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(Biljl. uat., iiis, franc. 103, fol. 1 : xv» siècle.)
l'usage des " nacaires, tabours et cors sarrazinois ", que Joinville remarquait déjà sur la galère de Jean d'Ibelin,
Passages d'Outremer, de Sébastien Mamerot. — Ms. fran(;. 261, fol. 1, miniature du début du xv'' siècle.
(1) Mandement du capitaine d'année navale Robert de Houdetot. Rouen,
LA MAIUM-: DKS CKOl S A DKS. 269
comte de Jaffa (1). Un demi-siècle plus tard, sur la Hotte française engagée à Ziericzée, on entendait u clairain n sonner,
Tabours croistrc, corz bomionner, Flagiex piper et trompes Ijraire (2).
La cour des rois de France ne dédaignait point d'entendre les (ijoueux de ])asteaux (;i) " ; et, à vrai dire, l'orchestre royal n'était pas mieux fourni (i) que la fanfare des Hottes de guerre.
Il y avait trois ou quatre ménestrels à I^ord de la nef amiraie (5) ou de la galère capitane, et nous aurons lieu de nous demander (6) quelle action ils pouvaient exercer sur l'àme des marins.
Durant les croisades et jusqu'au XV siècle, les rameurs, les galiots étaient des hommes libres, des honnevoglie. Mais leur vie était si dure et les pénalités corporelles dont on les frappait si effroyables qu'ils s élevaient peu au-dessus de la bestialité dépeinte par le P. Faber chez les galériens du XV siècle. Nus jusqu'à la ceinture, le dos meurtri par le fouet des comités, essorillés parfois pour tentative de désertion (7) et amputés d'un pied en cas de récidive (8), les
15 juillet 1340. (Pièces orij;., vol. 1537, doss. Houdetot, p. 2. Cf. plus ba.s le fhapitre sur les débuts de la guerre de Cent ans.)
(1) JOINVILLE, p. 50.
(2) 1304. (Guillaume GuiAnr, la Branche des royaus lignages, dans les Historiens de France, t. XXII, p. 272, 273, vers 1854 1 et 1859 2-3.)
1^3) Don de Charles VI à « certains joueux de basteaux " . Gisors, 10 juin 1387. (Clairambault, reg. 216, fol. 9761.)
(4) Franc. 21451, fol. 273, 277 v».
(5) En 1347, Charles de Grimaldi. (Franc. 25698, fol. 139.) — En 1356, l'amiral flamand de Buuk a trois ménestrels. {Bull, de la commission roy. de Belgique, 1887.)
(6) Lors du siège de Calais.
(7) La coutume était de couper l'oreille droite aux marins déserteurs, pendant qu'une sonnerie de trompettes couvrait leurs cris de douleur, Ex. de 1365. (MachÉhas, Chionique de Chypre, éd. Sathas, p. 75.)
(8) Constitution donnée en 1282 par Frédéric I", roi de JNaples et de Sicile, ch. xxix; la première désertion, en ce code, était punie de la prison. (Jal, Archéol. nav., t. Il, p. 328, n. 4.)
malheureux sont comme ces bétes de somme qui tirent un pesant fardeau : plus elles peinent, plus on les excite et plus on les frappe; l'aiguillon, les menaces, les coups, tout est bon pour les atroces conducteurs de ces attelages humains, ^uit et jour sur leur banc, qu'il pleuve ou qu'il fasse une chaleur torride, les rameurs y mangent, y dorment, V jouent, y travaillent : quelques-uns exercent la profession de tailleurs, de cordonniers ou de blanchisseurs. Les plus honnêtes, préposés aux autres comme gardiens, veillent du côté des portes d'entrepont, que les rameurs ont défense de franchir (1).
La raison en est bien simple. Les vols étaient fréquents. Portez votre argent sur vous, conseillait-on aux pèlerins, ne le déposez jamais dans la cassette de votre cadre : étoffes, lacets, chemises disparaissent, soustraites par quelque voisin qui s'est pourvu ainsi per phas et nephas de vêtements de rechange indispensables (2).
Richard Cœur de Lion, durant la croisade de 1190, essaya de réagir contre la honteuse coutume, en déclarant que tout voleur surpris à bord de sa flotte aurait la tête tondue, enduite de poix et couverte de plumes, et qu'il serait abandonné en cet état sur le prochain rivage. Le code norvégien de 1274(3) reproduisit la clause avec cette addition que le coupable traverserait les rangs de l'équipage et recevrait de chacun un coup de bâton.
L habitude des coups, l'habitude u abominable " d'être " piles et robes par les soudoyers et propres aubalestriers de la navc " détendait chez u les povres maronniers " tout ressort moral (4). Aussi n'est-il point surprenant de voir avec quelle passivité résignée tous les marins de
(1) Faber, t. I, p. 126 : Cf. plus bas.
(2) Fabeii, t. I, p. 144.
(3) Biarkeyar-Rett, ch. i.xx; cf. Jal, Archéologie naualc) t. II, p. 110.
(4) FuiLU'i'E DE Maizièkes, fr. 9200, fol. :j12 v».
LA >1AUI\E DKS CUOlSADliS.
l'équipage de Joinville apostasient la foi chrétienne (1).
Dans sa conception idéale du gouvernement de la cité antique, Aristote n'accordait (|u'une place des plus restreintes aux marins. Son traducteur français, Nicole Oresme, renchérit encore sur le contraste peu flatteur entre les bourgeois et les marins : » Gens qui sont partie de cité, sont raisonnables et ordrenables à vertu et obéissans aux loys et aux princes. Et gens de mer sont communelment orgueilleux et mal ordenables aux vertus morales. Et pour ce n'est pas sceure chose qu'il aient auctorité en la policie, car ilz sont enclins à rébellions et à commotions (:2). 1) Il reste bien entendu qu'Oresme songeait aux levantins et non à ses compatriotes normands.
Les marins, du reste, chaussés d' escarpins de laine et coiffés d'un bonnet à oreilles ou d'un capuchon, ne payaient pas de mine en temps ordinaire, c'està-dire en dehors des revues ou Rameurs. — Passai^es d'Outremer.
,. r 1 Bibl. liât., ms. flanc. .î.S'Ji. fol. -211.
montres d armes. Leurs cabans
de gros drap et leurs jaques de bougran n'avaient guère de valeur. Ln matelas une couverture et un tapis par homme formaient toute la literie de l'équipage. 8i vous cherchez un signe de la richesse relative de chacun, sachez que le patron avait quatre paires de culottes et ses rameurs seulement deux paires de " chaulées marines » de grosse toile avec deux camisoles de drap (3). En tenue de ville, le patron avait
(1^ JoiîiVILLE, p. 100.
(2) Traduction et glose de la Politique (C Aristote, par Oresme, iiis. franc. 22499, fol. 190.
3 Stolonomie : « habitzde forsaires. « (Franc. 2133, fol. XXVI-XXVII. — Ordonnance d'Henri II, 15 mars 1548.) C'était le ba{»age des forçats,
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peut-être grand air avec ses fourrures de peaux de lapin, une culotte de soie, le sifflet d'argent sur la poitrine et le ventre sanglé de la courroie de cuir où pendaient des tablettes pour écrire, une bourse, un encrier et des plumes en roseau. Celuilà commandait un petit navire marchand ; et on s'explique ainsi qu il se soit affublé des insignes habituels de l'écrivain, dont il remplissait les fonctions. Mais en grande tenue de combat, sous la cuirasse couverte de soie dorée, les officiers de marine étaient autrement imposants, au milieu de leurs hommes tous armés jusqu'aux dents, l'écu au bras gauche, la lance, le poignard ou l'arbalète à la main droite, que garantissait un gant de fer (1).
Sous la cuirasse, une jaque d'armes moulait le ])uste et tombait sur les cuisses; une gorgerine s'adaptait à un chapeau d'acier, d où une cervclière parfois descendait pour protéger la nuque. Tel inventaire de bord de 1294 devient ainsi un petit tableau de genre où se meuvent, s'habillent et s'arment des marins siciliens. Mais, comme le costume militaire évolua sans cesse, le tableau ne saurait convenir qu'aux marines méditerranéennes de la fin du xiii* siècle et du commencement du Xiv% c'est-à-dire des dernières croisades.
mais celui des marins du moyen âge n'en différait ;;nère, comme on le voit par un texte de 1294- cjue je cite ci-dessous, par les sceaux de Dam, Dunwich (1200), etc. (Jal, Archeol. nav., I, 307.)
(1) Cil. DE LA RoNCiÈRK, Un Inventaire de bord en 1294, et les origines de la navigation hauturière, tirage à part de la Bibliothèque de l'Ecole des Charles, t. LVIII (1897), p. 2 du tirage à part.