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apparaît à la poupe, et les démons s'enfuyent éperdus dans la hune où un matelot les poursuit (1).
Saint Jacques avait plus particulièrement comme pieuse clientèle les marins de l'Océan; dès le xii° siècle, des marins normands en danger promettent un pèlerinage à Compostelle {2). Saint Pierre, le pécheur d'hommes, était aussi souvent invoqué; lorsqu'on passait au large d'une chapelle mise sous son vocable, les trompettes sonnaient et l'équipage poussait en son honneur trois grands cris (3).
Enfin, chaque soir, sur tous les navires en mer, avait lieu une singulière invocation qu'un pèlerin curieux et observateur ne put élucider. Après que du haut du ( liiUoau d arrière l'écrivain aA^ait égrené une longue mélopée on lanjjue vulgaire, puis des litanies auxquelles galiots et officiers, genou à terre, répondaient, la prière se terminait par un Pater et un Ave Maria pour les parents de saint Julien. C'était, prétendaient les marins, en l'honneur de Simon le Lépreux, d'abord appelé Jidien, qui reçut chez lui le Seigneur : par son intercession ils espéraient bon port et bon gîte. — Mais, objecta le P. Faber, pourquoi adressez-vous votre oraison aux parents de saint Julien et non au saint luimême. — Ils ne surent que répondre (4).
Quand le vent était bon et que la voile épargnait aux rameurs tout effort, ils entonnaient un hymne de reconnaissance à Dieu, à la Vierge et aux saints. Une bordée répondait à l'autre sans discontinuer, et ces chants alternatifs étaient si suaves qu'ils triomphaient de l'insomnie
(i) Ces bas-reliefs exécutés entre 1480 et 1503 sont reproduits dans Lu Nao Santa Maria, capitana de CristoLal Colon en el descubrimiento de las Indias occidentales, dans la Meinoria de la Collusion arqucoloçjica ejeeutiva. Madrid, 1892, in-V, p. 20.
(2) Vie de S. Bernard de Tiron, xu' siècle. (Mignk, Patrol. lat.^ clxxii, col. 138T.)
(3) Voya(je a la sainte Cyté, éd. Schefer, p. 31.
(4) Sinon par une explication invraisemblable : S. Julien aurait tué par erreur son père et sa mère! !
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des passagers, bercés comme des enfants au chant d une mère (1).
Si les croisés n'étaient pas des modèles de patience, si plus d'un avait son juron favori comme il avait son cri de ffuerre, quelque chose malgré tout leur attire la sympathie ; c'est leur piété naïve et profonde. Et il fallait un lien moral bien fort, à défaut de discipline rigoureuse, entre des troupes qu'aucune obligation ne retenait au service d'Outre- Mer et qui pouvaient s'égrener tout le long de la roule, à chaque escale, on l'avait bien vu durant la croisade de Constantinople. Un exemple suffira. Au moment de débarquer à Constantinople et à Damiette, chacun se confessa, fit son testament n et atorna bien son affaire comme por morir se il pleust à Notre-Seigneur Jhésu Christ (12) » .
Le service religieux était minutieusement réglé à ]>ord des galères de pèlerinage, du moins à Venise. Le matin, au lever de l'aurore, un coup de sifHcl parlait de la poupe... un serviteur du patron élevait luie image de la Madone, devant laquelle tous fléchissaient le genou pour réciter l'Ave Maria. A huit heures, messe aride ou torride célébrée au pied du mât devant un crucifix et vni missel déposés sur une caisse. On appelait ainsi l'office que le prêtre lisait, Tétole au cou, depuis le Confitcor jusqu'à l'Evangile de saint Jean, mais en omettant le Canon (5). L'Eucharistie ne pouvait être consacrée à bord. Seul, saint Louis obtint du légat, par une exception insigne, l'autox'isation d'exposer le Saint-Sacrement dans sa nef (-d).
Au coucher du soleil, les passagers se i^assemblaient près du mât et chantaient à genoux le Salve Regùia, qu'ils faisaient précéder, en cas de détresse, des litanies. Coup de
(1) Faber, t. I, p. 127, 50.
(2) JOISVILLE, p. 108. ViLLEH.tRDOUIN, p. 84-86.
(3) Faber, t. I, p. 128.
(4) Vie de S. Louis, par Guillaume de Nangis, publié dans les Historiens des Gaules et de la France, t. XX, p. 389.