‹ Histoire de la maison de SavoieChapitre 14 sur 23 · VICTOR- AMÉDÉE 11. S · texte numérisé non relu

VICTOR- AMÉDÉE 11. S

aux Français, furent immédiatement ouverts aux volontaires accouras. Tous les Français résidant ou traversant les États du duc furent arrêtés; leurs biens ou leurs marchandises confisqués; l'ambassadeur de France lai-mème fut gardé à vue dans son palais, où il demeura prisonnier. En quelques heures, Vîctor-Amédée mit sur pied douze régiments d'infanterie composés de nouvelles recrues, parmi lesquelles il incorpora de vieux soldats de ligne retirés du service, mais trop heureux d'y rentrer dans un pareil moment. D'anciens officiers encore valide.^ accoururent aussi et furent acceptés. « C'est votre injure autant que la mienne que je m'apprête à venger, » laur dit le duc. Les troupes régulières partirent aussitôt pour la frontière, afin d'empêcher la jonction des renforts qui arriveraient de France à l'armée française. En même temps qu il prenait toutes ces mesures, Yictor-Amédée déclara la guerre k Louis XIY. Ht Louis XIV était déjà en possession de la plus grande partie de ses États !

Aussitôt après avoir exécuté l'ordre que le roi lui avait adresséau sujet des troupes sabaudo-piémontaises,1educ

de Vendôme s'était rapproché de Turin et avait envoyé au duc ce billet écrit de la main même du roi, en ajoutant qu'il désirait connaître le jour et l'heure qu'il plairait au duc de le recevoir :

« Monsieur, puisque la religion, Thonneur et votre propre signature ne sei vent de rien entre nous , j'envoie mon cousin le duc de Vendôme pour vous expliquer mes volontés. Il vous donnera vingt-quatre heures pour vous décider, »

Victor-Amédée répondit: «Sire, les menaces ne m^é*

pottvanteiil point. Je pmi^rai les raeftur^ qui mec^»^

vieud;wt ie i£ueux, relativement à Findigi^ procédé dont m a usé envers loea trottes, le D*ai que faire de

mieux m' expliquer, et ne veUiX enteiulie à aucune pio-

Celtes que le duc de Vendôme étai^ chargé de lui pré^

senter u'eusseiH fait qu ajiOUt^ à l'outrage déjà infligé. Loaîs XIV voulait pitacer des gareisans françaises daaske citacU-lles de Turin, de Verceil et de Verrue. Devinant les intentions de Tennemi» \ictor-Amédée renforça ces trois places; et les oût en état de résister aux attaques des Fraaçais. De leur côté, les six mille hommes incorporés, dans les régiments français et leurs officiers, demeurés prisonniers de guerre, s'échappèrent de leurs nouveaux corps et de leiurs prisons, et ne tardèrent pas à se retrou- -^er rassemblés autour de leur prince* Plusieurs avâûenjt couru de grands dangers pendant leur fuite, et tous s* estimaient irécompensés de leurs peines en reprenant leiue armes et en se disant qu'ils allaient verser leur sang pmir leur sonveraia. Le pay.s tout entier se souleva contre les Français, et ceux-ci s'aperçurefit bientôt qu'en face d*UDe puissante armée ennemie, au milieu d'un pays plus en neivi eacore, séparésde la Franceet de toutsecours par desmo^e tagnes, des rivières, des forteresses, leur position étaîl iofiniment plus critique que celle du prince et du peiii* pie, naguère leuvs alliés, que la gratuiite insalenoe de leur roi venait de transformer en ennemis. Si VictorkméAé» donoa d'adtniraUes preuves de la gr^AdeuF de son eaurage pendant les premiers moments de sa rup« ture avec la France, la fermeté de son ànie et son saB§froid ne killèfent pas d'un SM>indie éclat dans la coo-

dttitequ'il tiot alors viaràr^is de l'empereur. Un esprit

moiiis sagace, un cœur luoius sur de lui-même se fut j/eté entre les bras du seul souverain capable de le 4é<* feiidr(3 elTicacemeiu contre la Frauce, ou du moins- eût accepté à tout prix le secours que l'empereur ne tarda pas à lui offrir et dont il ne pouvait guère se passer. Telle ne fut pas la conduite de Yictor-Amédée. 11 coxxf mença par se préparer et par se montrer disposé à sou^ tenir seul le choc terrible des armes françaises. 11 fit plus. Durant trois mois que durèrent les négociations avec Tempei^eur Léopold I*', il montra qu il pouviût sans folie picférer combattre seul uii ennemi redoutable, mais connu, plutôt que de se donnçr un nouveau maitre sttm le titre d*allié. Enfin, au lieu d'acbeter Tappui de Tem* pereur, il l'ameua à lui acheter à. lui-même soju concours. Se montrer sûr de ses forces^ c'est être fort, ou peu s'eiv faut.

Le traité signé à Vienne par le marquis de Prié, ministre du duc de Savoie, le 5 janvier 1703, c*est-à-dire

j)lus de trois mois après le désariuement des troupes. piémontaLses par le duc de Vendôme, portait que Tempereur Léopold mettrait sous les ordres du duc quatorze mille iantassins et six mille cavaliers; qu à la conclusioiiè de la paix, il rindemnisersiit des maux de la guerre^ en lui cédant l'Alexandrin, la LomelUne, la vallée de la Sesia, des fiefs impériaux compris dans les Langhes, et en lui garantissant la possession de tout le Montferrat. telles furent les conditions que Victor-Amédée sut obtt?nlr dans les circonstances véritablement effrayantes où il se trouvait placé. La Savoi'^ était cependant tombée tout entiérçi au pouvoir des Français, et la seule foâ te*^

i% HISTOIRE t)E LA llAtSON DË SÂVOtË.

resse de Moiituiéiian arbomt eDCoi:e TéteAdard de la m&ison de Savoie.

l>ésespérant de recouvrer cette importante province et surtout de la conserver à Taveuir, depuis que la coustructioQ de plusieurs routes à travers les Âlpes renddt chaque jour plus faciles les coiiiinumcalions entre la ' France et la Savoie, Victor-Amédée conçut le projet de la faire admettre dans la confédération helvéii<iae, c'està-dire de faire garantir par la Suisse la neutralité de la Savoie. 11 eut peu de peine à convaincre les cantons des dangers qu entraiuerait tôt ou tard pour eux et pour leur indépendance l'annexion de la Savoie à la France* H leur moiiUa ensuite toutes les difficiiUos de sa position, forcé qu'il était de se défendre contre les Impériaux d'un côté des Alpes, et contre la France de l'autre, sans leur cacher non plus que les intérêts de sa maison la portant I à étendre sa domination du c6té de l'Italie, tout accroissement de territoire étant d'ailleurs impossible pour lui du côté de la France, le jour pouvait venir et n'était , peut-être pas Soigné, où il devrait renoncer à défendre ou à recouvrer la Savoie. Les membres du conseil fédé- ! ral entrèrent loyalement dans les vues politiques de Victor-Amédée, et ils eussent consenti à se cliarger de la Savoie, si la France ne s'y était opposée de tout son poii^ voir. Louis XIV préférait rendre cette fois encore la Savoie à son duc plutôt que de Ja voir placée sous la garantie de la confédération h(>lvétique. 11 lui suffisait, pour le moment, de pouvoir l'envahir sous n'importe quel prétexte, pour être certain de la posséder tôt ou tard. Aussi fut-il impossible de lui faire agréer le projet de Victor«Araédée, et tout ce que la confédération put obte-

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DIT de la France , après des négociations qui se prolongèrent pendant deux années, ce fut la neutralisation du Chabiais, du Faucigiiy et de la forteresse de Montmélian« Hais une concession aussi bornée ne pouvsdt rassurer ni le duc, ni la confédération helvétique, sérieusement ' alarmée des desseins que la France avait trahis dans la chaleur de la discussion. Les députés de Berne adressèrent à ce sujet de nobles et sages remontrances au duc de La Feuillade, gouverneur de la Savoie pour la France. Je ne citerai que ces paroles : « Après que nos ancêtres eurent donné la liberté à leur pays, ils établirent des maximes propres à lui assure i la conservation de ce bienfait, et leur postérité les a religieusement observées jusqu'à ce jour. La première de ces maximes, c*est qu'il faut avoir plusieuis souverains pour voisins et ne jamûs permettre qu'un pays confinant avec le nôtre tombe au pouvoir d'une seule et même puissance. » Ils terminaient eu déclarant que, si la France ne prenait pas l'engagement formel de rendi*e la Savoie à son souverain à la fin de la guerre, les troupes de la confédération helvétique se réuniraient immédiatement à celles de Yictor- Amédée et à celles de l'empereur. Cette franche prêtestatiou eut tout l'effet qu'on pouvait en attendre. La France avait assez d'ennemis, sans qu'elle s'en créât un ijouveau dans les cantons suisses, et la promesse exigée par eux fut enfin donnée par Louis XIV.

La guerre continuait cependant en Piémont, et la fortune des armes était favorable aux Français. Le comte de Stahremberg, général des troupes impériales, avait perdu plusieurs mois et la moitié de ses soldats avant d'opérer sa jonction avec le duc de biivoie, lequel n'était

parvenu qu'à retarder celle dû duc de La Feuillade avec le duc de Vendôme. Ce dernier n'avait guère de repos, «btravé qu'il étzii dans tous ses tnonvements par la résistance et le mauvais vouloir des populations et par ie grand nombre de places fortes qull lui fallait prendre, n suffisait pourtant à d'aussi rudes labeurs. Un endiatnement de circonstances malheureuses, la maladie de tel commandant, la négligence de tel autre, la révolte de quelques garnisons amenèrent la chute de ])resque toutes les places dont la construction avait coûté tant d'argent aux derniers ducs. Verceil entre autres, que Victor-Auiédée considérait comme sa meilleure forteresse, soutint avec une héroïque valeur trente -six jours de tranchée, mais elle succomba enfin. Ivrée résista dix-huit jours, mais c'était une place, difficile à garder. Le duc voyait Tennemi s'emparer successivement de ses villes et de ses provinces et lahe leurs garnisons prisonnières , sans que sa fermeté fût un moment ébranlée. Il était convaincu que le succès ne lait jamais défaut à la persévérance, et il se savait persévérant. Les malheurs qu'il subissait n'étaient à ses yeux que les accidents d'une lutte où celui qui se fatiguerait le dernier remporterait sur sou adversaire. Aussi variait-il ses mouvements selon les

circonstances; mais chacune de ses résolutions annonçait cette fermeté et cette confiance dans le résultat qui combattent le découragement même dans les cœurs les plus timides. Lorsqu'il vit ses ressources considérablement amoindries , il se retrancha dans un camp fortifié à peu de distance de Verrue, empêchant ainsi que cette place ne îdi complètement investie, et il s^interdit, pour le moment, tout fait d'açmes qui eût pu lui coûter ce qui

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lui restait de troupes, tiràce à celte mesure, \erriie se contint longtemps ; et lowque ton* ses iwiWîig^ extérieurs eurent été détruits par le canon des assiégeants, la fidèle garnison, profitant des 'Voies que le duc lui avait conservées, sortit de la ville en décombres et allia rejoindre Tannée de son prince. Chivasso fut défendu 4e la même manière par le duc et put résister pendant trois mois et demi. Le temps était précienx pour Victor-Âmédée ; car le prince Eugène arrivaitd' Allemagne avec une puissante année, qu'il amenait h son cousin. C'était le duc de Vendôme qui s'opposait à sa jonction, pendant que le duc de La FeutHade assiégeait Chivasso et se préparait à attaquer Turin, dès qu'il se serait rendu mattue des places qui en défendaient l'approche du côté des collines. Les choses en vinrent enfin à ce point que Turin fut la seule place qui pût encore oiirir au duc un asile dans ses propres États. Nice avait été prise par le maréchal de Berwick pendant les premiers jours de Tannée 1706; Montmélian, réduite à la dernière extrémité, avait capitulé quelques jours auparavant; tout le reste, sans en excepter Coni, était tombé au pouvoir du vainqueur. Les places prises avaient été rasées par Tordre exprès de Louis XIV. Ce pays ai rîchemenl fortifié naguère ressemblait désormais à un désert, et Louis XIV s'attendait chaque jour à voir le téméraire qui avait osé ressentir ses insultes se prosterner devant lui et implorer sa miséricorde, il ne connaissait pas encore Victor-Amédée. Celui-ci ne songeait à rien moins qu'à s* humilier. Turin lui restait seul , et il ne songea plus qu'à défendre turîn.

' hien ne fut épargné par le grand roi pour bâter la

SaO UiSlUlRË DK LA MAISON DB SAVOIE.

ciiute de cette ville. Les auteurs contemporains, même français, avouent que jamais seiublables préparatifs n'avaient éiè Mis , pas même dans les jours où le jeune et glorieux Louis XiV conduisait en peisouiie ses armées, et ne les conduisait, bien entendu, qu à des triomphes assurés il l'aviuice. Personne n'eût osé douter du succès; mais on se bornait à espérer qu'il ne coûterait pas trop cher et ne se ferait pas attendre trop longtemps.

Vicior-Aiiiédée, de son côté, qui avait prévu cette extrémité, n'avait rien négligé pour s*y préparer et pour prolonger aussi longtemps ({ue possible la défense de sa capitale, de manière' à rendre de plus en plus ])robable la jonction du prince Eugène. Tout ce que la science du génie militaire de cette époque avait découvert de moyens et de ressources pour tenir un ennemi à distance fut mis en œuvre par Yictor-Amédée ; redoutes, ouvrages extérieuri>, fortins, contre-forts, etc., etc., entourèâ*ent les abords de Turin et de sa citadelle.. Quatorze régiments piémoutais et sept régiments de troupes impeiiales en formaient la garnison , outre un corps considérable de bourgeois armés. Quinze ingénieurs des plus distingués de ritalie surveillaient Journellement les travaux de la place sous la direction suprême du fameux Piémontais Laurent Bci lola, aussi savant que dévoué.

Les forces des assiégeants étaient incomparablement supérieures à celles des assiégés. Elles se composaient de soixante-huit escadrons et de quatre-vingt-deux bataillons, de six compagnies de bombardiers, de six cents canonniers, de six cents luineurs et d'un nombre proportionné de bombes à feu, de munitions et de projectiles de toule espèce, Plus de huit mille travailleurs employèrent

V1GT0R-AMÉDË£ IL

quarante jours à creuser autour de la ville un fossé large et profond de six pieds qui devait servir de ligne de çirconvallaùoiî aux assiégeants. Cette ligne n'entourait pourtant pas toute la ville, qui demeura ouverte du côté de la colline et du Pô. Ces travaux terminés au commencement de mars 1706, la tranchée lut ouverte. Mais bientôt un parlementaire se présenta aux portes de* Turin; ayant été intiuduii auprès du duc, il lui lit part du désir qu'avait le roi d'épargner la demeure de Son Altesse et de savoir les princesses en Heu de sûreté. 11 invitait donc Victor-Amédée à faire connaitre au duc de La Feuillade le lieu qu'il avait choisi pour y tenir son quartier, et lui ofTrait des passe-ports français pour les princesses. Victor- Amédée répondit qu il était fort reconnaissant au roi pour un procédé aussi courtois, mais que son quartier général, pendant le ^iége', devant être le lieu le plus exposé au danger, il ne pouvait Tindiquerx à l'avance, ni le maintenir longtemps au même endroit. Quant aux passeports , un côté de la ville étant libre., les princesses en sortiraient si elles le jugeaient opportun. Le parlementaire assista ensuite aux réjouissances publiques qui avaient lien ce jour même pour la levée du siège de Barcelone, dont la nouvelle vendt d'arriver, et il fut reconduit ensuite hors de la ville avec tous les honneurs dus à sa qualité.

Victor-Amédée n'avail pas auDoncé plus qu'il ne voulait tenir. Pendant toute la durée du siège» il fut toujours sur les points les plus exposés, et sa présence, les paroles encourageantes qu il adressait à tous, son sangfroid, son mépris du danger et la sérénité de son beau visage inspiraient aux boidab et àiL\ citoj eub un si grand

Digiti

m HISTOIRË m LA IIÂISON D£ SAVOIE.

<mitbousiasme que, malgré les fatigues et les soufiraïK^es Inséparables d')an siége^ te noinbrè des milicfens bourgeois alla toujours croissant. Dès le commencement du fiiége^ Victor- Amédée avait offert Tiiospi^iité de son palufBà tous ceux dont les demeures élalent trop exposées au feu des assiégeants. Il n'oubliait rieû de ce qui pouvait 'alléger tes soiiliVances de son peupte, fkvoris^el* sa cause, ou retarder sa défaite.

11 comprit bientôt aux mouvements qu'exécutait Tariiiée française pour prendre à revers tes positions de ia colline, que Turin ne conserverait pas longtemps la libre disposition de Tune de ses portes, et il résolut de ne pas compromettre la sécurité des membres de sa famille* La duchesse Jeanne de Savoie, sa mère, Maiîe d*Otiéans, sa femme, et deux enfants nés de leur union et encore en bas âge, sortirent de Turin par la porte du Pô, accompagnés de quelques personnes âgées, attachées à la cour, du vieux prince de (larignan et de sa femme. Ce 4ernie4', qui lut le chef de la branche de Carigaau, était 90urd*muet de naissance; il fermait le cortège des membres de la famille régnante , et il tomba, ainsi que sa femme, entre les midns des Français.

Le but principal de Yiclor-Amédée était de gagner du temps pour donner au prince Eugène et aux quarantequatre mille hommes qu'il lai amenait d'Allemagne le loisir de forcer les lignes ennemies qui leur barraient le passage et d'opérer sa délivrance. Persuadé que te temps était pour lui d'un prix inestimable, il ne reculait devant Micuo danger personnel pour eu faire perdre aux Franiçàîs. Voici un des moyens Auxquels il eut recours pour y parvenir. Victor-Am^dée savait que le duc de La Efeuit-

VICTOn-AMÉDÉE II.

]ade souhaitait ardemiûeût de s*emparér de sa pérsonne«

et que le roi Louis XIV eût considéré le Piémont comme sa propriété, le jour qu*il l'eût teuu prisonnier. Il forma donc avec rélite de ses troupes un corps votant dlnfanterie et de dragons avec lequel il faisait de fréquentes excursions dans la campagne en prenant soin de se montrer aux Français. Le duc de La Feuillade ne manqua point de mordre à l'appât; et, interrompant aussitôt les opérations du siège, il se mit à ta poursuite du prince, qui sut parfois l'entraîner assez loin. Dans Tune de ces exciirsîons, ILattira d'abord les Français à Honcalieri^ puis à C.arignan, puis à Carmagnole, de là dans les montagnes du Mondovi, de Coni et de Saluées. Enfin, loi-sque le duc de La Feuillade, désespérant de l'atteindre, rentrait dans ses lignes, il apprenait d'ordinaire que le du- de Savoie était rentré le même jour dans sa capitale. Une autrefois, ce fut vers Bibiane, à rentré© de la vallée de la Luzerne , que Victor-Amédée attira les ennemis ; s' étant jeté ensuite dans les monts^nes environnantes dont il connaissait les moindres détours et dont les habitants lui tétaient complètement dévoués, il promena longtemps les iPVançais en échappant sans cesse à leurs ))0ursûit6S, comme à leurs pièges. Plus d'une fois, dans ces coursés téméraii*es» dont l'une fit perdre sept Kemaînes au duc de La Feuillade, il se vit entouré par l'ennemi, et il ne dut son salut qu'à sa prodigieuse valeur et à sonr incomparable sang-froid. Mais qu'iriiportait à Victor-Amédée les dangers qu'ii courait, s'il donnait au prince Eugène le temps d'arriver avant la chute de Turin?

Cependant les jours se succédaient ; les travaux des assiégeants, quoique interrompus par les artiikes de Vic-

m HISTOIRE DE LA MAISON DE SAVOIE,

tor-Amédée, avançaient; les commiinicaiions a\ec le dehors devenaient de plus en plus difficiles, à mesure que les lignes de circonvallation se resserraient autour de la ville; les vivres diminuaient de jour en jour; les maladies causées par les chaleurs de Télé, les fatigues et les privations, décimaieiil la population; plusieurs brèches ouvertes par le canon ennemi dans les murs de Turin rendaient de plus en plus pénible le service de la garnison et de la milice bourgeoise; tandis que l'armée française, qui fermait tout passive au prince. Eugène, ne perdait pas un puuce de terrain et faisait subir à l'arraée impériale des pertes cruelles. La bataille seule de Calcinato, que le duc de Vendôme livra aux Impériaux le 19 avril j706, leur coûta plus de onze mille hommes. La désertion des troupes allemandes enfermées dans Turin vint se joindre à tant de maux. Dans les premiers jours du mois de juillet, Victor-Amédée reçut la nouvelle d'une dernière victoire remportée par le duc de Vendôme sur le priiice Eugène , et de la manœuvre habile exécutée aussitôt après le combat parce grand capitaine, qui, s' étant jeté subitement sur la gauche de l'ennemi, avait traversé l' Adige d'abord, puis le Pô, et se dirigeait vers Turin à marches forcées en se tenant entre ce fleuve et l'Apennin. Le 28 août, il arriva sur le Tanaro, et il le traversa sur des ponts que le duc lui avait fait prépaier à Tavance trois milles au-dessus d'Asti. 11 était temps. Turin avait déjà subi plusieurs assauts, le 12 juillet, le d et le 24 août. Ses murailles croulaient de toutes parts. Ce n'étaient plus ses fortifications qui le défendaient, niais ses citoyens et ses soldats. À la nouvelle de l'arrivée du prmce Eugène , l'héroïque population oublia tous ses

vtctoB-AMÉDËË n. m

maux et se seatit assurée du triomphe. Et pourtant tout restait à faire.

Le duc de Savoie était allé à la rencontre de son cousin pour rinformer de sa situation et pour se concerter avec lui sur les mesure^ à prendre. C'était le A septembre « et la population, enfermée dans la capitale, attachait ses regards impatients et inquiets sur la colline deSuperga, où le duc Victor et le prince Eugène devaient se joindre, et en avertir la capitale par des signaux con-r venus à Tavance, Ces signaux parurent enfin. Les deux cousins tenaient en effet conseil sur ces hauteurs, et ils décidèrent que Tarmée impériale, forte encore de quaranle-cjLiatre mille Iioiihucs, traverserait le lendemain le Pô près de la Logia, qu'elle passerait ensuite à gué le Sangou, qu'elle irait camper à Pianezza, et qu'on livrerait bataille aux Français le 7, eu tournant les lignes ennemies.

Aussitôt après avoir vu ses efforts, pour tenir le prince Eugène à distance, déjoués par Thabile manœuvre de celui-ci, le duc d'Orléans, successeur de Vendôme, s'était hâté de rejoindre le duc de La Feuillade, et de réunir son armée à celle des assiégeants. L'armée française, alors rassemblée sous les murs de Turin , s'élevait à plus de quarante mille hommes. Les commandants tinrent aussi conseil, mais ils ne s'entendirent pas aussi facilement que le duc de Savoie et le prince Eugène. Les avis étaient partagés dans le camp français. Le duc d'Orléans voulait que l'armée tout entière quittât ses retranchements et se portât en rase campagne, à la rencontre du prince Eugène pour lui livrer bataille. « Si nous demeurons vainqueurs, disait-il avec raisou^ Turin est à nous, lors même que tous

t«( tifsTOtRR bË LA MÀIâOM DR SAVOtE.

les travaux du 9iég;e seraient détruits ; et $i nous SQioin(BS battus, nous ne pouvons demeurer ici, quels que soientnos retranchements. » Le duc de La Feuillade opinait pour qu'une partie de Tarmée demeurât dans les retranchements pour les garder, tandis que le reste en sortirait pour combattre. Mais le maréclial de Marsin , favori de Iskvieitlesse de Louis XÏV et protégé [)ar M"* de Mainte* non aux uièmes titres que le maréchal de VLlieroi i^aa sesse comme courtisan et son incapacité comme général), soutiiil que l'armée tout entière di\ait combattre dans ses relraocliemei^ts et nç poiut renoncer aux avantages que lui assurait cette position. Je ne sais lequel de ces avis l'eût eaiporté, si le maréchal de Marsin u'eùt déployé un ordre du roi, enjoignant à ses généraux, dans le cas où ils ne pourraient se mettre d'accord sur un point quelconque, de se ranger à Tavia de ce JM^ai'échal. Dès lors, toute discussion cessa, et la volonté du favori prévalut sur celle d'im habile général et d'un prince du sang.

J'ai parlé plus haut des trois assauts que Turin avait soutenus. Celui du 2li aoûti, le plus terrible de tous, u avait été repoussé qu'avec une extrême difficulté. Les citoyens y avaient rivalisé de zèle et d'héroïsme avec ks soldats; car, sur toute la ligne d'enceinte, les muraûlks étaient percées à jour, et les hommes remplaçaient les pierres détachées. Ln homme obscur, un simple soldat du corps des mineurs, nommé Pierre Mica, s'y distingua entre tous par un trail digne de l'antiquité. II aiiaii mettre le feu à une mine que les Français se préparaient à éventer. Prévoyant que le moyen ordinaire de la mèche graduée ne serait pas assez prompt, il crie à ses cama*

raâè» deae retirer el.de Ftcraunander sa teittle an dso;

ptu^se voyaut seiil, il appliquée sans hésiter la i^èch» luBKée à la mioe* qui éclate aiusitâA eft i'eosefelîl mm

ses décombres avec le paste ennemi. Sa famille était (iigue de lui, et Victor-Àmédée câftuaiâsait biea le&cœora anxqneh îl avait ailaire ; car il lui assigna pour récoo^ pense deux ralion.'^ de pain par jour à perpétuité, et la famille à& Pieirre Mica s'en trouva ùère et aatis£aite.

Dès que la détermination des Français de combattre datûâ leui's retrancbements fut coauue du duc de Savoie et du prince, ils la saluèrent eonuae T heureux pré-n sage de leur propre succès. Ces retraDcijcmeuts s'éteO'-. daieut en eifet m: yingt-cinq KÛilea de circopJKreiifie; et, quoique fort aombi'euse, l'armée française ne pouvait défeudre uu seuiblable espace qu en formant uu corUoa sans profondeur. Le jour du 7 septembre 1706 parut ea-^ fin, et les soldats alliés aUaquèrent aussitôt le camp fraoçais, malaisé à défendre. Mais la bravoure du soldai fraûçais était déjà alors ce que nous Tavous ai souvent vue depuis, et tout récemment encore, k^lit pouv. it oieme suffire à coatre-balancer, pour quelque temps du mokis, le.s désasUeux etlets d'une pitoyable direction. Aux deux premiers assauts que les troupes alliées livrèrent aux Français retranchés derrière leura lignes et lenr fossé» eUea furent culbutées et forcées à la retraite. La plupart des soldats, du prince £ugène étaient aUeniands, et 1^ soldat allemand qui attaque le soldat français peut compter au n>oins sur un premier écbec. ki pourtant lea r(Aes étaient intervertis, ou disons miettiu étaient mnl distribués; car le s<^dat français a besoto de lu liberté que donne le réle d'assaillant pour déployer s^> incmvK

m HISTOÏRË DË LA MAISON DÉ SAVOIE. !

parable aiidace , tandis que le soldat allemacd résiste beaucoup mieux qu'il n'attaque, et sa résistance, quoique passive, est parfois si prolongée et si ferme qu'elle parvient à fatiguer 1 élao de renneuii. La position de l'ai mée j française la condamnait nécessairement ce jour-là à se tenir sur la défensive, et l'attaque pouvait être confiée k d autres troupes qu'aux troupes allemandes. Ce fut ce qui arriva. Au troisième assaut, le duc de Savoie coo- | duisit lui-même ses soldats, et ils profitèrent des terres éboulées pendaut les deux premiers combats pour fran* cliir le fossé derrière lequel se tenaient les Français, llo passage assez large ayant été frayé par ce moyen, la cavalerie des alliés se précipita dans Fintérieur du camp français, et y mit bientôt un désordre complet. La cavalerie française essaya vainement de la repousser ; chargée en flanc par le duc de Savoie, elle prit la fuite. On a souvent remarqué que la terreur panique s'empare plus puis- . samment des troupes qui chargent l'ennemi avec le plus d iiiipétuosité; la même susceptibilité d'exaltation héroïque leur rend intolérable Taspect de certains dangers. | C'est toujours leur imagination r|ui les entraîne; ce n'est pas leur Jugenieot qui les gouverne. L'amoui' de la gloire et cet attrait pour le péril que l'homme naturellement brave éprouve et comprend seul les porte à exécuter les traits de la plus admirable valeur, et à braver avec transport les périls les plus extrêmes; mais ces mêmes héros sont eu même temps accessibles à l'exaltation de la peur, et ils n*y résistent pas. Ce n'est pas alors la grandeor du danger qui les ellVaye; c'est sa forme, son aspect qui leur répugne, les confond, les trouble et les jette, poui' ainsi dire, hors d'eux-mêmes. 11 suffit parfois d'uue

YICTOR-AMÉDÉE II. ÎS9

circonstance fortuite, d*un accident puéril pour les perdre; l'exemple d*UQ seul fuyard sortant de leurs raugs est assez pour les entraîner. Le cri sinistre de #01117^ qui peut ! s'élevauL on 11c sait d*où et, se faisant entendre distinctement au-dessus des clameurs discordantes du combat, peut glacer subitement les cœurs les plus ardents. Tel est d'ordinaire le courage des multitudes. Le courage du grand capitaine est différent : plus froid et plus contenu dans ses manifestations, rarement il s'exalte jusqu'à la témérité; jamùs il ne disparaît complètement. L'homme froidement brave sait que la peur est le plus grand des dangers, et il serait courageux par calcul, s'il ne Tétait par nature. 11 voit dans le péril une occadon de s illustrer, et un obstacle qu*il doit vaincre pour obtenir un objet déterminé ; c'est dans ce but qu'il le recherche, et non pour se procurer une sensation agréable. Si le but devient impossible à atteindre, il y renoncera peut-être ; mais la présence de la mort ne sera jamais l'obstacle de* vant lequel il s arrêtera. 11 a faii le sacrifice de sa vie le jour qu'il s'est dévoué à la cause pour laquelle il combat, et ce sacriOce accompli de bonne foi, la peur lui devient impossible. Lue multitude susceptible d'enthousiasme et conduite par un tel capitaine est presque invincible. L'armée française, toujours incomparablement brave, a souvent manqué de généraux.

On ne saurait dire pourtant qu'elle en manquât ce jour-là. Le duc d'Orléans et le duc de La Feuiiiade étaient habiles et braves; mais ils n'étaient pas de force à lutter avec avantage contre le^ duc de Savoie et le prince Eugène< deux des plus grands hommes de guerre de leur temps. Lorsque la cavalerie française s'enfuit devant le

m UISTOIliE DE LA MAISON DE SAVOl£.

duc de Savoie vers un pont de bateaux jeté sur ie Pô, rinfanterie la suivit eu désordre, oubliant tout ce qu^elle

laissait derrière elle. Le duc de Savoie se jette aussitôt sur les canons français des retranchements, les fait tourner contre les fuyards et achève leur défaite. Le duc de La Feuiliade, au désespoir, cherche en vain à rallier quelques 3oldats et à sauver une partie de son artillerie. Il en brise de sa propre main quelques affûts et met le fen aux dépôts des poudres; mais que pouvait-il presque seul au milieu d'une foule en démence, devenue folle de terreur? Ce fut alors que les commandants de la viiie et de la citadelle de Turin, le marquis de Carail et le comte de Thann, qui, depuis le matin, se tenaient sur le bastion de la GoDCola, suivant du regard, avec Tangoisse de T impatience, tous les détails du combat, firent ouvrir les portes de la ville et se jetèrent, à la tête de la garnison • et du peuple, sur ce qui restait encore de combattants. Dès lors, il n'y eut plus de combat; il n'y eut plus que des vainqueurs, des morts, des blessés, des fuyards et des prisonniers. Le marquis d'Aubeterre fut de ces derniers; le corps du uiaréclial de Marsin fut retrouvé parmi les morts.

Jamais victoire plus complète n'eifaça en un moment tant de revers. Huit mille-cadavres, deux cent dix neuf canons et mortiers; tous les équipages, toutes les munitions

de r^iniiée jusqu'à la vaisselle des généraux ; les bètes de trait et de charge en si grand nombre qu*oo les vendit ensuite à très-bas prix; une multitnde de prisonniers, telles furent les dépouilles des vaincus. Mais parmi ces dépouilles j'aurais dû nommer d'abord le Piémont, car toutes les garnisons françaises demeurées dans les places

VlCToU-AMÉDÉt: II. îd<

et clans les forteresses conquises avec tant d'eflbrts depuis le commencemeut de la guerre, en furent aussitôt expulsées par les popurati'ons, que leur présenceet leurè mauvais traitemenls exaspéraient, et dont les iorces se trouvèrent tout d*uii coup centuplées par la nouvelle de la victoire remportée à Turin. Quelques-unes de ces garnisons n'attendirent pourtant ni leur expulsion par le peuple, ni leur rappel par leurs proprés cbeiTs; mais, atteintes den Icre leurs abris par la panique qui s'était emparée de leurs camarades pendant le combat, elles s^enfuirent des citadelles comme* d'un champ de bataille. L'aspect d'un ennemi fuyant excite aisément la fureur du peuple qui a longtemps frémi sous son oppression. Ce fut ce qui arriva alors. Tous les débris de celte armée naguère si belle et si terrible se dirigèrent vers Pignerol et Ghivasso, où s'étaient réfugiés les vaincus de la grande journée. Ils en approchaient après de longues marches que Fanxiété avait rendues plus fatigantes encore, épuisés par les privations et mènie par la lai m , Uainaiii après eux leurs malades et leurs blessés, quand le marquis de TournOD, qui avait été détaché à leur poursuite, les rejoignit et en fit un grand auujbre prisonniers, tandis que les paysans des campagnes environnantes se jetaient sur les traînards et les massacraient. Enfin le décourageluentdes trou pe^ françaises, leur dégoût et leur horreur de l'Italie, leur désir effréné de se retrouver sur leur propre sol, arrivèrent à un tel point, qn au moment où les généraux français réfugiés à Pignerol s'assemblèrent en conseil pour délibérer sur ce qui leur restait à faire, ils ne trouvèrent plus autour d'eux que vingt mille % hommes au lieu de quarante mille qu'ils commandaient

HlSTÔtRB Dfi LÀ MAISON DE SAVOIE.

naguère devant Turin. Tout ce qui avait échappé au fer

piémontais et à la captivité, moins ces vingt mille hommes, gravissait déjà sans ordre ni permission les sentiers alpestres qui conduisent dans le Dauphiné, la Provence et le Lyonnais. Une division de Tarmée française, que commandait le comte de Mondovi, s'était retirée, après la journée du 7 septembre, du côté du Mincio, et elle y demeura prisonnière jusqu'au printemps de Tannée suivante, où une capitulation spéciale la délivra.

La population de Turin, le jour même de la victoire, reçut avec les transports d'une folle joie son prince et le parent glorieux qui lui avait apporté de si lointains et de si précieux secours, et ceux de ses citoyens qui avaieui pris leur part de tant de gloire* Les deux cousins se rendirent d'abord à la cathédrale, oii tous les habitants vinrent mêler leui's actions de grâces à celles que le souverain, l'armée et le clergé rendaient au Seigneur. Ce furent, ce jour-là, des cœurs véritablement reconnaissants qui s'adressèrent à Dieu. Victor*Amédée n'était certes pas homme à perdre en de vaines démonstrations roccasion si précieuse de poursuivre ses triomphes et d'en recueillir le fruit. Mais il ne voulut pas tarder d'un jour a ordouiici la construction d'une magnifique église sur le point même de la colline de buperga où il avait, trois jours plus tôt, concerté avec le prince Eugène Fat* taque du camp irançais. Cet édifice, qui domine aujourd'hui encore la ville de Turin, coûta des sommes énormes, car il fallut y apporter de loin tous les matériaux, sans en excepter Teau, qui manquait complètement sur ces hauteurs* Mais un monument qui rappelle chaque jour à un peuple les faits héroïques accomplis par ses

VICTOR-AMCDÈE II.

ancêtres pour la délivrance de leur pays et du sien ne saurait coûter trop cher : c'est uoe école de patriotisme*

A peine Victor- Auiédée se fut-il assuré que l'armée française n'était plus à craindre pour Turin, qu'il joignit SCS troupes à celles du prince Eugène, et se porta avec lui sur le Milanais pour y recevoir la récompense proinise« et pour soulager son pays des fléaux de la guerre. Mîlan se rendit aussitôt; Pavie, Alexandrie, Tortone, Valence, Mortara, Arona, Pizzighittone et Casai suivirent scn exemple. L*empereur tînt en partie sa promesse en cédant immédiatement au duc de Savoie la vallée de la Sesia et les provinces d'Alexandrie et de Valence* Il refusa de rendre le reste en alléguant que la guerre durait encore* et que la cession du Vigevanais et du Milanais ne devait avoir lieu qu'à la paix. Victor-Amédée n*avaît jamais compté sur l'exacte exécution du traité; mais il était décidé à obtenir tout ce qu'on ne pourrait lui refuser et à laisser croire qu'il renonçait au reste. 11 cmiiiuua donc à se montrer satisfait et confiant. Le succès gran* dît les heureux, et les revers amoindrissent aux yeux monde ceux qui les subissent. C'est une vérité au moiuîj

aussi, vieille iquéresprit humain. * . /

Dès que la victoire dé Victor-Amédce fut connue en Europe, les eiipepiis surgirent de toutes parts à la France; et ràîlîànce du duc de Savoie fût 'recherchée de tous. Par malhéiii-, i'ÂutricJie profitait de cette di.sposition générale des esprits plus eiicôré qiie lè duc de Savoie. Aù . coannen'cenient de la canipagiie de 17( 7, le royaume dè Naplés fut enlevé par lés Aiitricbiens aux Français, yttaïîé' tQut eritîèrë s'én' émiitl "Nie" vérraît-eïle* 'donc jamais là dominaiion /rauçaiâe détruite» bans avoir à

subir la domiaation autrlcbieune? M'y avait-il dç repos, pour elle que sous le double joug de ces deux puissances, reyemies à l'équilibre, et, par suite de l'équilibre, \ la paix, moyennant Todieux partage de son propre

territoire?

L* Angleterre, de son côté, craignait de voir s*élever une nouvelle puissance maritime, en laissant Naples à r Autriche, et la marine française ne T inquiétait .pas moins. Elle songea à leur créer à toutes deux une rivale a^z puissante pour les contenir et assez exposée pour avoir longtemps besoin de son propre appui. C*^était un genre de calcul que la France ne comprenait plus depuis longtemps, et qu'Henri IV avait seul praliqué sans commettre d'erreurs; l'Angleterre l'exécuta pour son propre compte. Mais elle y mit à un emportement , je dirais presque une brutalité, qui devait lui nuire. La reine d'Angleterre, Anne, fille de Jacques II Stuart, offrit au duc de Savoie de le placer sur le trône des Deiix-Siciles, à condition qu'il s'emparerait sur-le-champ de Toulon pour lui en faire hommage. Victor-Amédée faisait grand casdeFalliance anglaise ; car parmi les puissances qui lui ollVaient leur appui , FAngleterrè était la seule dans, laquelle il n'eût pas à craindre une maîtresse, et dont les forces pussent être ojpposées avec quelque chance de succès à celtes djO la France et de l'Autriche ; mais il comptait peu sur l'appât qu'on lui pi;éspntait, et il n'avait pas pçui* habitude de ^yer l'avance les bi|enfa,its qu'on lui promettait* S'il accepta i^éanmoins leé; propositions de la r^ne Anne , c'est qp'il faisait la guerre à la^Eranoet ^ que rien ne lui convenait mieux en ce mpment que d*^ taquer non nlus seulement les armées ûancalses. mais

MC'IOR-AMÉOÊE IL m

Iq sol français, aux frais et avec l'appui de FAngleterre.

Viçlor-Amédée employa le printemps de 1707 à préparer son expédition en Provence, sous le prétexte de reprendre >»ice à la France, qui s'en était emparée le 4 janvier de l'année précédente. Cette entreprise ndài pas exigé d'aussi grands préparatifs, ni le concours de. la flotte anglaise ; car à peine le duc de Savoie et le prince Eugène débouchèrent-ils. du col de Tende à la léte de leurs troupes, que les Français quittèrent leurs nouvelles conquêtes, repassèrent le Var, et laissèrent la route libre aux alliés. Ceux-ci, secondés par ramiral Sbowell, s'avancèrent, sans rencontrer de résistance, jusque sous les murs de Toulon» dont ils entreprirent le siège* Ils y échouèrent. L'invasion des alliés avait surpris la France ; mais le découiagemeut qui avait poussé les soldats à quitter le Piémont et la Savoie, plutôt comme des soldats qui désertent que comme des troupes qui se retirent, ce découragement ne pouvait gagner les Français, dès qu il s'agissait de défendre le sol de la patrie. Aussi, revènant bientôt de cette première émotion de surprise où les avait jetés Tattaque si soudaine du prince Ëugène et du duc de Savoie, toutes les villes de la Provence, du Dauphiné, du Lyonnais et des provinces voisiues, envoyèrent-elles leurs, contingents au secours de Toulon. Lc^ maréchal de Tessé, qui prit le commaudenjent de ces troupes rassemblées à la hâte,.le9 emjiloyà avçc tant d' habileté e( d'adresse qu'il força les assiégeants à. la. retraite. 11 les poursuivît jusqu'au Var^ leur rendant, au dire même du duc de Savoie, leur sortie de.prance beaucoup plus difiipile qu'ils n'en avaient trouvé l'entrée. Le seul fruit que le duc recueiliit de cette expédition ipalbeurçuae» ce fut le re-

convremeot des forts de Suse et de la Brunetta, qu*il ' assiégea à son retour et qui se rendirent au bout de quelques jours.

L'année suivante il reprit Ëxilles, La Pérouse et Fenes-

trelle. Dès lors le sol sabaudo-piémoiitai^ n'était plus foulé par des malires descendus des Alpes. Le duc essaya ensuite de surprendre Briançon et de s'emparer du Dauphiné ; mais cette enti-eprise eut le même sort que celle de Provence.

La guerre se prolongea, ou plutôt traîna jusqu'en 1713 ; mais elle ne donna plus lieu, du moins en Italie, à ancun fait remarquable. Elle se continuait encore,

paixe que la paix était malaisée à établir, mais personne n'en attendait plus d'autres résultats que de rendre les conditions de la paix plus ou moins favorable^ à tel ou tel des combattants. Louis XIV en était venu à se trouver satisfait d'empêcher l'invasion de ses provinces par le duc de Savoie, et celui-ci se fût de tout temps estimé fort heureux si Louis XiV eût respecté ses frontières. Toute cause immédiate d'inimitié avait dune disparu entre eux; mais Victor- Amédée avait appris à connaître et sa propre impuissance pour soutenir seul une guerre contre la France ou contre l'Empire, et son inipoi tance coipme allié de l'uné ou de fautre puissâncêt et il entendait leur vendre chèrement son adhésion à leurs désirs. T.ouis XTV essaya, à plusieurs reprises^ de le détacber de la ligue» .^u lui offrant des cônciitions infiniment j[>référablejs * à cénès' qu'il lui avait proposées naguère, comme à ui) membre de la ligue d'Augsbbu^g*; niais. Victor-Âmédée n'était pas homme à tomber deux fois dans le même piège, et il' n avait pas oublié les résultats de sa première condescen-

VIGTOR-AMÉDÈE IL m

dance. Aussi refusa-t-il coDstammeot de traiter seul avec Louis XrV ; celm-ci dut regretter alors de ne pas avoir mieux tena ses premiers engagemeDls envers le duc de Savoie.

Il y eut un moment où la France parut chanceler sur le bord d'uu abîme. Gomme il arrive d*ordinaire lorsqu'une puissance naguère redoutée semble avoir perdu le secret de sa force, toutes ses rivales se hâtèrent de lui imposer la loi. L'Angleterre, rAllemague, TAutriche

et la Savoie voulaient empêcher la France de se relever à Taveuir, et ce vœu était légitime de leur part ; car la France avait tout fait pour leur rendre sa prépondérance funeste et, par conséquent, odieuse. La reiue Anne était pour elle une ennemie implacable et acharnée. £lie pro« posa à Louis XIV et à son petit-fils Philippe V, roi d'Espagne, l'alternative pour ce dernier ou de renoncer à ses droits éventuels à la couronne de France , en gardant TEspagne et les Indes et eu cédant la Flandre et Tltalie an duc de Savoie, ou de conserver ses droits à la couronne paternelle, en renonçant à TEspagne et aux Indes en faveur du duc de Savoie, lequel lui céderait de son côté les anciens domaines de sa famille. Louis XIV, que Tàge et les malheurs avaient don^pté, et qui craignait de ne pas laisser à la France' iin successeur de son sang,' éiait si près d'accepter ce dernier parti , que la reine Anne, se çroyant assurée, du succès de ces négociations, éignâ a Pavadce aveVie diic de Savoie un traité dë'couîmerce pour l'Espagne et rAngleterre. ' ' ' * ' Gè fut alors que la Tdrtuhê favorisa' 3é nouvéau Loîiis XIV. La disgrâce du duc de Marlborough, la chuïé' ou ministère wbig, jusqtie-ià opposé^ a tout rapprocne-

m HISTOIRE DJS LA. MAISON p£^ SAVOIE. I

ment entre la France et l'Angleterre (17H) ; enfin la vic-t .

toire remportée par le marécliaj de \illars ^ Çeuaia (^1712) , firent entrevoir au vieux roi un meilleur avenir. Aussi ne permit-il plus à son petit-fils de se dépouiller de ses^ États* MaHei» digne et sage ministre de Viclor-Aoïédée à la cour d'Angleterre, voyant la nouvelle tournure qu'avaient prise les affaires, se iiâta de restreindre ses ]>cétentioQs dans les l^ornes de ce qu'il pouvait encore obtenir, tout en se faisant un mérite de sa modération. Sans atteiHlre ^ue la reine d'Angleterre, embarrassée par ses promesses, se refroidit à son égard, il la pria dé ré* fléchir iïiux services que son naaître pouvait rendre encore AU commerce anglais, pourvu qu*il fût mis en possession d'une partie du littoral de la Méditerranée, et il l'assura quiç le don de la Sicile suflirait à ce résultat, lors même ! que l'Espagne resterait aux Bourbons. La reine saisit ^vec une satisfaction passionnée cette pensée de Tadroit mini^stre, et elle s'y attacha si fortement, elle y persista avec tant d in^^istance, qu'elle parviiit à en faire une coQdition de la paix générale et à vaincre la résistance obstinée de Louis XIV et de son petit-fils.

Victor-Amédée avait eu raison d'attendre. La paix d'Utrecht est la première pa\x conclue en,tre les n^aisoos de France et d'Autriche dans laquelle la maison de Savoie ne fut pas sacrilîée» Le traité mèo^e de Câteaiir Cambrésis, qui rendait Emmapuel-Philibert à ses Étatf, ûe 8aur.ait ètrç comparé a celui^ d^Utreçbt,, ni. pour les avantages obtenus par les dejuj. duçs^ ni jfqur les honneurs qui leur furent rendus. Enimanuel-Philiber.t avait diji oons^nMr à lai^eç.Pij^nei;ol ^ la^Frauçe jus(^e a^rè^

VlCTOR-AMJilJfcE il. • 299

garda pas un seul soldat étranger dans ses forteresses. £minaouel-Pbilil)ert avait reDoncé à élever des fortifia

cations sur certains points des Alpes; un article du traité d'Utrecbt autorisa expresséoient les ducs de Savoie à en établir sur toute Fétendue de leur territoire. Enfin Enimani]el-Piiilib€rt u avait obtenu à la paix que la restitution de ce que la guerre lai avait pris; et Yictor- •Amédée reçut de l'empeieur Charles Vil tout ce que Léopold I*' lui avait pi oiàiis loi*s de leur traité d'alliauce, c*est-à<-dire, outre le Montferrat, objet de tant de coDtes- « talions, rAlex.tiitliiu, la vallf e de la Sesia, k\s ])rovinces de Valence et de Vigevano, et plus de treute iiefs iuipériaux compris dans les Langhes. De la France, outre tout ce qu'elle lui avait pris dtpuis dix ans, il reçut les vallées d*Oulx, de Sezannes, de fiardonacbe et de Gfaàteau- Dauphin ; enfin toutes les eaux jx udaiites des Alpes, aussi du côté de i\ice que du cùté da Piéoiont, et leaforts d'Exilles.et de Fenestrelle. De l'Espagne, grâce àl'Ang^ie^re, Viaor-Amédée reçut la Sicile avec le titre de Foi. 11 pouvait bénir les traverses du passée qui lui valaieat ua si Ijel accroisiieuient de puishaace, et à ses li^9scwd|aB|^ ttu ai gloiri^WC; a^^jenir. Lc^ ^ai^4 (V l!Ui^l4 sjgnéle^l aivrili7i«3, et œlui de Ua^tadt, qui eu; est

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