‹ Histoire de la maison royale de LusignanChapitre 3 sur 29 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Jean lie Brionnc et l'empereur Frédéric. — Les descendants do Lusignan. — Les Lusignans, rois d'Arménie. — La répul)li(iuc de Venise. — Les Turcs s'emparent de Chypre. — Etienne de Lusignan.

Guy de Lusignan avait eu quatre fils de la reine Sibylle; ils étaient morts au siège de Saint-Jean d'Acre en combattant les infidèles, l'an i 189, peu de temps avant leur mère. Ce fut son frère Amaury qui lui succéda dans le royaume de Chypre. Celui-ci, en souvenir de son illustre frère et à cause de sa bravoure personnelle, fut élu par les croisés roi de Jérusalem à la place du comte de Champagne. Mais il mourut à Saint- Jean-d'Acre le i*^' avril i2o5, et eut pour successeur Jean de Brienne, son proche parent. Ce dernier garda le royaume de Jérusalem et remit en 1210 la couronne de Chypre à son jeune fils Hugues V".

Jean de Brienne étant venu en Europe pour demander des secours contre les infidèles, donna sa fille en mariage à Erédéric, empereur d'Allemagne. Celui-ci songe aussitôt à recouvrer la Terre sainte qu'il regarde comme son domaine; il dépouille même son beau-père du titre de roi de Jérusalem. Jean de Brienne indigné se réfugie à Rome, où il devient gouverneur de TEtat Ecclésiastique.

Frédéric, quoique excommunié, s'occupe néanmoins de la guerre sainte et vient aborder avec son armée au port d'Acre,

Amaury succède à Guv.

Jean de Brienne el Tempercur Frédéric.

le 7 septembre 1226. Le patriarche de Jérusalem et les chevaliers des trois ordres de la ville refusent de lui obéir, fieureusement pour l'empereur, Conradin, le plus dangereux ennemi des chrétiens, venait de mourir et Mélédin,quile remplaça, n'aimait pas la guerre, Frédéric lui envoie des ambassadeurs avec des présents et lui offre la paix s'il veut lui rendre le royaume de Jérusalem. Mélédin consent à lui remettre cette ville mais dans de telles conditions que les chrétiens n'acceptent point. Cependant Frédéric fait son entrée dans la ville et vient en habits royaux à Téglise du Saint- Sépulcre, accompagné du peuple et de la noblesse; mais il ne trouve pas un évéque pour lui donner la couronne, qu'il est obligé de prendre lui-même sur Tautel. Le lendemain, il retournait à Saint-Jean-d'Acre. Il fut le dernier prince d'Europe qui parut dans la ville sainte comme souverain. Pendant ce temps, Jean de Brienne combattait victorieusement dans le royaume de Naples, pour la cause du pape contre l'empereur excommunié, dont les lieutenants avaient fait venir de Sicile une bande de sarrasins qui exerçaient des cruautés inouies. Frédéric, ayant connaissance de ces faits, s'empressa de conclure avec Mélédin une trêve de dix ans et retourna en Europe. En arrivant il reconnut ses torts, fit sa soumission au pape Grégoire IX et reçut l'absolution de ses censures. Jean de Brienne qui était passé en France, fut appelé bientôt après à l'empire de Constantinople. Sa fille fut fiancée au jeune Baudouin, frère de l'empereur Robert de Courtenai, mort en 122S, et lui-même fut couronné empereur. Il mourut neuf ans après, le 23 mars 1237. Son histoire fut publiée à Paris en 1727.

Les descendants de Lcs descendants de Lusignanse maintinrent dans la

Lusignan. possessiou souvcrainc de l'île de Chypre avec le titre de rois

de Jérusalem. Ils étaient couronnés à Famagosta, dans l'église

de Saint-Nicolas, par rcvcquc arménien de Chypre (i).

Ils eurent constamment à lutter contre les Turcs, sur lesquels ils reconquirent Jérusalem, mais ce fut d'une manière éphémère. Les infidèles finirent par leur enlever la ville sainte en 1324, après avoir essuyé de sant^lantes représailles de la part de Henri II et de Pierre I*-'' de Lusignan. Le premier était petit-Hls de Hugues P^ Son père Henri P"' de Lusignan avait été fait prisonnier avec saint Louis et délivré à la mort de ce prince. Après Henri II qui se distingua vaillamment, quatre monarques se succèdent à Chypre, avant d'arriver à Pierre I" : ce sont Hugues HI qui fut un littérateur (2), Jean I*^' son fils, Henri HI et Hugues IV.

Le premier, Hugues III, surnommé le Grand, fils de Henri II, prince d'Antioche, et d'Isabelle, seconde fille du roi Hugues V% se fit couronner à Tyr, le 24 décembre 1269, comme roi de Jérusalem, malgré les prétentions de Marie d'Antioche, sa cousine.

Cette princesse céda en 1277 à Charles Lf d'Anjou, roi de Naples et de Sicile, ses prétendus droits sur Jérusalem; ce qui explique comment ce titre fut transmis à plusieurs Maisons souveraines d'Europe.

Pierre I"^"", fils et successeur de Hugues IV, avait juré, piorroi^eirArménic comme ses prédécesseurs, une haine implacable aux musul- La mort de Léon a ,

roi d'Arménie.

mans. A peine monté sur le trône, il se signale par de nombreux exploits, la fortune l'accompagne partout. Il s'empare de Smyrne, prend et brûle la ville d'Alexandrie, vient en triomphateur au mont Sinaï faire son pèlerinage à sainte Catherine, où il confirme les droits et privilèges de ses chevaliers, ravage les côtes de Syrie, conclut une paix avantageuse

(1) Le sacre des rois de Clupre se lit également à Nicosie, dans l'église de Suiale- Sophie.

(2) Saint Thomas d'Aquin lui dédia son livre : De Rcgiminc Principiim.

avec le sultan d'Egypte et reconstitue le royaume d'Arménie, auquel il impose comme souverain un membre de sa famille. Le dernier roi d'Arménie Léon V, ou selon les autres Léon VI de Lusignan fi;, mort à Paris le 29 novembre iSgS, repose à

Tombeau du roi d'Arménie, Léon V de Lusignan.

Saint-Denis à côté des rois de France. Il habitait le palais des Tournelles, rue Saint-Antoine, vis-à-vis Thôtel de Saint-Paul, où les rois de France avaient leur résidence ordinaire.

N'avant point d'héritiers directs, ce monarque avait légué à ses parents, les Lusignans de Chypre, ses droits sur le royaume d'Arménie. Sa dernière pensée, son vœu suprême,

II) Sa mùi-e était une princesse arménienne, et sa femme, la reine Marie, était cousine de Louis T"', roi de Hongrie, cl nièce de Pliilippe de Tarenle, empereur titulaire de Constanlinople.

Jacquos I" sacré roi irAiniéiiii',

fut de voir ses héritiers se dévouer à la cause arménienne et prote'ger toujours cette intéressante nation. Ses descendants n'ont jamais failli à leur promesse.

A Pierre I'""", avaient succédé Pierre II, Jacques I''^ Un mémorialou note historique (i), qui fait partie d'un manuscrit arménien de cette époque, nous apprend qu'en 1394, dans Tannée qui suivit la mort de Léon V, et aussitôt que la nouvelle en fut parvenue au delà des mers, Jacques I"^"", roi de Chypre, se fit sacrer roi d'Arménie et fut reconnu en cette qualité par les populations de la Cilicic.

Dès lors, Jacques ajouta à ses titres de roi de Jérusalem Jacques ci ses succoset de Chypre celui d'Arménie. Ses descendants s'attachèrent à ^f"'"'' p'""""''"^ '°

litre (le rois de Jéru-

conserver ce x'nvo. Aq rois de Jérusalem, de Chypre et d'Ar- saiem, de Chypre oi inénie, et maintinrent à leur cour quelques-unes des grandes •' Annetno. charges du royaume dont ils étaient les légitimes héritiers, pourvues de riches dotations (2).

Ainsi, immédiatement après la mort du roi d'Arménie, sa couronne fut décernée d'une voix unanime à ses collatéraux, les Lusignans de Chypre, et, le 1 1 novembre 1 399, l'archevêque de Tarse, Mgr Mathieu, sacra roi d'Arménie son successeur, Jean II. Ainsi le drapeau des Lusignans : blanc, bleu, rouge, jaune, contenait aussi les couleurs d'Arménie : rouge, bleu et jaune.

Sous Jean II et sous son successeur Jean III, la république de Gênes envoyait des troupes aux princes chrétiens qui combattaient les infidèles.

Sous prétexte de prêter main-forte au roi de Chvpre, elle avait fini par s'implanter dans son royaume et par s'emparer

La république de Gi"'nes.

{[) Mi'morinl d'un Ernnr/ile nrménien, mannscr'û api)arleiian( aujounriuii au couvent patriarcal de Sis, l'ancienne capitale do la Cilicio.

(2) Cnlh'ction ilei ffistorii'nfi îles Croisa/lus. (locumcnls arméniens, l. I, pp. 736-737.

de A'eniso Catherine Cornarn.

mtme de la capitale. En 1458, la princesse Charlotte avait succédé comme reine de Chypre à son frère Jean III de Lusignan. Un fils naturel de celui-ci, Jacques II de Lusignan, conquit Tile sur la reine Charlotte et reprit aux Génois la ville de Famagosta.

La répuiiiique Ce princc, plciu dc volonté, sc préparait un règuc gloricux,

lorsque la république de Venise lui fit proposer en mariage la fille du sénateur Cornaro qui possédait de vastes domaines dansTilc de Chvpre. Jacques II prévoyant la pression qu'allait exercer sur lui la florissante république, éluda longtemps cette proposition. Enfin, trop faible pour lutter contre la cité des doges, il épousa Catherine Cornaro. Dès lors Venise le considéra comme vassal et lui dicta sa conduite. L'insurrection qui suivit sa mort, survenue après un accident de chasse, fit tomber le pouvoir entre les mains des Vénitiens, l'an 1473. Son fils posthume, Jacques III, proclamé roi dès sa naissance, mourutdeux ans après, empoisonnéparordrede la république. Sa mère, Catherine Cornaro, voulut faire valoir ses droits sur le rovaume ; mais Venise triompha d'une femme isolée et sans défense; elle fut conduite et gardée à Venise, l'an 1485. La république lui donna à titre de dédommagement la principauté et le château d'Asolo, dans le Trévisan, avec un revenu de huit mille ducats. Cette nouvelle cour acquit quelque célébrité par les dialogues du cardinal Pierre Bembo, intitulés : Gli Asolani.

Cependant Jacques II avait ordonné par testament qu'en cas d'extinction de la branche directe, la couronne passât à ses collatéraux; mais Venise, se préoccupant peu de ce testament, conserva cette couronne. La république vénitienne permit aux Lusignans de résider en Ch} pre, de garder leur titre de rois et tous leurs doniaines, dont un inventaire qui se trouve dans la bibliothèque de Venise, fut dressé avec soin

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par les conquérants, à condition expresse qu'ils se tiendraient éloignés de toute politique.

La domination vénitienne lui à Chypre de courte durée. lc' tu^s scmpaicnt

(le Clivprc.

En 1570, les Turcs, commandés par Sélim II, s'emparèrent de Tile I . Les Turcs ont gardé cette conquête Jusqu'au 4 juin 1878, époque où, par une convention spéciale, elle a passé à TAngleterre : de sorte que ce royaume qui a été illustré par les Lusignans, conquis d'abord par un roi d'Angleterre, est retombé six cent quatre-vingt-six ans après au pouvoir des Anglais.

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