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hipjitifs, Gélasc II et Innocent II, et à un roi de France malheureux, Louis VII. Et ce furent un interdit pontifical et une ordonnance royale qui lui donnèrent le dernier coup en 1217. L'interdit le frappait comme l'un des foyers d'infection de l'hérésie alhigeoise ; l'ordonnance lui enlevait toute clientèle en créant les fameuses foires de Beaucaire.
Deux villes. Tune en Languedoc, l'autre en Provence, par leur importance croissante, devenaient les reines do l'essaim de petits ports qui couvraient nos rives méditerranéennes. La guerre des Albigeois les mit aux prises, sans les affaiblir. C'était Montpellier et Marseille.
Montpellier était à la fin du xir siècle le rendez-vous des a Arabes du Garb (Afrique septentrionale), des marchands de la Lombardie, du royaume de la grande Rome, de l'Egypte, de la terre d'Israël, de la Grèce, de la Gaule, de l'Espagne, de l'Angleterre, de Gênes et de Pise " , une babylone de peuples et de langues (1). Au siècle suivant la ville avait dans le Levant une grosse clientèle que ses vaisseaux desservaient. Depuis 1243, en vertu d'un privilège de Bohémond V, elle expédiait chaque année à Tripoli un chargement d'au moins huit cents tonnes de marchandises (2). En Egypte, elle profitait des licences de commerce accordées aux Aragonais (3).
A la domination directe des rois d'Aragon et de Majorque (1204), Montpellier avait gagné des immunités commerciales dans les Etats de ses nouveaux maîtres et l'avantage insigne de vivre de sa vie propre (4). Conscientes de leurs intérêts, sollicitées peut-être par l'exemple des Républiques
(1) Benjamin de Tudèle. Itinerarium , éd. Asher, p. 33. Cité par Germain, Hist. du comm. de Montpellier, t. I, p. 4-5. Le voyage de Benjamin de Tudèle eut lieu en 1166-1167.
(2) Germain, Hist. de la commune de Montpellier, t. II, p. 513.
(3) Heyd, Hist. du commer-ce du Levant, t. I, p. 421.
(4) L'éloignement habituel des rois d'Aragon et de Majorque permettait en effet à Montpellier de se régir à sa guise. (Germain, ouv. cité, t. I, p. 11.)
do rilalic, les jurandes villes de la côte provençale cherchaient, autant que nos communes du nord, à s'émanciper du joug seigneurial.
La communauté des hahitants de Marseille se lihéra paciliquement de la suzeraineté des vicomtes de Baux; leur ayant peu à peu tout soutiré, tout acheté (1), de façon à devenir maîtresse de son sort, elle ht sanctionner son indépendance municipale par le dernier comte de Provence, Bérenger (1225) (2). Des Croisades, date le réveil de la vieille cité phocéenne, endormie d'un sommeil léthargique depuis des siècles. Soldats ou commerçants, les croisés marseillais récoltaient le fruit de leurs peines sous forme de concessions ou de privilèges. Chaque campagne leur était une occasion de profits. Foulque III, roi de Jérusalem, leur octroyait une rue de Saint-Jean-d'Acre (1136); Aymerl, roi de Chypre, leur accordait des franchises (l 180), et Conrad de Tyr, un consulat à étahlir dans sa ville (3), privilège commiui, 11 est vrai, à Saint-Gilles, Montpellier et Barcelone (11S7).
Des gros armateurs marseillais, de leur richesse et de leur état d'àme, nous avons un spécimen dans la famille de Manduel, dont les archives ont été conservées. En 1200, Etienne trafique avec la Sicile. Puis son commerce s'étend à toute la Méditerranée : le principal article d'exportation, c'est le drap de Douai ou l'étamine d'Arras. Etienne écovde en Barharle du corail, des grains, de la farine, du vin, du coton, des pièces de sole et de toile, de la hasane, du fil de Bourgogne, des millarès monnayés ; aux Baléares et en Syrie, 11 expédie des draps; en Angleterre, de l'alun et du
(1) Tel le droit de délivrer des sauf-conduits, salvaloria (1212).
(2) Louis MÉRY et F. Guindon, Histoire analytique et chronûlo(jique des actes et des délibérations du corps et du conseil de la municipalité de Marseille depuis le x' siècle jusqu'à nos jours, t. I, p. 136 et 228. Ces auteurs publient tous les documents justificatifs de leur histoire.
(3) Louis MÉRY et F. Gt'iNDON, t. I, p. 128, et Docum., p. 182, 183, 185, i92.
LES ClU)ISAI)i:S. I,;;
sucre. Cette hrillante fortune, les Mandiicl n'hésitèrent pus à la compromettre pour maintenir l'indcpendance de la cité. Jean est de ceux qui refusent de reconnaître la souveraineté de Charles d'Anjoti, devenu comte de Provence par son mariage avec la dernière fille de Raymond Béreup^cr A'. Après la guerre, il ne souscrit point les " Chapitres de paix » (1252) ; il entre dans une nouvelle conspiration contre \o vainqueur; trahi, il est condamné à mort et décapité (I).
La vieille cité provençale était alors des plus florissantes. Un symptôme significatif des progrès de son commerce est l'ensemble des mesures prises par la miuiicipalité pour encourager les armateurs et, en particulier, la réglementation sévère de la concurrence étrangèrepar un tarif douanier (2). On réduisait à un seul navire le service de navigation des Hospitaliers et des Templiers pour la Terre Sainte ; la tête de ligne resterait à Marseille, toute escale depuis Gollioure jusqu'à Monaco étant interdite, deux départs étaient permis, en août et à Pâques de chaque année. Le navire ne pourrait recevoir plus de quinze cents pèlerins, mais un nombre indéterminé de marchands, tous droits de droiture et usage de la commune réservés (12;i0) (;î).
La tête de ligne des passages d'outre-mer, Marseille, était enterre d'Empire ; la papauté ne pouvait laisser à la merci de son ennemi mortel, Frédéric II, la destinée des Croisades. Dès 1240, les Légats avaient jeté leur dévolu sur
(1) 1264. (Blancard, Documents inédits siii- le commerce de Marseille au moyen âge, t. I, Contrats commerciaux du xin' siècle. Marseille, 1884, in-S", p. XVI, XXIV et suiv.)
(2) yii-^y et Gvi^aoji, Histoire de Marseille, t. I, p. 271. Les étrangers étaient soumis au droit de rivage sur les marchandises importées, au vinptain de carène sur leur navire, etc., 1228. {Ibid., t. I, p. 364.)
(3) Traité entre Marseille et les deux Ordres religieux par devant Eudes de Montbéliard, connétable du royaume de Jérusalem, le 3 octobre 1230, ratifié par la communauté de Marseille le 17 avril 1234. (Pauli, Codice diplomatico del sacro mitilare ordine Gerosolimitano. Lucca, 1733, in-fol., t. I, p. 124, doc. cxvi.)
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une playe du Languedoc pour en faire le port de leurs rêves. Aigues-Mortes était un lieu marécageux et malsain, « dont la solitude n'était troublée que par le vol des oiseaux aquatiques, par le bruit des i-ames de quelques pécheurs ou par les chants religieux des moines de Psalmody (I). " Richard, frère du roi d'Angleterre, sollicité par les légats d'y embarquer ses troupes en partance pour la Palestine, refusa pour raison d'hygiène {"2). Louis IX n'eut pas les mêmes scrupules. Au cours d'une grave maladie, il avaitfait vœu de prendre la croix ; et comme il voulait, pour préparer l'expédition, un port qui lui appartînt, il n'avait pas d'autre choix possible.
Le domaine royal, c'est-à-dire le comté de Saint-Gilles, resserré entre le comté de Melgueil et la Provence, n'avait pas deux lieues et demie de littoral. Encore le territoire d' Aigues-Mortes appartenait-il à l'abbaye de Psalmody, qui le céda à la Couronne par voie d'échange (3).
L'emplacement de la ville future, terrain d'alluvions coupé de canaux et de lagunes, avait quelque chose de la féerique Venise. Le Rosanal venait du Rhône le baigner; le Vistre et la Vidourle descendaient du nord; le canal de la Radelle filait dans la direction de Lattes, port de Montpellier, et la ville de Saint Louis put se mirer dans une lagune, au fond de laquelle s'ouvrait la mer.
Un môle aux roches énormes, adossées à une ligne de pilotis, s'éleva à l'entrée de la lagune pour arrêter les vagues soulevées par les vents du large. On en voit les ruines à deux kilomètres au sud de la ville. On leur donne le nom de Peyrade. Galères et bâtiments de faible tirant d eau pénétraient dans le port intérieur : les nefs de fort
(1) J. Fagezy, Mémoires sur le port d' A'ujues-Mortes. Paris, 1889, in-
(^2) MxTTiiiKU DK Paris, Clironica majora, t. IV, p. 47.
(3) Août 1248. (Di PiETRO, Histoire d' Aigues-Mortes. Paris, 1849, in-S", p. 36 et pièce justif. 2.)
tonnage mouillaient en grande rade en dehors de la Peyrade, les étangs du Repos et du Repausset formant à cette époque une baie largement ouverte au nord-ouest, mais abritée des vents du sud-est par la pointe de l'Espiguette : ici était le Repos, là le Repausset ou Peu de Repos, noms significatifs alors, sans raison d'être aujourd'hui cpi'un cordon littoral sépare les deux étangs de la mer (l).
Une tour gigantesque, commencée dès 1240, constitua le premier ouvrage défensif d'Aigues-Mortes. Haute de 34 mètres, avec des murs épais de (3 à la base, la tour de Constance était surmontée d'une tourelle de 17 mètres de hauteur où un farot s'allumait chaque nuit pour la sécurité delà navigation ("2). Aussi loin que le phare étendait ses feux, les navires qui touchaient terre devaient acquitter une taxe d'un denier par livre pour l'entretien du lumignon (3). Des privilèges nombreux (4), et surtout le monopole du commerce languedocien, attirèrent promptement des habitants à Aigues-Mortes ; les maisons s'alignèrent au cordeau derrière une enceinte fortifiée. Le port des croisades futures était désormais à Taljri d'un coup de main, et l'embarquement des croisés français ne dépendait plus d'un caprice impérial ou de leur soumission aux conditions draconiennes de Gênes ou de Venise.
(1) J. P.\GEZY, Mémoires su/- le port d'Aifjues-Mortes, p. 50 et siiiv., 86 et suiv. — Cette excellente étude, solideiucnt appuyée sur les documents, complète et rectifie en certains passades l'étude purement technique de l'injjénieur LEiSTHÉnic, le Littoral d' Ai^ues-Mortcs aux ■x.iii'^ et xw'' siècles, p. 42, 47.
(2) Cf. la description de la tour de Constance dans Di Pietro, Histoire d' Aigues-Mortes, p. 116.
(3) Pagezy, ouv. cité, pièces justif. XI, XXII et p. 94.
(4) Ordonnances des rois de France, t. IV, p. 47.
l(i(i HISTOIRE DE LA .AIAUIlXE FKAlNÇAISE.