SINAÏTIQUE
Le voyage du Sinaï doit se faire sous la protection des moines grecs du grand couvent de Sainte-Catherine avec les chameliers de la tribu des Djébeliyeh au service du monastère. Aucun Bédouin n'oserait conduire un voyageur dans ces déserts sans être commissionné par le couvent. Les moines sont les princes du pays; leur couvent en est la capitale.
En partant de Suez, avant d^arriver à Toasis de Feiran, i.'oiia.ii Mokaiinii. le voyageur s'arrête à l'ouadi Mokatteb ou Vallée écrite, magnifique plaine, longue de 12 kilomètres, large de 4, superbe place de campement pour les nomades de la contrée. Les parois de rocher, les blocs de grès tombés de la montagne y sont couverts d'inscriptions singulières; leurs traits paraissent faits en martelant le roc avec une pointe de pierre dure. Aux inscriptions sont mêlées des croix de toutes formes, des figures d'hommes et d'animaux. Ce sont là les inscriptions sinaïtiques, formant encore pour les orientalistes un champ d'études en partie inexploré.
L'oasis de Feiran s'étend sur une longueur de 4 à L'oasis do Feii-an ; 5 kilomètres dans une vallée sinueuse et étroite. On y chercherait vainement un gracieux village, des chemins, des enclos réguliers. Ce ne sont que de beaux palmiers entre lesquels se cachent quelques misérables huttes en pierres sèches et de petits Jardins entourés d'épines, où de pauvres Bédouins font pousser un peu de tabac et quelques herbages. Les habitants, une centaine au plus, vivent de quelques misérables troupeaux de chèvres et de moutons et de leurs dattes. Il paraît que les religieux de Sainte-Catherine, anciens propriétaires de l'oasis, ne pouvant défendre leur bien contre les déprédations des Bédouins, résolurent de se les attacher par des bienfaits et leur distribuèrent des parcelles de terrain. Aujourd'hui, la plupart des Bédouins tiennent à posséder quelques palmiers à Feiran. Au temps de la maturité, ils
ses dattes.
viennent y cueillir leurs dattes, qui ont une ve'ritable réputation. Les Bédouins pétrissent ces fruits et en font des petits saucissons couverts de peau de gazelle qu'on vend au Caire comme friandises.
On identifie Toasis de Feiran avec la station des Hébreux à Raphidim. La montagne où priait Moïse pendant que Josué combattait les Amalécites est le Djebel ct-Tahouneh, la seule montagne qui doniine le passage. La tradition veut que réglise existante ait son autel sur les pierres qui soutenaient Moïse durant sa prière. Cette église, ornée de pilastres en grès rouge, de style grec, fut élevée sur les ruines d'une plus vaste église à trois nefs. Pharan ou Feiran avait pris de l'importance dans les premiers siècles de notre ère. La colonie cénobitique qui s'y forma fut administrée, plus tard, par un évêque. Les premiers titulaires dont le nom nous soit parvenu, furent le moine Aretas et Tévêque Macaire. Les moines, exposés aux déprédations des tribus indigènes, se transportèrent peu à peu dans les ravins du mont Sinaï. protégés par la forteresse de Justinien, devenue plus tard le couvent de Sainte-Catherine L'évéque de Pharan ne tarda pas à se retirer lui-même dans la forteresse et prit, dès lors, le titre d'évéque du Sinaï. A partir de cette époque, Pharan ne fit que décroître. La ville, l'église principale, la résidence de l'évéque étaient sur la colline de Maharrad. LVm|.(>reur .lusiinion La distaucc de Fcirau au Sinaï est de 49 kilomètres. Le
raiiiiàiiiiooomorii. couveut dc Saintc-Cathcrine est bâti, suivant la tradition,
sur le lieu même où Dieu parla à Moïse du milieu du Buisson ardent. Justinien éleva, en 527, Tenceinte fortifiée pour protéger l'église et les religieux contre les tribus barbares de la contrée. Une inscription arabe du xn*" ou xin*" siècle plaquée sur la muraille, près de l'entrée, en conserve la mémoire.
« Le pieux roi Justinien. de l'Eglise grecque, dans
l'attente du secours de Dieu et dans Tespoir des divines promesses , a bâti le couvent du mont Sina et Péglise de la montagne du Colloque à son éternelle mémoire et à celle de son épouse Théodora, afin que la terre et tous ses habitants deviennent l'héritage de Dieu, car le Seigneur est le meilleur des maîtres. Il acheva la construction à la fin de la trentième année de son règne et donna au couvent un supérieur nommé Dhoulas. Cela eut lieu Pan 6021 après Adam, la cinq cent vingt-septième année de l'ère du Christ Notre-Seigneur. »
Durant l'invasion musulmane, les religieux, protégés par Ledit de Mahomet. un édit de Mahomet, échappèrent aux massacres et aux violences des nouveaux sectaires. L'original de l'édit était écrit sur une peau de gazelle et signé du prophète par l'empreinte de deux doigts de sa main. Il fut porté à Constantinople par le sultan Sélim, après la conquête de l'Egypte, et placé dans le trésor du grand-seigneur. Les religieux reçurent en échange une copie munie du sceau de Sélim. Mais cette pièce elle-même a disparu; le couvent ne possède plus, aujourd'hui, qu'une transcription de seconde main, conservée au Caire dans les archives de Tarchevêché. En voici la traduction :
« Mohammed ben Abdallah a rendu cet édit pour tout le monde en général. Si un prêtre ou un ermite se retire dans une montagne, grotte, plaine, désert, ville, village ou église, je serai derrière lui comme son protecteur contre tout ennemi, moi-même en personne, mes forces et mes sujets. Puisque ces prêtres sont mes rayas, j'éviterai de leur faire aucun dommage. On ne doit prendre d'eux que des contributions volontaires, sans les y contraindre. Il n'est pas permis de changer un évéque de son éveché, ni un prêtre de sa religion, ni un ermite de son ermitage; aucun des objets de leurs églises ne doit entrer dans la construction des mosquées, pas
Les religicuv protégés par la Sublime- Porlc et la Russie.
Noms donnés an couvent.
Descriplion du couvent.
même dans les habitations des musulmans. Celui qui ne se conformerait pas à ceci, contrarierait la loi de Dieu et celle de son prophète. Les chrétiens seront aidés à conserver leurs églises et leurs maisons, ce qui les aidera à conserver leur religion; ils ne seront point obligés de porter les armes; mais les musulmans les porteront pour eux, et ils ne désobéiront pas à cette ordonnance jusqu'à la fin de ce monde.
» Cet édit a été écrit de la main d'Aby Tabb, le 3 moharam, Tan 2 de l'hégire, et de Jésus-Christ le i^"" août 622; il est signé par le prophète lui-même. Heureux celui qui fera et malheureux celui qui ne fera pas selon son contenu. )
Les maîtres de TÉgypte n'ont pas cessé de montrer aux religieux du mont Sinaï une spéciale bienveillance, et les sultans de Constantinople, à leur avènement au trône, leur envoient des lettres de protection en souvenir de l'édit de Mahomet, par reconnaissance du bien qu'ils font aux tribus de la péninsule et aussi pour la vénération que les musulmans eux-mêmes portent aux saints lieux dont ces religieux ont la garde. Ils jouissent, en outre, de la protection particulière et active de la Russie.
Le monastère porta successivement trois noms. Au commencement du ix'^ siècle, on l'appelait couvent Sainte- Marie, en souvenir du Buisson ardent qui figurait la virginité de Marie conservée dans la conception du Verbe divin. Dans les siècles suivants, on l'appela le monastère de la Transfiguration, du vocable de sa grande église consacrée à ce mystère. Mais la dévotion spéciale des moines et des Russes à Tillustre martyre dont ce monastère garde les reliques apportées par les anges sur un sommet voisin, a fait prévaloir le nom de couvent Sainte-Catherine.
Le couvent est situé au coté ouest de la vallée, sur le sol incliné qui monte à la base des grands rochers du Sinaï. Son
enceinte forme un carré irrégulier de 80 mètres de long sur 70 de large. Les énormes murailles, flanquées de tours, sont, en plusieurs endroits, soutenues par des contreforts inclinés, en blocs de granit rouge, sans mortier. Les meurtrières au sommet lui conservent l'aspect d'une puissante forteresse des anciens temps, malgré les masures que les moines ont élevées en plusieurs points sur la crête des murailles, et les petites fenêtres qu'ils ont percées çà et là dans les parties hautes. Le couvent renferme vingt-deux chapelles distribuées aux différents étages, dont la plus grande est celle de Saint-Michel; elles ne servent qu'au jour de la fête du saint auquel elles sont dédiées.
A voir la facture peu uniforme des murailles et les sculptures dont les ouvriers les ont parsemées, on reconnaît qu'elles furent refaites par morceaux à des époques différentes. On y rencontre, taillées en saillie sur le granit, des croix de toutes les formes usitées en divers pays. On montre une portion des murailles rebâties par le général Kléber au temps de l'expédition française en Egypte. Vu de la galerie élevée sur laquelle s'ouvrent les chambres des étrangers, le monastère se présente comme un ancien village fortifié , un castellum du moyen âge, avec ses rues tortueuses, ses impasses , ses passages couverts , ses petites places sans symétrie, ses vieux canons de fer rouillé au sommet des murs d'enceinte. Les petites maisons des moines, les magasins, les bâtiments de service sont placés sans ordre; tout est assez mal construit , le plus souvent couvert d'un simple enduit de terre glaise et dans un état de vétusté voisin du délabrement.
Seule la grande église, située au milieu de l'enceinte. L'église de la
paraît solide et bien entretenue. Son bel escalier, sa façade propre, son toit neuf en zinc, son riche campanile italien
Transfi^uralioii.
de construction récente réjouissent l'œil du pèlerin. La basilique de la Transfiguration, élevée sur l'emplacement du Buisson ardent, est l'un des plus vénérables sanctuaires du monde. Séparée de toutes les autres constructions, elle les domine toutes; on sent que le couvent tout entier est pour elle; aussi bien les moines la gardent-ils avec un soin Jaloux.
De grandes lettres grecques gravées sur le devant des marches donnent par leur ensemble le nom du supérieur qui l'a fait construire, Jakobos. En face de l'escalier, entre la façade et le mur d'enceinte, on montre le puits de la rencontre de Moïse avec les filles de Jéthro. La même source alimente à l'extérieur du monastère un réservoir souterrain où les habitants du voisinage viennent puiser une eau excellente. Avant de pénétrer dans l'église, on traverse un vestibule fermé, un nartex^ occupant toute la largeur de l'édifice. On admire la splendide porte de l'église. Dans ses immenses vantaux de 2"^5o de large et de 4 à 5 mètres de haut, pas un espace qui ne soit couvert de riches ornements de bronze, ou d'émaux d'une incomparable richesse. A gauche de la porte s'élève un superbe bénitier : trois vasques de marbre blanc, superposées et ornées de colombes d'argent en gargouilles, sont destinées à recevoir l'eau sainte. Elle est imposante, la basilique de Justinien, avec ses puissantes colonnes aux riches chapiteaux, son pavé de marbres de couleur et de porphyre sinaïtique, son abside couverte de mosaïques, son plafond à poutres dorées à panneaux vert et or, ses quarante lampes d'argent, ses dix grands lustres, ses tapis et ses nombreux ornements. La nef du milieu, plus élevée que les nefs latérales, est portée par douze colonnes, image des apôtres soutenant l'Eglise de Dieu. Le chœur est fermé par un riche iconostase de bois doré, chargé de tableaux moscovites.
La mosaïque du pourtour de l'abside représente la
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Transfiguration du Sauveur, antique vocable de Téglise. Sur la voûte qui couvre l'abside, on voit au milieu le Buisson ardent, à droite Moïse ôtant sa chaussure, à gauche Moïse portant les Tables de la loi, et au fond du tableau la montagne du Sinaï. Plus haut sont deux anges et deux médaillons; ceux-ci représentent, dit-on, Justinien et son épouse Théodora. Le ciboriiim de Tautel plaqué d'écaillé avec incrustations de nacre, exécuté en 1682 sous l'archevêque Joanichios, le trône archiépiscopal, deux lions de bronze soutenant des candélabres à l'entrée du chœur, et quantité de tableaux et d'images attirent l'attention du visiteur. Mais le trésor dont les religieux sont justement fiers, qui leur conserve les vives sympathies de la Russie, attire les pèlerins et les offrandes du grand empire du nord, ce sont les restes précieux de sainte Catherine, vierge, philosophe et martyre d'Alexandrie.
Sainte Catherine était de sang royal; elle avait un si sainte caiheHne.
beau talent qu'à 1 âge de dix-huit ans elle confondit une assemblée de philosophes païens avec lesquels Maximin II l'obligea de disputer. Les actes de la sainte ajoutent qu'elle fut attachée sur une roue garnie de pointes aiguës, mais que les cordes se brisèrent miraculeusement, en sorte que la sainte fut délivrée; mais elle fut condamnée à être décapitée. Son corps fut porté par les anges sur le mont Sina en Arabie, disent le martyrologe et le bréviaire romains. C'était en l'année 287. Les chrétiens avaient cherché son corps, sans pouvoir le trouver, et, pendant trois siècles, personne ne savait ce qu'il était devenu. Mais Dieu fit connaître au supérieur du monastère du Sinaï qu'un trésor précieux pour TÉglise entière était caché dans les montagnes voisines et qu'il eût à le chercher avec ses religieux. Voici la légende de cette découverte :
La découverte „ Partis à la découverte du corps de sainte Catherine,
ilu Corps de la sainte.
les religieux du Sinaï rencontrèrent dans une caverne tort élevée un vieillard inconnu qui leur dit : « Et moi aussi, j'ai » été plusieurs fois averti de chercher ce trésor de TEglise de » Dieu ; mais j'ai craint que ce ne fût un artifice du démon » pour me faire sortir de ma retraite. En votre compagnie, je » ne crains rien. Allons sur cette haute montagne où j'ai vu » souvent briller une lumière; elle doit avoir au sommet » quelque chose de divin, »
» Il leur montrait le plus haut pic de la péninsule, le Djebel Katherin, situé à peu de distance du Sinaï. Les religieux avaient toujours considéré cette montagne comme inaccessible. Ils parvinrent cependant, avec beaucoup d'efforts, à gravir le sommet, et ils y trouvèrent le corps d'une vierge sans corruption, déposé dans un creux de rocher. Nul doute que ce ne lut le trésor promis. Ils se mirent en prière, remerciant Dieu et lui demandant de leur manifester le nom et les mérites de la sainte. Et voici que, pendant leur prière, un autre vieux solitaire arrive en gravissant les rochers : « Mes » frères, leur dit-il, le Seigneur m'envoie vous dire le nom, » les mérites et la gloire de cette vierge, comment les anges « l'ont transportée ici et l'ont gardée jusqu'à ce jour. « Puis il leur ordonna de transporter le saint corps dans leur monastère de Sainte-Marie au Buisson ardent. « Car, ajouta-t-il, )) on viendra des extrémités de la terre vénérer ce précieux » dépôt. » Il baisa dévotement le corps et, descendant rapidement la montagne, disparut pour toujours. » Lo tombeau et les Lc toiiibeau de la sainte se trouve à l'extrémité de
reliques de la sainte. Pabsidc ; c'cst uu sarcophagc de marbre blanc orné de basreliefs. Les ossements sont renfermés dans deux reliquaires de métal doré : l'un contient la tète de sainte Catherine, brune et sans cheveux, l'autre une main encore couverte
Calliorini?.
d'une peau sombre et ridée. Les autres parties du corps ont été cédées dans la suite des siècles à d'illustres bienfaiteurs du couvent ou envoyées en Russie. Au ix" siècle, le moine Siméon, venu à Rouen pour recevoir Taumône annuelle du duc Richard de Normandie, lui laissa d'insignes reliques de sainte Catherine. Le père de Henri V, comte de Champagne, reçut au Sinaï une main de la sainte et en fit présent à Téglise de Saint-Jean-de-Vertus, dans la Marne.
Le père gardien du corps saint offre aux pèlerins une Les ha-uos i\c sainuboule de coton et une bague argentée qui ont touché les reliques insignes. Ces bagues, fort recherchées en Russie, portent sur le chaton le monogramme du couvent où Ton peut lire Aikateria^ nom de la sainte chez les Grecs.
La chapelle du Buisson ardent se trouve derrière l'abside de la basilique; c'est un petit édifice demi-circulaire, éclairé par quelques lampes. Des tapis persans couvrent le sol, des faïences peintes ornent les parois. L'autel , qui marque l'endroit précis de l'apparition, est situé contre le mur au fond du demi-cercle. Sous la table de marbre, portée par deux coionnettes , pendent trois lampes constamment allumées , éclairant une plaque d'argent ornée de croix que baisent les pèlerins.
Derrière cette antique chapelle , les religieux montrent une vieille ronce du genre rubiis , cultivée avec soin. Les pèlerins russes n'oublient pas de prendre quelques-unes de ses feuilles qu'ils conservent comme une relique.
Au temps où les moines ne pouvaient se montrer en dehors de leurs murailles sans s'exposer aux mauvais traitements des Bédouins, on se rendait du couvent au jardin par un souterrain creusé dans l'intervalle des deux clôtures. Avec ses plantations d'oliviers et d'arbres fruitiers de toute espèce, sa fraîcheur entretenue par des eaux abondantes, le jardin
apparaît comme une petite oasis enchâsse'e entre les plus sombres rochers.
Le cimetière est au milieu du Jardin. Sa chapelle blanche , nouvellement reconstruite , entourée de hauts cvprès, est dédiée à saint Tryphon, religieux élevé sur le siège patriarcal de Constantinople et retourné au monastère pour y finir ses jours. Tout à côté, sont les deux grands caveaux servant d'ossuaires.
La salle de la bibliothèque, d'une centaine de mètres carrés, contient des livres de prières à jolies enluminures, un psautier complet écrit en caractères microscopiques sur six petits feuillets, les portraits des anciens archevêques et de nombreux manuscrits grecs, arabes et syriaques. La fameuse bible sinaïtique, transportée à Saint-Pétersbourg en iSSq, remonterait à l'an 400 de notre ère.
A 55o mètres au-dessus du couvent se trouve la grotte du prophète Elle, enchâssée dans deux petites chapelles jointes l'une à l'autre, la chapelle d'Elie et celle de Moïse; elles sont elles-mêmes entourées d'un pauvre jardin au milieu duquel s'élève un magnifique cyprès.
Le mont sinaî. Le petit platcau terminal, le vrai sommet du Sinaï où
Dieu donna les Tables de la loi à Moïse, est à i5o mètres audessus de la chapelle d'Elie, c'est-à-dire à 2,244 mètres d'altitude; le couvent lui-même a une altitude de 1,528 mètres. Sur ce plateau célèbre se trouve une chapelle, sorte de salle de 9"'5o sur 3°' 25, blanchie à la chaux, avec plafond en planches. Une draperie haute d'un mètre court le long des murs; des mouchoirs de couleur, des châles offerts par des pèlerins russes pendent aux murailles. Les fondements de divers édifices détruits montrent que bien des sanctuaires différents se sont succédé en ce lieu.
En allant visiter le Djebel Katherin. qui garda pendant
trois siècles le corpsdc sainte Catherine, on s'arrête au couvent des Quarante-Martyrs, ou Deïr el-Arbaïn. Le monastère est désert depuis un siècle; de temps à autre quelques religieux du grand couvent s'y rendent pour surveiller la propriété ou recevoir les pèlerins. L'église et le couvent sont dédiés à quarante solitaires de ces montagnes, mis à mort par les barbares au temps de Dioclétien.
Au sommet du Djebel Katherin, la plate-forme a seulement quelques mètres de large, et la petite chapelle en pierres sèches de Sainte-Catherine en occupe la moitié. Quelques inégalités de rocher autour de la chapelle passent pour l'empreinte du corps de la sainte qui y séjourna trois siècles; c'est le sommet le plus élevé de la péninsule, il a 2,602 mètres d'altitude.
Les religieux du Sinaï furent l'objet de la paternelle Les religieux .u. sinaï. sollicitude des papes, tant qu'ils vécurent dans la foi catholique. Parmi les lettres de saint Grégoire le Grand (590-604), il en est une adressée à Jean, abbé du mont Sina, où le pontife se recommande aux prières des moines et mande à l'abbé qu'il lui envoie des meubles pour un hôpital qu'un étranger avait fait bâtir aux environs. En souvenir des bienfaits du saint pape, les religieux célébraient chaque année sa fête avec grande solennité, comme le rapporte Rudolphe dans son récit du pèlerinage de i336 à 1341. Honorius III, par une bulle du 6 août 1218, étendue le 20 janvier 1226, confirma l'abbé du Sinaï et l'évêque Simon dans la possession du mont Sina, du couvent situé au pied de la montagne de Roboé, Raythou (Thor) avec ses plantations de palmiers et d'autres terres, églises, maisons, hôpitaux situés au Caire, à Alexandrie , Jérusalem, Antioche , etc. Dans plusieurs autres documents, le même pontife prend la défense de l'évêque du Sinaï et des religieux contre l'archevêque de Crète et son chapitre.
Parmi les derniers actes pontificaux, où l'on constate l'union des religieux du Sinaï avec Rome, est une lettre d'Innocent VI, du i6 décembre 1260, adressée aux frères et à l'évêque du Sinaï, dans laquelle le pontife confirme la règle et les possessions du monastère.
Les religieux suivent la règle de saint Basile et appartiennent à la congrégation sinaïtique dont l'antique souche, plantée au pied du Sinaï, étend ses branches sur plusieurs contrées de l'Orient. L'autorité suprême appartient à l'archevêque élu par les moines; sa résidence est au Caire. Cet archevêque grec, comme ceux de Moscou, de Chypre et d'Ockrida, en Roumélie, est indépendant. Le représentant de l'archevêque est choisi parmi les religieux du couvent. Ceux-ci ne sont pas nombreux : six prêtres, quatre diacres et vingt frères forment toute la communauté. Ils étaient le même nombre, trente, en 1480, et dans les premières années du ix^ siècle. Mais à d'autres époques leur nombre s'élevait à deux cents et trois cents. Les revenus du monastère proviennent principalement des terres qu'il possède dans les îles de Crète, de Chypre et dans les provinces danubiennes. Les cellules, le mobilier, les vêtements des religieux, leur nourriture, tout a la couleur de la simplicité. Ils ne boivent jamais de vin, ne mangent point de viande et n'en laissent jamais entrer dans le couvent. Toutes les nuits, à une heure et demie, ils chantent l'office divin. En dehors du temps de la prière, les religieux travaillent : les uns s'occupent du jardin ou se livrent à divers métiers, les autres s'emploient à la distillerie où l'on fait une eau-de-vie de dattes excellente; tous prennent soin de l'église qui est tenue avec un soin digne d'éloges.
L'Ordre de Sainie- Tels sont la contrée et le monastère que Robert de
Catherine: son passé. ■, . ... -ti.i-
, „ , .^, , Lusignan visitait en io(j3 a la tête des leunes seigneurs
Sun pie^eui. ~ / o
français. Emu de l'abandon dans lequel se trouvaient les religieux et les pèlerins à cette époque, il fonda en ce lieu célèbre des chevaliers qui se dévouèrent à la garde du tombeau de sainte Catherine et au soulagement des malades. C'était, avons-nous dit dans le cours de l'ouvrage, la première action éclatante des Lusignans qui allaient s'établir en Palestine. Cette création , qui rendait de grands services aux pèlerins du Sinaï, fut religieusement conservée par les rois de Chypre. Mais les institutions humaines n'ont qu'un temps. Après la conquête des Turcs, TOrdre fut privé de ses biens et dès lors il perdit son éclat. Néanmoins, il se perpétua longtemps encore, car, en l'absence des grands-maitres, les abbés du monastère consacraient eux-mêmes les chevaliers. Le fait est mentionné par le savant Jésuite André Mendo dans son Traité sur les Ordres chevaleresques ^ publié à Paris en 1671.
Rammelsberg, dans sa Description de tous les Ordres chevaleresques religieux et civils existant encore aujourd'hui en Europe (Francfort-sur-l'Oder, 1743), nous fournit ce passage : « Les Ordres ne se confèrent plus en dehors à cause des Turcs ; cependant les pèlerins qui visitent la montagne sont sacrés chevaliers sur la tombe de sainte Catherine par les moines en chef du couvent. » (Traduit de l'allemand.)
Cette usurpation, faite dans un but louable, n'existe plus aujourd'hui.
Cibrario, dans son livre : Descri\ione storica degli Ordini cavalereschi, mentionne, parmi les derniers dignitaires de l'Ordre, Aubray, baron de Bruyères.
L'Ordre de Sainte-Catherine-du-Mont-Sinaï ne devait pas rester dans l'oubli ; son souvenir, toujours vivant au couvent de la sainte, devait renaître au grand Jour un siècle après.
Le descendant direct des rois de Chypre, le prince royal Guy de Lusignan, reprenant la maîtrise de ses ancêtres, réinstituait cet Ordre le i''*' mai 1891. Autrefois les dignitaires portaient sur le manteau, du côté gauche, par-dessus la croix d'or de Jérusalem, une roue percée à six raies de gueule, clouée d'argent. Aujourd'hui, l'insigne des chevaliers est une croix de Malte à huit pointes, émaillée de blanc, cantonnée de quatre croisettes de Jérusalem en or. Sur la croix est appliquée une roue à dents, en émail rouge, traversée par une épée ensanglantée. Au centre de la roue se trouve Técusson des Lusignans. La croix est surmontée de la couronne royale; son ruban est rouge avec deux liserés, l'un noir, l'autre bleu, sur chaque bord.
Son Altesse Royale a voulu rattacher le présent au passé en payant une dette d'honneur à Tillustre Français qui implanta sa royale dvnastie en Orient. Tous les chevaliers de Sainte-Catherine partagent ses nobles sentiments, tous les cœurs généreux l'applaudissent et l'histoire lui en sera reconnaissante.