CHAPITRE VII
Le couvent de Sainte-Cutheriuc-du-Moiit-Sinaï, où fut iustilué le premier Ordre de chevalerie des Lusig-nans.
Le pays que nous décrivons est une presqu'île triangu- La réiiiu>uicsiiiaiti(iiir laire s'avançant dans la mer Rouge, entre le golfe de Suez au couchant et le golfe d'A'Kâbah au levant. Du Sinaï, qui en est le cœur et presque le point culminant, elle tire sa célébrité et son nom de Presqu'île Sinaïtique.
Suez et le fort d'A'Kàbah au nord, le promontoire de Ras Mohammed au sud, marquent les sommets du triangle; leurs distances , qui en sont les côtés , ne diffèrent pas beaucoup Tune de l'autre : 241 kilomètres de Suez au fort d'A'Kâbah, 214 du fort d'A'Kâbah à Ras Mohammed, 299 de ce promontoire à Suez.
Jetant les yeux sur la carte, on voit que la presqu'île a deux parties fort distinctes, séparées par une ligne de montagnes, Djebel et-Tih, qui s'étend de Suez à A'Kàbah en s'avançant en pointe vers le sud. Au nord de cette chaîne est un plateau désert peu accidenté Et-Tih (l'égarement) ; au sud est une contrée presque entièrement couverte de hautes montagnes, nommée Thor (la montagne).
Sur le golfe de Suez les montagnes s'arrêtent généralement à quelque distance de la côte, laissant devant elles une plage assez large. Aux environs de Thor elles restent à 20 kilomètres de la rive, et la plage forme une plaine de
3^6 kilomètres carrés nommée El-Qa'a la plaine . Il n'en est pas de même sur la rive du golfe d'A'Kàbah; les montagnes touchent presque le rivage: on n'y trouve que d'étroites langues de terre et quelques rares oasis de palmiers; la plus importante est celle de Dhahab.
Sou histoire. Saint Denys d'Alexandrie nous apprend que, dans les
deux ou trois premiers siècles de notre ère, beaucoup de chrétiens d'Egvpte se retirèrent dans ces montagnes pour fuir la persécution. Vers la même époque, les vallées les plus sauvages aux environs du Sinaï se peuplèrent de solitaires et de moines; l'empereur Justinien fit bâtir des remparts autour de l'église du Sinaï pour qu'ils eussent un refuge contre les continuelles agressions des barbares indigènes. Du iV' siècle au vu'- siècle, ce fut la période de la domination monastique. Au vii*^ siècle, l'invasion musulmane, venue de l'Arabie, détruisit la plupart des habitations des solitaires, repoussa dans les déserts du nord une partie des anciens habitants et s'assimila le reste. Seul le couvent, protégé par la forteresse de Justinien, put échapper à la dévastation. Sous les nouveaux maîtres du pays, la solitude, la stérilité agrandirent les déserts; comme sous les frimas et les tempêtes de l'hiver, la vie se retira au cœur des vallées les mieux protégées, les plus fertiles. Aujourd'hui la péninsule n'a que quatre mille hommes, tous Bédouins, sans compter les femmes et les enfants, dispersés sur une étendue égale à celle de la Belgique. Ils forment onze tribus, dont quatre habitent le Tih et sept le Thor; elles sont soumises au gouvernement égyptien, mais elles vivent avec une certaine indépendance. La tribu de Djébeliveh a le privilège de garder le couvent et de protéger les religieux; son territoire entoure le monastère; ses trois cents hommes se nomment les protecteurs des moines qui les considèrent comme leurs vassaux.
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