LES PRINCES DE LUSIGNAN
Que n'ai-jc le talent du prince des poètes,
Pour retracer ici les vertus, les hauts laits,
De CCS preux chevaliers, de ces vaillants athlètes,
Dont dix siècles déjà rappellent les bienfaits?
Lusignan ! ce nom seul qui dit honneur et gloire,
A produit des héros, des sires et des rois;
Chypre, Jérusalem conservent la mémoire
Des jours pleins de splendeur où Ilorissaient leurs lois.
Rois de Jérusalem, de Chypre, d'Arménie,
Et seigneurs tout-puissants de Lezai, de Marais,
De Saint-Valérien, de Valence, de Die,
Comtes d'Eu, d'Angoulème et puis de Saint-Gelais,
Aux côtés de Louis on les vit aux croisades
Verser leur noble sang pour défendre la croix.
Mêlant leurs chants de guerre aux joyeuses ballades
Que, des bardes Gaulois, lançaient les mâles voix.
(1) sélim III ayant chassé les Yéniliciis, traita les fils des anciens rois avec une bienveillance marquée.
Il laudrait un poème, il faudrait un volume,
Afin d'énunicrer tous les illustres noms
De ces seigneurs d'épéc, et de robe et de plume.
Qui se sont prodigués et par vaux et par monts.
Mais, pourquoi rappeler de nobles infortunes?
Qu'ils reposent en paix au fond de leurs tombeaux,
Ces guerriers dont, des cours, les haines trop communes,
N'ont pu, des verts lauriers, dessécher les rameaux.
Laissons-les donc dormir sous les dalles glacées. Ces héros vénérés, ces géants des combats. Drapés dans le linceul de leurs gloires passées. Et libres, désormais, des soucis d'ici-bas. Leurs noms, en lettres d'or, au grand livre des âges Sont inscrits, et depuis, leurs dignes descendants. Sur l'océan des temps, en suivant leurs sillages, Honorent ces grands morts! Nous, parlons des vivant.^.
Victor Gresset.
Au moment cie la conquête ottomane, le chef de la Maison des Lusignans était Pierre de Lusignan. prince de Galilée. Les héritiers de ce prince continuèrent à résider dans leurs domaines, sombres et presque oubliés, sous le joug déliant des conquérants. Le souvenir de la mort tragique de Jacques III les engageait à se résigner et à n'élever la voix pour aucune revendication.
Chypre qui avait prospéré sous le sceptre glorieux des Lusignans, perdit de sa splendeur sous la domination des Vénitiens. Les Maronites établis sous Guy, le premier roi, et demeurés attachés à sa dynastie, furent injustement persécutés; aussi leur colonie, jadis florissante, ne formait plus, en iSjo, que trente-trois villages (i).
Etienne de Lusignan; A ccttcépoque vivait Etienne de Lusignan, proche parent
(1) En 1890, l'ilc de Chypre, qui contient 186,000 habitants, ue compte plus que 1,200 Maronites répartis eu cinq villages.
— Sida prince Pierre. Etienne, qui avait eu pour maître le savant Julien, évèque des Arméniens de Chypre, suivit son attrait pour la carrière ecclésiastique et entra dans Tordre de saint Dominique. Il quittait sa patrie en iSji et venait en Italie, puis en France, où il séjcnirna quelque temps. De retour en Italie, Sixte V, appréciant ses hautes qualités, le nomma éveque de Limisso, où il mourut Tan i Sqo ou i 5g5. Ce savant évêque, le seul prince remarquable depuis la conquête musulmane jusqu'au milieu du xviii° siècle, avait composé plusieurs ouvrages italiens dont voici la nomenclature :
1 . Description et Histoire abrégée de l'Ile de Cyprc, depuis le temps de Noé jusqu'en 1572.
2. Cinq discours intitulés Corone, sur les devoirs des princes : dédiés au roi de France Henri III.
3. Histoire générale du Royaume de Hiérusalem, de Cj'pre, Arménie et Lieux circonvoisins^dcpiùs le déluge universel jusqu'en l'année 1572.