‹ Histoire de la marine française (volume 2)Chapitre 29 sur 72 · I.A MAlilM'; DKS ClidlS.vni'S. . · texte numérisé non relu

I.A MAlilM'; DKS ClidlS.vni'S. .

papillon au mât de proue, majeure, dolon ou papillon ;ui mat du milieu (1), lui donnait une mol)ilité supérieure (i). La selandre (:î) du temps de saint Louis, analogue au busse, était aussi en grande faveur.

Aux immenses transports, les croisés de quelque expérience préféraient les naves moyennes u plus expéditives » pour serrer la terre (4). On est même surpris des faibles dimensions des deux bâtiments génois construits pour Tusage de saint Louis, — trente et une coudées de longueur en carène et cinquante coudées de i^ode en rode, c'est-à-dire de l'étrave à l'étambot; quinze mètres dix de longueur de quille, ce n'était guère pour un deux- ponts aménagé de façon à contenir, outre les passagers, cent stalles à chevaux (5).

La plus grande des naves vénitiennes offertes à saint Louis (0), la Roche forte, était longue de cent dix pieds de l'étrave à l'étambot, de soixante-dix en carène, et large de quarante et un pieds au maître bau, à la bouche disaient les Italiens pour désigner l'endroit où le navire était le plus ouvert, le plus large; la hauteur totale, sensiblement égale à la largeur, trente-neuf pieds et demi, se subdivisait ainsi : cale, premier et deuxième ponts, pont coupé ou corridors et bastingages. La jauge était d'environ cinq cent cinquante tonneaux; il y avait cent dix hommes d'équipage. La Rocheforte s'était illustrée quelques années auparavant dans un

(1) Capilolare Nauticum de Venise, 1255. (Jal, Archeol. nau., t. II, p. 250.)

(2) Un busse pisan, en 1204, a même 80 rames. (Meyck, Genua und seine Marine, p. 91.)

(3) Loojjue de 41 coudées, 19™, 97. (Jal, Pacta naulorum, t. II, p. 67.)

(4) Franc. 9201, fol. 239 ; Son{;e du vieil pèlerin.

(5) Le mât du milieu était un peu plus petit que le mât d'avant, louf; de 51 coudées. 26 novembre 1268. (Jal, Pacta naulorum, Documents hist. inédits, t. I, p. 516, 537.)

(6) Jal, Mémoires sur les vaisseaux ronds de saint Louis, dans l'Archéologie navale, t. II, p. 347. Il publie et commente avec une autorité magistrale les « Contractus navigii domini régis cuin Venetis » de 1268.

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iiisTOiHF. ni; r.A marine française.

conil)at naval : elle avait alors cinq cents hommes à son bord (l).

Pour concilier les nécessités de la défense avec le con-

KAVE GENOISE AVEC GALERIE DE COMBAT ET COUVERJiAlL LATERAL.

(Fin (lu xiv'' siècle.) liibl. liât., lus. nouv. ni-i|. latin. 1078. fol. 87.

fort, les constructeurs avaient imaginé, comme moyen

(1) Annales Januenses, anno 1263. — Capjiaxy, Memorias Itistoricas sobj-e la marina, comercio y aitcs de Barcelona, t. I, p. 40. L'auteur cite (le nombreuses naves pisanes, catalanes, V(^'nitiennes qui portaient de 4 à 900 honinies chacune. Une ordonnance catalane prescrivait un équipage de cent hommes pour mille passagers. (Pardessus, Lois maritimes, t. V, p. 420 )

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terme, de transformer les châteaux d'avant et d arrière en logements étages que protégeait une galerie de combat, le hellalorium, située eu porte-à-faux derrière le Paradis (l). Le Paradis, au rez-do-cliaussée du château de poupe, était la chambre de parade du vaisseau, le salon d'honneur. 11 était surmonté de deux étages également logeables, le hannum et le siiperbatmiun vénitiens, le caslel/nw et le suiicrcastellutn marseillais ou génois : une simple toiture de toile couvrait Tédibce. Du château d'arrière au château d'avant, on communiquait par des pf)nts étroits, des corridors protégés par des bastingages {"1). Toutes ces dispositions des navires du xiii^ siècle, assez difhciles à reconnaître dans les miniatures du temps, qui manquent de perspective, s observent mieux dans les miniatures des xiv^ et xv° siècles (;i). Ainsi voyez-vous dans une miniature espagnole du xiv^ siècle comment on montait de la galerie de combat au sommet du château d'arrière par un escalier très raide, et comment les gabies des deux mâts étaient évasées et munies d'un rebord pour arrêter les flèches tirées de bas en haut (4).

En comparaison des étuves mal aérées aux recoins sombres, où s'entassaient les chrétiens d'Occident, les transports d'Extrême-Orient étaient des bateaux de fleurs. Le Vénitien Marco-Polo nous apprit à les connaître, ce qui nous aurait

(1) Voyez ci-joint le bellatorîum d'une nave génoise de la fin du xiv'' siècle : il est établi en porte-à-faux, au-dessous du cliàteau d'arrirrc. (INouv. acq. lat. 1673, fol. 87.)

(2) « Contractus... cuni Venetis. » 1268. (Jal, Archéologie navale, t. 11, p. 355.

(3) Comparez la miniature d'une nef du xui'' siècle, gravée dans le Geoffroi de VUlehaiclouin, de M. de Wailly (p. xx), avec la gravure du xv' siècle du ms. latin 6142, feuillet de garde. La première, qui ne tient aucun compte des proportions relatives des objets, n'indique que le profil du bâtiment. La seconde montre les dispositions intérieures du pont.

(4) Au sommet du château d'arrière, d'étranges croissants en Ijois sont fichés, souvenirs sans doute de l'aplustre latine. Le luàt d'arrière est grée à la latine. La miniature est reproduite dans DuRO, Marina de Castilla. Madrid, 1894, in-8», p. 167.

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permis, dès lors, d'accroître la rapidité et la sécurité de la navigation : la rapidité, par la multiplication des mâts; la sécurité, par la division de la cale en cloisons étanches. Mais les Chinois gardèrent leur avance : ce dernier progrès, il n'y a pas un demi-siècle que nous l'avons réalisé! Les quatorze grandes jonques qui ramenèrent Marco-Polo depuis les mers du Céleste- Empire jusqu'à Ormuz en Perse (I) offraient le maximum d'élégance et de solidité qu'on pût alors rêver. Avec quatre et parfois six mâts, elles marchaient à grande allure sous l'impulsion de douze voiles; en temps de calme, elles se faisaient remorquer par leur grosse l)arque, pendant que les deux à trois cents hommes d'équipage s'aidaient des avirons. Revêtues chaque année d'un bordage nouveau, elles défiaient les naufrages, grâce à leurs compartiments étanches qui localisaient la blessure. Sur le pont, chaque passager ayant sa cabine ne manquait ni d'air ni de liberté. Et cependant... des six cents compagnons de Marco-Polo, il n'en restait que dixhuit quand l'escadre chinoise toucha Ormuz.

Les bâtiments mixtes, à rames et à voiles, en usage dans la Méditerranée, avaient généralement une destination militaire. Ils faisaient partie des flottes de guerre; armés en marchandise, ils avaient assez d'agilité pour échapper à la poursuite des pirates. Les variétés byzantine et arabe de la galère latine, le Chat {^2) et la Taride{^), évoquent parleur

(1) 1295. (Marco-Polo, éd. PaïUhier, prologue, ch. kviii.I — Cf. les témoijjnafies loncordants d'Ibn-Batouta, INiroIas Conti et frère Giordano, cités par Vecchj, Storia générale délia marina militare, 2" éd., t. I, p. 200.

d) Guillaume de Tyr le définit un navire armé de l'éperon, un peu plus {irand que la galère et manœuvré par deux rents rameurs, à deux par rame. (Belli sacri historia, 1. XII, p. 22.) — « Galea mea... oui dicitur gâta. » (Desimoni, Actes passés Cl Famagouste, apud Revue de l'Orient latin (1893), p. 337.)

(3) Arabe tarit, « rapide » . — Elle avait de 112 à 120 rames, 2 mâts, 18 cannes de long, 15 palmes de hauteur en poupe, 7 palmes 1/2 de cale. (Archives de INaples, Reg . Angioini, ann. 1267, t. I, fol. 224.)

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nom et leur étymolojjie l'iiua{T;e de croiseurs rapides. La seconde, nuil^ré une façon semblable au modèle des galères, « ad modum galearum, d n'avait point cependant la sveltesse de sa rivale (l), ce qui lui valait souvent d'être reléguée au rang de transport, démunie de rames avec un équipage restreint à vingt-cinq hommes (2).

Les navires éclaireurs sont de légers l>àtiments plus petits que la taride : les Galiotes équivalent, comme équipages, à une demi-galère, les Lins (;i) à un quart, et les Sogettes (i) partent comme des flèches avec un équipage de cinquante à soixante hommes, pour découvrir l'ennemi. Les galères huissières suivent lourdement avec les destriers de bataille embarqués dans leurs cales. Elles devaient le nom d'Huissiers ou Toforées (5) à l'huis dont elles étaient percées [titans for a taé) à l'arrière. Certaines naves avaient également une porte, « enl)Ouchée aussi comme l'en naye un tonnel, " et impossil)le à ouvrir durant la traversée, car elle était au-dessous de la ligne de flottaison (6). Les taforées n'avaient pas le même inconvénient. De faible tirant d'eau. Il deux ou trois paulmes, » et manœuvrées par vingt ou trente rames, elles abordaient facilement les plages les plus basses : leur porte était assez haute pour que les gens d'armes pussent la franchir u montez sur leurs chevaidx dedans

(1) Annules Jamienses, dans les Mon. Germ. hist., t. X.VIII, p. 204, 305. — Liber Jurium, t. II, p. xxxix. — Statuta Massiliœ, liv. VI, chap. xxxni.

(2) M. Sanudo, Liber secretorum fidelium crucis, 1. II, eh. i\ , p. 6. — Syllabus mernbran. reyni Siciliœ, t. I, p. 252.

(3) Alphonse le Saoe, Ims siete Partidas, part. 2*, t. XXIV, ley. 7. — Le Lin dit de Rouianie avait 50 goues (24", 36) de long, 40 marins et 10 mousses. (^Informationes Massilie (1316), dans V Annuaire-Bulletin de la Soc. de l'Hist. de Fr. (1872), p. 255.)

(4) Archives de Gênes, Archivio notarile Bartholoniœi de Furnariis (1248), can. xiii, fol. 64.

(5) Dom Pero JNino, qui visita l'arsenal des rois de France à Rouen en 1405, appelle taforées les {galères liuissières de l'arsenal, ce qui prouve l'identité des deuxj'enres de vaisseaux.

(6) .ToiNviLLE, éd. Francisque Michel, p. 40.

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le vaissaul, la salade en la teste et la lance ou poing et sans nul destourhier comme en ung movement " . S'ils étaient serrés de trop près parFennemi, ils rentraient « tout à clieval dedens la tafforcsse ", qui appareillait immédiatement (I).

Le Galion et la Frégate., dont les destinées devaient être si brillantes au xvr et au xvii siècle, n'étaient encore que de modestes bâtiments à rames. Le premier servait de porteur d'ordres dans chaque division de fjalères (2). Quant à la frégate, d'où venait-elle? Que signifiait son nom? Nul ne le sait. Jal a risqué une étymologie grecque de haute fantaisie, aphracte, c'est-à-dire u la démvinie " , mais sans trouver aucun texte à l'appui (3). La frégate était bien plutôt un bâtiment de plaisance dont le nom doit être rapproché de régate (4).

A travers les multiples métamorphoses des bâtiments du moven âge, il est possible de retrouver une loi qui en est comme le fil conducteur. C'est la tendance à gréer exclusivement en voiliers les bâtiments à rames et à réduire par là les frais de manœuvre.

La Galère elle-même n'échappa point complètement à cette loi économique. Pour les voyages en Ponant, on élevait parfois ses bordages, ses bandes, de façon à en faire un vaisseau de haut bord et à réduire des deux tiers son équipage (5).

C'était là une exception, je me hâte de le dire, et, avec

(1) Franc. 9201, fol. 239 v°.

(2) Heyck, Genua und seine Marine, p. 74-75.

(3) Jal, Archéoloc/ie navale, t. I, p. 459.

(4) « Gouio se (lie legnir do aragate aparechiade de 50 remi. » 14 septembre 1318. (Archives de Venise, Patroni e proveditori aW Arsenal, vol. 5, capitolare dalle parti, art. 46.) — Frégate de la reine Jeanne en 1362. (Du Gange, Gloss. mediœ latin., art. Fregata.)

(5) Statut génois de 1340. (Jal, Arcliéoloi/ie navale, t. I, p. 373.) — Une galère marseillaise est montée de 35 marins seulement pour le voyage sur lest de Marseille en Sardaigne, 1248. (Louis BLANCAnD, Documents sur le commerce de Marseille, t. I, p. 335.)

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l'étal normal de la galère, nous abordons Tune des questions les plus épineuses que présente Tarchéologie navale, la disposition des multiples rangées de rames sur les navires d'assez fort tonnage. Ce n'est point que les solutions manquent, et, de prime abord, il faut en écarter une. Que les mots birème, trirème, viennent de ce lait(juc chaque aviron était manié par deux hommes ou par trois, l'hypothèse est inadmissible; car nous trouvons au moyen âge des galères armées de cinq vogueurs et des galéasses de sept hommes par aviron, sans que jamais il soit question de quinquérèmes ou d heptarèmes. On disait simplement que la galère était munie de tcrcerots, quarterots, quinterots. .. c'est-àdire d'un troisième, quatrième, cinquième vogueur par banc : le chiffre n'a rien d'étonnant, quand on songe au poids et à la longueur de la rame, lourd instrument de quarante pieds de long qu on ne pouvait saisir et manœuvrer qu'au moyen de manilles. L'avii'on reposait en équilibre, treize pieds en dedans, le double en dehors, sur la longue tringle de bois qui ceinturait les flancs du navire, sur Vapostis. Il pivotait autour d'un 5ca/me d'arrêt auquel l'attachait une cstropc de cuir ou de corde. Dans ce système de vogue, universellement adopté à partir du xvi' siècle, il n'y avait qu'une rame par l^anc et plusieurs hommes par rame. La règle commune, au moyen âge, était au contraire d'accoupler deux ou trois rames par banc, les unes re})0sant sur l'apostis, les autres sur le plat-bord (1). Mais au delà de trois rames, bien que Marino Sanudo assure qu'il n y aurait aucune difficulté à en border quatre ou cinq, la vogue eût été difficile; la galère aurait dû être fort allongée, car le banc se serait rapproché de la parallèle à l'axe, et les 40 mètres 63 de long, que mesuraient les plus grandes

(l) Nolis d'une galère génoise « cum remis necessariis ad remigandnm ad planum et aposticium « , 1248. (Archives de Gènes, Archivio notarile Bartholomiei de Furnarii» (1248\ can. xin, fol. G(j.}

{^{alères (1), n'auraient pu suffire à contenir, déduction faite des plates-formes de poupe et de proue, vingt-quatre à vingt-neuf bancs de chaque bord.

Certains érudits, forts de quelques textes des écrivains latins et byzantins, ont prétendu, il est vrai, que les bancs pouvaient être superposés en deux étages. Pour le moyen âge, je ne vois guère qu'un texte du xir siècle à l'appui de leur thèse, et encore faudrait-il s'entendre sur le mot statio^ que j'interpréterai par étage.

Maîtres du pont d'une galère chrétienne, les Turcs cherchaient à emmener leur prise : l'équipage, réfugié à l'étage inférieur, faisait force de rames en sens contraire. C'était un poignant spectacle que de voir la galère poussée çà et là, tantôt en avant, tantôt en arrière, par des hommes qui luttaient pour la liberté. Enfin, les chrétiens l'emportèrent (2).

Le même narrateur, croisé anglais de la suite de Richard Cœur de Lion, entame sur la disposition des rames dans l'antiquité et sur la stratégie navale vnie dissertation des plus instructives. Mais c'est en grande partie un plagiat d'un écrivain romain de la décadence, Végèce :

(i Puisqu'il est question de marine, disons vni mol de la flotte de guerre, telle que l'ont comprise les anciens et que la conçoivent les modernes. Dans l'antiquité, les navires avaient un bien plus grand nombre de rangs de rames, les unes très longues, les autres })lus courtes, suivant l'étage d'où elles fouettaient les ondes. .. Les bâtiments de guerre, autrefois emportés sur l'eau par six rangées de rameurs, en ont aujourd'hui rarement plus de deux. Ces birèmes que les anciens appelaient liburnes (du nom d'un rivage de l'Adriatique réputé par ses pirates), nous les appelons

(1) Mmi^o Skvvvo, Libei sccietoiuin Jideliuin crticis, part. IV, liv. II, ch. V. — Jal, Glossaire nautique, p. 33, 746; Archéologie navale, t. I, p. 252,271.

(2) Itinerariutn peregrinorum el f/esta re/jis Ricardi. auctore Ricardo, canonico S. ïrinitatis Londoniensis, éd. Stubbg, t. I, p. 82.

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galères. Longue, grêle, peu élevée, la galère porte à la proue un morceau de bois solidement fixé, le calcar. (jni transperce les bâtiments ennemis. Munis d'un seul ranp di; rames et moins longs que la galère, les galions sont plus légers à la course, évoluent plus facilement et sont plus aptes à lancer le feu grégeois. Au moment du comijat, les nôtres forment leurs batailles en lignes cour])es et non en lignes droites, afin d envelopper l'ennemi s'il tente de fuir. Tandis que les ailes se recourbent en demi-lune, les galères les plus fortes disposées sur le front de bataille soutiennent le choc. Tout autour du pont supérieur, les boucliers se recouvrant en partie l'un l'autre forment une enceinte. Les rameurs de l'étage inférieur restent seuls à leur poste, on laisse libre le pont afin que les soldats puissent combattre plus à l'aise (1). "

Voilà donc, d'après le grand maître d'armes et de chevalerie Végèce, les principes fondamentaux de la tactique navale. Nous en avons vu l'application désastreuse à la bataille de Rosas. Dégagés du formalisme minutieux de Léon le Philosophe, ils furent condensés en dix courtes formules qui restèrent jusqu'à la Renaissance le décalogue des marins d'Occident. Ils servirent de manuel aux croisés (2); Gilles Colonna, précepteur de Philippe le Bel, les enseignait à son élève (3) ; ils se transmirent de génération en génération à Charles Y, Christine de Pisan nous en est le garant (4) ; Vincent de Beauvais les vulgarisa ;

(1) liinevarium peregrinorum et gesta régis Ricardi, auctore Ricahdo, canonico S. Trinitatis Londonieiisis, t. I, p. 80-82. — Cf. Végèce, De re militari, liv. IV^, p. 34.

(2) Historia Hierosolyinituna, dans lîuKCAtis. Gesta Dei prr Francns,

(3) De regiminc priiicipuin, p. m, cliap. xxii. Dis 1288, il était liaduil du latin en français et du fiançais en toscan. (Cf. Del rcggimento de' Priiicipi dî Egidio Romano [Colonna était de Rome] volgarizzamento trascritto nel MGGLXXXVIII puhhlicato per cura di Fr. Coraz/.ini. Firenze, 1858, in-8°, p. 312.)

(4) Le Livre dei fais et bonnes meurs du sage roy Charles, liv. II

266 HISTOIUK DE LA MARINE FRAINÇAISE.

Priorat de Besançon les traduisit; l'amiral Jean de Bueil, au w" siècle, ne trouvait rien à y ajouter dans son traité du Jouvencel (1), et l'un de ses successeurs, l'amiral Louis de Bourbon, avait comme livre de chevet une traduction commentée des stratagèmes de Frontin avec des extraits de Végècc en appendice {"2) .

Le décalogue était des plus simples :

1. Sur l'ennemi, lancez de la poix, de la résine, du soufre, de l'huile, « tout ce conHt et enveloppé en cstoupes " enflammées ;

2. Par vos «cspiesfli) » en mer, sachez quand l'adversaire sera II despourveu » ;

;î. Poussez-le à la côte et tenez le large ;

4. Suspendez au mat une poutre ferrée aux deux bouts, qu un engin manœuvrera comme un bélier;

5. Avec de larges flèches, trouez les voiles de l'ennemi ; (). Goupez-lui les cordages avec une faucille emmanchée;

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