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CHARLEMAGNE ET LA CIVILISATION MARITIME

byzantine ? Et nunc erudimini. Cette civilisation ne s'éteignit point au seuil du monde occidental. Au temps de son expansion radieuse, pendant deux siècles, elle fut le phare vers lequel s'orientèrent toutes les nations maritimes. A travers nos chansons de gestes, en apparaissent des reflets affaiblis, rapportés de Gonstantinople par les navires français qui voguaient côte à côte avec les carabes russes et les chélandes impériales (1) sous les plis rouges de l'étendard de guerre. Au temps de la renaissance artistique et surtout architectonique, qui se produisit en France sous des influences byzantines, des termes néo-grecs se glissent dans notre vocabulaire nautique pour désigner la flotte testoirè{^) , les cales de construction Peschar {^), les agrès la sarcia (4), et certains navires, chalands, chats, pamphyles. Au renégat qui commandait souvent les escadres musulmanes, on conserve l'épithète de margari (5).

Nous eûmes des cartulaires sur nos côtes, des comités sur nos galères, des dromons dans nos arsenaux. Mais ces cartu-

(1) En juillet 968 par exemple, une floUe byzantine comprend 24 chélandes impériales, 2 navires russes et 2 français. (Lildprand, Legatio, dans les Mon. Germ. hist., t. III, p. 362.)

(2) De tt6),oç, « la flotte », qui a donné iistûl en arabe, stoliis, stolium, stuolo, estoire dans le bas latin et dans les langues romanes. (Du Ca>ge, Gloss. med. Latin, art. stolus. — Godefroy, Dict. de l' ancienne langue

française, art. estoire. — Heyck, Genua und seine Marine, p. 113.)

(3) De <7/(xptov, Il cale déclive >' . (Du Gange, Gloss. med. Grœcit.); en latin scare en italien, en provençal escliar (Archivio segreto du Vatican, reg. 433, fol. 101 v°, et reg. 28, fol. 37 des Introitus et exilas Camerœ). — Cf. mon article sur une escadre franco-papale (1318-1320), dans les Mélanrjes d'archéologie et d'histoire, publiés par l'École de Rome, t. XIII (1893), tirage à part, p. 11.

[i) D'sJapT^QÇtç, « les agrès » , d'où les mots romans ansartia, xartia, sartia.

(5) De [xayapiTri;, » apostat » . (Du Gange, Gloss. med. Grœcit.) La Chanson de Roland (éd. Mïdier, v. 955) parle d'un marguriz de Sibilie. Cf. aussi Philippe MouskÈs, Clironicjue , éd. Reiffenberg, t. II, p. 26, 418. — Des cartulaires, sur les côtes du Languedoc, tenaient registre des articles soumis aux droits d'entrée ou de sortie du royaume. [Ordonnances, t. III, p. 254.) — l'aramessal, la « carlingue » provencyale, viendrait aussi du grec Ttapa, (xViaoç. (Jal, Arche'ol. nav., t. II, p. 57.)

!)i HISTOIRE DE LA MARINE FRANÇAISE.

laires tiennent les registres de la douane, et non plus de l'inscription maritime. Les comités, de chefs d'escadre, sont tombés au rang de chefs de chiourme. Les dromons sont devenus, au contresens du mot, de lourds voiliers. Ces navires ont produit une telle impression sur les Occidentaux que le pape Jean VIII en fait construire plusieurs à Givita- Vecchia (877) (1), qu'un lexicographe anglo-saxon du X' siècle essaie de les dépeindre en les traduisant par aesc H navire rapide (2) » et qu'un trouvère français leur donne trente pieds de long (3), piètre mesure pour les géants des mers orientales. En fait de dromons, nos constructeurs ne connaissent que de grandes nefs (4-) démunies de l'arme terrible des pyrophores, du feu grégeois dont ils n'ont jamais percé le secret et que notre Ives de Chartres croyait fabriqué avec de la résine et de la graisse.

De la stratégie byzantine, nous avions recueilli des mots, un peu comme les enfants, sans en pénétrer l'esprit. A plusieurs siècles de distance et par des voies diverses, d'autres élèves des mêmes maîtres allaient nous en révéler le sens : ce furent les Normands, puis les Génois.

(i) Lettre de Jean VIII à Anfjelberge dans le Decretnm d'Ives de Chartres, liv. X, chap. Lxix.

(2) Publié, pour la partie nautique, et commente par Jal, Arcliéolorjic navale, t. I, p. 160.

(3) Roman de Blanchandin et Chanson de Roland, cxvii, cité dans GoDEFROY, Dict. de l'ancienne langue, art. dronion.

(4) Philippe le Long fait construire à Rouen des « naves et dromones » en 1318. (Bibl. nat., ms. lat. 9069, p. 989.) — « Quandam niagnam navem de Janua vulgariter vocatam tironnind », dit Edouard II dans une réclamation à Philippe le Long, 17 avril 1317. (Rymer, Fœdera, t. II, 1'^'= part., p. 97. y — Cf. aussi la Chronuiue rimée de Gcffroy de Paris, ver? 7613 (Historiens de France, t. XXII, p. 163j, cl le De itinere régis Ricliardi, dit de G. de Vinsauf, liv. I, chap. xxxiv.

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