‹ Histoire de la marine française (volume 2)Chapitre 52 sur 72 · GUERRE ANGLAISE · texte numérisé non relu

GUERRE ANGLAISE

La modération de Philippe V avait retardé un conflit imminent avec l'Angleterre. D humeur plus bouillante, son frère et successeur, Charles le Bel, ne put se contenir longtemps.

En 1323, un criminel artifice de procédure ralluma la guerre. Un légiste, le nommé André de Florence, chargé de citer Edouard II, transl'orma le silence de l'intimé en un refus formel d'hommage. La Guyenne fut confisquée. Edouard II voulut la reprendre, et la parodie de la gigantesque lutte de Philippe IV et d'Edouard I" commença entre leurs fils, deu.v roitelets.

La terrible leçon du blocus continental ayant toulelois profité aux Anglais leur inspira un moyen de mettre leurs richesses commerciales à couvert de nos coups. Ils émirent pour la première fois le principe de droit maritime qu'ils ont fait triompher en ce siècle : non gravanUbus, non gravandis. Edouard II prenait prétexte de la saisie de dix navires marchands par le roi de France pour déclarer qu il n'agirait pas de même et que sa flotte n'attaquerait que les vaisseaux de guerre (4 août 1321) (1). Les flottes ne prirent

(1) Ih.Mhn, t. 11, 2' i»., |i. 107.

pas contact. L'escadre des Cinq-Ports, amiral Jean Crom- Avell, transportait en Guyenne huit cents archers (1). Notre amiral, Gentian Tristan, « commis garde » (2) de la flotte royale, opérait dans la Manche et dans la mer du Nord avec des vaisseaux normands, calaisiens et zélandais Ç^) : il menaçait le Norfolk, du côté de Lynn (4). Sur ces entrefaites, le gardien des Cinq-Ports reçut Tordre de suspendre les hostilités (5). Des négociations étaient ouvertes par la médiation du pape. Elles languirent plusieurs mois.

Des deux côtés, on ne prépara que plus activement la guerre. Edouard choya les Vénitiens, escomptant l'appui des galères de Flandre (()), travailla les Flamands et obtint du roi Alphonse de Castille promesse de trois mille hommes (7). Charles le Bel s'assurait le concours de Robert Bruce (8) ; les galères de Rouen, réparées par des calphals narbonnais (9), étaient prêtes à rallier les nefs « appareilliées à Dyeppe pour aler en l'armée de la mer toutes foiz que mestier en feust (10) n . On s'était procuré des fonds d'une manière aussi économique qu'ingénieuse, aux dépens des Anglais et au mépris de leur fameux principe de droit des gens. Leurs «biens, meubles et héritages, comme nefs, maisons de blés et autre biens " confisqués le long du littoral, de Calais jusqu'en Poitou, étaient vendus au fur et à mesure

(1) Idem, p. 93, 99, 105.

(2) Glairambault, vol. 825, fol. 56.

(i) Rtmer, t. II, 2-= p., p. 114. — Lat. 9069, fol. 936. — Pendant (-e temps, Matthieu de Varennes et le connétable Raoul d'Eu gardaient la côte normande. (^Historiens de France, t. XXII, p. 773.)

(4) Mandement d'Edouard II aux habitants de Lyon, 1"^ octobre 1324. (Rymer, t. II, 2'^ p., p. 114.)

(5) 12 novembre 1324. (Rvmer, t. II, 2"= p., p. 118.)

(6) Rymer, t. II, 2' p., p. 120. Depuis 1317, Venise envoyait annuellement un convoi en Flandre.

(7) Vnlladolid, 22 mai 1325. (Lat. 5924, fol. 20.)

(8) Dundee, 20 avril 132.5. (Lat. 5924, fol. 33.)

(9) Mars-juin 1325. (Archives nat., KK 1, fol. 794.1

(10) 11 mars 1325. (Franc. 25697, p. 118, 119; franc. 25994, p. 335.J

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