‹ Histoire de la marine française (volume 2)Chapitre 22 sur 72 · i IIISTOIRi; l)K LA MAIÎI.NK FIÎANÇAISE · texte numérisé non relu

i IIISTOIRi; l)K LA MAIÎI.NK FIÎANÇAISE

çaiscs (I), qui lâchait pied selon son habitude (2). Trois ans auparavant, il n'avait pas fait meilleure contenance devant le même adversaire (3).

Tout le reste de Tescadre lut capturé après un horrible massacre; les bâtiments qui se jetèrent à la côte furent brûlés le lendemain. Suivant les relations officielles (i), plus de i,000 Français furent passés avi fil de l'épée, c'està-dire les équipages de vinjjt-cinfj ijalères. Le nerf de notre puissance maritime était brisé, et ])ientôt allaient s'ajouter à la démoralisation de la défaite la terreur et l'épouvante. Des rares vaincus survivants, Loria avait fait deux lots : une cinquantaine de chevaliers, parmi eu.\ Jean Scoti et Simon « de Trusia » (3), qualifiés tous deux par diverses chroniques du titre d'amiral, furent admis à rançon, mais ensuite condamnés à un emprisonnement perpétuel. Cinq cent soixante marins, blessés ou non, qu'on épargna par ini raffinement de cruauté, servirent de jouets à la fureur catalane. Loria les avait confiés à Marquet et Mallol, chargés

(i) B. DE ÎNeocastro, cil. xcv. — Ancien amiral des fjalères de la République de Gênes, il brûla une nave du vénitien Marino Sanudo (1271). (Arch. de Gênes, Materie politiche, rnazzo 5.) Grand amiral de Charles d'Anjou, Henri de Mari aurait un moment commandé en chef la flotte française. (ZuniTA, Annales d'Aragon, liv. IV, cii. lv. — Pietro Vincenti, Teatro degli nomini illustri che furono grand' ammiragli nel regno di Napoli, p. 47,)

(2) B. d'Esclot limite à J2 et J. d'Oria à 8 le nombre des galères françaises qui échappèrent. Muntaner (ch. cxxxv) évalue à 16 galères {lénoiscs le nombre des bâtiments sauvés du désastre : 54 galères françaises auraient été prises et 15 galères pisanes brûlées à la côte. Observons qu'en ce moment même la guerre, très aiguë entre Pise et Gênes, dut nuire à la bonne intelligence entre nos mercenaires.

(3) Amari, La guerra del vespro sicillano, t. I, p. 193 et 333, note.

(4) Lettre de Pierre III sur les opérations militaires et maritimes de la guerre d'Aragon. Octobre 1285. (Garim, oiiu. cité, p. 61 . — B. d'Esclot, (ch. CLvij évalue nos pertes à .5,000 tués, plus les prisonniers dont nous allons voir le sort affreux.

(5) ^Nicolas Spectalis, liv. II, ch. m. — Il y a un Simon de Thurey parmi l'ost de la sénéchaussée de Carcassonne, rassemblé l'année suivante. i^IIixtoirc de Languedoc, nouv. éd. t. IX, p. 125.) Serait-ce notre prisonnier ?

GUERRi; D'Ar.A(;()N. -203

de ramasser à Palamos et à San Feliu de Guixols les débris de la flotte française, avant de gagner Barcelone. Sur l'ordre de Pierre III, les blessés, au nombre de trois cents, furent enchaînés à une longue corde : la corde, attachée à la poupe d une galère; les rameurs se courbèrent sur leurs avirons; la foule, toujours friande do spectacles et admise à tout voir, o])serve un témoin, put se repaître de& râles d'agonie arrachés à des estropiés et à des mutilés ; et la sanglante guirlande disparut sous les eaux. Restaient deux cent soixante prisonniers valides : Pierre III les renvoya, ...après leur avoir fait crever les yeux; à l'un d'eux on avait laissé un œil ; ce fut sous sa conduite que les malheureux s'acheminèrent en trébuchant vers le camp du roi de France (1). Et le monstre qui ordonna ces supplices osait traiter son adversaire de Néron : Neroniczans more Neronii! (2).

Le jour même de la bataille de Las Hormigas, Roger de Loria, transportant son pavillon sur ses prises, bâtiments tout neufs, avait couru à la recherche des galères fugitives. Au grau de Narbonne, il apprit qu'elles étaient en lieu sûr, près d'Aigues-Mortes (3). Virant de bord sur Rosas, il apparut en vue du golfe sous pavillon fleurdelisé. La division de garde, trompée par ce subterfuge qui laissait croire à un retour triomphal des Français, approcha dans la plus jjrande allégresse. Soudain, quand il ne fut plus possible pour nos marins de reculer et de s'échouer, l'étendard fleurdelisé s'abattit, et Loria, démasquant ses couleurs, fonça sur nous. Surpris, l'amiral Enguerrand de Bailleul (4)

(1) B. d'E.SCI.ot (cil. CLXvni) rapporte froidement les cruautés de son maître.

(2) Lettre de Pierre III aux rois d'Angleterre, de Castille, etc. Octoliro 1285. (Carini, ouv. cité, p. 61.)

(3; B. d'Esclot, cil. clxvi. — Le viguier de Tarascon envoya trente hommes d'armes anx Saintes-Mariés de la mer en prévision d'une descente des galères aragonaises. (Archives des Bouches-du-Rhône, EE 1.)

(4) Guillaume de Nangis, Vie de Philippe III, dans les Historiens des

opposa une honorable résistance, mais succomba. De sou escadre, quatre {^alcres avec deux barques furent l)rùlée8, et les autres capturées. Le même stratagème devait réussir le surlendemain contre une autre division de douze galères et une grande nef qui apportaient de Provence des vivres, des fourrages, la solde des troupes et les richesses du duc do Brabant (1).

Entre temps, Loria avait débarqué ses marins, afin d'enlever les approvisionnements renfermés dans Rosas. La garnison, paralysée par linsurrection de la populace, lui tenait difficilement tête, quand on signala l'approche du connétable de Saint-Pol et de six mille cavaliers détachés par Philippe III au secours de la ville. Le connétable jugea facile d'enlever les bâtiments tirés sur la grève et de disperser des groupes de fantassins. Loria avait deviné son projet : avec les lices de poupe des galères qu'il tendit sur des pieux, il fabriqvia luie enceinte et posta par derrière ses arbalétriers; la cavalerie française, tombant dans des fosses dissimulées dans les sables, ne put franchir ce léger retranchement : les Siciliens achevèrent la déroute. Le comte de Saint-Pol, jeté à bas de son cheval, fut tué. Quelque soldat lui coupa une main, qui fut plus tard rachetée sept mille marcs d'argent par les amis du défunt. Parmi les morts on comptait un vaillant chevalier nommé Aubert de Longueval, et le ]>eau-père du comte d'Artois. Le désastre était advenu, disait-on, par la faute du maréchal d'Harcourt, qui ne soutint pas ses compagnons (2).

La prise de Rosas et de ses magasins de vivres était imminente : Philippe III essaya de la retarder en demandant une trêve. Le comte de Foix alla trouver Roger de Loria.

Gaules et de la France, t. XX, p. 537. — Villani, aputl Muratori, Rerum Italicarum scriptores, liv. VII, ch. en.

(1) MusTANER, ch. cxxxvi. — B. DE Neocastro, ch. xcv.

(2) B. DE Neocastro, cil. x(;v. — G. DE Nangis, Ibidem. — >j. Speciali.s, liv. II, ch. IV.

<;i KKHK DAllACON. 205

(i Aux Provençaux et aux Français, jamais do trêve, répondit Tamiral, quand bien même le roi d'Aragon raccorderait. — Mais la France armera trois cents galères ! — Qu'il en vienne trois cents ou deux mille, peu m'importe ! Avec cent des miennes, je réponds de tenir toutes les mers; et navire ne voguera, ou poisson ne lèvera la tète sans la permission du roi d'Aragon (1). » Le sort en était jeté. Rosas capitula et fut évacuée le ^7 septembre (2). Les événements se précipitaient. Malade, presque moribond, Philippe m avait quitté (Jirone. Les croisés battaient en retraite par des chemins affreux, ravinés par les pluies, sur une longue colonne que harcelaient les milices almogavares de la frontière, féroces miquelets de l'époque, et les garnisons des places négligées lors de 1 invasion. Au-dessus du col de Panissars, Loria attendait avec ses marins postés sur les hauteurs de Castelbon (3). Bref, ce fut un désastre, bien que les sergents de Narbonne et de Béziers fussent venus en armes au-devant des nôtres (4). La mort de Philippe III, qvii survint le 5 octobre 1285, à Perpignan, fut la dernière catastrophe de cette néfaste campagne.

Quel que fût le désir de son fils Philippe IV, tout jeune encore, de continuer les hostilités, la guerre languit durant plusieurs années. Le fait le plus saillant fut la descente de Roger de Loria au grau de Serignan en 128(5. Une armée rassemblée en hâte marcha à la rencontre des cent chevaliers et des deux mille hommes de pied de Loria : elle fut battue et poussée l'épée dans les reins jusqu à une demilieue de Béziers. Agde enlevée d'assaut, toute la population

(1) B. d'EsCLOI, «11. (JLXV(.

(2; 27 septembre, " jeudi après la S. Maty TapOïtre. " (Coll. Clairamliault, vol. 469, fol. 127.)

(3) MuNT.\NEii (cil. cxxxvn) prête à Pierre III un beau rôle qui contraste -sinfjulièreiiient avec les précédents de ce roi sanguinaire. Pierre III aurait protégé le roi de FVance et les chevaliers contre ses propres soldats.

(4) Histoire de Lanfjuedov, [)ar DoM Vaissette, n. éd., t. IX, p. 113.

mâle, entre quinze et soixante ans, fut passée par les armes; une colonne détachée sur Vias dispersait les milices de Saint-Thibery, Loupian et Gigean, qui accouraient. Rien ne put protéger contre le terrible corsaire les navires français ; sous les remparts d'Aigues-Mortes, aux graus de Leucate et de Narbonne, de nouvelles prises s'ajoutèrent à une liste déjà longue (1).

La destruction de notre flotte ainsi achevée, Loria rextcrminateur se retourna contre les Angevins de Naples, qu'il écrasait dans une dernière l)ataille navale devant Gastellaniare di Stabia, le :24 juin 1:287. Philippe le Bel profita de cette absence pour organiser une nouvelle marine de guerre sous la direction d un homme actif et énergique, — son sobriquet en est le garant, — Simon Briseteste. Brlseteste, sénéchal de Carcassonne, devait appuyer les incursions du l'oi de Majorque dans le Lampourdan. Mais l'irrésolution de ce dernier, les démonstrations menaçantes des escadres aragonaise (juillet 1289) et sicilienne (1290) (2), la faiblesse de nos forces navales, empêchèrent tout engagement à fond. Le traité de Tarascon (3), sur ces entrefaites, nous ménagea un accommodement avec l'Aragon : il était tout au bénéfice des Angevins de Naples , vis-à-vis desquels Alphonse d Aragon promettait de garder une stricte neutralité. Philippe le Bel, au contraire, s'était engagé par une convention antérieure à secourir pécuniairement son cousin Charles II contre la Sicile (4). Il s'acquitta en nature.

Son cadeau ne fut autre chose que sa marine de guerre.

(1) MuNTANEU, cil. CLii. — Lecoy DE La Marche, les Relations politiques delà Fiance avec Majorque. Paris, 1891, in-S", t. I, p. 289.

(2) Histoire de Laufjuednc, nouv. éd., t. IX, p. 133, n. 4, 140, 144.

(3) 19 février 1291, entre Alphonse d'Aragon et Charles II, roi de INaples. Arcliives nation., J 587, p. 16.)

(4) Il promettait deux eent mille livres. 19 août 1290. (Archiv. nat., J 511, p. 8.)

GUKRHK D'ARAGON. 207

« Galères, huissiers, barges et tous autres vaisseaux, agrès, voiles, munitions, armures » que le roi possédait à Narl)onnc ou dans la sénéchaussée, sur un ordre de la cour (1), lurent consignés entre les mains du mandataire de Charles II. De plus, les sénéchaux de Beaucaire et de Carcassonne devaient délivrer chacun cinquante mille carreaux sans délai (2). Le commissaire angevin, Barthélémy Bonvin, de Marseille, qui se présenta pour prendre possession de la flotte royale, essuya un refus. «Je n'ai reçu aucun ordre, lui dit Guillaume Boccuze, viguier d'Aigues-Mortes (3), préposé à la garde des galères; le sénéchal seul a qualité pour vous satisfaire. » Il fallut s'adresser à Simon Briseteste, qui opéra le transfert (i).

Chose curieuse, Charles II ne semble avoir eu qu'un droit de jouissance sur ce matériel naval. Il le laissa en territoire français, sous la surveillance de deux de ses officiers, Barthélémy Bonvin et Pierre de Limousin, maître des comptes. L'arsenal, « tarsianatus, » de Narbonne, dont la clôture fut achevée en 1:294, avait pour recteur Pierre Bernuis, bourgeois de la ville, assisté de plusieurs gardiens pour les vaisseaux désarmés (5). Mais ce n'était plus qu'une succursale de Marseille. Le maître de l'arsenal de cette ville, Richau deLamagnon, plus tard amiral de Provence (6),

(1) Asnières, le jeudi avant la fête de S. Ernoul 1291. (BiM. nat., Doat, vol. 156, p. 9, copie.'

(2) Lettres de Charles II sijjniHant aux deux sénéchaux un niandeuient de Philippe le Bel. Aix, 18 novemljre 1291. (Jsaples, Archivio di Stato, /l'e^r. Ancjioini 57, fol. 8, let. 1 et 2.)

(3l Reg- Angioini 57, fol. 8, let. 1.

(4) Lettres de Charles II au sénéchal de Carcassonne, 24 niai 1291. (fiey. Angioini 10. fol. 92, let. 1; — Cadier, Essai sur l'adminislration du royaume de Sicile, p. 185; — Bibl. nat., Doat, vol. 156, fol. 10-11, copie portant la date du 23 mai 1291.)

(5) Compte rendu le 20 janvier 1294. [Reg. Angioini 63, fol. 257.)

(6) Garde de l'arsenal le 12 novembre 1293 (Reg. Angioini 63, fol. 16, let. 1; fol. 17, let. 4^; amiral des comtés de Provence et Forcalquier , 23 octobre 1296. (Reg. Angioini 88, fol. 126 v", let. 2-4. — Sur les Capi-

208 HISTOIRE l)K LA MAIUiNE FRA^ÇAISE.

réparait les bâtiments de guerre d'Aigues-Mortes et de Nar- ])onne, au même titre que ceux de Marseille et de Nice (1). Pareille organisation donne à penser que le roi de France avait voulu se décharger temporairement d un entretien coûteux, quitte à reprendre en temps opportun son dépôt. Nous verrons en effet qu'il ne tarda point à mander contre l'Angleterre ^e^ galères levantines et même les officiers nommés par Charles II.

Au moment où Philippe le Bel se défaisait de sa marine, les intérêts qu'il soutenait en Orient subissaient les plus graves échecs. Son lieutenant dans les « parties d'outremer» , Jean de Gradly, n avait pu rétablir à Tripoli l'autorité de Lucienne de Toucy, sœur du défunt prince d'Antioche. La galère française qu'il commandait, ainsi que trois bâtiments du Temple, de rHôpital et de Venise, chassés par Icscadrille de Benoît Zaccaria, s étaient repliés sur le dernier boulevard de la chrétienté en Palestine, Saint-Jeand'Acre (:2). A la conservation de Saint-Jean-d'Acrc, entrepôt du commerce asiatique, toutes les nations maritimes de l'Europe étaient intéressées. Aussi Jean de Grailly, pour cette cause internationale qu'il alla plaidera Palerme et à Rome, n'eut-il pas de peine à obtenir des secours : sept galères siciliennes (3) et vingt galères de Venise nolisées par le pape (4) vinrent renforcer les troupes de la gar-

tula de son office, le 4 octobre 1297, voyez Cadier, Essai sur l'administration du royaume de Sicile, p. 185.)

(1) Cerlilical fies dépenses faites par H. de Larnagnon. Aix, 5 janvier 1294. (iJcy. AnqioinI 67, fol. 256."*

(2) 1288. [Annales Januenses, dans les Monutnenta Germaniœ historica, S( liptores. t. XVIIl, p. 322.) — Roger de Loria, quatre ans après, dirigeait une expédition contre les feudataires français de la Morée, et pillait Corfou, Candie, Malvoisie. (Barthéleniv de INeocastro, ch. cxxi. — Nicolas Speciams, liv. Il, cil. XIX.)

•>) 1289. (Barthélémy de Neocastho, ch. cxui.'

(4) 1290-1291. Marino Sakudo, Sécréta JldcUum crucis, llh. III, par» XII, cap. XX, éd. Bongars, 229-231.)

<;i KHI! K DAIÎACON. .>(,<)

Ces mesures préventives se trouvèrent insuffisantes deviinl l'énorme déploiement de forces du Soudan ^lansour l"ii mars 1291, il s'ébranjait avec cent soixante mille hommes de pied et soixante mille chevaux. Il mourut avant d'arriver sous les murs de Saint-Jean-d'Acre , laissant à son Hls Khalil-Askraf l'honneur d'investir la ville et de dresser contre elle des batteries de grosses machines de p^uerre, des carahaga dont les lourds projectiles jetaient à terre des pans entiers de murailles, des tours même. Il faut lire dans l'ouvrajje presque contemporain de Marino Sanudo (!) la défense acharnée des chrétiens. Khalil-Askraf dut emporter un à un les dix-sept quartiers de la ville, qui formaicnl autant de forteresses. Une des colonnes musulmanes enleva la Tour Maudite et marcha droit sur les Pisans, dont elle renversa la barricade, près de San Romano ; ])ar la rue des Allemands, elle arrivait à San Rinaldo et en sal)rait les défenseurs. Une autre colonne attaquait la tour du Légal, sur le bord de la mer; arrêtée un instant par les chevaux de frise de la contrescarpe, elle franchit néanmoins l'cjbstacle et entra dans la ville. De ce côté, étaient postés les gens du roi de France avec Jean de Grailly et Othon de Granson : ils soutinrent énergiquement le choc de la cavalerie musulmane ; enhn, accablés par le nombre, leur capitaine Oraillv blessé, ils reculèrent les derniers et battirent en retraite (2) vers la tour des Mouches, pour s'embarquer sur la flotte ciirétienne (3). C'était le 19 mai 1291, cent ans après la

(1) Sanudo coininença en 1306 la rédaction de ses Sccrela fidelium crucis.

^'2) Clironuiue d' Ainadi, l'd. Ii. de Mas-Latrie dans les Documents iitcdiix, p. 224.

•Î! Cf. le plan de S.-Jcan-dWcre par Sanudo ^BiM. nat. , nis. lat. 4939, fol. 8; reproduit dans V Haiid atlas de Sprlxer-Menke, pi. 85\ — La miniature d'un ins. du British Muséum (Additionnai nianuscript 27695, fol. 5 : xiv' siècle) représente S.-Jean-d'Acre et peut-être la scène mèuie de la retraite des croisés. Autour de la ville forte, des cavaliers massacrent des fuyards qui se jettent à la mer pour gagner quatre ou cinq galères hal-

•^10 mS'l OIliK 1)1. 1 \ MARIM. FRANÇAISE.

prise de SainKlean-ilAore par Philippe- Auguste el Richard Cœur de Lion. Sur la Syrie tout entière, le Croissant flottait victorieux.

tant pavillon croisé. Au large, croisent deux naves de guerre. C'est la miniature, du reste, qui Hgure le mieux les proportions relatives entre les naves, courtes et hautes, et les galères. longues et basses de bord.

DERNIKRE F.XPKDITION FRANÇAISE CONTRE l'e.MPIRE d'oRIENT.

La perte de SainL-Jean-crAcre, supprimant tout eontact avec l'Orient et par suite tout point d'appui pour une croisade future, déterminait de plus une crise économique en Europe. Habituée aux épices de l'Inde et aux étoffes soyeuses du Levant, la société ne pouvait renoncer à ces raffinements du luxe auxquels l'interdiction de commercer avec les Infidèles donnait l'attrait du fruit défendu. Croisade ou commerce ! double proljlème, pour la solution duquel hommes d'Etat, hommes d'Eglise et marchands longtemps débattirent leurs avis, les uns mitigeant de considérations militaires et de motifs commerciaux l'exaltation religieuse des autres.

Mais déjà Venise, maîtresse d'un quart et demi de l'empire byzantin, avait trouvé à ces préoccupations un dérivatif, en greffant sur la croisade la question d'Orient ; comme jadis, elle sut détourner nos efforts vers Constantinople, objet de ses convoitises. Il lui fallait un prétendant pour l'opposer au basile grec (2). A la cour de France, on

(1) On appelait Romauie l'Empire d'Orient.

(2) En 1281, la République promettait au prétendant Philippe d'armer 15 galères contre l'Empire d'Orient si lui-même en armait 15 autres et 10 térides. (Marin, Storia ciel comnierclo de' Veiieziani, t. \"I, p. 305.)

•212 HISTOIRK l>E f.A M A H I .\ K FRANÇAISE.

8C prit à considérer la conquête de Constantinople comme une opération « préparatoire et moult nécessaire pour le passage d'outre-mer (1) " .

Le frère du roi, Charles de Valois, héritier par sa femme, Catherine de Courtenay, du dernier empereur latin, s'offrit à subir l'ascendant de la répuldicpie marchande.

Après divers pourparlers (2), les deux parties contractantes arrêtèrent d'armer, à frais communs, douze galères, et, aux dépens de Charles de Valois, tous les bâtiments équipés en sus (3). Le matériel naval, ac(juis à cette occasion par le prétendant, fut confié aux soins de Pierre le Riche, sous-doyen de Chartres, plus tard remplacé par Pierre d'Erhouville et par Jacques du Cauroy, qui organisèrent à Venise un arsenal temporaire.

L'expédition de Romanie s'engagea d'une façon mesquine et maladroite. Charles envoyait, pour reconnaître les lievix, le grand-maître des arbalétriers, Thibaut de Chepoy (4), avec une soixantaine de volontaires (5) ; par un manque de tact politique, il lui adjoignit bientôt l'amiral Renier Grimaldi, un Génois, que sa nationalité même rendait odieux aux Vénitiens (6). La république formula en effet de telles plaintes qu'il fallut remercier (4rimaldi, l'un de nos meilleurs amiraux (7).

(1) Archives iiat., J 411, n" 42.

(2) Archives de Venise, Eegesti dei commemoriall, t. I, fol. 126 et s., impr. par Predelli, Regesti dei comiuemoriali.

(3) Traité du 19 décembre 1306. (Archives nat., J 492, p. 2, Dei.aville Le Roulx, la France en Orient au Xiv" siècle, Bibl. des écoles de Rome et d'Athènes. Paris, 1886, in-8", t. I, p. 45.)

(4) Chepoy était du diocèse de Beauvais — Chepoix, Oise, arr. de Beauvais, cant. de Breteuil. — Sur Thibaut de Chepoy, voyez l'article de M. Joseph Petit dans le Moyen âge, t. X, p. 224.

(5) Payés 15 sols s'ils étaient chevaliers, 7 sols 6 deniers s'ils étaient écuyers. Cette solde quotidienne s'élevait à 30 sols pour Chepoy. (P. Anselme, Histoire généalogique, t. VII, p. 739.'

(6) L'amiral partit de Paris en septembre 1307.

(7) Lettre du doge à Charles de Valois (mars 1308 ou antérieur). ^^ Archives de Venise, Regesti dei commemoriali, t. I, fol. 124.^

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