent institue par testament son cousin Charles, duc de Ne vers, son héritier. La jeune princesse Marie est tirée à Tinsu de tous de son couvent et mariée, au pied du lit où son oncle Vincent va monrir, au duc de Rhételois, fils de Ghai'lea, duc de Nevers, et le jeune époux est nommé par son père lieutenant général de ses États. Vincent meurt (1627), et le lieutenani guiiéral a pris possession des l3;tats dont son père vient d'hériter,

CHAALES-BMMANUfiL i*'. 484

avaût que la nouvelle de ces évéoements ne soit sortie de Hantoue.

Cette fois ce seront TEspagoe et l'Autriche qui profiteront des talents et du courroux de Charles^Emmanuel.

Ces deux puissances ne pouvainu coiiseuiir à voir un vassal de la France établi cooune souverain d'une province italienne limitrophe du* Milands;. et» d'autre part, si la France était vaincue, ce serait un vassal de l'Espagne ou de l'Autriche qui siégerait à Mantoue, et Tinfluence austro-espagnole serait sans contre-jiouls ni rivale en Italie. î^' était-il pas préférable pour la France d'y placer le duc de Savoie » Fadversaire naturel et nécessaire de toute influence prédominante et étrangère en Italie? E était-il aussi difficile de faire agréer ce choix, soit à l'Espagne, soit à l'Auti iche, que de lui faire accepter celui il' uu vassal français résidant à la cour de France, et n'ayant à sa disposition d'autres forces que les forces françaises L'Espagne et l'Autriche avaient trouvé trop souvent dau:» les ducs de Savoie des amis fidèles* je dirais presque des serviteurs dévoués, pour qu'elles désespérasseuL maintenant de rétablir avec le chef de cette maison ou avec ses successeurs les rapports d'amitié et de dépendance qui avaient si longuement existé entie leurs aïeux. Richelieu craignait-il d'avohr rendu par le traité de Monçon Charles-Emmanuel à l'Espagne, et le considérait-il déjà comme un irréconciliable ennemi de la France ? S'il le jugeait ainsi, Richelieu, malgré sa merveilleuse pénétnip tion , se trompait. 11 oubliait qu'un véritable homme d'État n'a jamais d'implacables rancunes et rarement d iiiébianlables amitiés. Il conipiiL mal la question italienne. Puisqu'il voulait détruire la domination austro-

m UISTOIAË DË LÀ MAISON Ï)E SAVOIE.

espagnole dans la péninsule, et qu'il répuguaiLà la pensée d'entraîner la France dans. une guerre dont il ne pouvait pféymr ni la durée ni le dénodment, le seul moyen pour lui de sortir de ce triâle dilemme eût été de créer au ■ord de f Jlalia un État aasea fMiisaanl pour arrêter le progrès de la duiuiiiatioii autrichienne, et de placer à la de cet État, non pas ua vassal de la France, que VEspagne et ràntriche eussent renversé, ^ans lui laiaser k temps de tirer l'épée, mais un prince eu appaience impartial, dont la neutralité pàt être admiee, un prince

assez éclaii'é et comprenant assez bien ses propres iutu-

lèts, peur que la France n'eftt pas à redouter qu'il s' alliât jamaîa sérieuseneputm à l'une ni à Vautre des puissances

qu^elk voulait exclure de l' Italie. Henri IV, le plus grand l^itique que k France eflt possédé, Favait compris, et le traité de Brussol rend témoignage de sa vaste intelligeoee. Plus rusé, osais moins sage, Aichelieu préféra créer pour adversaire à TEspagne et à l'Autriche un prince français, qu'il ne put soutenir sans Mre la guerre et qui ûait par oublier son origine, son protecteur et son allié naturel, pour s'attacher k l'Espagne et à l'Autriche, lorsque leur prépondérance n'eut plus de rivale en Italie.

Les princes et les bonunes d'État n'ont de sentiment durable que l'attachement à leurs intéièts, et aux intérêts du pays qu'ils gouvernent La France pouvait se créer des alliés iidèies et constants dans les princes de la maison de Savoie, parce que les intécêts de cette maison et oeux de l'Italie se rattaoberont à ceux de la France, aussi longtemps qu'il estera de l'autre cû^é des Alpes une nation puissante, ^vide de domination et vonlani attirer à elle toutes les ricbessea de la péninsule. £n

|{^$inj[)^Çi;u^nt ces allié:^ que la Pi^vit^oCiÇ lui avai^t ^f^par et <itte la, raispn liijii uidiQuaU* çi^ Ijçur pi:éfér^)l« pouur

Topposer à ses deux avales, un prince non\ eau, créé par

dile, ç4 n'ayant d ç^^i^uce que par Qlle, la hvàacù ç(mr mit uQe faute qu'on regretta d'avoir & imputer à Ricbe- ^\x. Voiir souteuir ççttç çréatiop, la Frauce eut à #pjgOâçx de$ soipines énçni^ea et beaucpvp ^ aaqg; et^lpraque,

latiguée de la lutte, elle se relira, sa créature qui ne pouvait 36 maipteDu* 4 elle-w$(i^e, ueut U'au^tre p£^;li à prendre quç de se livrer aux eniieiDi3 de la France. L'çirreMr de RicJ^eiiçu fut suu\eut de çoufondre ^ cr^tyrea avec ees amis, et de préféjfer les premières aux œ-*

conds. Le roi d'Espagne et Fenipereur saisirent avec empressement Toipçai^^ioQ de ^ réconcilier avec Cj^rie^- Emmanuel et de le rattacher à leur alliance. Son indignation contre la France les servit à souh^t. Les tiois nouveaux a^iés ^e partagèrent à i'avanpe If pays ^'ila se disposaient à confjuérir.

Le cardinal de lUciielieuapjpren^ que le vluç de Savoie d'un côté, et le prince de Piémont de l'autre , marchant de victoire eu victoire, oççupjçnt presque eu çintier le llomtferrat. 11 se |i&te d*envoyer en Italie vfï çùfp^ 4»

quatorze nilUu ijoinmes sous les ordres niarquis

d*lJ&eUeâ. Cbarle^-£(Dmani^ en est ii^iornjié, et U çopuprend que la présence d'un çorps d'armée aussi çopsidér^e peut refroidir l'ardeur de sçs coulcUérés, etarpener la c(y[iclu8ion de n'iignporte quel secret accord dans leq^el lui-mèn)e sera encore une fois sacrifié. Il préfère soutenir ^ul ^e cboc ^ çe(^ Mi^.ée q\^e d'y e^po^ les troupes austro-espagnoles, et il part suivi df se3 propres ^ftWià.^ ôff ètef uia^rche dçf f rf^nça'^s. U le§ ^tt^d

m HISTOIHË D£ LÂ MAISON DB SAVOIE.

à rentrée de la vallée de Braïda; puis, il les tourne, les enveloppe , les surprend et les défait complètement (2 août 4628). Cette belle armée nest plus qu'une masse confuse de fuyards, que ses officiers s'efforcent vainement de retenir et de reformer, jusqu'à ce qu'euxmêmes soient entraînés avec elle dans sa fuite. Soldats et officiers ne s'arrêtèrent que lorsqu'ils se crurent en sûreté derrière leurs frontières. Ces frontières pourtant étaient ouvertes, et personne ne les gardait. Aussi Charles-Emmanuel fut-il tenté de les dépasser et de faire mûn basse sur cette multitude en déroute ; mais la force des anciens souvenirs et le respect involontaire qu'inspire Je territoire d'une grande nation l'arrêtèrent. Les débris de l'armée française purent se reformer et se préparer pour de nouvelles entreprises à la campagne suivante.

Louis XIII venait de s'emparer de La Rochelle (1628) et il pouvait disposer de forces plus considérables pour la guerre d'Italie. Lui-même voulut s'y rendre à la tète de vingt-quatre mille hommes, qui, combattant sous les yeux de leur roi, firent des prodiges de valeur, et parvinrent à forcer le Pas de Suse. Hais ce premier succès coûta si cher à la France, qu'il lui rendit la continuation de la guerre presque impossible. Des propositions de paix furent échangées entre le duc et le roi, et le prince de Piémont signa à Siise même des préliminaires de paix à condition que ïrino et plusieurs autres places du Montferrât seraient cédées au duc, et que le reste du marquisat, y compris Casai, serait laissé aux Gonzague. Charles-Emmanùel.devait même aider Charles de Nevers à rentrer dans Casai (11 mars 1(529).

il est douteux que le duc de Sf^voie eut la sérieuse

CHÀRL£S-£il MANUEL 1". 485

iritt iition de subir cette paix, loj squ'il parut l'accepter ; mais il est juste de rernaï quer qu'après avoir été si souvent et si lâchement, il faut le dire, abandonné par ses alliés, U ne .pouvait être empêché par aucun scrupule d'accepter des conditions qui lui eussent semblé avanta» geuses pour sa maison ou pour ses États. M l'empereur ni le roi d'?>pa^ne pourtant ne furent de cet avis, et la nouvelle de la paix conclue entre le duc et le roi de France, ainsi que celle delà retraite de l'armée française au delà des monts les jeta dans le plus grand trouble et dans la plus violente indignation. Non contents de refuser le«ir adhésion au traité, ils envoyèrent en Italie des renforts considérables, grâce auxquels ils se flattaient de pouvoir se passer du concours du duc. Mais le chiffre même de ces renforts et l'agitation des deux cours prou* vent assez que la retraite du duc de Savoie du champ de bataille a\ ait éié pour les deux puissances alliées un irréparable malheur. Philippe IV envoya en Italie seize mille hommes de renfort, et l'empereur augmenta son armée d'Italie de trente mille Allemands.

Charles-Emmanuel se trouvait dans une position embarrassante. N'ayant confiance dans aucune des puissances qui conibaitaient pour la domination de l'Italie, il eût désiré garder entre elles une sorte de neutralité armée , qiVil aurait pu se faire payer par chacune. Mais sa neutralité ne suffisait plus à ceux qu'il avait accoutumés de compter sur son concours actif. La France lui offrail les conditions du traité de Suse, mais elle exigeait en échange de la coopération, dont elle le dispensait, la permission de traverser librement ses États avec telle foroe armée qu'il lui conviendrait d'y envoyer

m HISTOIRE DE LA MAISON DE SAVOIE.

ç]^,^,Q fois 1^ duc de Neyers fttirait beopin d*$trç t soutenu par elle. En retçur de cette çoDcession nouvelle,

Charles Emmanuel demandait une plus large part dans le partajj^e du Montferrat, et il insistait surtout pour que les places du Montferrat dont la France lui ferait l'abiandoD fuasjent indiquées et npjinniéesà Favance. Tout eo né^ ^pciant aveç la France, Charles-Emmanuel s'efforçait de convaincre le roi d'Espagne et l'empereur d'Allemagne , q^ue son but était d'enipècber ou pour le uirin-- de retar^çr Tijtivasiou de ses États par F armée française, et qu'il ne conclurait aucun traité définitif sans les en avoir prévenus et sans avoir obtenu leur agrément. Pour la première fois de sa vie, Charles-Emmanuel ne savait s'arrêter à aucun parti. Pendant qu'il hésitait encore, la guçrre recommença. Le premier coup de canon ne lui inspira aucune résolution. La colère de Hichelieu était terrible ; U projetait de faire enlever le duc, de s'emparer de ses lÊtats, et d'agir ensuite comme â la maison de Savoie n'eût jamais existé. Richelieu fut sans doute un grand homme d'Etat, mais il était sujet à toutes les faibjiesses qui se rencontrent d'ordinaire ckez les iioounes médiOcrçQ. |i n'^^ndait q\i'un jpréitej^te pour ei^^uter ce bei^u dessin, et ce prétexte, il crut l'avoir trouvé. Il ût sommer le duc de lui fournir, sur-le-champ, dix mille sacs de farine, de démolir les fortifications de Veillane, et de faire marcher ses troupes au secours 4ç Casai; il le menaçait en cas de refus des effets de sa vengeance. U comptait quB le dv^c repousserait ces monstrueuses eiigences, et qu'il aurait alors l'occasion de faire éclater son courroux. Les choses se passèrent comme le cardinal y^y^ ftréy^. Çib^rie^-^;^n^çl ût ^pç rèj^,Qi^ç^^^tay^

d négative aux demades pérempti^ûcepdii i^i^tre fran*

çais. Mais le duc de Moatmorenci, qui était chargé d'endormir dans les négociations la vigilance de Charles-Km- B^anuel, répugnait à comp^Lot, et lui lit paiTenir i>via de se tenir sur ses gard^ Ce peu de mots ImI auffi^anl; Charle^-Ettinumuel découvre le complot et ]ea couB^ir^r leurs, et les puuU sévèrement. Ce n'est pas tout: il pur Wie la cause de son ressentiment contre la France , se plaint des moyens auxquels on a recours pour se débarrasser de lui* et enfin il s'unit encore une fois ^ ÏM&r pagne et à TAutriche contre la France*

L'Italien n'a jamais ûmé l'étranger, et n'en a jamais été ainic. Il sait trop bien que son pays, le soi mêlé à la poussière de ses aïeux, les mille ricbesses et les mille blutés de cette tçrre* aussi bien que les immortels mo* numents conçus par son génie et exécutés k la sueur ^ mm front, et les innombrables objets d'arts qui font de cbacun de ses bourgs un musée ; il sait, dis-je, que toutes qes merveilles ({ue la nature et la société lui avaient destinées, pour sa part des bieoâ de ce monde, l'étranger convoite à toute Jieure, et que* s'tf lui reste encore q^qiAes c)iances de oomerver squ Mritfigei c'est p^rce quç les prétendants ^ sa dépouille sont si nombreux et si cu« pidcs. qu'ils s'entre-détruisent les uns les auties plutôt que de renoncer à une part du butin. Les ducs dç Savoie ont combattu pendant plusieurs siède^ dans les rangs ou à la téte de troupes étrapgëres, aujçqueUes ils QUt rendu de grands services; et pourtant, jamais leurs alliances, ni avec TEsp^igne et TAutriche, ^i avec la i-raiice, n'eur^^nt pour objet l'avantage commun des al-

li^ et ue iw:mt ^eiy^ect^ ^ fy^j^ f(H par ^

parties. A l'époque où nous sommes arrivés, c'est-à-dire en 16S0, le duc de Savoie combattait encore à la tète des

troupes austro-espagnoles contre la France, et comme toujours, il ne rencontrait dans ses auxiliaires que désobéis* sance, opposition à ses volontés, défiance et mauvaise foi.. Sa propre armée ne comptait, à la vérité, pas moins de trente mille hommes d'infanterie et de trois mille cava* liers, ce qui à cette époque formait une force imposante; mais les places fortifiées étaient nombreuses alors, et il fallait laisser dans cliaciine d'elles une ganiisou pour la défendre; aussi le duc ne pouvait-il livrer bataille en rase campagne , qu'avec le secours des armées alliées, et celles-ci lui faisaient toujours défaut au dernier moment Les conséquences de cette incorrigible conduite ne se firent que trop sentir en cette aunée. Les Français furent souvent battus, et leur armée était considérablement réduite après quelques mois de lutte; mais les principales villes de la Savoie et du haut Piémont tombèrent en son pouvoir, et Charles-Emmanuel se vit; comme son gi and-père, dépouillé de ses États, dont une partie était envahie par Tennemi, et Tautre par des alliés ne valant guère mieux. Il s'efforçait d'arriver au secours de Casai, menacé par le maréchal de La Force, et le comte Spinola, son ennemi personnel, refusait de faire exécuter les mouvements qu*il ordonnait. La fatigue, les chagrins, les agitations douloureuses, le dégoût des passions haineuses et basses dont il avait été si souvent la victime, les anciennes et nombreuses blessures, tous ces coups du sort que la jeunesse brave et supporte

sans presque en sentir le poids , écrasèrent le duc lorsque les années et ,une épidémie qui régnait dans son

CUÀRLES-EMMi^UEL ff. 489

c&mp Tearent étendu sur son lit de douleur. Pendant sa courte maladie, il parlait peu, a-t-on dit, et il semblait méditer profondément. Ces méditations devaient hâter le progrès du mal; car le souvenir de ses nobles efforts et de ses grands desseins, des succès qu'il avait été sur le ' point d'obtenir et des revers qui avaient suivi chacune de ses entreprises , de pareils souvenirs sont une charge qui dépasse les forces d'un vieillar(l malade.

Il vit la mort s'approcher sans terreurs ni vains regrets ; il n'avait rien fait pour le bonheur de son peuple, ni pour Vagrandissement de sa maison, si ce n*est pour- Umt que la réunion du. marquisat de Saluées aux domaines de sa maison fut son ouvrage ; mais il laissait un fSis mûri par l'expérience autant que par les années, qui avait souvent donné des preuves de sa bravoure dans les couibats, comme de sa sagesse dans les conseils, et auquel il pouvMt sans crainte, avec satisfaction pent-ètre, cou lier le gouvernement d'un État que lui-même ne possédait plus que de nom et de droit. Charles-Ëmma- Duel mourut dans son camp, en lô30, après quelques jours de maladie connue et avouée, mais après des souffrances de plusieurs années qu'il endura sans se plaindre. Il avait soixante ans, et avait exercé le pouvoir dès sa quinzième année. Je ne parlerai pas ici de son caractère, ni de l'influence qu'il exerça sur les événements et sur la destinée de son pays, car je pense l'avoir fait suffisamment dans le cours démon récit. Ce fut un grand homme, qui conmiit de grandes fautes. Violent et rusé, il essaya de réparer par la ruse les erreurs causées par sa violence, et il ne fit souvent que les aggraver. Le repos lui était insupportable^ car la hauteur de ses pensées et

IdO HlST0l1% t)E tk MAISON DE SAVOIE.

ràrdéiir été piliQolfl MMfôdfMt tiftifH «tiTàllifleM.

Sa vie fat un perp(^tiiel mécompte, ce qui arrive presque toujours à ceux qui né mesurent pas leur aroliition à lèurs forces.

▼ICrOft-AMÉDtB I*'.

(iilSO-1637)

Victor-Amédée 1", fils aîné de Charles-Emmanuel I", était âgé de quarante-trois ans lorsqu'il succéda à son père. Marié depuis onze ans à Christine de France , fiUè d*Henri IV et de Mftrie de Médicis, il faisait là joie et Fespoir de Gharles-Emmaniiel, qui n'eut jatuals Ho pl«d habile général, tîi nn plus sage tonseillèh Ldrs^ju'îl prit en main le gouvernement de ses Etats, il se trouva dans une situation assez semblable à celle de son grand-père Emmanuel-Philibert, à la mort de Gbaries 111. Les malheurs des pères sdlit apparemment la meilleure école pour les fils appelés à les remplacer, de même que la prospérité des premiers égare les seconds. Si Charles III eût été aussi heureux que son lils, celui-ci peut-être n*eût pas été pins sage qoe Gbarles-Etnmaniiel* Heiireasement poçr Vlctdr-Amédée , il n*avdt assisté, pendant la vie de son père, qu'à des SticcèS pàsiagers, condnisaift à des revers définitifs; et les leçons qu'il tirade ce spectacle étaient bien faites pour le préserver du malheur d*en donner de semblables à son suocesseur.

En montant sur le trône, Gharies-Emmamiel, qui était

irTCÎO^-AHÉOÉÉ K m

aldrs en paix avoc tous sesvoisîrts, déclara la guerre àîa Suisse, et entreprit téméraire ment d'eu extirper i' hérésie, èDtrèpridô dàns laquelle échoitèrent, avant et aprèft lài, des souverains inOniment plùs forts et plus pafs^ sànts que lè ddc de Savoie. Pendant tout son règne, il lie se montra véritablement habile qu'à susciter et à diriger la guerre. 11 regretta souvent de l'avoir commencée, car les conséquènces lui eh furent toujours funestes $ mais ^n coéur habitait les champs de bataille, et où ne le vit que trop bieli, tontcfs les fois qu'il obtint là paix, car il s'en lati<5aa proiiipteinciit, et il se lisrabientôt à la formation de desseins ambitieux, qu'il ne pouvait exécuter que les armes à la main. Victor-Amédée , au contraire, nlonta sur le trône avec un vif désir de la paix, et unë conviction bien fondée de son impuissance actuelle & soutenir les guerres colossales entreprises par son pèrè contre plusieurs ennemis à la fois, dont un seul eût sufti à l'écraser. Ferme dans ses propos, et convaincu qu'un hon prince doit exécute!: sans hésitation ses pensées, lorsqu'il les croît sages et favorables à son peuple , il s'appliqua, sans délai ni rélâche, à doter ses États d'Une organisation toute militaire, qui les mît en mesure de soutenir plus heureusement les attaques Auxquelles leur position géographique les exposàit de la part de trop puissants voisins.

Là cavalerie piémontaise n'était encore qu'une catva* lerie féodale , apprenant la guerre pendant les batailles, et roubliant pendant la paix, n'obéissant qu'à ses seigneurs, et n'agissant jamais avec enseinble. Le duc ne ' pouvait colnpter sur ellè comtlle ëur ub corps faisant partie de son Hrmée et lui appartenant, mais plutdt

m HISTOIRE DE LA MAISON DE SAVOIE.

comme sur des auxiliaires arrivant à son secours quand il les appelait 11 n*était même jamais sûr qu'ils y ani-

veraieot. Aussi, dans la })hipart des combats livrés par Charles-Emmanuel, on voit lignrer la cavalerie étrangère» et surtout la cavalerie espagnole, qui fait souvent avorter ses plans en refusant de donner à un moment décisif. Victor-Amédée fonda le guet à cheval, corps d'élite qu'il soumit à une règle sévère et dont il récompensait géoéreusement les services. Puis, lorsqu'il l'eut formé panine rigoureuse discipline, et qu'il l'eut plié à l'obéissance passive et absolue qui fait les bons soldats , il l' incorpora dans Tarmée active et régulière, se créant ûnsi un noyau de bonne cavalerie , qui lui rendit plus tard de grands services. Victor-Amédée donna aussi des soins attentifs à son artillerie; il établit dans la citadelle de Turin une cible pour les artilleurs, et soumit la milice royale à une nouvelle et plus parfaite organisation.

On se souvient qu*à la mort de Charles-Emmanuel, la Savoie était envahie par la France, tandis queTEspagne et l'Autriche reprochai nt au duc de 1- ^ a\ou abaodonnées pour se réconcilier séparément avec la France, leur commune ennemie. Ce prince avait donc tout à craindre de tous, et rien à attendre de personne* La mort de Charles» Emmanuel ne pouvait changer immédiatement cette situation, et Victor-Amédée devait l'accepter telle qu'il la trouvait, s'y défendre le mieux qu'il pouvait, et ciiercber une occasion décente d'en sortir. Son ennemi déclaré, celui qui mettait le siège devant ses places fortes et • occupait ses provinces, c'était la France, et ce fut contre elle qu'il déploya toutes ses forces, en atteuilant que ses anciens alliés, convaincus de sa loyauté et des

VICXOK-ÂMÈDÉË V. 493

dangers que leur déiiance leur faisait courir à tous , vinssent à son secours. La résistaDce opposée par le nou* veau duc à l'invasion française réussit, car les troupes piémuQtaises parviareut à arrêter les euvalusseurs et à les empêcher de jeter des renforts dans Casai. Victor-^Amédée avait alors à coiubatti e quatre marépiiaux de France : Schoinberg, La Force, £fiiat et Montmorency « comman* dant à des forces proportionnées à leui ilignité. Son succès oe r éblouit pas, et il n'hésita pas à déclarer hautement combien il désirait la paix. Le prudent Hazarin partageait ce désir ; aussi proposa-t-il une trêve au duc, qui la signa aussitôt an château de Revel (8 septembre IdSO) • 11 n'avait pourtant pas à craindre que le zèle de ses sujets vînt à se refroidir, car à cette époque il recevait uu tuuchantié* moignage de leur dévouement. Les Génoisavaientfaitune ' excursion sur le territoire piéiuontais, et eulevé tous les troupeaux de la campagne. Loin d'importuner leur sou* verain pour qu'il vengeât leur offense, et leur obtînt une juste réparation, les habitants des Apennins, sachant à combien d'ennemis Victor-Aroédée devait tenir tète, s'armèrent spontanément, marchèrent contre Gènes, et la contnûgnirent non^ulement à restituer les troupeaux enlevés, mais «inssi à se réconcilier avec leur prince. Victor-Amédée sentait toute l'étendue des devoirs que ce désintéressement lui imposait, et il était résolu à en récompenser ses sujets par l'inappréciable bienfait de la paix, aussitôt que les circonstances lui permettraient de la conclure. -

La trêve signée un château de Revel n'était pourtant encore qu'une voie ouverte aux négociations pacifiques, Louis XIU oUxait au duc les conUiuons les plus avanta*

m HlStOiRË DË LA «ÂtSON DE âAVOlË.

geiises, s*il consentait à se tourner contre î'emperewt et le roi d'Espagne. La conduite (ie ces derniers pendiint !a campagne qui venait de se clore eût autorisé me conscience moins sévère à accéder aux instances ét» avançais. Mais toute apparence de lé^reté ou de maaviise foi répugnait à l'âme intègre de Victor-Amédée ; le duc sa\ait d'ailleurs que le })rix de la trahison est rarement payé, et oaalgré son désir de la paix, il refusa comiamment de proniettre plus que sa neutralité. Louis XIII, Q*é^ tant pas parvenu à rendre la guerre impossible pour ses etinemls en s*attacbant!e duc de Savoie, s'occupa alors de conclure une paix générale. Les u^^jj:ociations s'ouvrirent à Ratisbonne. Plus qu'à moitié brouillé avec ses anciens alliés, et ayant récemment excité le mécontentement du roi de France par son refus de se déclarer conà^ eux, Victor-Amédée devait s'attendre à être sacrifié dans le traité de Ratisbonne. La France, l'Espagne et l'Autriche, parvenant à se uiettre d'accord, devaient se préoccuper fort peu de rendre justice et de donner satisfaction au duc de Savoie, qui ne leur pouvait être utile ni nuisii^ qu'en temps de guerre. On regrette presque les scrupules loyaux qui empêchèrent le duc de Savoie dés'accommoder séparément avec la France, après avoir été si souvent abandonné par ces mêmes alliés qu'il refusait de trûter €n ennemis.

Pour sa part du Montferrati Victor-Ainédée reçut par le traité de Ratisbonne (S octobre larllle de Triao ti

son territoire. Le reste futdoniiéà Charles-Guiizague, duc de Nevers, auqilel l'empereur accordait l'investiture du duché de Mantoue. La France reodrait le Piémont à Victor-Amédée, mais elle eonserverah gttiHSOB à Hgoe*

VtCTOR-AlfÈOÊB I*'.

roi, t\ Veillanï? et a Suse, jusqu'à ceque U s impéi iaiix eussent évacué Mantoue et Caneto. Les places tortes du dac de Savoie servaient done de gage povr Texécatioii d'vn titHté <{uî lésaU tmiB ses droits, pttkqne k guerre avait été allmée les prélentleiiB de Gharies de Nevers à rhérita^e du duché de Mantoue, et, en particulier, du Montfenat.

Aacane des parties contractantes pourtant n'était sacis* ftntede ce toaité,«t le général ei^^agnol refuaait de ramener 'ses troupes sur le territoire milanais, jusqu'à ce qu'il «Al

reçu directement de son souverain des ordres précis k ce sujet. La guerre recommenra, et nne bataille allait être livrée sous Casai (26 octobre) , lorsque Mazarin acooumt entre les armées prêtes à combattre, en agitant un papier <pi*îl tenait k la main , et en criant qu'il avait persuadé Auir Espanjnoîs d'accepter le traité de BatâslKmne, comme contenant les préliminaires d'nne paix dont les conditions seraient mieux arrêtées par les puissances intéressées. Les armes furent encore une fois déposées, et l'on attenék les i^itats de conférences qui devaient d'aliord s'ouvrir à Turin, mais qui eurent lieu k Gherasco à cause de la pesle qui ravageait à cette époque la capitale du Piémont.

Les conféreoces traînaient en longueur. Richelieu, que Masarin représentait à Cherasco, voulait garder Pignerol et les vallées jusqu'à Briançon, pour assurer, disût-ili les frontières du Dauphiné, mais en réalité pour envahir

l'Italie lorsqu'il le jngeraitàpropos, sans avoirbesoin d'obtenir l'assentiment d'aucun prince, et ni i lispagne, ni l'Autriche, ni la Savoie, ne pouvaient ouvrir ainsi àiaFranoe lea portes de leurs États. Le conseutemeat du duc était

496 HISTOIRE DE LA MAISON DS SÂVOlB.

pourtant le plus difficile, et en même temps le plus nécessaire à obtenir , puisque Pignerol et les vallées convoitées lui appartenaient. Ce fut donc c<Hitre lui que Rîchelieit ]«oça les foudres de ses meuaces, que If aiarin * dressa les embûches de ses arguments et que la duchesse Christine de France déploya toutes les séductions de ses . prières. On prétend qu'après avoir résisté aux premières avec courage, aux secondes avec sagesse , il céda enfin aux demières, tout en déplorant sa faiblesse* Par m accord secret, Yictor-Aoïédée permettait à trois cents Français de demeurer cachés dans les souterrains de Pignerol, jusqu'à l'entier accoiiipiisseiiieut du traité de Gherasco.

\ictor-Âmédée avait fait le premier pas dans une voie où Ton s'arrête difficilement, la voie des concesûons à uo ennemi puissant, impérieux et jamais satisfait Le moment

venu de faire véritablement évacuer Pignerol, Richelieu prétexta des inquiétudes, et se fortifia puissamment dans la forteresse qu'il prétendait garder à tout prix. Les alliés et Victor-Amédée lui-même réclamèrent, et réclamèrent vainem^t Richelieu s'engagea par trois traités successifs à rendre Pignerol à une époque déterminée, et l'époque arrui e, il répondait aux sommations de l'empereur, du roi d'Espagne et du duc de Savoie par un nouveau traité, et en fixant une époque nouvelle. Le temps qu'il gagnait ainsi, il l'employait à envelopper Victor- Amédée dans les pièges de la tendresse conjugale, et il fit si bien, qu'il parvint à lui faire accepter une partie du Mont f errât, en échange de la place de Pignerol et de la vallée de LaPérouse, qui confine avec le Dauphiné. Victor- Amédée envoya 8or*le-champ le marquis de Pianem

VICTOR-AMÈDÉE K 491

demander à l'énipereur Ferdinand II Tinvestiture de la

ville et du territoire d'Alba, que la France venait de lui rendre, et il l'obtint sans peine, à cause des embarras qui menaçaient Ferdinand en Allemagne» Un historien français a prétendu /{ue Mazarin fît entrevoir à Victor* Amédée, qu'en récompense de la cession de Pi^nerol , la France était disposée à extirper de Genève l'hérésie ciilvînîste, et à rendre ensuite cette ville à ses anciens seigneurs, les ducs de Savoie; mais on ne saurait admettre snr un seul témoignage que la naïveté du prince sa-* yoyard fut poussée aussi loin ; d'autant mieux que cette vertu n'est pas de celles qui font partie de l'héritage de cette maison. D'ailleurs, Victor-Aniédée ne partageai l pas le zèle quelque peu fanatique de son père pour les intérêts de r Église catholique, et je croirais plutôt que, préoc* cupé comme il l'était d'étendre sa domination du côté de r Italie, il ne pensa pas acheter trop cher une portion considérable du Montferrat, en se dépouillant d'une auli'ô province, située à l'extrémité opposée de ses domaines. Si Pignerol et la vallée de La Pérouse eussent été situéscomme la Bresse et le Bugey, ou même le pays de Gex, son calcul eût été juste. Mais Yictor-Amédée oubliait que certains passages des Alpes formaient ses boulevards naturels, et étaient indispensables à sa sécurité. Qu'eût gagné la maison de Savoie si, à mesure qu'elle avançait du côté de F Italie, elle eût permis à la France de roar* cher derrière elle, et d'occuper ses anciens États? L'égar lité doit un jour s'établir, du moins approximativement, entre la France et celle des puissances italiennes qui est appelée à les absorber toutes et à faire revi\re une antique nationalité que tant de siècles ont effacée

m iiISTOia& P£ L4 MAISON M SAYOIB.

ée» ml^â gtographie» qui vU au iouà de loua kg eœiu» itaUenft. Ce qui iDâ porte h expliquer ainaî k

iiiuiecoQiiiiise alors par le doc deSavaieeA cédaui Piguevol el k vaiiée de La Févouae, c'est ce mot q«e Vielor-Amédée

prononça en cette occasion, et qui a été depuis &i souvent lépété : L'JUaUe ieplentriomle est un ajrtkhaut que tm

famiUe doit avoir feuiUe à feuille. Ce mot, il k dit ea répondant à l'un de ses miuistres, qiù déplorait en sa |u*éH ianea l'abaBdoii de PigneroL Cekne suffit-U pa» A prim-' ver que k cœur du duc était tout rempli fmr cette espjH ranee, et que oui sacàifice ue lui sembiai; trop grande pourvu Cfu'il servH A en repproclier raccompliaBeineDtl

Quoi qu'il en srft, "Victor- Am idée ne tarda gu4!iie 4^ eoAipr^dre qu'il veiMÛI de livrer sou paya à la FriM^ce* L'iosatkbk Riekelie» veukii oceupev Gaveiir ou Turî», et il insistait pour avoir l'un ou Vautre» comuoe. il svaH inmié pour ferder Piguerei. Victei^Amédée evail cédé alors, et cette faiblesse lui a été jostetnenbt reprocliôe. Mek k kibkflâe q'^mI p«s k défout krfiituri de se» cava^fere, et Mebelieu se IroBipait s'il pensait l'avoir suUjuguôu iû& juiérea mèmeâk et les kroieâ de k dndieaie édiMàraftl cette foi», nak elles produkir

rent le déplorable ellci de troubler T harmonie qui avâdt existé jusqu^lA àsm k kfiailk du duc. Deux des> frères de celtti-eî, le prinoe Tbomas, qui devint k auuche de k biaiiclie de Carigmitt, et le cardinal Maui^ice avaieiU • été élevte eu B^Migue» met que la princesse Marguerite, duckesse douairière de Maiitoue, dont k fille venait d'étjre dépeuilke de aso héritage m profit d'un £rai»(ak et par rinterveulio» de k Franee.. Cee trois personnages» tor lenient attadiute àl'iifipegue, ne {lewwettt assise asm

VIGTOE*iMÊD£B . 199

CQl4t:e auxeilofU inceaaants de la (Inchcsse Christine pour plier son mari aux voloDtés de Richelieu. Dèslors* la discorde éclata autour du trône de Victor-Amédée. hen deux priBces et leur sœur se déclarèrent ouvertement pai ùsana de l'Espagne, et attaqut rent le parti fran- ^ais daus la persooue de leur belle-sœur. OUc-ci se plaignit à son mari,, et Richelieu* de son c6té« iudigné^ des rolus qu'opposait le duc à ses prétentions sur Cavour et sur Tonn, parut le soupçonner de s'entendre secrèteiiK lit, et par riuterniédiaire de ses parents, avec i'Esyagiie. Piès de se voir traité en cmieini par les troi* puissances dont une seule eût sufli à sa ruine, Victor- Améd^, que les peines de sa femme tourmentaient cruellement, confioqua ks propriétés de ses frères, et emprisonna ceux de leurs serviteurs qu'il soupçonnait de les aider dans Irurs intrip^uos. Philippe IV rendit tout d'abonl aux princes disgraciés plus qu'ils n'avaient perdu. Thomas quitta la Savoie, dont il avait été jusquelà gouverneur, et se retira en Franche -Comté» puis ea Flandre» oà le roi d'Rspagne le nomma commandant de ses armées, après lui avoir proiuis de riches apanages povur ses trois fils qu U fit venir à sa cour. La duchesse Marguerite fut nommée par lui vice-reine régente de Portugal, où elle ne jouit pourtant pas longtemps de sa faveur. Quant à Maurice, sa dignité de prince de TÉglise le dispensait d'avoii recour:^ aux princes de la terre. Retiré à Roine, il y vécut dans les honneurs et l'opulence, jusqu'à ce que les vicissitudes des événements le rappelassent dans SOI» pays,.où il joua plus tard un rôte fort important. L'inimitié qui avait éclaté dans la famille ducale» à rûj^oque de la cessioa de Pi|^ierol à la France, eut phia

tard des conséquences désastreuses pour le Piémont et pour aes princes.

Malgré tant de troubles et un mécontentement si gé* néral, la paix n'avait pas encore été violée. Telle était la terreur qu'inspirait alors le souvenir des dernières guerres, que Kiclielieuput, en 1634, etsoiis les yeux des armées espagnoles et piémontaises, s'emparer ouvertement de Casai, sans susciter d*autre opposition que celle des réclamations et des plaintes, choses dont l'audacieux ministre ne se souciait guère* Chacun sentait pourtant que la condition de l'Italie était précaire» et que la paix et par conséquent, les destinées de l'Europe dépendaient de la manière dont elle serait définitivement arrêtée. Comme à l'ordinaire, c'était au duc de Savoie que toutes les puissances soumettaient leurs projets pour les lui faire accepter, et on eût dit que ce prince était véritablement l'arbitre du sort de cette partie du monde. Lui-même pourtant ne se faisait guère d'illusion sur son importance réelle. Il sentait bien que chacune des puissances rivales ne rechercherait si vivement son alliance que pour l'enlevei à l'autre, et que toutes se réuniraient pour l'écraser et se partager ses dépouilles, dès qu'elles cesseraient d'espérer qu'il les aiderait à devenir la puissance dominatrice de l'Italie.

Richelieu offrait au duc de Savoie de faire revivre le traité de Brussol, mais il y ajoutait une clause qui en altérait complètement la signification. Cette clause était la cession de la Savoie à la France , à cette France qui possédait déjà Pignerol et la vallée de La Pérouse, à cette France qui venait de s'emparer de Casai, qui naguère encore réclamait impérieusement l'abandon de Gavour

VICTOR-AMÉDÉB I". 204

OU de Turin, et qui avait établi on de ses vassaux (le duc

de devers) au cœur de l'Italie septentrionale. Les intentions d'Henri IV, en souscrivant le traité de Brussol, avaient été aussi différentes de celles qui portaient Richelieu à reprendre ce traité, que le sublime bon sens et la loyauté de ce grand roi différaient de la ruse invétérée et de l'anibition inquiète du ministre do Louis XÏII. . Henri IV, supérieur comme il l'était à toute basse jalousie et à tout vain désir de conquête, avait sincère* ment désiré remplacer la domination de l'Espagne en Italie par celle du duc de Savoie , c'est-à-dire , une influence hostile à la France, par une influence non-seuleinent amie, mais même un peu d^'^pendante. Il avait prouvé la sagesse et la uodéraUoa de ses vues, en s interdisant la conquêté aussi bien que l'acquisition d'un pouce de terrain au delà des Alpes. Depuis que la maison de Savoie avait renoncé à la Bresse, auBngey, à une partie du Fancigny et du Chablais et au pays situé sur le rivage français du lac de Genève, Henri IV n'avait plus rien à lui demander comme prix de son alliance et de son appui. Il ne prétendait pas non plus faire acte de générosité chevaleresque en aidant gratuitement le duc à s'eniparei- du Mil:iii;iis, et à se faire roi de l'Italie septentrionale. La part des avantages (ju' lien ri IV réservait à la France dans le traité de Brussol n'eu était pas moins réelle, pour n'être pas directe. Cette part, je l'ai déjà dit, c'était la^curité de ses frontières du côté des Alpes et la cessation de la ruineuse rivalité entre la France et la maison d'Autriclie pom- la domination italienne; c'était la substitution d'un ami à uu euaeuii, placé à la tète de la péninsule italique.

toi HISTOIRE DE LX MAISON DE SAVOIE.

le plan que ae traçait Ri^MWa ne reaaemblaU a«ctinemeiàt à celui d'Henri IV, Ca ministre avait troiftvé« en 1624, la France en poseessioo de sea frontières na-

ture]les du c(jté de l'Italie, et il était constaiiiment préoccupé depuis de se frayer une route au travers et au delà des Alpes. Cette route, il ^ Tétait ouverte eD arrachant au duc Pignerol et le paya confinant avec le * Dauphiné. Casai et Cavour^ ou Turin et Mantoue étalent comme des jalons placés par loi dans le pays qu'il con^ voitait. Le duc de Savoie fonuait le principal obstacle à la réalisation de ses desseins, tn lui olïVautle Milanais en échange de la Savoie, il n'augmentait ni la puissance, ni rinfluence du duc en Italie. 111a déplaçait, et détruisait en même temps l'influence et la domination espagnole. D'un adversaire, Richelieu voulait se faire un pionnier qui lui ouvrît l'entrée de.s plaines lombardes, où il le suivrait pas à pas, le dépouillant à mesure des conquêtes que la présence dei^ armées françaises à sa' suite raîderait à accomplir. '

Victor-Amédée n'était pas assez simple pour ne pas coniprendi-e les ioteniioiis de Hiclielieu. Mais le fait seul d'êtreappelé par la France à devenir le chef d'une grandç partie de l'Italie, car fiicheiieu lui oifrait, avec Je Milanais, plusieurs provinces du royaume des Deux-Siciles, ce fait était pour sa maisoa d*une telle importance, qu'il ne crut pas pouvoir y renoncei . \i [lésitait donc, <'t ne se montrait pas fortéloi;;né d'accepter les ouvertures du catdinal- ministre. Toutefois, il voulait aupaiavant s'assurer que les dispositions de quelques-uns des États italien» ne seraient pas hostiles à son agrandissement. Il en consulta en ellet plusieurs» sans en obtenir de réponse sar

pa;çi)e mi l'^uti^eh*, loi cosseillèreot d*aeoeftier piopo,ïiùoyj» (le la I raucei ceux (|ue i itigeiiL des em^eleui's ou des rois (VE^pagoe avait récoociliéë awec leur &iipréinatie, l' engageaient au contraire à se défier de la France. L'£spagae eofia premU sans ciesae le due de seveiûr à ranciemie àUiauce de sa naîeoa ét de ne pae oublier riiiflueiice funeste que la France avait toujours exercée sur les «flaires de son pa^s el de ses aïeux ; elle vantait ks téqMÛgnageâ de recoiinaissauce q^ue le duc reetvraii deUe et de iii jifanciie allemande de la iuaIflOA d'AïUffiche, &*U ae déclarait contre la France ^ msâs ce& rares et wagni Piques témoiguages» elle ^ahbtenait de le.s délinir. Peut-être que Victoi-Amétlée eit avait fait la reuyàrque, ca\- ou auuouçait l'arrivée |M:e-< cbaUia 4u cardwal Ferdieaiidf oocie du roi d'Kgpagne et da duc de Savoie» envoyé par le premier pour a'e^tpUr ç^wie catégoi'iqikement , et pour s'entendre avec le second. Le cardinal se leitàa poui certain du succès de ga négociation; mais savinite rejacontrades obstacles aux- %iieWle lecteur én ux* aîÀcle est aana dout^ loin de a'a^ teadxe«et teuifelileft ^nHU fbieeiit« «m^tebitoem Fiinportaate entrevue d'aToùr lieu.

Chaque époque sen>bte atteinte d'une épidénii^i morale ou iuteliectttell^ Quelle que stuA li^va1e«er des.M^ea qui e^adronBent ma. paeeiowa bwmaiae», lovaqoe ce» 4er< nières sont emtéee et 86 BMuutoteat dans uft certain BemlNte d'iadivide», l« reete devleat 9»j«i à la contagion des preraièi'fcs. La maUuUe iiioialii de cette époqive en itaiie était la uiaïue de^» titrcé. ïtHki- h* petits priuces mimm eeeufés» à éclianflev ^ titt*^ <Wai leva

204 HISTOIRE DE LA MAISOx^ DE SAYO'E.

familles s' étaient contentées jusque-là contre un titre ré- • puté supérieur^ et à se faire rendre les honneurs attachés à ce flernicr. La république de Venise, par exemple, qui avait hérité du royaume de Chypre, voulait être trai» • tée d'altesse royale, et partager avec les rois véritables • les honneurs de la royauté. Les princes de la maison de Savoie n'avaient jamais eu pour coutume de préférer Tapparence à- la r(^alité, ni de vains honneurs à la puissance, et Victor-Âmédée n'était pas Tespnt le moins positif on le moins pratique des princes de sa maison. Mais telle est pourtant la force de la contagion, qu'à peine la république de Venise eût-elle manifesté ses prétentions à la royauté, le duc de Savoie, exhibant ses droits, depuis longtemps passés sous silence, à la couronne de Chypre et de Jérusalem, ferma sa couronne ducale, et ne consentit plus à recevoir d'autres hommages que eeux qui sont, d'ordinaire, rendus. aux rois. Le èardînai Fer* dinand, infant d'Espagne et véritable Espagnol, ne pouvait se plier à traiter un duc de Savoie comme son supérienr flans la hiérarchie des cours. Aussi se référa-t-il de cette grave question au chef de sa famille , le roi d'Espagne. Pendant que les courriers se succédaient sur la route de Madrid, le (âirdinal refusait de mettre pied à terre ; resté sur son vaisseau, il continuait les négociations avec Turin , non pas les négociations dont la cour de Madrid l'avait chaigé , mais celles que lui-même venait d'ouvrir sur cette question d'étiquette.

Rien ne pnxliut plus d aigreur ni de colère que les discussions prolongées sur des sujets frivoles. Le cardinal sedépita, et renonçant à sa mission ainsi qu'au succès qu il s en était prpiqisi il quitta le port de Villefranche

YtGTOR<-ÂMÉDÉ£ H. S06

sans être sorti de son bfttioAeot. Peut-être s'était-il aperçu que l'alliance à laquelle il devait attirer Victor- Amédée n'était pas aussi facile à former qu'il l'avait d'abord cru; peut-être aussi Victor-Auicdée saisit-il mi pi étexte aussi irritaot pour l'orgueil castillan , alla de s'épargner une entrevue qui pouvait aboutir à une rupture positive.

Ricbelien n'ignorait ni tes bésitationft du duc de Savoie, i)i les désirs contradictoires des princes italiens. Il comptait déjà sur le duc de ManLoue; il gagna le ciiel de la maison Farnèse» et se décida à ne plus tolérer de retards, mais à frapper un grand coup. Prenant tout à coup ce ton impérieux et courroucé avec lequel il maîtrisa tant de fois les âmes faibles et les esprits timides, il chargea le comte du Plessis, son ambassadeur à Turin, de sommer le duc de se déclarer pour la paix ou pour la guerre. Plus de neutralité, ni armée, ni désarmée; Vlctor-Amédée connaît les conditions que la France l^ii offre, et il a eu le temps de se décider à les accepter ou à les refuser. La guerre va commencer; c'est au duc à choisir s'il en sera la première victime, ou s'il eu partagera les périls, la gloire et les avantages.

Ainsi pressé, Vlctor-Amédée n*avait réellement d'autre alternative que de s*allier avec la France, ou de périr, car les années françaises eussent eiiuiiâ ses LiaU avant que l'Espagne pùt arriver à son secours , même en la supposant disposée à le soutenir. 11 céda donc, et le traité d'alliance olTensive et défensive fut signé à Rivoli (11 juiUet 1686).

C'est ici surtout que le caractère de Victor-Amédée se déploie dans toute sa grandeur. Il ne fait la guerre qu'à contre-ccBur ; U la sait ruineuse pour ses États, qui ont

m HlSTOlUB t)i Lk MMSOfl m :^ÂVOiR.

hmAtk f4 urgent de h, pAix; il mit «(«'il court d'«irreiix âftAgm 4« lu paît «le l'Auti^ebe et de l'Espagne» et ît M

peut compter ni sur la reconnaissance ni mr la bonne foi de liictit li^ n. T^n caractère vnlî^air^eût fait cette guerre, imposée à sa volonté, sans zèle et peut-être sans loyauté; mais Cftfissi misérables calculs sont inéigoes de Victer- Âlliédée. ftisqa'U s'est déclaré VaUié de k Prafice» il la l^ircera à fi?oonnaMre toat le prix de mn alKance) fi M rendra néc^ss.'iire |:ar l'importance de ses services, et il eœploiei^ 1 autorité que seb services et ses talents %'ont lai ftcxiaérir, à conduire et à diriger la guerre de faiçoii I déteorner de ses st^jetsune partie des fléaux doot elle les meiiftce. Le premier pas k âiire dans cette v<iie, c*e!il d'obtenir le commandement des années alliées , et sa répuLâti(Hi comme homme de «guerre est telle qu'il y parvient sans peine. Riclielien lui-même ordonne à ses générant d'obéir aux ordres du dnc, et de le oonsidéter MMiMae leur chef sapréme.

Mais alors commencèrent pour Viotor-Amédée les innombrables cotitraiiétés qui avaient, quelques années auparavant, paralysé l'habileté et le courage de Cbarlea- Bmlnandel. Tous les plans dressés et préparés par le duc étalent repoussés avecdédam par le marécHal deCréqvit commaiidant en second de Tannée française. Ce «ai^ chai se croyait tenu de concevoir et d'exécuter ses propres desseins, qui étaient toujours en contradiction avec ceux du duc GoDDaîâsant mal le pays, ses habitants, les forces et le caractère de l'ennemi, il proposait dss entreposes Inposébles, et fermait l'oreille à toutes les dlner?atîons de oelui qui dei^ait lui imposer ses ordres. Couvaiucu que Créqui ferait écbouer tous les projets qu'il

ttcTOR-xaiÈ&ÈË I", m

le contraÎTKVrait à rxécnter, Victor- Amééée cétia plus d'unp fois h son indnfiîp lii uK r;ant, Pi e\po<^.i jjénéreiisement sa vie pour faire réussir les tentatives que hiU même avait biàmées, ou pour «attirer rarmée françaSse âes tristes conséqneBces de tant d'^baflnat^tm et dlgiKh raîice.

La campagne de 1(535, conduite en aj^pan nce par Yictor-Amédée , mais en réalité par le maréchal de Créqni, ne fut signalée par aucun rèniltat important. €dle de donna lien à des faits d*aiiiies dans lesquels rarmée fhinçaise ftit pins d*tine ibis sauvée par sa ta^ leur eîftraordinan'e , et par le dévonement dti duc , qtii no n(''f]^lir(p.ait rien ]mnr réparf-r les fautes qu'il ne pouvait empêcher. Le maréchal plaçait ses troupes dans les positions les plas dangereuses, et les soldats, par leur bravoure, qn'exaltaHencorer exemple de ^tor^Amédée, non-senleinent se tiraient des dangers, tuais y l ejetaieM l'ennemi, qui plus d'imc fois se crut sûr de la victoire, au moment môme où, le sort tournant contre lui, il parvenait à peine à prendre la fuite.

Victor -Amédée venait d'ouvrir la campagne de 1637 par la défaite complète de Tarmée espagnole, à Monbaldonc (8 septembre), loibqQ'il toiiiba malade à Verceil. Il y mourut après ({uehpies jouis de maladie :7 octobre). A la première nouvelle de son danger, la duchesse, accompagnée des plus habiles médecins de Turin , était accourue auprès de lui ; mais les secours arrivèrent trop tard, ou ils furent insuflisants. Victor-Amédée, auqnella nature avait accordé un corp^^ robuste et sain, des nio^tu s eontinentes et sobres, et les vertus de l'àme aussi bien que les doas de V inteili|;ence qui tierveBt le plus àrboniie

m UiSÏOlKE DE, LA MAISON DE SAVOIE.

pour conserver longtemps une bonne santé; Victor-Ainé-

dée, qui s'était si souvent exposé aux balles et au fer de reuiiemi, succomba subitement à un mal peu connu, an moment même ou son existence semblait plus nécessaire que jamus au salut de son peuple et à celui de l'armée françûse, mais au moment aussi où la discorde qui avait éclaté entre lui et les généraux de cette armée était ariv vée à son coitiijle. Ces circonstances suffirent pour éveiller les plus affreux soupçons, qui se tournèrent naturellement sur le plus acharné des ennemis, ou, disons mieux, dçs rivaux du duc, le maréchal de Créqui. Le cadavre fut livré aux anatomistes, qui ne trouvèrent aucune trace de poison dans ses entrailles; et, en vérité, le caractère du maréchal , haineux et jaloux, niais loyal, aurait dû le mettre à l'abri de semblables soupçons, il ne faut pas oublier pourtant que tout alors obéissait en France au cardinal de Richelieu, dont le cœur peu compatissant et la conscience peu scrupuleuse ne recul^ûent devant aucun moyen pour se deiaire, non-seulement d'uu ennemi, mais d'un ami incommode.

FRANÇOIS-BTACINTHE, CH A Tl LK S-EMU AN UBL II. — B^GEMCt DE CHRISTINE DE VEAHCB.

La mort de Victor-Amédée était un aflVeux malheur pour son pays. La France perdait aussi un allié iidèle et un serviteur habile et dévoué, mais J^cbelieu se voyait

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