‹ Histoire de la marine française (volume 2)Chapitre 49 sur 72 · LI-: BLOCrS CONTINKNTAI 1)1 I. A N (; I. IT K n (t K · texte numérisé non relu

LI-: BLOCrS CONTINKNTAI 1)1 I. A N (; I. IT K n (t K

lo mystère transpira : Michel du Mans, à son arrivée devant Yarniouth, trouva en face de lui les vaisseaux de guerre de l'amiral Botetourt, massés là depuis le iS juillet 'I . Il se borna donc à balayer la mer du Nord durant Véiv cl l'automne (2), et le fit avec un tel succès qu'Edouard I" défendit de laisser sortir aucun convoi à la merci de la en lisière (3). On n'eut à déplorer, du côté des Français, (pic la perte de la nef royale P/n'/ipix-, la plus fameuse des cocpics des deux pays, qui succomba dans un san};lant conflit contre une division anjjlaise (i).

Une seconde escadre mouillée à Cherbourg, qu'elle était venue occuper précipitamment au moment de la descente ennemie, y complétait ses armements (3). De là, V amiral des (jnlères Otton de Toucy ((>), le premier amiral en titre que nous ayons eu dans les mers du Ponant, observait les mouvements d'une grosse flotte massée à Plymouth au commencement de l'année 1296. Elle s'ébranla le 15 janvier et mit le cap au sud-sud-ouest; une pointe dans la rade de Saint-Matthieu, où cette fois la ruse des Bretons ne put sauver « ce qui estoit rcpost sous terre " , lui procura des vivres, mais fut suivie d'un échec devant l'abbaye de Sainl- Guénolé du Bois (7). A bord des trois cent cinquante-deux bâtiments qui composaient l'expédition, une armée anglaise

(i) Nicolas, History of the royal Navy, t. I, p. 278.

(2) Le 21 décembre, il rendit compte de sa campagne. (Lat. 9069, fol. 931.)

(3) 30 août 1296. (BARTHOLOM,t:i de Gotton, Hist. cutrjL, p. 313.)

(4) Flores historiarum, t. III, p. 99, 289.

(5) En pavois, lances, apparaux fabriqués dans les forêts de Robert Bertran, sire de Bricquebec. IMiilippe IV donne l'ordre d'en solder les frais, 19 février 1296. (Jourdain, Ui Marine sous Philippe le Bel, p. 386, n" 2.)

(6) JNommé le 23 décembre 1295. (Lat. 9069, fol. 898.) — Lat. 9069, foi. 898 v".

(7) Archives nation., J 240, p. 18, analysée par M, de i.a Borderie, le Commerce et la féodalité en Bretagne, dans la Revue de Bretagne et de Vendée, t. V (1859), p. 357. — Do.\i Morice, Histoire de Bretagne, t. I. p. 216.

354 IIISTOIlli: 1)K LA MAfSIM. l'R AN CA I S K.

passait en GuyGune sous le conunandeineiit des comtes Edmond de Leicester, Henry de Lincoln et de Jean, duc de Bretagne. Elle enleva Lesparre le jeudi saint 22 mars; le samedi, elle se heurtait aux dix mille hommes du maître des arbalétriers Jean de Brûlas et du capitaine de l'armée navale de la Gironde (1), Oudart de Mauhuisson, qui couvraient Bordeaux. Un combat sanglant engagé sur le Heuve et dans les rues, tourna à notre avantage; la Hotte ennemie, se repliant en désordre, descendit la (jironde, brûla Langon, Saint-Macaire, et vint atterrir à Bayonne (2). Elle fut renforcée par les "bonnes gens " de mer de l'amiral Barrau de Sescars, qui avait reçu l'avis de se ranger aux oi'dres des amiraux de la métropole, Libourne et Botetourt (3).

Mais Philippe le Bel ne lui laissa point poursuivre ses avantages; profitant des fautes qu'elle avait commises en spoliant à nouveau les Bretons et en inquiétant les Basques, il étendit sur l'Océan, comme il l'avait fait sur la mer du Nord la trame du blocus continental. Dans la trouée de Guyenne, il jeta l'armée de Robert d'Artois et l'escadre d'Otton de Toucy : une vingtaine de galères et de galiots (i). Toucy, muni d'une provision de route, le P' avril, à son départ de Cherbourg (5), débarqua à Guernesey quelques troupes qui détruisirent le quai de Saint-Pierre-Port et occupèrent pour un temps éphémère le Château-Cornet ((5) ; puis il vint bloquer les places fortes occupées par les Anglais sur la Gironde. Bourg, étroitement serrée (7), était en

ri) Lat. 9069, fol. 896 et 926 v'\ — Lat. 17658, fol. 20.

(2) Guillaume Guurt, la Brandie des royaiis liiif/iuit/es, dans les Historieim de France, t. XXII, p. 220.

(3) Mandement d'Edouard I" à l'amiral Barrau de Sescars, 12 décembre 1295. (Moreau, vol. 640, fol. 239.)

(4) Lat. 9069, fol. 925.

(5) P. Anselme, Histoire (jénéalog., t. VII, p. 734.

(6) Bibliothèque de l'École des Chartes, t. XXXVII, p. 143. — DuPOST, Hist. du Cotentin, t. II, p. 194.

(7) Le 1" septembre, devant Bourj;, Toucy toucbait 20,000 livres pour l'entretien de l'escadre. (P. Anselme, Hist. ijcnéalog., t. VII, p. 734.)

LK lif^dCrs CdNTIM-NI AI m; l/ A \ C I, i: | i:ii |î I t .o

détresse, quand soudain une ucf sortit de liluye avec une cargaison de vivres et passa au travers des galères du 1.1..cus (l). Elle était commandée par Tintrépide Simon d.- Montégu. Sur ce, la grosse flotte qu'Henry de Lincoln ramenait de Bayonne fut signalée. Trop failde pour risquer une bataille, Toucy se replia sur les places françaises de Hordeaux et la Réole ; malade, moribond, il résignait son commandement entre les mains d'Henri Marchese (:2:i oelobre) (2). Bientôt l'ennemi s'éloigna et disparut. Pour la campagne prochaine, le nouveau capitaine échelonna ses navires de course, quatorze galères, cinq huissiers et plusieurs galiots, depuis la Réole (;^) jusqu'à la Rochelle, de façon à intercepter les convois. La mémo tactique était adoptée dans la Manche, où la seconde escadre royale, d'égale force, avait Rouen comme base d'opérations et Calais comme poste avancé ; elle pourchassait l'ennemi avec sept huissiers, dix galères et plusieurs {jaliots (4). Gomme on renonçait à envahir l'Angleterre, Philippe le Bel s'était défait de ses nefs de transport et n'employait plus que des croiseurs pour maintenir rigoureusement le blocus Suivant l'expression énergique d'un contemporain, « nostre segneur le roy ot tout désarmée la mer, c'est à savoir l'an 1111 '^ XVI (5). »

(1) RiSHAKGER, Chronica, p. 155. — l'.douanl \" mand.iil le I 1 u\ lil 1296 à Richard Fitz James, gouverneur de Bourg, qu'il lui envoyait si\ nefs chargées de blé. (Moreau, vol. 640, fol. 249.)

(2) Lat. 9069, fol. 858. — Lat. 9783, fol. 87. —Du Gange, Glossaiium mediœ latinitatis, art. Admir. — En mémoire des bons services de ïoucv. sa fille reçut du roi une dot de 1,500 livres. (Coll. Clairambault, vol. 107, p. 8365.)

(3) Lat. 9783, fol. 87. — Le compte de «G. de Cornalli » pour les galères de la Gironde est rendu le mardi après les Brandons, 1296 (n. st. 1297) (Lat. 9069, fol. 898 v".)— Moreau, vol. 640, fol. 261.

(4) Rapport de l'amiral Benoît Zaccaria [Rouen, fin de l'année 1297]. (Archives nation., J 456, n%36*; publié dans les Notices et extraits des mss., t. XX, 2' p., p. 112-117, par Boutaric, Documents inédits relatifs U l'histoire de France sous l'Iiilippe le Bel.)

(5) Notices et extraits des mss., t. XX, 2^ p., p. 126.

;5r)(i MIS TOI liK DE LA M A li I N K FI! A XC AI SK.

Le vicomlc d'Avranches, déléjjué en Bretagne, informait contre les armateurs qui tratlqualent et vendaient des munitions en Angleterre. De Saint-Malo à Quimper, dans dixhuit ports, le vicomte nota peu de délinquants; il recueillit au contraire de nombreuses doléances de populations exaspérées par la dernière descente des Anglais (1). A l'imitation des Malouins, qui comptaient l'année précédente vingt-trois nefs dans la Hotte française (2), les marins bretons, Even de Coquez, par exemple (3), allaient s'engager au service de la France.

Le séjour de la flotte anglaise à Bayonne avait donné une chaude alerte aux Basques, coupables de quelques pirateries contre les convois de leurs voisins (i) ; la menace de représailles provoqua une formidable ligue des ports de la Navarre. Santander, Laredo, Castro-llrdialcs, Yittoria, Bermeo, Guetaria, Saint-Sél)astien, Fontara]>ie, se confédércrent immédiatement en inie Hennandad ou Confrérie, dont le statut principal spécifiait l'interruption de tout négoce avec Bayonne, avec l'Angleterre et avec la Flandre durant la guerre (mai l!29()) (5). Si la Flandre était comprise dans la prohibition, c'est que, on se le rappelle, quinze navires basques furent capturés dans les eaux de Dam (6). La rancune navarraise, conseillée par Philippe le Bel, ne se borna pas à une simple mise en interdit. Le 2 mai de l'année suivante, Bermeo nommait des plénipotentiaires à une nouvelle

(1) 1296. (Archives nation., J 240, p. 18, analysée par A. de la BordeniE, le Commerce et la féodalité en Bretagne, apud Revue de Bretagne et de Vendée, t. V, p. 357.)

(2) Compte de Girart le Barillier, publié par Jal, Archéol. nav., t. II, p. 304.

(3) 1299. (Latin 9783, F 100.)

(4) Les Basques avaient intercepté les nefs bayonnaises : Sainte-Marie, revenant d'Afrique (1295); Saint-Pierre et Saint-Nicolas, revenant d'Angleterre (1297). (Rymer, Fœdera, t. I, 3'' p., p. 150, 178. — Coleccion diplom. de la Cronica de D. Fernando el IV, t. I, p. 286-352.)

f5) Coleccion diplomatie a de la Cronica de don F'ernando el IV , t. I, p. 53. (6) Cf. supra, p. 347,

LE BLOCUS CONTINKNTAf, 1)K L' AN G LLTE K UK. 3:,7

assemblée de la Hermandad à Castro-Urdiales pour entendre les propositions du roi de France aux villes maritimes et se concerter avec ses messagers sur la guerre anglaise ( I ) .

A mesure que Tétau se resserrait davantage sur le commerce britannique, s'élevait par toute l'Angleterre un concert de plaintes de plus en plus vives : le Parlement les lit entendre au roi dans de violentes remontrances.

La laine, qui constituait à elle seule « la moyté de la value de tout la terre » , ne peut plus, disait-il, s'écouler à l'étranger. Et pour achever la ruine de vos malheureux sujets, vous ne permettez plus l'exportation des laines que par certains ports où elles sont frappées d'une " maltote " destinée à couvrir les frais de l'expédition de Flandre (2).

En dépit des protestations de ses sujets, Edouard avait trouvé le point faible de la politique française. Le blocus continental n'atteignait point seulement l'Angleterre ; il frappait aussi les Flamands, privés par là des matières premières d'outre-mer; Philippe le Bel ne put empêcher entre ses victimes une association d'infortunes. Sur ses mesures prohibitives, un souffle de liberté passa.

Libertaires par nature, libre-échangistes par besoin, les Flamands ne purent supporter d'entraves à leur commerce. Et le blocus continental, entamé aux Pays-Bas, s'effondra. Ce fut l'œuvre du traité de Bruges du 8 mars 1:25)7 : l'alliance d'Edouard l' et du comte Guy, un mutuel respect de leurs pavillons, en constituaient la base; ou stipulait l'obligation pour chaque navire flamand ou anglais île porter un certificat de son port d'attache, de façon à déjouer tout subterfuge de l'ennemi, et l'on adopta la loi du

(1) Original aux Archives de la chambre des comptes de Navarre, copie en la Collection Vargas Ponce, t. LU, n" 8; analyse dans DriiO, La marina fie Castilla, t. I, p. 231.

(2) Remontrance du parlement anglais au roi, 1297 (publiée dans Me-

ÎMINGBURGH, ClironicOH, t. II, p. 125).

talion en cas de rixe entre les matelots des deux pays (1).

Par la brèche qui s'ouvrait sur le continent, Edouard 1" s'élança avec une flotte imposante, cinq cents vaisseaux, dit-on (2). Assailli en route par le vaillant armateur calaisien Pédrogue, il perdait quatre beaux navires (3). Quelques heures après, un combat terrible s'engageait entre deux divisions de sa propre flotte, entre les marins des Cinq-Ports et les gens d'Yarmouth. Edouard n'eut qviele temps de dégager ses trois grandes nefs, en particulier le Bayard^ qui portait le trésor, et de les pousser au large, hors du foyer d'incendie allumé par les marins des Cinq-Ports : vingt-cinq nefs d'Yarmouth brûlaient (4). Ce fut à ces sinistres lueurs, avec des troupes hargneuses de mécontentement, que, le 23 août, il abordait à l'Ecluse.

L'armée française, le roi en tétc, était alors occupée au siège de Lille : en ce moment même, arrivait en France, pour prendre la direction des opérations maritimes, le grand amiral de Castllle. Il reçut le titre d'amiral général du roi (5) .

Benoît Zaccaria, digne émule de Roger de Loria, n'avait pas cette fougue impétueuse, cette audace dans les périlleuses reconnaissances et cette imagination fertile en stratagèmes, qui eussent secondé puissamment l'invasion de l'Angleterre. Mais il était instruit et prudent; dès lors qu'on s'en tenait à un blocus, un tacticien convenait mieux qu'un foudre de guerre.

(1) Rymer, Fœdera, t. I, 'A' p., p. 176.

(2) De nombreux Gallois et Irlandais étaient à bord. {Calendar of documents relating to Jrelaiid (1293-1301), p. 224.) — Contrairement à l'opinion des chroniqueurs, l'expédition comprenait quelques milliers d'hommes seulement, et non pas 1,500 chevaliers et 50,000 soudoyers. (Cf. Fukck- BitENTANO, Philippe le Bel en Flandre, p. 256, n. 6.)

(3) Chronique artésienne, publiée par De Smet, Corpus chronicorutn Flandriœ. Bruxelles, 1837-1845, t. IV, p. 457. — Funck-Brentano, ouv. cité, p. 255.

(4) Hemingburgh, Chronicon, t. II, p. 158.

f5) Lille, août 1297. (Du Cange, Glossar. med. latinitatis, art. Admir.)

[.!•; FU.OCIS COMliNKMAI, 1)1-, I. A .\ (; I. I.T Kl; It i:. :'.y)

Zaccaria avait fait son apprentissage en (lélriilsaiit par de multiples croisières les principautés franco-vénilieuiies de TArchipel (I). Il commandait alors, comme mégaduc de l'empire grec, les galères que la commune de Gênes sV'lait engagée à fournir aux basiles (2).

Familiarisé de b.onne heure avec la stratégie by/anllnc, il eut l'occasion d'appliquer ses connaissances lors de la bataille de Porto-Pisano, qui écrasa pour jamais la puissance navab' de Pise. Il y commandait la seconde ligne des galères génoises, qui étaient rangées sur deux lignes (^i), suivaiitTunc des formations de bataille exposées par Léon le Philosophe (4) : les expressions grecques de Pamphiles et Protontins ou Portentins qui se sont glissées dans le récit du chroniqueur officiel trahissent à quelles sources les amiraux s'étaient inspirés. D'humeur voyageuse, Zaccaria, passé au service du roi Sanche de Castille, battit l'émir al-omrah, le a miramolin » du Maroc, lui prit douze galères (août 1291) (5) et emporta Tannée suivante (:20 août) la ville marocaine de Rabat, qti'il assiégeait comme amiral mayor des escadres castillane, génoise et catalane. Le port Sainte-Marie, sur le Guadalquivir, qu'il reçut comme gratification (()), ne lui fut pas une oc(;asion de rester en Espagne, et, sans cesser ses relations avec

(l: Tous les ans, à partir de 1265, il organisait une expédition contre les Français de Guillaume de la Roriie en Grèce ou contre les Vénitiens de ^èffrepont et des îles. (Di; Gange, Histoire de l'empire de Constantiuople, éd. Buclion, t. I, p. 394.) — En 1288, Jean de Grailly fut encore repoussé par lui devant Tripoli. (JacObi Auri.e, Annales Janueiises, dans les Monumenta Gerinaniœ historicu, t. X\"I1I, p. 322.)

(2) Par traité du 13 mars 1261. (Du Gange, Histoire... de Constantiuople, t. I, p. 445. — Atti délia societa ligure, t. XVII, p. 277.)

(S) 6 août 1284. Oberto D'Oria, capitaine de la commune, s'était posté bravement en avant du front de bataille; huit chefs de division ou portentins, dont les paniphyles débordaient un peu de la première ligne, transmettaient ses ordres. (JacObi Auri.e, Annales Janitenses, dans les Mon. Cerni hist., Scriptores, t. XVIII, p. 307.)

(4) Tactica, t. XIX, p. 37-38.

(5) Annales Januenses, dans les Mon. demi, liist., t. XVIII, p. 34'fc.

(6) P. Anselme, Histoire généalogi'jue, t. VII, j). 71)8.

3bO HISTOIRE DK J.A MAHINK FKAMCAISE.

rOrienL byzantin (J), il trouva le moyen de répondre à l'appel de la France.

A peine débarqué à Rouen avec l'escorte habituelle des amiraux, deux galères (2), dont l'une était peut-être le superbe trois mats la Richesse, tout incrusté de nacre et de perles (3) , il élabora un plan de campagne en harmonie avec la politique de Philippe le Bel.

Voici, dit le vieux corsaire (4), « la melleur manière de guerroier que nous sachon pourvoier en nostre avis : " avec une escadre, « offendre " l'ennemi en mer et dans ses terres, dans ses vaisseaux et dans ses ports : par des descentes multipliées, le mettre sur les dents. Vingt huissiers, quatre galères et vingt-quatre bateaux me suffiront. Le roi a treize huissiers, j'en ai deux, les marchands de la Rochelle un, (i llll des plus grandes galies du dit roy " qu'on peut u hauccr et eslargir et ouvrir-les par derrière, à guise d'ussiers » , feront le compte. Chaque huissier embarquant vingt chevaliers avec leur suite, l'expédition s'élèvera à 400 cavaliers, 400 piétons, 4,800 mariniers. Deux galères suivront les huissiers et resteront à la garde des bateaux pendant les descentes : les autres feront le va-et-vient entre Rouen et l'escadre, pour apporter des vivres et des fourrages. Ainsi, les besoins de ravitaillement n'interrompront pas la campagne. Le " conduiseours " des chevaliers doit être fidèle, « de haut affaire ", dur à la peine, cl les équipages seront recrutés parmi l'élite des marins, moyennant

(1) En 1287, il y envoie sa galère la Richesse pour ses affaires. {Annales Januenses, Mon. Germ. Iiist., t. XVIII, p. 318.)

(2) L'année même, le 4 octobre 1297, les Capitoli délivrés à l'amiral de Provence lui reconnaissaient le droit d'entretenir deux galères qui fussent toujours à sa disposition. (Gadieb, Essai sur l'administration du royaume de Sicile, p. 185, 287.)

(3) Annales Januenses, Mon. Gerni. liist., t. XVIII, p. 312.

(4) Archives nationales, .1 456, n" 36*, publié par Boutaric, Documents inédits relatifs à l'iiittoire ilc France sous Philippe le Bcl^ t. XX, 2'' p., p. 112-119.

LE BLOCUS COMIMsNTAL DE L'A ^ GL ETE U H K. ;i6l

une haute paie mensuelle de 40 sols au lieu de 35 (1).

Dès maintenant, il faut choisir secrètement le chef de l'expédition, acheter les apparaux, les armes et les vivres; retenir les hommes en janvier prochain, sauf à leur donner en mars le reste de leur solde. Les marins engagés auront défense de revenir à terre pendant la durée de la campagne, de mars à juillet. Quant à moi, ajoutait Zaccaria, je ferai toujours mon devoir. Je vous envoie, du reste, sire, mon neveu Charles di Negro et Albert Vonnart pour tout renseignement.

Cet important mémoire, que jusqu'ici on a attribué à l'année 1295 (2), date en réalité de 1297, du séjour de Zaccaria à Rouen (3) : sans doute faut-il voir dans les mille livres qu il reçut le 22 novembre du bailli de Rouen (4) une récompense de son judicieux avis.

Ce fut à la Rochelle, en décembre, que Zaccaria connut les instructions royales. Son fils Paléologue en était porteur (5). Le plan de campagne, scmblc-t-il, était approuvé, et le grand amiral, en plein hiver, s'apprêtait à ramener dans la Manche l'escadre de l'Océan (6). Durantl'année 1298, il ne cessa de sillonner la mer au grand dommage des Anglais. En janvier, le M) juillet, le M) octobre, il touchait diverses sommes pour l'entretien de son armée de mer (7). Une nef,

(1) Les frais (Vune campagne île quatre mois, solde, vivres, réparations d'armures et d'apparaux compris, étaient évalués à 64,000 livres.

(2) BorTAnic, Documents inédits relatifs à l' histoire de France sous Philippe le Bel, dans les Notices et extraits des manuscrits, t. XX, 2'' partie,

(3) Août à novembre 1297. — Ai-je besoin de faire remarquer que B. Zaccaria laisse clairement entendre qu'il écrit à Rouen et dans la dernière saison de l'année, quand il dit : « nous n'en avons à Rouen que X, » et qu'il parle de janvier prochain.

(4) P. Anselme, Histoire (jénéalogir/ue, t. YII, p. 738.

(5) Ibidem.

(6) « Guillelmus Vitalis de Ripparia, pro toto residuo vadiorumjjalearmn de Rupella LXV 1. XI s. XI d. t. . (24jnillet). (Lat. 9783, f" 81.)

(7) 7,000, 4,000, 12,000 livres. (P. Anselme. Hist. généalog., t. VII,

3()2 HISTOIRE l)K LA MAUIM-; FRANÇAISE.

une galiote et d'autres navires achetés par le roi vinrent successivement renforcer son escadre (1). Bien que les chroniques soient muettes, nous pouvons être certains que notre croisière gêna les opérations maritimes d'Edouard 1" (2) et qu'elle ne fut pas sans poids sur la conclusion d'une trêve. A Bayonne, Blaye, Bourg, Yarmouth, aux Cinq-Ports, quatre bons hommes nommés par Edouard faisaient jnrcr aux maîtres de nefs de servir fidèlement l'Angleterre contre les Français (3). Preuve certaine qu'on craignait des défaillances.

La division navale de Michel de Navarre, « amiral du roi de France dans le fleuve de Bordeaux, » (i) avait tenu en échec les pirates qui infestaient la Gironde (5). Je ne sais si, parmi ses compagnons, il ne faut pas compter un aventurier que les l)allades écossaises ont rendu populaire. Wallace serait venu en France, où ses exploits contre les pirates, contre un Jean de Lynn entre autres, auraient excité la verve de nos trouvères. Ce fut surtout en Guyenne qu il se distingua ; mais les ballades écossaises, aussi pauvres en données historiques que l'iclies en réminiscences bibliques, ne rapportent de ses hauts faits qu'un combat contre un lion... en Guyenne (0) !

Lion et léopard, Ecosse et Angleterre, allaient se retrouver en présence, mais seuls et sur un autre terrain.

Le ;iO juin 1:298, était intervenue une sentence arbitrale de Boniface VIII. La guerre s'assoupit par une trêve entre

p. 738.) — 17 juillet 1298. Tiiibaut Cochevil paie 76 mines de blé prises « pro fjarnisione jjaleaium régis in INorniannia » . (Lat. 9783, 1" 80.)

(1) .(ournal du Trésor à la date des 7 juin, 4 aoi'il, 16 décembre 1298. (Lat. 9783, f" 68, etc.)

(2) Documents illustrative of thc liif!toi-j of Scothind (1286-1306), t. Il, p. 342-344.

(3) Janvier 1298. (Archives nation., J 652, p. 21.)

(4) Glairambault, vol. 825, pièce 48.

(5) Le compte des prises fut rendu le 5 mai 1298. (Lat. 9069, f»» 897- 898.)

(6; l'r. Michel, les Ecossain en France, t. I, p. 44.

1,K BLOCUS CONTINENTAL DE L'ANGLETERRE. Sli:?

les peuples, par des alliances de famille entre les rois. Edouard I" épousa Marguerite; Edouard, son fils, épousa Isabelle, sœur et fille du roi de France (1). La trêve, prolongée en IMH) et i;i()l, spécifiait que chaque parti garderait ses positions et délaisserait ses alliés : l'Ecosse, la Flandre.

Philippe IV semblait triompher. Il se maintenait en Guyenne; des germes de discorde semés entre la Normandie et l'Angleterre séparaient à jamais les deux nations. L'Angleterre pei'dait l'empire de la mer, que conservaient, (|ue disputaient tout au moins nos deux escadres permanentes de la Manche et de l'Océan ; elle avait failli sul)ir l'invasion, elle souffrait du blocus continental.

Mais à ces trois actes, pirateries, invasion, blocus, il manquait un épilogue; le statu quo de la trêve n'en était pas un. L'épilogue se déroula, rapide, foudroyant, au travers de la guerre de Flandre. La sédition de Bordeaux décidait de la perte de la Guyenne, que sanctionna le traité du ^9 mai 1303 (2).

(1) Juin 1299.

(2) RvMEii, Fœdera, t. I, 4« p., p. 3, 14,24.

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