‹ Histoire de la marine française (volume 2)Chapitre 31 sur 72 · LA MARINE DES CROISADES · texte numérisé non relu

LA MARINE DES CROISADES

vendent moult chiercment plus que l'on ne fait l)on vin (l) )> , marque comme le plus sûr critérium le développement progressif de la stratégie.

Le duel engagé dans les mers byzantines entre la cuirasse et le siphon à feu se poursuivit en Sicile, où, nous avons vu, à la bataille navale de Palerme livrée aux Sarrasins (1071), les Normands se pavoiser de tentures en feutre ; les Vénitiens, cent un ans après, agissaient de même en ayant soin d'imbiber de vinaigre ces étoffes de laine. Lorsque la guerre des Vêpres siciliennes éclata, Pierre 111 d'Aragon fit doul)ler extérieurement de cuir deux grands vaisseaux qu'il envoyait contre Charles d'Anjou ; car il fallait neutraliser l'effet du feu silvestre lancé j)ar de petites cannes de fer, cannuculœ, dont le canon, cannone, ne fut, mot et chose, que l'augmentatif. Pierre IV étendit à toutes les nefs aragonaises de deux ou trois ponts l'obligation de porter cuirasse, d'être encuyrades.

Si les navires de guerre de la flotte française du Ponant ne portèrent pas de cuirasse, c'est qu'au moment où les pots à jeter feu commencent à figurer parmi les projectiles de l'arsenal de Rouen, en 1338 (:2), l'introduction simultanée du canon rendit presque illusoire contre la perforation des boulets un blindage en cuir. A vrai dire, les amiraux de Philippe de Valois et de Charles V, non plus que leurs adversaires, n'usèrent pas communément du feu grégeois. Si l'amiral Jean de Vienne, assailli dans le canal du Zwyn par une flotte anglaise en 1385 (3), la menace et l'éloigné grâce à ses tubes à feu, nos marins préféraient comme projectiles les pots de savon et les vases de chaux

(i) L'Imatje du monde, ms. exécuté pour le chancelier Guillauuie Flotte, père de l'amiral de Philippe VI. (Franc. 574, fol. 82.)

(2) Lacabane, la l'oudre a canon, dans la Bibliotlièque de V Ecole de Chartes, t. VI, p. 36.

(3) Pièce publiée par TKimiEn de Louay, Jean de Vienne. Paris, 1878, in-8", Appendice, n" liO : <> Cent fers a gelter feu. »

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(jui facilitaient l'abordage. L'art de lattaque et de la défense navale se perfectionna plus lentement au Ponant que dans la Méditerranée, qui resta durant le moyen ùge le centre du progrès.

Les grands bâtiments encuirés du Levant offrent avec nos cuirassés modernes cette autre analogie qu'ils sont escortés chacun de navires plus légers, galère et Ijarques, pour prendre langue, fouiller les havres et écarter les brûlots (I). Et à povisser plus loin la comparaison avec nos flottes actuelles, il serait facile d'assimiler aux canonnières les Barbotes^ « vaisseaux couviers de cuir en tel manière c'on les menoit bien priés de tière ; et si avoit arbalestriers dedens, et si cstoient les fenestres par où il traioient hors. " Inventées par Conrad de Montferrat ou du moins construites par son ordre durant le siège de Tyr (1 187), les barbotes causèrent hcaucoup de mal aux Sarrasuis, qui ne les pouvaient approcher ni en galères ni en vaisseaux (2). Soixante-dix d'entre elles forcèrent l'entrée du Nil en 1:218 (;ij.

Les croiseurs du temps, les galères, étaient formidablcis ment armés pour l'attaque. S ils n'ont pas les lourdes machines réservées aux gros voiliers, béliei's de bois ferrés du bout qu'on laisse tomber du haut de l'antenne sur l'ennemi et espringales qui lancent des garrots empennés d airain, ils ont une artillerie légère très fournie tout le long des bordages. Derrière la pavesade, entre les bancs, luisaient les arbalètes, que remplacèrent dès le xv^ siècle de légères bombardelles fixées au vibord et mobiles sur une fourche de fer (4), telles qu on les voit au musée de marine sur le mo-

(1) Annales Jaimenses, années 1195, 1209, 1210, 1211, 1216, etc. {Monum. Gcnn. hisl., t. XVIII, p. 111, 125, 120, 128, 129, etc.) ■ (2! Chroniniic d'Ernoul et de Bernard le Trésorier, éd. de Mas-Latrie,

(3) Makrîzi, dans Reinaub, Extraits des lilslorieiis arabes relatifs aux guerres des Croisades, p. 390.

(4) Fabek, t. I, p. 120 [ci. chapitre .suiv. '. Les Vénitiens semblent avoir été les premiers à réaliser ce progrès, \y\ Stolononiie, dédiée au roi de

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