‹ Histoire de la maison de SavoieChapitre 17 sur 23 · VICTOR-AMÉDÉE II. M · texte numérisé non relu

VICTOR-AMÉDÉE II. M

A peine Yictor-Aiiiédée II eat-il eompris sen dingcr,

qu il s'appliqua de loules ses forces à le coajarer. Lorsque son grand-père avait déclaré la guerre à Louis XIV» déjà maître de la piasgraode partie de ses États, il avak^ la

inerveilleuseadresse d*obteair de i empereur d AUeiudgae, dont ralliance lui était devenue indispensable, des conditions aussi a\a:iUtgciises que si celui-ci eût été dans la nécessité d'aclieter son coocours à û'importe quel phx« Hds la maison de Savoie eOt joui d'un privilège véritablement sans exemple, si elle eût pu compter sar deux hommes tels que Victor- Amédée I*', en un si court espace de temps. Vîctor-Araédée II ne manquait ni de résolution, ni de prudeuce ; mais il n* avait ni la lesohuioo, iii la prudence du génie. Le gouvernement autrichien, d'ailleurs, semblait s'inspirer encoi e de la i use froide, je dirais presque cruelle, de Marie-Thérèse, et il ne craignait pas que Victor-Amédée se réconciliât avec la France. Il savait trop bieu que la République française allait en Italie moins pour y établir sa prépondérance que pour détruire les an.ciens gouvernements et étendre la domination de la France. Enfin, ayant lui-même à protéger les frontières de l'Autriche contre les attaques des Français, il ne voulait intervenir dans la lutte qu'après que Victor^ Amédée aurait épuisé son trésor et son peuple : comme prix du service qu'il lui rendrait alors, il exige i ait (telétait du moins sou calcul) une partie des territoires qu'il aurait reconquis sur la France. De son côté, le ministère . anglais n'était pas disposé à agir à Tégai d delà Sardaigue avec le désintéressement qu'avait montré, .au commencement du xviii* siècle, la reine Anne Stuart. Du reste, on doit le recoimaitre, les dangers qui menaçaient l'iiim-

])ire menaçaient aussi la Grande-Bretagne, et ses trésors

ne lui seiiiblaient pas dépasser la mesure de ses besoins. A cette époque, toutes les puissances européennes se tenaient sur la défensive» jalouses et soigneuses de leurs ressources, travaillant acti\ementà les augmenter, fortifiant leurs frontières, disciplinant et instruisant leurs troupes, pesant sur leurs peuples de tout le poids d'une police ombrageuse et despotique, proscrivant toute communication avec le pays infecté des doctrines révolulioiiiiaires, couluiidant dans leur terreur et leur haine la liberté et la justice avec la licence et là cruauté, réprimant brutalement tout désir, tout besoin de progrès, attendant, l'arme au bras et dans une attitude morne et sombre, que la France leur fournît, en les attaquant, roccasion de châtier son audace et de se venger de ses longs succès sur tous les champs de bataille. Que leur importait le petit roi de Sardaigne, maintenant qu'il n'était plus question de maintenir, dans la, péninsule italique, un certain équilibre entre la France et l'Empire, mais d'eiïacer la France d(^ la carte d'Murope et de s'en partager les dépouilles? Tout ce que Yictor-Àmédée obtint de l'empereur Léopold II en 1792, c'est qu'il envoyât à son secours 0,000 bommes, qui étaient alors dans le Milaiiais et qui reçurent le nom de corps auxiliaire. Jamais jusque-là les troupes piémontaises n'avaient suivi d'autre chef que leur prince, ou ses plus proches parents. Qu'ils fussent comtes, ducs ou rois, qu'ils sortissent à peine de l'enfance ou ([ne la vieillesse les eût rendus impropres à supporter les rudes labeurs de la guerre, jamais aucuiv des descendants d'Humbert le Saxon n'avait cédé à un étranger 1 honneur de conduire ses soldats au

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tenir le premier choc du destructeur et à TaFrêter pour le moment. Quand il serait écrasé, les plus fortes masses qui étaient derrière \ni et qu'il préservait auraient leur tour, et le vaiiujueur, quel qu'il fût, hériterait des dépouilles de toutes les victimes. On consentait à fournir à Victor- Amédée les moyens de prolonger sa résistance, parce qu'elle fornaait la sécurité momentanée des autres puissances ; mais on ne se préoccupait phis de conserver entre la J iMiice et l'Italie ce boulevard vivant de la maison de Savoie; on ne prenait plus la peine de simuler ia cotisîdératîon ni l'anMtié pour son chef; on ne loi promettait plus de récompenses pour les services qu on attendait de lui. C'étsût un sauve qui peut général. L'Ëuilope sortie du moyen âge était comme un vaisseau échoué dans les mers du Nord, dont T équipage n*a plus de- sentiments collectifs et ne se compose plus que d'indivMusr jaloux de sauver ou de prolonger leur vie aux dépens de celle de leurs compagnons d'infortune.

Victor-Amédée te comprit, et, appelant à son secours toute l'énergie dont l'âge et rhabitiulc d'une longue paix ne l'avaient pas encore dépouillé, il résolut de faire face au danger avec toutes les ressources que son pays pouvait lui fournir. Heureusement pour lui comme pour les siens, les immenses dépôts d'armes et de munitions de toute espèce, formés par son père et par son aïeul, dans l'arsenal de Turin , existaient encore dans toute leur intégrité. U ne fallait, pour les rendre'utiles, que porter les troupes piémontaises à un chiffre plus considérable. Des corps de réserve furent placés à la suite de tous les nêgtments d'infanterie provinciale et d*or* donnance, deux nouveaux régiments provinciaux furent

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ajmités à ceux qui existaient déjà, et les deux légions furent complétées de manière à former huit bataillons. Victor-Amédée leva ensuite trois nouTeaux régimeûts suisses, chacun de 1,200 hommes, et il porta à 5,000 hommes le corps royal d artillerie.

Mais les troupes de ligne ne pouvaient fournir à toutes les nécessités de ia guerre qui se préparait. Quoique ni la Savoie» ni le comté de Nice ne réclamassent plus de défenseurs^ les troupes françaises ne pouvaient pénétrer dans le plat pays coaiinant avec le Milanais, sans traverser une région montagneuse^ où les armées régulières étaient assurées de combattre avec désavantage. Victor- Atnédée eut donc soin de mettre sur pied un bon nombre de troupes légères. Trois mille partisans, divisés eo compagnies franches, en formaient comme le noyau, autour duquel se groupèrent une multitude de milices tirées des villes et des campagnes. L*armée de Victor-Amédée 11 fut alors portée à 60,000 hommes, bien vêtus et fournis de tout ce qui est nécessaire pour entrer en xampagne. Quelques-unes des lignes fortifiées des Alpes, sur lesquelles Charles- EmuiauLiel avait trop compté, furent rétablies. Quant aux forteresses situées dans l'intérieur du Piémont, jamais elles n'avaient été si bien entrete- • nues ni en aussi bon état de défense. L'esprit puljlic hésitait; mais les vieux sentiments de loyauté et de fidélité envers la royale famille qui* gouvernait ces contrées depuis tant de siècles, existaient encore daus toute leur force au fond du cœur des soldats, et des soldats sav(i\ards en paiLiculicr. Yijctor-Amédée en reçut alors un témoignage qui dut ranimer sa confiance dans Tavevenir. Lors de Tinvasion des Français en Savoie et de la

honteuse retraite des troupes piémontaises, par l'effet

d'un ordre mal compris (s'il n'avait été domié expressément en termes ambigus) , Tun des régiments provinciaux savoyards, le régiment de Maui ienne, avait été congédié, et les soldats dont il se composait avaient été convoqués à Suse pour le 1**^ mai de Tannée suivante^ afin d'y être passés en revue et d*y faire les exercices ordinaires. Chacun de ces soldats rentra donc dans son village, sur les versants de ces montagnes ou au fond de ces vallées que les Français occupaient déjà. Quinze jours plus tard , la Savoie était devenue la république allobroge, Talliée de la répnbrK}ue française; la déchéance dn roi de Sardaigne avait été prononcée; des arbres de la liberté s élevaient dans chaque village ; . une légion allobroge se préparait à entrer eu ennemie dans le Piémont, et une Convention nationale allobroge y avait remplacé les vieilles institutions de la monarchie. Quelques semaines encore, et la Convention allobroge abdiquait sa toutepuissance et suppliait la grande république française d'admettre^ le territoire des Allobro-^es au nombre de ses départements. Ce vœu fut exaucé par un décret de la Convention daté du 5 décembre de cette même année^ et ces pauvres montagnards apprirent, sans le comprendre, qu'ils ne devaient plus ni obéissance ni fidélité qu*aux membres du Comité de salut public établi à Paris. Il existe, on le sait, plus d'un moyen de se soustraii e sans déshonneur aux conséquences du serment prêté* Mais les rudes habitants de l'antique Savoie, élexés dans les camps et ne comprenant rien aux arguties ni aux grandes phrases avec lesquelles on prétendait les délier de tout serment envers le roi, évitèrent sagement toute con-

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troverse etiie se soiivÎDreiit que du jour lixé par \ictor- Amédée pour leur réunion à Suse. Ils se mirent donc secrètement en route (luelques joui*s à Tavance, prenant des senlieis délourués, évitant les lieux habités, supportant les privations les plus dures, et, ce qui est pire encore, hi.ssant leurs l'imiilles et leur petit avulr à la merci de 1* ennemi, qui pouvait les traiter en otages. Leui^ oûiciers, qui s'étaient d'abord retirés à Turin, n'emportant que les cravattesdes drapeaux des régiments cungédiés, considéraient ces régiments comme perdus et s étaient rendus à Suse, plutôt par habitude d'obéir aux ordres du roi, que daus l'espoir d'y retrouver leurs soldais. Leur surprise en les voyant arriver un à un, deux à deux, fatigués, épuisés, malade^î. juais lidùle.s, fut aussi grande que lenr joie, et Victor-Amédée put se dire qu'avec de tels défenseurs nuUe cause n'était perdue.

Cependant Victor-Amédée pouvait se ilatter de recevoir bientôt des secours plus efficaces que les 6,000 Autrichiens envoyés par l'empereur. La France s* étant déclarée la protectrice et Taliiee de tous les oppriinés de la terre et rirréconciliable ennemie de tous les rois, l'Europe avait ressenti cette attaque. L*Ang]eteire, l'Espagne, Naples, la Hollande, l'Allemagne, la Prusse et l' Autriche formûent une ligue formidable de 180,000 hommes le long de la IVoutière nord-est de la France, tandis que les flottes napolitaine, espagnole et anglaise tenaient la Méditerranée et menaçaient la Corse et les côtes de Provence, l/amira] Truguet y avait aussi amené ses vaisseaux dans le but de ^s'emparer de l lie de Sardaigne ; nonseulement il échoua dans sa tentative, mais il ne parvint même pas à détendre la Corse, dont les habitants

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se révoltèrent en ouvrant leurs ports aux Anglais.

Le baron Dewins, maréchal autrichien» commaDdant l'année sarde et les 6,000 auxiliaires fournis par l'Autriciie, avait fornié un plan qui eût peut-être été bon s'il y eût employé les forces nécessaires. 11 voulait attaquer simultanément les arriices frîinraises qui ucciipaieiit la Savoie et le comté de I^ice, les forcer à se replier sur la France, puis les y poursuivre d*uB côté jusqu'à Lyon, et de Tautre jusqu à Toulon , ces deux villes ayant fertué leurs portes aux envoyés de la Convention et du Comité de saint public, et soutenant actuellement un siège contre les troupes venues de Paris. Les 60,000 hommes éoni l'armée sarde se composait alors, eussent suffi, dit-on, à assurer le succès de cette entreprise, et le maréchal pou- î vait sans inconvénient les y employer tous, puisque aucun danger ne menaçiût le Piémont sur aucun autre point . de sou territoire. 11 est, par conséquent, difficile de se rendre compte des motifs qui portèrent le maréchal à n'envoyer en Savoie et dans le bas j)ays de Nice que des forces tout à fait disproportionnées à. la tâche qu'il leur imposait. Que des troupes plus nombreuses et commandées par des chefs plus hardis eussent rendu ces deux provinces à leur maître légitime, la conduite des armées françaises le prouve suffisamment; car, à peine aperçurent-elles l'avant- garde piémontaise atteignant les hauteurs opposées à celles qu'elles -même» occupaûent, qu'elles se retirèrciU eu gi ;indc hâte et commencèrent aussitôt leur uiarche rétrograde vers la France (1793).

Le duc de Montferrat commandait, de concert avec le* général autrichien d'Argenlcau, le corps destiné à déli- . vrer la Savoie; le duc d'Aoste commandait, moyennant

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le bon plaisir du général de Strasoido, le corps dirigé sur Nice. Le maréchal Dewins s'était placé au Belvédère, et le roi Victor avait établi son quartier général à Saorgio» forte position en avant du col de Tende et dans la direction de la mer. En pai iaiU de Turio pour Siiuigio, le roi s'était écrié : ^ice ou Supergai c'est-à-dire : la victoire ou la mot*t! Hélas! il n'obtint ni Tune ni l'autre.

On avait pei*du beaucoup de temps sans aucun motif, si ce n*est que les généraux autrichiens avaient décidé qu ils n'attaqueraient l'ennemi qu'au mois d'août. Ce temps de repos avait été employé par les Français à se fortifier dans leurs positions et à pousser les sièges de Lyon et de Toulon, de telle sorte que les assiégés voyaient avec terreur le moment de leur chute approcher. Cependant, aux premiers mouvements que firent les troupes piémontaises, et avant que leur petit nombre fût connu de l'ennemi, celui-ci prit la fuite, et les assiégés de Lyon et de Toulon, redoublant d'eiïorts en retrouvant quel(|ue espoir, donnèrent de nouvelles preuves de leur courage et de raversion que leur inspirait le régime féroce de 1793. La fortune semblait sourire aux victimes et aux ennemis de la Révolution française; mais ce premier succès n'aboutit qu'à*' des revers. Les Piémontais, qui sentaient leur faiblesse, s'étaient abstenus de poursuivre les Français au delà de leurs frontières, et ceux-ci, qui avaient continué leur retraite sans seulement regarder derrière eux, découvrirent entin que personne ne les poursuivait. S'arrêter, envoyer en arrière des reconnaissances, comprendre la situation véritable de l'ennemi et l'état de ses forces, ce fut Tafiaire de quelques heures, à la suite desquelles les troupes françaises rebroussèrent

chemin et se retrouvèrent bientôt en présence des PiémoiUaib. Le général français Gouvion, pourtant, ne retourna en Savoie qu'après avoir réduit la ville de Lyon

aux dernières extrémités et avoir assuré sa chute prochaine.

Masséna sur le Var, Gouvion et Kellermann en Savoie, prirent de si forius posUiuns que les Piéuiontais essayèrent en vain de les en déloger. La position de Saor- ^ gio ne fut pas alors enlevée aux Piéraontaîs ; mais le corps du duc de Montferrat ayant été complètement euve- . lop[)é par Kellermann et Gouvion, s*estima heureux de pouvoir se retirer sur le sommet du Petit Saint-Bernard, en bon ordre et sans avoir subi de pertes, lin autre corps piéroontais, qui avait occupé la Maurienne, dut regagner les liauteurs fortiliées du mont Cenis. Enfin la vallée de TArve fut aussi évacuée par les Piémontais, qui traversèrent à graud'peiue les cols du Bonhomme et de la Seigne.

L'hiver approchait, et la lutte allait être interrompue

pendant f[uelques mois. Depuis que Nice et Villefranclie étaient tombés au pouvoir des Français, la route pour pénétrer dans le Piémont par les vallées de Taggia et d'Oneillc, ou par le Tanaro et ses sources, demeurait ou- . verte à Tennemi. Yictor-Âmédée insista, et à plusieurs reprises, auprès du maréchal Dewins, pour qu'il An'inat ces débouchés en établissant, entre la lioya et la Nervia, un caoip retranché qui empêchât les Français de tourner la forte position de Saorc^io. Le maréchal ré[)ondu d'abord que la neutralité du territoire génois valait toutes les défenses matérielles qu'on pourrait opposer aux progrès des Français. Mais cette réponse u' était pas sérieuse,

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