VICTOR-AMÉDÉE II
et le maréchal lui-même le sentait bien, car il envoya des officiers de son état-inajor étudier les positions, et lui indiquer les travaux qu'il faudrait exécuter pour fermer ces passages aux f rançais ; mais sa sollicitude pour la sécurité du pays qu'il était chargé de défendre n'alla pas plus loin. Le roi le supplia vainement d'envoyer au moins des renforts à Saorgio. Les 00,000 Piémontais étaient placés sous le commandement du maréchal autrichien, et celui-ci préférait compter sur les Génois et sur le respect que la neutralité de leur territoire inspirerait aux Français. Cette neutralité ne retarda pas d'un seul jour la marclie des troupes fi an r aises. L'hiver de 1793 à X79h avait été employé par elles à demander et à recevoir de nombreux renforts. Dès l'ouverture de la belle saison, les cohortes républicaines, au nombre de &0,000 hommes, s'ébranlèrent et se mirent en marche le long du littoral ligurien. Vn corps peu cuusiderabie attaqua de front la position de Saorgio, fit jouer l'artillerie et entretint un féu bien nourri. Pendant ce temps, le gros de l'armée poursuivait sa marche le long du littoral, jusqu'à San-Remo. 12,000 hommes s'en détachèrent alors, et se dirigèrent, conduits par le général Macard, vers le . col Ardente. Le reste suivit encore le bord de la mer jusqu'à Oneille, d'où, tournant à gauche vers le pont de Nava, il entra dans la vallée du Tanaro, à travers laquelle on parvient sans obstacle dans le cœur du Piémont.
Le maréchal autrichien connut alors son imprudence et essaya, mais en vaiu, de réparer ses fautes. Il envoya le général d'Argenteau et quelques bataillons défendre Orméa, et le général CoHi piondie le commandement de Tarméedite de iNice, qui occupait Saorgio et les issues du
46S HiSTOIRË DE LA MAISON DE SAVOIE.
col de Teude. Mais toutes les mesures piises antérieurement pour conserver ce passage étaient devenues inutiles depuis que renneini avail tourné les positions en s'eiuparant de la vallée du Tanaro. L'armée de Nice dut se replier sur une ligne moins étendue, sur laquelle elle ne réussit pourtant pas à se maintenir, et qu elle abandonna bientM pour se resserrer encoi^e autour du bourg de Tende, le dos appuyé aii\ pieds des Aîpes centrales. Elle aurait pu y tenir quelque temps si la forteresse de Saorgio avait prolongé sa résistance; mais cette place se rendit à la première sommation le 28 avril 1794, et dès lors l' armée de Nice, n'ayant plus de point d'appui sur sa droite, dut - songer à se choisir une nouvelle position. Le général Colli était un habile homme de guerre, savant, plein de ressources et prompt à se résoudre ; mais une armée qui bat en retraite doit renoncer à toute entreprise qui n'a pas pour but d'atteindre un lieu de sûreté. Colli se flattait encore de défendre l'entrée du Piémont, en prenant position sur les dernières crêtes de ce groupe alpestre. Mais l'impulsion en arrière était donnée; les troupes piémontaises^ qui avaient été évincées de trois foi tes positions en quelques jours, ne considéraient plus, en prenant une position nouvelle, comment elles s'y maintiendraient, mais par quels moyens elles pourraient la quitter. Colli mit huit jours à préparer sa retraite sur le sommet qu'il comptait . défendre. Pendant ce temps les Français occupèrent les sommets environnants, et Colli put craindre qu ils ne le précédassent en Piémont. Aussi renonça-t-il à son der* nier espoir de résistance, et, avant donné à ses troupes Tordre du départ, les conduisit-il tout d'un tirait jusqu'au bourg Saint-Dalmace, où elles demeurèrent jusqu'à la fin
de la riMBMW éum jmcmm mrsarM, .Sîx mamàn»^
hostilîiésy €t f letorr^iiiédée aarait pMtia ]a miiué «iis «» États. C«it failli* FL*ani;:ii.s -în >r..-::u);uitnr iiuij- ji ^îia-^K élevée, edie qiiL ^enraie ^ie «itîsiéniie "te a'-mir^ an pia£ pays. Le générai Bodtîioni» V tnur «^nar» li» a^rii la positioQ dd j^ll ii^uiriUîniiu- i , vîm -in U^r-Uinmi- ko. aoiBiDet êt ia faCec te a Zàiwrrut^ :'ic jr«^ Jt £2 mai,, etcdfe «h noue 'léom 'i\ î i tu ii*^*»^ tinisu
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gèaéfatei. i^usa» ambiem r^^ruet cit it*u!> allll^ ot 5
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Qmmm I Lvan^ ^m^sn.^ ceœ vUie leutai itt^ ^ t»ux iues • Mr ¥anBk^ rmaiiUih k coutre-coup de loiiw ik^ abrita-
dtweriigtqm bêlait eiujjaré de la pwde qiuu rmuau sa»iDOtif «ee antiques cnnauces^ aacîrifmit (rratuiitmimii
Féctio dflB «anglaates extrava^aucee qui* pour alk du
mouiR, u'avuieut ui j)reiexie ui stnis.
m HISTOIRE DE LÂ MAISON DE SAVOIE.
V La mort iaatteodue de Robespierre et de ses sôïdes (juillet 1794) fit trêve pour quelques jours atix progrès
des armées françaises et aux terreurs des Piéniontais demeurés fidèles. Soit qu'on le crût véritablement, soit que, pour renverser un pouvoir devenu intolérable, ceux qui lui portèrent le dernier coup répandissent sciemment le faux bruit d'une conspiration tramée par Robespierre pour livrer aux alliés le aiidi de la France et Ics années françaises, le fait est qu'une terreur panique s'empara de la France en ce moment, que toutes les opérations des armées à l'étranger furent suspendues et contreraandées, * et qu'au moment même où Jjes troupes piémontalses, renforcées de 10,000 Antricbiens et échelonnées le long de la lisière qui sépare les, dernières Alpes du plat pays, s'attendaient à une attaque générale de cette armée toujours victorieuse, celle-ci rebroussa cliemin brusquement, et, abandonnant à la hâte les positions conquises, regagna à marches forcées la frontière de la France. Les al- \ liés crurent d'abord (|ue cette inexplicable retraite n'était qu'une manœuvre pour les attirer dans un piège, et ils | ne poursuivaient les Français qu'avec les plus minutieuses ^ précautions. Bientôt pourtant la nouvelle des événements de Paris arriva en Piémont, et le mystère fut éclairci. | Hais bientôt aussi la France put se convaincre que, si ; la trahison ax ait en effet revêtu les dehors du plus • farouche patriotisme, et s'était glissé jusque dans les san* glants conseils du Comité de salut public et de la Commune, il était un asile où la iidéllté au pays, la probité et le désintéressement régnaient sans partage et presque sans souillure; et cet asile, heureusement poar la France, c'était le ministère de la guerre. Quelle que fût
VICTOR-AMÉDËE II,
la corraption de presque tous les fonctionnaires public»
de celte triste et singulière époque; quel que fût le désordre introduit dans toutes les branches deradministratien publique, les armées de la république étaient confiées à (les mains sûres, et rien ne leur manquait. Aussi ne tarda-t-on pas longtemps à reprendre les hostilités à l'étranger. Dès les premiers jours de septembre de la iiLème année 1794, les positions naguère occupées par Fennemi retombèrent en son pouvoir. Goni pourtant ne fut pas menacé cette fois. Les troupes qui étaient entrées en Italie par Nice suivirent epcore les bords de la mer jusqu'à Savone. Ce fut là que les alliés les joignirent en venant d'Acqui, en passant près de Gairo et en débouchant sur le rivage à Malare. Le général WaUis, voyant les Français disposés à Tattaquer, se retira jusque sur la Hoiiuida, où il soutint, pendant toute la journée du 20, le choc de forces très-supérieures aux siennes. Le combat finit sans que la victoire se décidât ni pour l'une ni pour l'autre armée. Toutes les deux se l'attribuèrent pourtant» et, ce qui est singulier, c'est que chacune d'elles tourna au même instant le dos à l'autre, et se retira dans une direction opposée, si bien quelles ne s* arrêtèrent qu'après avoir mis entre elles une distance de onze lieues.
Les troupes françaises prirent leurs quartiers d hiver dans la rivière, entre Nice et Savone. Les Piémontais
rentrèrent cliez eux, et les Autrichiens dans le Milanais.
Des renforts considérables arrivèrent d'Autriche à l'armée alliée pendant Fbiverde i79à à 1795. L'empereur
François II, successeur de Léopold II, connnenrait à >>\i-
larmer de la présence de Tarmée française près des fron-
tièresdu Milanais. En effet, les États sardes s'interposaient ii l'invasion du Milanais par les armées françaises aussi longtemps que celles-ci choisissaient la voie des Alpes savoyardes pour entrer en Italie, et la défense de ces passages alpestres jiu avait suffire à préserver le Milanais; mais la voie du littoral et de la Ligurie était ouverte à Tennemi jusques au delà de Savooe, et la montagne de jNovi n'était qu un faible obstacle pournne année comme celle que commandait Masséna. L'Âutnche comprit que se borner à la défense de ce passage, c'était renoncer à conserver le .Milanais. Aussi envoya-t-eile , avec les renforts dont je viens de parler, Tordre précis ail maréchal Dcwins et aii\ autres généraux de prendre rollensive et de chasser Tennemi des positions qu'il avait occupées pendant Fhiver. Ces positions d'ailleurs n'avaient pas été favorables cà l'armée française. Le froid, l'humidité, la nourriture insuffisante et malsaine avaient engendré des maladies auxquelles un grand nombre de soldats français succombèrent. L'abattement s'était ernparé des survivants , et la désertion s'était* répandue comme une nouvelle maladie contagieuse dans leurs camps. L'artnée française était donc considérablement réduite^ et elle attendait pour agir Tarrivée de renforts qu'elle réclamait vainement. Le moment pour l'attaquer était donc des plus opportuns , et le succès le prouva suffisamment. Le maréchal Dewins de son côté, les généraux Golli et d'Argpnteau du leur, attaquèrent l'armée française et la forcèrent à la retraite, après lui avoir tué beaucoup de monde. Cette retraite pourtant fut con^é- , rée comme un chef-d'œuvre de science militaire. L'armée française, qui occupait une ligne infiniment prolongée le
VrctÔR-AMÉDÉE II. 4B7
long du littoral, pivota sur un de ses flancs et prit une position plusl resserrée et moin^ Avancée que la première. On aduiira ce mouvement si lent et si compliqué que les troupes françaises accomplirent en présence de
l'ennemi et sans oflVu à celui-ci l'occasion de IVntamer. On jugea que cette occasion avait été habilement évitée par les Français, parce que l'attaque n'avait pas eu lieu ; mais il eût été peut-être plus juste d'attribuer rinactioii des alliés à la lenteur naturelle et aux défauts de résolution qui ont distingué de tout temps les généraux autrichiens. On a dit alors et on a répété depuis que d'Argenteau pouvait, de Settepiani où il était placé, se porter directement vers la mer et attendre les Français à Loucre, tandis que Dewins les y eut refoulés en les attaquant de front Mais d'Argenteau s'excusa en alléguant le petit nombre de troupes dont il disposait (7,000 hommes) et le défaut d'une réserve sufiisante pour le soutenir en arrière et remplacer ses morts. Que le tort fût, ce jour-là, h Dewins on à d'Argenteau, le résultat n'en fut pas nm'ins heureux pour l'ennemi, et la leçon ne prohta à aucun de ceux qui l'avaient reçue; car, satisfait d'avoir éloigné du Milanais un aussi redoutable ennemi, Dewins établit son quartier général dans un château situé à peu de distance de Savone, et y attendit tranquillement que la paix • signée entre la France et l'Espagne permît à celle-ci de reporter ses troupes des Pyrénées vers les Alpes. Il conçut, à la vérité, la pensée d'arrêter ses renforts avant lenr jonction avec l'armée campée autour de Nice, et il invita le duc de Montferrat à tenter l'entreprise ; mais elle échoua, j'ignore poui' quel motif.
Le sort sembla pourtant vouloir encore favoriser les
m iilSÏOlRE DE LA MAISON DE SAVOIE. •
Piétnonuus un itant de nombreux obstacles à rarmée des Pyrénées qui se dirigeait vers l'Italie. La désertion, les troubles sans cesse renaissants dans cette partie de la France que l'aruiée des Pyrénées avait à traverser, la difficulté des recrutements, tout semblait d'accord pour retarder la jonction des deux armées, et le mois d'octobre était à moitié écoulé lorsquelle eut lieu. Mais T armée française ne subissait pas le commandement de généraux autrichiens. Manquant à peu près de tout, souffrant excessivement du iroid et des privations de toute nature dont ils ne pouvaient s'affranchir qu'en gagnant une bataille ou en prenant leurs quartiers d'hiver, les soldats français demandaient à grands cris qu'on les conduisît à l'ennemi. Masséna n'avait garde de s'y refuser. Il avait sous ses ordiHiS Augereau, Serurier, Charîet et Laharpe; il commandait à ces soldats français et républicains qui acquirent depuis le renom d'invincibles. Masséna voyait devant lui la gloire; ses soldats a\ aient à gagner du repos, un abri et l'abondance des biens de la vie. Enfin (et ce n'était pas le moindre avantage) , lès troupes qu'ils allaient combattre obéissaient à des généraux auinciùens. Les troupes allemandes étaient sans doute de bonnes troupes, et les piémontaises montrèrent ce jour-là ce dont , elles étaient capables ; de leur côté, les généraux envoyés paf Temperevr et acceptés par Victor-Amédée II ne man- ([uaient ni de courage, ni de savoir, ni d'habileté; mais ils ne prenaient jamais une résolution qu après que le moment opportun pour Fexécuter était passé. C'est là, je pense, un trait du caractère national que ni l'expérience, ni l'étude ne sauraient corriger. Aussi existe-t-il aujour*d'hui, comme il existait il y a un siècle, et nous en avons
VlClOR-AMt DÉE II,
eu des preuves évidentes dans la campague de 1859 comme dans celles de i79A et de i 795.
Je ne raconterai pas dans tous ses détails cette journée que tant d'IiistorieDS ont décrite avec uue si grande ei^actitttde. Je dirai seulement que la gauche et le centre de Farmée alliée, qui étaient presque exclusi\enient composés d'ÂHemands» furent rais en déroute, après un long et sanglant combat, par le défaut d'ensemble et d'entente dans les mouvemeuts de leurs dilléi euts corps. D'Argenteau arriva sur un certain point qu'il était important de conserver après que les soldats destinés à le défendre en a,vaient été ctiassés. Il ne sougea plus alors qu'à regagner son ancien camp retranché de Céva, et il négligea de s'assurer des hauteurs qui en dominait iu les avenues, de telle sorte qu'il perdit, pour atteindre son lieu de refuge, un grand nombre des siens, qu'un peu plus de prévoyance eut conservés. En se retirant, Dcwins voulut occuper la position de Saint-Jacques ; mais cette pensée lui vint trop tard, car Masséiui l'y avait prt'^cédé. L'aile droite» toute composée de Piémontais, soutint tout le jour, sans perdre un pouce de terrain, le choc de Serurier, qui i attaqiia dans la vallée du Tanaro; clic s'aperçut enfin qu'elle était seule à combattre et que le reste dé Tarmée était en retraite' ou en déroute. Elle-même renonça alors à une résistance qui n'était plus que glorieuse, et se retira, mais en bon ordre et sans que l'ennemi parvînt à l'cnLanier, jusqu'à Céva. Le combat finit avec le jour. Les Français avaient repris toutes leurs anciennes positions de Tannée précédente, et Thiver, déjà rigoureux dans ces régions élevées, ne leur permettait pas de pousser plus loin leurs avantages.
470 HISTOIRE DK LÀ AIAISON DE SAVOIE.
Tous les sacrifices des alliés n'avaient en ppur résultat que la prolongation d*un état de choses préférable seu- *
lemeut à une défaite irréparable. L'hiver séparait encore une fois les combattants et leur imposait une trêve de quelques mois. Comment seraient-ils employés? La discussion sur la convenance de la paix ou de la guerre • en occupa une partie. Depuis qu'en France un gouvernement plus régulier et luoios \ioloiit que celui de Robespierre avait succédé à ce dernier, la frayeur et Tardeur belliqueuse des puissances européennes s'étaient* calmé» L'LspagiiC, la Toscane, la Prusse et la Sucdc s étaient détachées de la coalition et avaient sigoé leur paix particulière avec la France (1705). CeUe-ci se montrait disposée à traiter avec les puissances qui lui résistaient encore. Elle ne déclarait plus une guerre à outrance au mondje entier, et le monde, naguère insulté par jelle, lui savait gré de ce retour à des sentiments et à un langage plus convenables. Les priocipes libén^ux de 89 avaient trouvé de nombreux partisans, même dans le monarchique i'iémont, et le parti français gagnait chaque jour des adeptes dans Turin même et jusque dans les conseils du roi. Ceux-ci 1" invitaient à réfléchir aux exigences que rÂutriche inettrait eu avant si la coalition triomphiiit^ et au peu de cenfiance qu on pouvait placer en elle si la l'i-aiice rempnrtail. Dans le premier cas, elle ordonnerait en maître a dans le second, elle sacriûerait son allié et ne songerait qu'à faire sa pau avec le vainqueur. Ne valiiil-il pas mieux prévenir cette aUernative et se créer des titres à la reconnaissance du gouvernement français, qui parviendrait sans peine à chasser les Autrichiens du iMilanais et à eoljauger avec le roi de Sardaigne
VICTOB-ABfÊDÊË U. .471
cet état contre la Savoie? Les partisans des Français à Turin se prétendaient informés des intentions du Directoire et laissaient deviner que cet écliauge en laisait partie. Les partisans de rÂotriche et de la guerre ne manquaient pas non plus de bonnes raisons pour souîeoir leui' avis. L'iiisioire et l'ei^périeuce u avaient que trop prouvé au Piémont qu*il ne pouvait compter ni sur TAntriciie, ni sur la France, ni sur lui-iiit me. Les deux premières le sacrifiaient sans pitié ni scrupule dès qu'elles avaient tiré de lui tout ce qu'elles pouvaient en attendre, et la faiblesse naturelle du Piémont, comparé au:;^ autres puissances européennes, lui interdisait absolument d*agir par lui-même et indépendamment de ses voisins. Lés arguments employés par les partisans de Tailiauce autrichienne avaient été si souvent répétés et avaient reçu de si fréquents démentis des é\éiicments, que peut-être ils fussent demeurés cette fois sans eflet si un nouvel auxiliaire ne se fût joint à eux. Cet auxiliaire, c'était la peur de la contagion des idées républicaines ou jacobines, commue on disait alors, sur la population de ïuriu. Ces idées y circulaient déjà depuis ([uelque temps d*iine manière plus ou moins couverte, mais leur action n'était ignorée ni du roi, ni de ses plus fidèles couseillerâ. Que serait-ce, disaient ceux-ci, si les rapports de bon voisinage étaient rctablis entre la France et le Piémont? Les jacobins seraient bientôt aussi puissants dans fun de ces pays qu ils Tétaient déjà dans Tautre. Le premier soin de la propagande révolutionna'ue serait de saper les fondements de l'antique monarchie savoyarde; on ne pourrait seulement pas ré[)rimer les tentatives d'insurrection que cette propagande y susciterait, ni en punir les
47i IIISTOIKE DE LA MxVlSON DE SAVOIE.
auteurs, sans que la république française intervint pour
les préserver de tout châtîmrnt. Il fallait repousser hardiment tout ce qui venait de France, et le seul moyen d*y réussir, c'était 'de continuer la guerre. Cette crainte remporta sur toutes les autres ( rmsKiérations, et la guerre fut choisie comme le parti le moins dangereux » pourvu pourtant que les puissances composant encore la coalition se décidassent à y prendre une part active et à fournir des contingents à l'année alliée.
Des chargés d'iiflaires furent doue envoyés au roi de Napleâ, an pape, à l'empereur et à l'Angleterre pour les inviter à faire connaître au roi de Sardaigne dans quelles proportions ils coinpLaicut participer à la guerre, et leur représeoter rimpossihilité où se trouvait ce prince de la soutenir plus longtemps avec Tunique secours qu*il avait reçu de 1* Autriche. La réponse de Naples, de Pioaie et de Vienne fut satisfaisante, et toutes promirent leur concours sérieux ; mais les acteâ ne s'accordèrent pas avec les paroles ; les reiilorts promis par le midi de Tltalie n'arrivèrent jamais; l'Autriche seule envoya les siens, et l'Angleterre, resserratnt davantage sa croisière dans la Méditerranée, rendit plus diiiicile rapprovisiouueuient de Tannée françiûse. Le roi de Sardaigne eut pourtant la satisfaction de voir le maréchal Dewîns rappelé par sa cour et remplacé par le comte de Beaulieu, oilicier général d'un mérite iocontestable. Quant aux troupes piémontaises, elles demeurèrent sous les ordres de Colli, le seul de tous les commandants envoyés depuis tant de siècles par les alliés de la maison de Savoie, à Toçcasion des guerres entreprises de concert avec celle-ci, (^ui luciitii et qui obtint la couhance des Piémontais. Beaulieu et GoUi, tout
YIGTOR-AMÉDÉE il, 473
en étant indépendants Tun de Tautre, s'entendirent parfaitement sur le plan de la campagne qui allait s'ouvrir* Ils convinrent de couper, à Savone, la ligne de l'armée française en débouchant , comme on l'avait fait Tannée précédente, par les Alpes; mais ils jugèrent prudent d'attendre ponr agir farrivée des renforts allemands et napolitains, c'est-à-dire le commencement d'avril. Ils ônbliaient de compter au nombre des obstacles qu'ils avaient à surmonter l'impétuosité française, et cet oubli causa leur perte.
Le Directoire, mécontent du vieux général Scherer, parce qu'il n'avait pas tiré tout le parti possible de sa victoire de Tannée précédente, l'avait remplacé par Napoléon Bonaparte, qui s'était déjà fait remarquer par la vigueur avec laquelle il avait dirigé Tartillerie pendant le siège de Toulon (179S), et réprimé, à Paris, l'insurrection du 13 vendémaire (1795). Celui-ci arriva dans la rivière à la fin de mars 1 79(5, y trouva l'armée accablée de tristesse et de misère, et la ranima en lui promettant la victoire et le bien-être. Il fit d'abord marcher un corps de trois mille hommes sur Gènes, ce qui décida les généraux autrichiens à hâter leur attaque. Us l'exécutèrent avec succès d'abord; Hiais \ itigL-quatre heures de retard dans les mouvements de d'Àrgenteau permirent aux Français, qui venaient de battre Beaulieu, d'accourir au secoui-s de leurs frères d'armes attaqués par d'Argenteau. Une marche forcée de Masséoa pendant la nuit qui suivit ce premier combat mit les Autrichiens en pleine déroute de ce côté. L' activité de Bonaparte était vraiment mer- * veilleuse. Pendant quatre jours consécutifs il attaqua successivement les deux corps d'armée de Beaulieu et de
d'ÂrgeDteaa, tournant celui-ci, surprenant celui-là, les
éloigijaiit (le plusen plus \\m de l'autre et tous les deux de Farmée sarde, commandée par CollL Bonaparte semblait disposer à son gré des événements : telle était Tinfaillîtilité de sa prévoyance et des mesures qu'il préparait pour les faire tourner à son profit I Les détails de cqs quatre journées ont été racontés ; il me suffit de dire que tout réu&sit à Bonaparte.
Le corps d*armée de Beaulieu, harcelé par des corps ^ détachés de Tannée française et croyant l'avoir tout entièi e à sa poursuite, s'enfuit sans prendre haleine vers le Milanais, entraînant après lui d'Ârgenteau et ses soldats. L'armée piémontaise voyant l'armée ennemie enlrc elle et Beaulieu, et ne recevant aucune nouvelle de celuici, comprit qu'elle aurait à supporter seule le choc du gros de Tarmée française, et songea à prendre une posi-, tion dans laquelle elle eût quelques chances de le soutenir. Golli lui-même, iflàlgré son amitié pour Beaulieu, commençait à le soupçonner d'abandon et de mauvaise foi ; car la précoce de f armée française, qui lui offrait constamment le combat, ne lui permettait pas de partager l'erreur de Beaulieu,qui se croyait poursuivi par elle. Colii savait bien que le corps détaché à la poursuite de Beaulieu était de ijeancoup inférieur à celui que ce général cumuiandait, et il ne pouvait s'expliquer sa fuite prolongée. Ayant atteint le camp de la Bicoque, il s*y élaîL fortement établi en couvrant de sa longue ligue les abords de ^ondovi, lorsqu'il apprit, le 21 avril, à onze heures du soir, que Tennemi, après^voir forcé certain poste à l'une de ses extrémités, l'avait tourné et marchait sur Aiondovi. Dans la nuit même, il abandonna la
VIGTOR-AiiÉUÉE II. 475
Bicoque , puis, grâce à des manœuvres d*uiie habileté et d'une précisiou admirables, gagna Moadovi par des cbemios iDCODnus des Français, et, les ayant aiosi préve^ nus, disposa ses troupes au-devant de la ville, de façon à eu défendre reotrée* Le^ Fraoçais Tattaquèrent aussitôt. Le combat fut long, opiniâtre, et il durait déjà depuis plubieurs heures, sans ((ne personne pût encore en présager le dénouement. Deux colonnes françaises ' gagnèrent par des cbem|qs détournés l'entrée de la vallée sur un point situé en arrière du champ de bataille, et GoUi s'aperçut alors qu'il allait être pris entre deux feux. Il donna aussitôt le signal de la retraite, traversa, à la tète de se^ trou|>es, la ville de Mondovi, et alla s éjablir dans la plaine qui s* étend à gauche de TEllero, de l'autre côlé de la vi le même. On a re[)ioclié à ce général de ^'avoir pas gardé les aboids de la vallée, mais l'heure était venue pour les ennemis de la France de ne plus commettre que des fautes, et des fautes déplorable^. Moadovi capitula et ouvrit ses portes aux vainqueurs, sans que personne songeât ïAme â en faire sortir ti uis bataillons de troupes de ligne qui en composaient la garpi^on et qui demeurèrent prisonniers de guerre, tandis qu'il leur eût été facile de rejoindre l'armée de Golli, campée à si peu de distance.
Cependant 1^^ position occupée* par Golli n'était pas tenable depuis que Mondovi était tombé au pouvoir de l'ennemi. U détacha c|e ses tioupes celles qu'il destinait à former- les garnisons de Ghivasso et de Coni, et lui-njéme se plaça à Fossano entre ces deux forteresses, de façpn à pouvoir encore défendre le passage de la Siura \ mais quelques heures su (Tirent à le
<■/>''.'. >'ryr^ rrr-^-.j. La. S-:~r^ bteskS^'î tri-
ir>^ par l>3;rji»r.-.r. F>«âû» bombudé, et les fr<f«r.i^^ C^^IvaM <î«kniîie5w ân aitee
l:. , étA.>n: p:i^. la Trïûhé occo-
fi^« ^ r^nn^ (naMrsd.-ifi: b'éuût pins qn a <fix lieaes de Tonft. La <»ri^t^ba;îoa se répandit dans la ca^Htale. luf Ut Jt'*fid (U'I^ Ml \u^. (fji- IVraii^trii à sf^s portes, et cet ^nwmif Hàii LouU ,\1V ; am» il avaii alors, pour le défendra pff*jr f'encouraîrer, la grande âme de Vîctor- Aff fériée i", et il aiteodait le prince Eî:::«^ne avec une pfjj«f^fite armée. Le spectacle de finlatigable activité et de rindorript'ibfe hardiesse de son roi rend.iii impoî^sible l'abatte:iif;ut deî» populations. £q 1796, le roi, plus que M*xafçAnaire, ne connaissant ni Tart ni les émotions de ia gii(:nï;, ayant abandoniié à des cbefs étrangers le command<;ment de son armée, ne pouvait que souffrir et périr avec les siens; il était incapable de les soutenir et dn Ifîiir donner rexeinpN* du sang-froid, du courage, dis la confiance. Victor-Amédée il allait devenir la victiirm des événements, mais personne ne songeait à chercher (;n Ini uu sauveur, ni même un appui. Il comprit Tinutilité d'une résistance prolongée dans les condilion.H où ii se troiivait alors, et il prit en conséquence son pai'U.
(lolH reçut Tordre de ne plus s'occuper que de la défense do la capilale. Les troupes laissées en garnison dans les Ibrlen^sses de Coni et de Chivasso devaient (^tro soustraites au sort do la garnison de Mondovi et réunies uu gros do Tarmce. Le roi lui ordonnait aussi dt^ diMuauder h Bonaparte une suspension d'armes, pendant laquollo lui-même enverrait des comitiissaires à
VICTOR-AHËDÊB 11. 477
Gènes pour y débattre les conditions de la paix avec le
niiiiistre de Fraiice résidant en cette ville. \ ictor- Aniédée dépêcha eo même temps un exprès à Beaulieu pour lui exposer sa situation et lui faire connaître sa résolution •de se séparer immédiatement de la coalition s'il n'en recevait à rinstant même des secours efficaces. Celui-ci éprouva, en recevant ce message, un douloureux repentir. Sou premier mouvement fut de reconnaître sa faute et d'essayer de la réparer. 11 partit sans tarder pour rejoindœ Colli avec son armée; mais, arrivé à Nizza (Moatferralj, il apprit la reddition de Cbivasso. Dès lors il jugea la partie irrévocablement perdue, et le Piémont n'en entendit pins parler.
La Providence s'était évidemment déclarée contre cette maison de Savoie qu elle avait soutenue jusque-là avec tant de constance. Celle-ci s'opposait en ce munient au triomphe d'une cause plus importante et plus sacrée même que la nationalité et Findépendance d*un peuple. A travers les succès sanglants et dcsordoimés de la liévolution française, les droits imprescriptibles du genre humain avaient été proclamés, et ils devaient Tètre dans l Europe entière grâce à i ambition démesurée d'un homme. Les intérêts, pour ainsi dire privés, des nations, des classes de la société et des maisons royales, devaient céder le pas à ce grand intérêt de l'espèce humaine. Tout ploya, en effet, devant le jeune ambitieux qui voulait se servir des principes de liberté proclamés par la France, comme d'instruments pour s'élever au-dessus du reste des hommes. Il se trompait pourtant, car c'était au contraire son ambition qui servait d instrument à la
Providence pour porter à l'Eurape entière la bonne nou*
m lliSTOIHË D£ LA MAISON DE SAVOIE.
velle de l'éinaiicipatioii tie la famille humaine. Les évé nemeots successifs Tont prouvé. Napoléon et sa grandeur soudaine se sont évanouis aussi soudainement que les anciennes dynasties avaient disparu devant lui ; mais les principes de la révolution de 89 sont aujourd'hui établis et respectés dans la plupart des États européens, et ceux des gouvernemeuLs de cette partie du inonde qui les re- . poussent encore se savent condamnés à une chute pr(>cbaine. La famille destinée par la Prov idence à réunir sous sou sceptre une nouvelle Italie, est remontée sur son trône après s*6tre retrempée dans le malheur et avoir reçu les leçons de rexpéricnce. Les années qui se sont écoulées depuis 89 ont plus lait pour T éducation des peuples que tous les siècles précédents. L'Italie surtout a appris à juger son passé et à voir dans ses haines et ses jalousies municipales la cause de sa décadence et de sa servitude. Elle a compris que son existence comme nation exigcîait la destruction de ses nationalités provinciales, et qu'elle ne serait Italie qu'au prix de l'autonomie de la Toscane, de la Romagne, de la Lombardie, etc. La famille libéi atrice et la nation impatiente d'être délivrée et de se constituer sont aujourd'hui en présence; elles ont dû se parler et s'entendre, et les premiers pas vers la création de l'ordre de choses décrété de tout temps par l'arbitre suprême des destinées humaines, viennent d'être exécutés avec un ensemble et un. bonheur qui ont étonné le monde entier. L'ouragan que les armées françaises sorties de 93 ont promené sur l'Ëurope entière est oublié maintenant, niais les principes de 89 sont restés, et ils ont développé en Italie ce besoin de nationalité . et d'indépendance qui était nécessaire à sa régénéra-