‹ Histoire de la maison royale de LusignanChapitre 6 sur 29 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

S. A. n. Mgr le prince Louis et le cci'Lilicat Sacré. — Clirislodule et la briinche ainée. — Amaury-Joscpli et la branche cadette. — L'archevêque Khorcne de Lusignan. — S. A. lî,. Mgr le prince de Lusignan. — S. A. II. M"'° la princesse de Lusignan. — Réinstitution des Ordres de Mclusinc et de Sainte-Catherine-du-Mont- Sinaï.

En 1780, le prince Louis était le chef de la Maison de i,c pnuce Louis, Lusiiinan ; il laissa deux tils : Ghristodule de Lusignan et ^""^n^ i^'» < tux

*- " lirauches actuelles.

Aniaury-Joseph de Lusignan. Ces princes sont devenus les chefs des deux branches actuelles : Christodule a formé la branche aînée, établie en Russie; Amaury-Joseph, la branche cadette, c|ui s'est lixée plus tard en France.

Le père du prince Louis, leur père, était déjà né de u. ceiiiiicui sacié. parents orthodoxes (grecs non-unis), ce qui n'est point surprenant, puisque au moment de l'expulsion définitive des Vénitiens par les Turcs, le catholicisme romain disparut de l'iie de Chypre en même temps que l'élément latin, et les Lusignans ont dû leur conservation à des alliances avec les indigènes grecs, à la suite desquelles la famille entra dans l'Église d'Orient. C'est donc du haut clergé grec qu'émane le document important intitulé le Sacré. Ce certihcat, qualifié par les signataires de « royal, doré, majestueux et sacré » établit que son porteur, Mgr le prince royal Louis de Lusignan, tils de S. A. R. Mgr le prince Christodule de Lusignan, et petit-hls du prince Louis, son homonyme, est

le seul héritier légitime des rois de Jérusalem, de Chypre et d'Arménie.

Voici la teneur du précieux parchemin :

« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, Amen.

» Le Porteur du présent Certificat Royal doré, Monsei- » gncur le Prince Royal Louis de Lusignan, issu de la Maison » des Lusignans, ci-devant Très Illustres Rois de Jérusalem, de » Chvpre et d'Arménie, Famille originaire de France, et dont » le Sceptre fut porté en Orient, dans les dits royaumes; » descendant en ligne droite du Roi Janus et de Leurs )) Majestés les Rois Jacques I*"" et Hugues IV, etc., etc.,

» Appartient légitimement à l'Eglise Orthodoxe d'Orient, » et il est né de Parents Orthodoxes.

» Le Porteur du présent est Fils de Son Altesse Royale » le Prince Christodoulos de Lusignan, Sire de Tile de )) Chvpre, etc., neveu de Monseigneur le Prince Royal » Louis, et Son Altesse Royale le Prince Louis est fils de » Monseigneur le Prince Jacques et de Madame la Princesse » Eléonore de Lusignan, neveu de Son Altesse Royale le » Prince Pierre, arrière-neveu de Monseigneur le Prince Royal )) Louis de Lusignan, de Chypre, de Jérusalem et d'Arménie, « et Son Altesse le Prince Royal Louis, Sire de Tile de » Chypre, etc., est fils de Monseigneur le Prince Royal Jach ques, neveu de Son Altesse Royale le Prince Hugues et de » Madame la Princesse Royale Marie-Anne, fille de Pierre » de Lusignan de Galilée, et le dit Monseigneur le Grand » Prince Hugues de Chypre, comte de Tripoli, etc., » est fils de Son Altesse Royale le Prince Philippe d'An- » tioche, sire de File de Chypre, etc., neveu de Son Altesse » le Prince Royal Pierre et arrière -neveu de Son Altesse n Rovalc le Prince Jean-Jacques et il est fils de Monseigneur

le Prince Royal Jacques et neveu de Son Altesse Royale le Prince Jacques le Sage, et le dit Monseigneur le Grand Prince Royal Jacques le Sage, tVère du Roi Jean II est tils du R(M Janus et neveu de Jacques I''"" et il est oncle de Pierre II et frère du Roi Pierre V" le Grand, etc.

)) En conséquence, le présent Certificat Majestueux et Sacré Lui a été délivré sur des Patentes Royales et en vertu de plusieurs anciens Actes et Attestations qui étaient écrits sur des Parchemins dorés et cachetés, concernant la Famille Royale des Lusignans et qui constatent que le dernier Rejeton mâle de cette Famille très ancienne, glorieuse et puissante est véritablement le susdit Sérénissime Seigneur Son Altesse Prince Royal Louis de Lusignan, de Chypre, de Jérusalem et d'Arménie.

« L'an de grâce MDCCCXV, 27'' jour du mois de juillet.»

Suivent les signatures de :

Cyprien, archevêque de la Nouvelle-Justinien, primat de Chypre, et de son assistant Sophronius, évéque de Cérines; du patriarche œcuménique Cyrille, de onze métropolitains du Saint-Synode de Constantinople, et de dix-sept membres du clergé orthodoxe de Chypre; en tout, trente et une signatures, parmi lesquelles celle d'Athanase, métropolitain de Nicomédie, oncle maternel du prince Louis.

« 1816, 18 juillet.

» Nous, Prince Christodoulos, donnons les présentes » aux. mains de notre cher et bien-aimé fils Son Altesse » le Prince Louis pour sa sécurité et nous confirmons ee qui )) est écrit ci-dessus par notre signature et notre sceau,

» Signé, en langues grecque et française :

» Prince royal Christodoulos de Lusignan. »

Quiconque sait à quel point le gouvernement russe est scrupuleux quand il s'agit de reconnaître des titres princiers et des privilèges attachés à des mérites généalogiques, sera persuadé que pour obtenir la reconnaissance impériale de ses titres rovaux, le prince Louis a dû présenter des pièces justiticatives absolument authentiques. On ne pouvait pas, en effet, trouver une attestation plus solennelle et plus complète que celle dont s'était muni l'illustre rejeton des princes de Lusignan.

Le prince chrisioduic Le princc Christodulc, fils aîné de Louis de Lusignan, se

cl la branche ainéc. . ..... , ,,.

trouvait en Chypre, au milieu des siens, lorsque 1 insurrection grecque éclata en 1820. Prévoyant les malheurs qui menaçaient son pays, il voulut au moins sauver son fils unique, le prince Louis, âgé de treize ans. Il l'envoya à Constantinople, où il le plaça sous la tutelle de son beau-frère, Tarchevéque Athanase, métropolitain de Nicomédie. Il eut en même temps la précaution de faire transporter à Constantinople tous les trésors de la famille i , la personne et la demeure de Tarchevéque étant considérées comme inviolables selon les lois ottomanes. Mais il ne comptait pas sur le fanatisme des musulmans. Par ordre du gouvernement turc, tous les grands personnages de Chypre furent massacrés et leurs propriétés confisquées. Le fer et le feu firent subir à Tancien royaume de Lusignan rinjuste et barbare sanction des mouvements insurrectionnels de la Grèce. Au milieu des hécatombes et des pillages, le prince Christodule disparut et tous ses biens furent pris. Le jour de Pâques, à Constantinople, le grand vizir Benderli- Ali-Pacha, de sinistre mémoire, fit pendre le patriarche grec Grégoire et l'archevêque Athanase de Nicomédie.

(1) Ils dépassaient la somme de 1-4Ô niilliuni

Le fils de Christodulc, le Jeune prince Louis, nYchappa au massacre que grâce à Tintervention de l'ambassadeur d'Espagne, qui le confia aux missionnaires de la Société biblique d'Angleterre. Dès qu'il fut en état de porter les armes, Louis vola au secours des Grecs, et lorsque survint la guerre russo-turque en 1S28, il offrit ses services à l'empereur Nicolas, qui l'accueillit comme prince d'origine royale et descendant direct des rois de Chypre, ainsi que l'atteste son État de service signé par V Empereur lui-même.

États de service militaire de S. A. R. le prince Louis de Lusignan, délivré par l'Etat-Major de l'armée russe, signé par S. M. l'empereur Nicolas ^'^ (N° (362.)

« Louis, fils de Christodoulos, prince de Lusignan, capitaine au service de la Grèce et interprète de l'armée russe, descendant direct des rois de Chypre, et âgé de vingtcinq ans, est entré d'abord au service à la Chancellerie du général maître de police de la deuxième armée, avec le rang de capitaine, le 24 février 1829, comme interprète des langues orientales, a continué le service dans cette fonction avec conduite distinguée, avec activité et zèle. »

(Suivent les états de service.)

« II est décoré de la médaille en argent, instituée pour la guerre de Turquie des années 1828 et 1829.

» En foi de quoi le présent certificat lui est délivré sous ma signature, avec apposition de mon sceau, en la ville de Reni, le i''^ mai i83o.

» L'original est signé de S. M. L mon Auguste Maître.

» Signé : Dobrovolsky. »

cai.lette.

Cette pièce reconnue au ministère des Affaires étrangères de Russie, fut légalisée à Saint-Pétersbourg, le i8 décembre 1878, par le vice-directeur A. Huster et le conseiller d'Etat Fomawinsky, sous le n" 1 166, et au consulat de France à Saint-Pétersbourg, le 9 janvier 1879, sous le n" 8, par le chancelier substitué A. -P. Meydieu.

La guerre terminée, le jeune Louis de Lusignan, qui venait d'épouser une riche princesse grecque, se fixa à Saint- Pétersbourg ; de son mariage il n'eut qu'un fils unique, le prince Michel.

Le prince Amaury- Lc priuce Amaury-Joscph, fils cadet de Louis de

Joseph et la Ijranclie . , , , . , ,.,,.,

Lusignan, las de la vie obscure qu il lui fallait mener en Chypre, résolut de chercher sous un autre ciel la gloire dont il brûlait de se couvrir à l'exemple de ses illustres ancêtres. A la mort de son père, il quitte l'île, son berceau royal, et se rend en Egypte sur l'invitation du fameux chef des Mamelouks, Mourad-Bey, d'origine arménienne, maître suprême de ce pays, qui lui confie le commandement d'un corps de l'armée égyptienne et le marie avec une de ses nièces, la princesse Satinik, type le plus pur de la beauté arménienne.

En arrivant en Egvpte, Amaury-Joseph avait cru prudent d'arabiser son nom, pour ne pas exciter contre lui le fanatisme des fellahs ; il s'appela Youssouf Nar Bev. Cette transformation ne suffit pas aux Arabes ombrageux, qui, exaspérés par les victoires de l'armée française conduite par Bonaparte, s'en vengèrent sur son coreligionnaire et l'assassinèrent en même temps que le général Klébcr, le 14 juin 1800. Le général Bonaparte, en arrivant en Egypte, avait attiré à lui le prince Nar Bey en le leurrant d'espérance de reconstituer le royaum.e de l'Arménie et de le placer sur le trône de ses ancêtres. Dans le Mémorial de Sainte-Hélène, l'empereur Napoléon explique son plan de relever l'Arménie en

consiiiuani un vasic rnvnumc chrétien dans TAsie et lui confier les roules coniincntales des Indes.

L'unique enfant du prince Nar Bev, le prince Georgcs- Voussout', qui venait aussi de perdre sa mère, fut sauve par

S. A. R. le prince Gcorgcs-Youssoiif de Lusignan.

des serviteurs fidèles qui, tout en mettant en sûreté sa personne, voulurent lui conserver son origine princière en rappelant '< khalifa », d'où est venu le mot '( calfa «, qui signifie chef et prince. C'est sous ce nom que Georges- Youssouf, après avoir voyagé en Afrique et en Asie, se fixa à Constantinople. Marié à la princesse Sophie, fille d'un des riches banquiers arméniens de cette ville, il eut plusieurs enfants, dont les plus connus sont: Youssouf-Léon, né en i832; Guy, né le 2 mars 1834, et DJivan-Khorène, né en i838. Ces trois princes grandirent sous le nom d'emprunt de

leur père (i i, auquel ils ont ajoute' un grand éclat; l'aîné, par ses entreprises financières ; les deux autres, par les magnifiques travaux que nous allons mentionner.

MgrKhorôno.ieLusi- Durant Ic cours de ses études au Collège de France

gnan; Laniarlinc et

Yictop Hugo. en i85o, le prince Khorène était en rapport intime avec

Lamartine. Des épîtres de ce prince dont les Journaux de l'époque avaient fait le plus bel éloge, nous citerons les vers suivants :

Ne me demandez pas si je tiens une épée,

On brise en un combat l'arme la mieux trempée,

Puis, comme a dit Jésus : « Qui frappe par le fer

Périra par le fer ! » — Or, demain comme hier,

Je combattrai sans crainte avec la certitude

Que le triomphe est bien lorsque la lutte est rude !

Mes armes, Lamartine, elles sont dans ma foi,

Dans ma tête et mon cœur où vous régnez en roi!

Car vous avez, daignant m'accueillir comme un père.

Écouté les accents de ma voix étrangère...

Dans ma chère Arménie entrez en conquérant !

Elle a besoin d'aimer celui qu'elle sait grand...

Que je sois votre guide! Et, comme aux temps antiques,

L'Eden répétera de sublimes cantiques.

Lamartine, qui aimait à l'appeler son enfant, lui écrivait la lettre suivante, le 25 avril i858 :

« Je suis fier d'avoir servi de texte à vos traductions de français en arménien, et heureux d'avoir ainsi mon nom présenté à vos compatriotes.

» Mes relations fréquentes avec l'Orient m'ont inspiré un grand respect pour la nation arménienne et surtout pour la religion, la probité et la poésie de ses populations, plus rapprochées que nous du berceau et des lumières du monde primitif.

(1) Ce digue et \ei'tueuv jM-iace iiioiinit en 1858.

» Je vois, par vos études à Paris, que votre famille ne dégénère pas de ses illustres ancêtres, et je me félicite de connaître en vous Tespérance de l'Arménie future. »

Un membre éminent de Tlnstitut, M. Edouard Dulaurier, arméniste très distingué, disait du prince Khorènc : « // est le Lamartine des Arméniens. »

Victor Hugo a fait en ces termes la consécration la plus flatteuse du talent du prince et de sa race :

« Mon noble confrère, nous sommes deux poètes et

nos deux mains peuvent se serrer. Votre lettre m'émeut, votre fraternité éveille la mienne, et je vous remercie.

» Ce que vous me demandez sur l'Arménie , vous le savez mieux que moi; mais je me sens heureux de vous le confirmer. Les nations qui regardent le passé doivent disparaître. Les nations tournées vers l'avenir doivent vivre. L'Arménie n'a qu'à vous suivre; et elle est dans la voie de la civilisation.

» Je connais l'élévation de votre intelligence. Je mesure la grandeur de votre destinée à la grandeur de votre esprit : vous avez le sang des vieilles races et l'esprit des races nouvelles. »

Mais le prince Khorène n'aspirait pas seulement à être savant et poète; il voulait surtout travailler pour ses chers Arméniens.

Le prince Louis et son fils Michel de Lusignan avaient Reconnaissance om-

, , T~> • • T • cicUc des princes

ete reconnus en Russie comme princes royaux. Leurs cousins ^^ msignan. M"!' Youssouf-Léon et Djivan-Khorène dont nous venons de Khorène s'iiiustrc

, , , -Il • 6" Orient ; sa mort

parler, étant demeures a Gonstantinople, le premier pour se imprévue pion-e livrer aux finances, et le second pour suivre la carrière ecclé- rArménic dans lo siastique, celui-ci fut choisi et envoyé par le Patriarcat armé-

nien auprès des plénipotentiaires réunis à San-Stefano. Il réussit à faire introduire dans le traité qui allait se conclure entre la Russie et la Turquie, un article favorable aux Arméniens. Cet article i6 du traité; na été obtenu que grâce à son habileté et à son énergie, malgré l'engagement préalable pris par les deux puissances de ne point s'écarter de la voie du traité préliminaire de Kezanlik, dans lequel le nom de TArménie ne figurait même pas.

Mgr Khorène, sacré évèque en 1867 et nommé archevêque en 1873, avait été accueilli comme un descendant de la royale famille de Lusignan par lord Loftus , le chevalier Nigra, ambassadeur d'Italie, le général Le Flô, ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg, le baron de Schleinitz et les autres ambassadeurs accrédités auprès du gouvernement impérial de Russie. Dans une lettre adressée à M. Waddington, ministre des Affaires étrangères, et classée aux archives, le général Le Flô reconnaît et traite Mgr Khorène comme prince royal de Lusignan.

Nous reproduisons à ce sujet un intéressant article du Times, paru le 12 août de la même année 1878, traduit de l'anglais :

Page 1