PREMIÈRES CAMPAGNES
EXPÉDITION d'eCOSSE.
Les guerres de Flandre et d'Ecosse, qui avaient été le corollaire du Blocus continental^ devinrent le prélude de ce formidable corps-à-corps où la France et l'Angleterre allaient s'étreindre pendant cent ans. Elles servirent à masquer, sous une apparence d'intérêt général, les rivalités personnelles de Philippe de Valois et d'Edouard III, l'un cousin, l'autre neveu du roi défunt, et tous deux prétendants à la couronne de France. Philippe avait triomphé; mais le candidat évincé ne se tenait pas pour hattu.
La révolte des communes Ilamaudos contre leur seigneur Louis de Flandre donna l'occasion à Philippe VI de se faire un obligé, mais de s'aliéner un peuple. En vertu de la solidarité féodale qui liait le suzerain au vassal, le roi marcha en personne au secours du comte de Flandre. Son amiral, Pierre Miège, avec la flotte armée pour la garde de la mer (I), força Dunkerquc et Nieuport à faire leur soumis-
(1) En 1328, Pierre Mièjje reçoit J 1,342 livres |)oiir la Hotte envoyée contre les Flamands. Lat. Ît06!), fol. 1000. — P. .Anskf mk. IHilnhe (jeiiealogique, t. VIT, p. TW."»
388 HISTOIRE l)K LA MAIIIINE FRANÇAISE.
sion (1). Il suffît d'une campagne pour dompter les rebelles (1328).
Au contraire, la guerre qu'Edouard III intenta à David Bruce devait traîner en longueur : les Français allaient intervenir; la guerre de Cent ans éclatait.
Un chevalier d'origine française servit d'instrument aux desseins d'Edouard III sur l'Ecosse. En août 1332, Edouard de Bailleul ou Baliol s'emharquait (2) avec quinze cents hommes pour son aventureuse conquête. Au lieu d'attaquer Edimbourg que couvrait une escadre (3) de galères, armées comme projectiles de lourds boulets de fer (i), û pointa au nord et emporta Perth (5).
La politique la plus élémentaire lui prescrivait, dès lors qu'il avait pris pied dans la péninsule, d'intercepter les relations de David Bruce avec l'étranger : deux escadres anglaises eurent donc l'ordre de se tenir en permanence dans le canal de Saint-Georges et dans la mer du Nord, Edouard III n'ignorant point quelles sympathies, en quelque sorte traditionnelles, allaient vers la dynastie légitime d'Ecosse. Mais, de peur de prononcer le mot fatal de guerre, il désignait par l'épithète vague d'étrangers ou d'alliés des Ecossais (t>) le peuple contre lequel il prenait des mesures préventives.
Philippe VI se prêtait à ce petit jeu d'hypocrisie diplomatique : dix navires dieppois, envoyés au secours de Bruce, étaient censés faire un voyage en Ecosse (7). Empêchés par
(1) 2 déceiiiln'e 1328. i^Chartcs de Colhert, ii" 152 dans li- manuscrit 352 des Mélanges Colbert.)
(2) Près de Kin{^horne. (RoBiinT d'Avesbuiiy, De fjestis Edwanli tertii, éd. E. Maunde Thompson, p. 296.)
(3) Chroniques de Froissart, éd. Luce, t. I, 2' p., p. 1, 291.
(4) The Ëxchequer Rolls of Scotland, cdiled hy John .Stuail and Gcor(>c Burnett. Edinbur{.„ 1878, gr. in-8% t. I, p. 125-127, 136, 269.
(5) Henrici Knighton, Chionicon, éd. J. Rawson Luniby dans les Clironicles and memorials of Great Britnin. Londres, 1889, in-8", t. I, p. 464.
(6) Hotuli Scotiœ, inembr. 12 iNotinghani.
(7) Compte lie Thomas Fourjues, garde du Ch)s des galées du roi à Rouen (1333-1340). {Cal,dor/ue Jonisanvatilt, p. 3568.)
OUERRK l)K CKN r ANS. USO
les vonls (J'onlrcr à temps en li{j;no (l), ils ramenèrcnl .i Boulogne le monarque infortuné (1 i mai 1334).
L'hospitalité offerte aux fugitifs à Château-Galllart (2), puis la signature d'une trêve avec l'Angleterre (3), impliquaient un état d'hostilité latente, qui n'allait point tarder à dégénérer en guerre ouverte (4). De part et d'autre, on se préparait sourdement, comme le prouve certaine clause d'un nolis do cinq galères marseillaises, affrétées soit-disant pour participer à la croisade, en réalité pour suivre l'amiral de France en quelque pays que ce fût (5). A tout hasard, nous resserrions avec l'ancienne Hermandad fédérale, Fontarabie, Saint-Sébastien, Santander etLaredo (G), l'alliance politique et commerciale qu'avait ébranlée, quelques années auparavant, l'éviction des baleiniers Itasques établis à la Rochelle (7).
L'année 1335 se passa sans trop d'accrocs, dans une sorte do paix armée. Anglais et Bayonnais prêts à tout événement (8), les îles anglo-normandes en état de défense (9),
(1) Les Grandes Chronùjues de France, éd. l'anlin Faris, t. V, ji. 3i5V. — Chronoqrapltia reqiini Francoruni, éd. Moranvillc, t. II, p, 24.
(2) Où David II séjourna à plusieurs reprises juscpi'en 1341. (^Tlie Exchefjuer Rolls of Scotland, t. I, préface ci,vni.) Dans la suite de David II tijjnraient les évèques de Moray, Glascow, Brecliin, les abbés de Kelso, Kilwiuiiing, le chancelier, etc.
(3) De septembre 1334 à la Sainl-Jean ou 24 juin 1335. (Rymer, Fœdera, t. II, 3" p., p. 119.)
ik) La Little Lechevard, navire anjjlais, était coulée à l'embouchure de la Seine par le corsaire Jean de Sainte-Agathe, le 20 avril 1335 (Rymeh, Fœdera, t. II. 3'= p., p. 129), et la coque de lord Mcnri Reawrnont était enlevée par les Ecossais. (Nicolas, ouv. cité, t. II, p. 10.)
(5) Avril 1335. (Jal, Archéologie navale, t. II, p. 326.)
(6) 25, 26 avril et 2 mai 1335. (Archives nationales, J 615, n « 9' à 9*.)
(7) A la suite de l'éuieute ou « esmouvements » qui éclata à la Rochelle en 1327, les biens des Espagnols résidant dans la ville furent confisqués. Fortin Yagncz de Biscaye et Xanche Montero, en particulier, perdirent « seis pipes de balaine es <pielles il avoit quarcnto i|uintaux de balaine >• et '< de l'argent yssu d'ancre de balaine ". (Fr. 25698, p. 25.)
(8) 25 et 26 juillet 1335. ^Rymer, Fœdera, t. II, 3' p., p. 131.)
\^) Mandement d'Edouard III au gardien des îles anglo-normandes,
390 11 ISI'OI l!K DE I, A M A R I NK FRANÇAISE
et les divisions Cobhani et Bardi sur pied de guerre pour surveiller nos corsaires calaisiens (I). Avec le reste de ses forces navales, Edouard III s'était jeté, dès le l" juillet 1335, sur l'Ecosse (2), voulant en finir avec ces indomptables montagnards. Il comptait sans son hôte.
Si perfide qu'eût été l'attaque, elle n'avait pu étouffer les appels désespérés de la victime. Philippe VI les entendit et résolut immédiatement de dégager l'Ecosse. Il était alors dans le midi de la France (3), à Marseille, où il avait passé les fêtes du carnaval de 1336 (4). Il démasqua tout à coup une flotte de guerre, organisée sans bruit avec les dîmes de la croisade : douze grandes galères en construction à Beaucaire, huit autres sorties des chantiers de la Rochelle et de Normandie, ainsi que deux lins et trois grandes nefs (5). Au lieu d'expédier en Crète les galères de Beaucaire ((>) et plusieurs l)àtiments étrangers nolisés en vue de la croisade, Philippe VI les dirigea sur la Manche (7) malgré les protestations du comte de Provence et de la république de Gênes (8), et l'escadre levantine commandée par le Marseillais Durand Pélegrin (9) rejoignit la division royale du Ponant.
Guillaume de Monlaigu, et à Henri de Ferrièies, 22 août. (Dupont, Histoire du Cotent in et de ses îles, t. Il, p. 261.)
(1) Rymer, Fœdera, t. II, 3*= p., p. 129-131.
(2) RoBKRT d'Avesblry, p. 298. — Kmgiiton, t. I, p. 472.
(3) En février 1336, Philippe VI était à Kéziers. {Ordonnances, t. II, 106.)
(4) Les Grandes Clironiques de France, éd. Paulin Paris, t. V, p. 364.
(5) Suivant les déclarations mêmes de Philippe VI (mars 1336, date rectifiée). {Revue des Sociétés savantes, 1867, 1" sein., p. 435.)
(6) Où attendaient les };alères des autres croisés, Vénitiens et Hospitaliers. (JoRCA, Philippe de Maizières, p. 38.) — Le patron et recteur de la flotte royale s'appelait Jean Bedos d'Alet. (Franc. 25996, fol. 109.)
(7) Déclaration d'Edouard III sur la rupture des néfjociations avec Philippe VI. (Froissart, éd. Kervyn, t. XVIII, p. 49.)
(8) Qui aurait même fait brûler plusieurs des {jalères. — Lettre Edouard III, 3 septembre 1336. (Rymer, t. II, 3" p., p. 150-151.)
(9) Que nous allons voir à l'œuvre tout à l'heure. Il était de Marseille. (Ger.main, Histoire du commerce de Montpellier, t. I, p. 489.) — 60 autres marins de Marseille furent amenés à Paris. (Franc. 25996, fol. 109.)
GTKRRK l)K CENT ANS 301
Tout restait à Improviser : cadres, (lotte de transport, troupes de débarquement, plan de campagne (I). Le sénéchal de Beaucaire, Hue Quiéret, devint amiral et passa sous les ordres du connétable Raoul d'Eu, promu » capitaine général dessus et devant tous les autres de l'armée de la mer » (17 avril l'SMt) (2). Un maréchal de France, Bertran, lui était adjoint pour commander le corps expéditionnaire, grosse armée de douze cents hommes d'armes et vingt mille sergents. Ainsi en avait décidé le conseil dans 1' a estimation f[ue l'armée d'Escosse se peut monter " : sur le papier, tout allait bien, tout était prévu. Sous l'escorte de 'M) jja- Icres, 200 grosses nefs transporteraient en Ecosse l'armée, et (>0 nefs de pèche les vivres. Mais les grosses nefs, où les trouver? Le constructeur de la marine royale, Gillebert Poolin, n'en put équiper que trente au port de Leure, vingt-quatre dans les bailliages de Gaen et du Cotentin, autant à Dieppe et seize dans les havres de l'est, depuis Fécamp jusqu'à Calais. En Flandre, pensait-on, on se pourvoirait du demeurant. Il mancjuait des milliers d'armures : on envoya des émissaires en Provence et à Avignon pour s'en procurer. Pour l'argent, c'était pis encore : le devis était hors de toutes proportions avec les ressources financières de la royauté : et les trésoriers des guerres, Barthélémy Du Drach et Jean du Gange, ne virent point sans effroi s'aligner les dépenses probables de l'expédition : 180,000 livres pour lasolde desgens de guerre, moitié pour la flotte, etc. Quant au plan de campagne, il fut promptement éventé.
Dès le début de cette longue guerre, nous sommes forcés
(1) « Estimation ([ue l'année d'Estosse se peut monter » dans le Mémorial Croix, aujourd'hui perdu, de la Chambre des Comptes, en copie dans le ms. franc. 2755, fol. 216. Le tonnajje moyen des {jrosses nefs était évalué à 180 tonneaux et des nefs u pescheresses » à 48 tonneau.i:. Chaque grosse nef devait porter cent hommes et distraire troi.s hommes pour Téquipajje des nefs de pêche.
^2) Mémorial B de la Chandjre des Comptes. Archives nation., 1' 2291.
de constater l'admirable service de renseignements des Anglais : (1 Le roi de France, écrivait iin de leurs émissaires, s'est rendu à Avignon vers la mi-caréme ; il a eu avec le pape lui entretien secret dont rien n'a transpiré... A Pâques, il était à Lyon ; il a conclu un traité avec les Écossais, leur promettant de ramener leur maîlreetdele rétablir sur son trône. ( >ii a réuni, dit-on, à Maillenr età Leuro, 200 à ;iOO nefs (I), (|ni peuvent porter en moyenne 220 hommes, et 30 galères d'escorte. De Paris on a expédié à Leure de quoi équiper ;i,000 hommes d'armes et 10,000 arbalétriers, entre autres choses, des pourpoints renforcés de plates de fer à l'épreuve des llèchos et des lances. De plus, le jour de l'Annonciation, des navires chargés d'armures (2) ont apporté 205 tonneaux de carreaux. Les capitaines nommés par le roi sont, en dehors du connétalile : Matthieu de Trie et Thomas Bertran pour les troupes, Jean le Mire et Hue Quiéret (3) pour la Hotte. Les bourgeois de la capitale prétendent qu'une partie de l'expédition prendra terre du côté de Portsmouth; le reste de la flotte, dirigé sur l'Ecosse, touchera dans le comté d'Athol. Alexandre de Seton, — énergique patriote qui avait juré au pape que jamais son pays ne subirait la domination anglaise, — Twynam et Jean de Suède la guideront. C'est au mois de mai passé, à la fête de la Sainte- Croix, qu'était fixé le départ. Ajouterai-je que tous les tailleurs habiles de Paris sont restés quinze semaines et six jours à Leure pour fabriquer des bannières, autant qu'on a pu s'en rendre compte ? Des soudoyers allemands, brabançons et flamands y affluent. Les Écossais ont convenu do jour et du lieu où ils viendront à la rencontre de l'armée française : ils seront, paraît-il, 40,000 au rendez-vous (i). »
(1) " II" et CGC naves. » Mais c'est une faute de copiste : cette (lotie correspondrait à un effectif de 200,000 lionunes.
(2) L'escadre partie de Marseille.
(3) « De Haukeneys Ilevanire? »
(^«■'' T.eKre anoiivine datée d'Vork, 19 juin. (British Muxeum, Cott.,
GUKRHE nF, Cr.NT ANS. 393
Instruit do nos projets, Edouard III les déjoua avec cette décision qui lui assura si souvent la victoire. Son armée, divisée en deux corps, refoulait à travers les montagnes les partisans de William Douglas, le long de la côte rarméc de Murray. Lui-même, à la tête d'une colonne volante, s'enl'onçant dans la partie sauvage de la presqu'île, pénétra i)ar les montagnes d'Athol dans le Badenoch, atterrage désigné de la flotte française. Il dis[)ersa vingt mille lionimes (pic Murray avait amenés au rendez-vous, força la hande de Douglas, embusquée dans les profondeurs de la forêt do Platere, à rétrograder vers le sud et détruisit le port le pins confortable de la région, Aberdeen (I).
Aussi hardie que remarquable par la science de la stratégie qu'elle dénote, cette chevauchée enlevait à la flotte française tovit point d'appui sur la côte, et par suite entravait son action dans la mer du Nord.
Voici comment nous nous étions laissé devancer. La cause on est étrange. Au moment d'emltarqucr, le chef de notre Hotte, le connétable, déclara qu'il avait des scrupules : il a ne devoit, ne voloit aller encontre li (Edouard), sanz, avant, li renvoyer son hommage d pour quelques fiefs sis en Angleterre et en Irlande (2). L'opération prit du temps : et l'on se décidait à placer à la tête de l'expédition
Vesp. F. VII, f" 2, publiée par M. Keuvyn de Lettenhovk, OEuvics de Froissait, t. XVIII, p. 39.) — M. Kervyn de Lettenhovc publie cette lettre sous la date de 1337 : « Il suffit, dit-il, de consulter Walsiiijjhain, qui rapporte aussi dans son récit la mort de Thomas Rosslyn. » C'est là son seul synchronisme, fort vague. Or, c'est en mars 1336 que Philippe VI se trouvait à Avi;;non [Ofclonnaiices^ t. II, p. 114), et en avril 1336 que le connétable fut nommé capitaine général de l'expédition; les synchronismes écossais donnent également la date de 1336, car la suite de la campagne d'Ecosse, dont la lettre retrace les débuts, se trouve dans une seconde lettre datée d'York le 3 août, et que M. Kervyn attribue lui-même à l'année 1336. Ibidem, t. XVIII, p. 27. — Froissart, éd. Luce, t. I, p. 342.)
(1) Dix bâtiments (juittent précipitamment Aberdeen " causa ininiicoruni 1) (1336). (^Exchecjuer rolb of Scotland, t. I, p. 449.)
^2) Archives nat., JJ 74, c. 74, fol. 44.
394 HISTOIRE DK I.A MAHINK KHANÇAISK.
d'Ecosse Arnoul d'Audrehem et le sire de Garancières, qui se couvrirent de gloire outre-mer, mais sans fruit (l).
Quant à la seconde partie du plan de campagne dont jasaient les Parisiens, l'attaque de Portsmouth n'eut même pas lieu. Ce fut un piètre résultat, après de si grands préparatifs, que la capture de quelques bâtiments au large de Wiglit par les 2(3 galères du connétable et de David Bruce (2) ou la panique provoquée par une feinte de l'amiral Quiéret (ïi) contre l'île de Jersey (4). Et pourtant, jamais nos marins n'eurent pareilles facilités pour un covq) de main. Immobilisée par une (|uorolle qui éclata entre les marins des Cinq-Ports et ceux d'Yarmouth , la Hotte occidentale était impuissante même à protéger ses convois, qui n'osèrent quitter Orwell et Porsmoutli qu'aux approches de l'hiver, les 30 novembre et G décembre i;î3().
Quiéret les aurait cueillis au retour (5) s'il n'avait été rappelé à Paris (6) pour signer avec la Castille un traité d'alliance et de mutuelle assistance sur mer (7). Il abandonna le commandement de l'expédition à un armateur de
(1) Froissart, éd. Luce, t. 1, p. 146.
(2) Lettre d'Edouard III au uiaire de Bayonne, 3 septembre. (Rymkk, Fœdera, t. II, 3' p., p. 156.)
(3) Le 8 septenil)re, la nef royale Saiiite-Aïuie reçoit son bauchent de j>uerre. (L. Delisi.k, Actes normands de la Chambre des Comptes sous Philippe de Valois (1328-1350;, publiés pour la Société des Antiquaires de Normandie. Rouen, 1871, in-8'', n" 51, p. 142.) — La Kateline Jehan Ertaut, » retenue pour aler en ceste présente armée en la compaignie de Monsieur Hue Cueret, clievalier et auiiraut dudil segneur, » reçoit son armement à Leure, le 17 octobre. (Delisle, Actes noi-mands, n^SS, p. 144.)
(4) Rymer, Fœdera, t. II, 3'' p., p. 156 : Lettres patentes d'Edouard III du 11 décembre.
(5) Les navires qui font partie de l'escadre sont en armement du 20 novembre au 27 décembre 1336. (Delisle, Actes normands, n'" 55-61, p. 146-151. — Dépôt de la Marine, Bibliothèque, vol. A 87, 1" vol., p. 1. — Catalojjue de livres, pièces historiques... dont la vente aura lieu le lundi 31 mars 1884. Paris, Voisin, in-8°.)
(6) A partir du 15 déceudjre, les ordonnancements ne sont plus délivrés par Hue Quiéret, mais par son lieutenant Enguerrand Quiéret.
(7) 27 décembre 1336. L'amiral est un des signataires. (Archives nation., JJ 81, cap. 497. — Bibl. nation., manuscrits De Gauips, vol. 83, fol. 155 v".)
GUERRK DE CKN 1 ANS 395
Leure, Danois de Laguillon, promu u capitaine do chcste présente armée de la mer (l) » . Kn janvier l:i:n, les vaisseaux ennemis fuyaient éperdument devant notre escadre sans trouver dans les rades de Fowey et sur les côtes de Gornwall et de Devonshire, où Ils cherchaient un refuge, un abri contre ses coups (:2).
Le Parlement anp^lais vota immédiatement une aide de guerre (3); les Normands, peu convaincus de « l'évident péril " du pays et jaloux des privilèges de leur cliarte de 1315, firent beaucoup plus de difficultés à consentir " certaine somme de pécune » . Leurs prélats exhibèrent même, pour ne point y contribuer, un document qui semblait, à première vue, créer un précédent contre eux, la lettre de saint Louis les priant de subvenir à l'entretien des galères gardes-côtes : une des clauses finales spécifiait toutefois, et c'est cela qu'ils invoqvialent, qu'aucun préjudice n'en résulterait à l'avenir pour eux ou pour leurs successeurs (•4).
« Fors périlis par eau, mors et destruimens de grans personnes : " tels étaient, pour l'année 1337, les pronostics motivés par l'apparition d'une « comette eschevelée engendrée d'une commotion de Mars et de Saturne (5) " . Point n'était besoin d'être astrologue pour jouer le rôle d'augure : il suffisait d'observer; partout, on faisait des préparatifs de guerre. Notez que la guerre n'était pas déclarée; par une fiction étrange, les opérations de nos Hottes étalent considérées comme pirateries sans conséquence, ce (jui permettait à la diplomatie de gagner du temps et de pré-
(1) Quittuiice datée de Leure, 24 décembre t336. (Bil.l. iial., l'ièces orig., vol. 1619, dossier 37661, Laguillon, p. 2.)
(2) « Naves tam volantes supra mare (juain aiichoratas in littore. » (Rymer, t. II, 3'= p., p. 163.)
(Z) KVMER, t. II, S-^p., p. 151.
(4) Paris, 20 septembre 1266; vidiiiius daté de Paris, 22 août 1337. (Archives de la Seine-Inférieure, G 1878. — Coville, les Etats de Normandie. Paris, 1844, in-8", p. 44, et pièces justif. I.)
(5) Vers le 24 juin 1337. (Franc. 1366, fol. 311.)
306 HISTOIRE DE LA MAIUNE FlîANÇAISK.
parer des alliances. Edouard essayait d'intéresser à sa canso le roi de Norvège (1); le comte do Flandre, à rinstigalion de Philippe VI, interdisait aux niarcliaiids anglais l'accès de ses ports ('2). Au mois de juillet, la Hollande, la (kieldre, le Brabant, se déclaraient contre nous (ii). Des troupes furent concentrées à la frontière du nord : et l'amiral Quiéret (4), alin de prévenir de nouvelles défections ou de rétablir rc(|iiilil)re entre les influences française et anglaise, vint prêter au comte de Flandre l'appui de son escadre (5). Le H août, il arrivait » en la mer assés près de l'Escluze (0) » ; le surlendemain, les gailères d'avant-garde : Saint-Maurice, Sainte-Esclaire, Sainte- Catherine, Saint-Nicolas, Roche fort, Saint-Michel, jetaient lalarme du côté de Brele et de Schicdam. L'amiral traquait au passage les ambassadeurs anglais et les papiers de leurs négociations avec les seigneurs des Pays-Bas et du Rhin. Malheureusement, il était filé par deux espions : les ambassadeurs prévenus évitèrent de passer près de Cadzand où il croisait; ils allèrent s'embarquer à Dordrecht, et pendant qu'une bande d'indigènes soudoyée par eux détournait par une fausse attaque notre avant-garde, ils enfilaient les passes de la Meuse sur l'escadre de l'amiral Roos et gagnaient la pleine mer (7).
Par une nouvelle fatalité, deux bâtiments chargés de mu-
(1) :î novembre 1336. (Rymer, t. II, 3« p., p. 153.^
(2) 5 o.tol)i-e 1336. (Rymer. t. II. 3'^ p., p. 149.)
(3) l'ai- les traités des 24 mai, 12 juillet 1337. (Rymer, t. II, 3'' partie, p. 165, etc.)
(4) Son escadre était en armement à Leure. dn 10 au 13 juin, il avait pour second Rarhavera, patron d'une des galères. (Delisle, Actes iiormanda, n"' 63-65, p. 15.3-154. — Pièces orig., vol. 1528, doss. Danois, p. 2, et vol. 1619, doss. 37661, p. 2. — Nonv. acq. franc. 3653, p. 79. — Archives nat., JJ 81, c. 202.)
(5) Il était à Calais le 30 juillet. (Delisle, Acte.i normands, n" 69.)
(6) Pièces orig., vol. 2415, doss. Quiéret, p. 2.
(7) Compte de l'ambassadeur anglais Jean de Woume, juin 1337-février 1338. (Froissart, éd. Kervyn de Lettenliove, t. XVIII, p. 50-55. — Fnois- SART, éd. Luce, t. I, p. 134, 407.)
GUKIlliK l)K ci: NT ANS. 39T
nitions que Philippe VI envoyait au secours de l'Ecosse tombaient au^ milieu de la flotte anglaise. Ce fut une lulle héroïque, désespérée, songez donc, deux navires contre quarante : les matelots se firent tuer; l'évéque de Glascow , Jean Lindsay, qui conduisait l'expédition, ne survécut pas à la défaite, et plusieurs ladies qui retournaient de Flandic dans leur patrie se laissèrent mourir d'inanition plutôt que de vivre en captivité (l). Les vainqueurs, des marins du Norfolk et du Suffolk, firent main basse sur les jovaux et sur l'argent qu'ils trouvèrent à bord de la Cogge de Flandre^ sans égard aux droits de la couronne (:2). L'amiral Jioos fut révoqué (3). Quiéret, son coup manqué, se replia sur nos côtes (4). La présence de son escadre avait pesé toutefois sur les décisions du comte Louis de Flandre, qui signa un traité d'alliance avec Philippe YI (5).
Mais un revirement se produisit presque aussitôt : les Flamands se laissèrent ébranler par l'éloquence persuasive d'un brasseur de Gand, Jacques Arteveld, homme d'une haute intelligence qui n'eut pas de peine à leur démontrer les avantages économiques de l'alliance anglaise (G). l'ne ambassade fut envoyée par eux à la cour d'Edouard 111. Le Parlement réuni à Londres opina pour la guerre, et le 19 octobre Edouard envoyait défier le roi de France. Philippe YI ne fit qu en rire, mais bien à tort (7).
(1) Août 1337. (HE.MixcBuncii, Cliroincon, t. II, p. 314. — Clironùjin: de Lanercost, p. 291. — Cf. la bibliographie îles ouvrages qui parlent tic la rencontre daus Fr. Micuel, les Écossais en France, t. I, p. 61, n. 4.^
(2) Enquête prescrite à ce sujet par Edouard III, 1" septendjre. [Calendarof the patents, olls. Edward III (1334-1338), p. 513.)
(3^ Edouard lui reprochait de ne pas intercepter toutes nos coniniunicalions avec l'Ecosse. Jîotuli Scotlœ, t. I, p. 498.)
(4) Le 11 septenihre. il comparaissait à S. Riquier coinnic chevalier li.inneret devant les coniniissaires chargés d'organiser la défense du pays, (t*. Anselme, t. VII, p. 745.)
(5) 16 août. (Archives nat., .IJ 70, p. 207 et 337.;
(6) Froissart, éd. Luce, t. I, p. 391, 394.
(7) Froissari, éd. Luce, t. I, p. 401.
Le 10 novembre, Tennemi s'emparait de l'île de Cadzand, clef des communications maritimes de la Flandre; Tescadre d'Henri de Derby et de Gautier de Mauny prit prétexte du meurtre de deux matelots envoyés à l'aiguade, pour jeter des troupes dans l'île; les cinq mille hommes de la garnison, commandés par Guy, frère bâtard du comte de Flandre, ne purent soutenir ni le tir, ni le choc de l'ennemi (l). On attribua partiellement cet échec à l'absence de notre escadre (:2).
Elle venait de partir pour la Saintonge sous les ordres du capitaine Dvirand Pclegrin, lieutenant de l'amiral (3). Aux signes avant-coureurs de la guerre, Philippe VI avait jugé urgent de consigner dans les ports de l'Océan tous les navires de commerce jus(ju'à l'arrivée d'une escorte « si forte et souffisant que les vins et autres marchandises pourroient estre menées seurement par la mer (4) » . Dès le mois d'août il avait pris sous sa protection la Rochelle (5) en y créant une station navale : le capitaine bayonnais Badin Du Four, l'intrépide aventurier qui avait sillonné l'Asie et l'Afrique avant de commander un vaisseau, y était arrivé avec trois galères et de quoi en armer une quatrième : l'ancien patron de l'escadre royale de Narbonne, Bernard Foulquin, et le commis aux constructions de la flotte, Guillebert Poolin, l'accompagnaient (6). Les Rochelais, néanmoins, conti-
(i) Ancienne/; Chronirjues de Flanchex, t. III, p. 147. — Chronique de Flandre, t. II, p. 219. — Villani, llist. Florent., apud Muratori, t. XIII, p. 808. — Froissart, éd. Luce, t. I, p. 132-138.
(2) Chronographia regum Francorum, t. II, p. 46.
(3) Il commençait ses armements à Rouen le 12 octobre (Franc. 10430, p. 222), et quitta Hontleur peu après le 4 novembre, (franc. 10430, p. 227. — Delisle, Actes normands, n" 76, p. 166.)
(4) Les frais de l'escorte furent couverts par une taxe sur les marcliandises exportées. La taxe fut établie le 12 novembre 1337 à S.-Jean-d A ngély et le 20 novembre à la Rochelle. (Archives nat., P 2291, p. 445, 45J.)
(5) Août 1337. (Archives nat., .1.1 70, c. 204.)
(6i Badin armait son escadrille à Leure le 24 juillet. (Pièces ori{]., vol. 1220, doss. 27368, Du Four, p. 2.)
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nuaient à se plaindre qu'il n'y eût « en la mer (armée) nul résistast « : et de fait, guettés par le vice-amiral de Guyenne, Uso di mare, et par l'amiral bayonnais Pès de Puyane (1), ils perdaient quantité de vaisseaux. Pès de Puyane remporta sur eux ou sur d'autres marins français une victoire navale, dont Edouard III témoigna sa satisfaction de façon singulière, en graciant six maîtres de navires lïayonnais qui avaient combattu dans nos rangs (2). C'est en ce moment critique que Pélegrln apparut sur les côtes saintongeaises, il réussit à ramener intact le convoi, malgré une attaque des « malfaiteurs » ; une de leurs barges, cernée par ses galères, fut même capturée (3).