‹ Histoire de la marine française (volume 2)Chapitre 60 sur 72 · CAMPAGNE DE ROBERT DE HOUDETOT · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DE ROBERT DE HOUDETOT

Les deux divisions royales « retournées de l'armée » , les galères Saint-Etienne, Sainte-Venture, Saint-Jean, Saint- François, la barge Saint-Laurent (3) de Leure, etles barges de Dieppe : Saint-Georges, Notre-Dame, Saint-Jouen, Saint- Louis, Saint-Denis, Saint-Jean d'Abbeville, Saint-Jame du Tréport (4), constituèrent une escadre de dix-neuf cents hommes d'équipage (5). Les troupes d'embarquement furent fournies par l'arrière-ban, les arbalétriers par les ser-

(1) Franc. 20685, P 327.

(2) Pièces orig., aux dossiers Pestel, Quiéret, Langlois : Delisle, Actes normands, n" 157, p. 281.

(3) Patrons : Guillaume Du Moustier, Jean Prud'homme, Robert Rouxel, dit Tartarin, Etienne Olivier et Robert Blanche. Le Saint-François, porté comme galère à la bataille de l'Ecluse, est appelé ici barge.

(4) Maîtres : Matthieu Le Mire, Pierre Le Valois, RogerCaron, JeanDalivet, Matthieu Quiefdeville, capitaine du 5ai»f-A?e«w, Jean Du Jardin, Guillaume de Bras.

(5) La liste des douze bâtiments de l'escadre avec leurs équipages est donnée dans le compte de François de L'Ospital. (Nouv. acq. franc. 9241, f" 29 V", 30. — Cf. aussi : Clairandiault, vol. 75, p. 5878 v". — Pièces orig., vol. 1642, doss. Langlois, p. 3. — Franc, 10430, p. 258.;

genteries, les armes par le Clos des galées (1), la grosse artillerie par les forteresses (2).

On mit un mois et demi à organiser l'expédition. Le 2 septembre, elle était en partance au Chef de Gaux : des officiers subalternes du clerc des arbalétriers passèrent de barge en barge pour u voir les montres ", c'est-à-dire pour vérifier la revue de l'armée navale (3). Le chef d'escadre était un marin novice.

Des officiers généraux de la flotte, aucun ne survivait : le vice-amiral Hélie était indisponible. Restait Barbavcra. Mais s'il avait la confiance du roi, qui fit venir sa femme et ses enfants de Gènes afin de lui ôter toute cause de s'absenter (4), son origine étrangère et sa conduite à l'Ecluse, très logique, mais mal interprétée, impressionnaient défavorablement nos marins. On avait donc improvisé capitaine de la mer le Normand Robert de Houdetot, en lui adjoignant comme conseillers sur la Sainle-Venture « dix hommes des plus souffisants de Leure >» , Robert Roussel, dit Tartarin, patron du Saint-Jean, et l'ancien capitaine de la division rochelaise. Badin Du Four (5).

Le bruit courut à Londres que la flotte française allait rejoindre les Espagnols (6), qui venaient d'obtenir l'entrée en franchise dans nos ports (7). Empêcher la jonction des alliés devint la pensée fixe d'Edouard III. Les deux flottes du nord et du sud-ouest, envoyées en bloc dans les parages d'Oues-

(1) Mandement de Robert de Houdetot au {jarde du Clos Thomas Foucjues. Rouen, 15juillet 1340. (Pièces oiif;., vol. 1537, doss. Houdetot, p. 2.)

(2) Franc. 25997, p. 311-312, publié par M. Delisle, Actes normands, p. 267-268.

(3) Nouv. acq. franc., 9241, f" 35 v". — Pièces orig., vol. 1642, doss. Langlois, p. 3.

(4) 12 janvier 1341. (Archives nation., J.T 8J , cap. 202.)

(5) Nouv. acq. franc., 9241, f 29 v", 30.

(6) L'Espagnol Jean Gonssal, maître de la nef Sainte-Marie-Mudelcine, était déjà au service de la France au sièjje de Tonnay-Gharente. 25 janvier 1340. (Clairambault, vol. 19, p. 1295, et vol. 54, p." 4069.)

(7) 30 juin 1340. {Ordonnances, t. III, p. 166.)

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sant, dressèrent une embuscade, où six galères de marchands génois qui arrivaient sans songer à mal tombèrent : elles furent brûlées en septembre, à Brest (I).

Robert de Houdetot s'était arrêté non loin de là, ayant mission de préserver du contre-coup de la défaite la garnison du Châtcavi-Cornet (2). Il avait, en cours de route, sao cagé les établissements anglais de 1 île de Herm (li). A son tour, il allait se faire écharper par les grosses tlott(>s de l'ennemi, si Edouard III n'avait reculé. Impressionné par notre tlère attitude, effrayé du délabrement de la marine l)ritannique jusqu'à interdire toute vente de vaisseaux (4), il s'empressait de conclure, le ^5 septembre, une trêve de neuf mois. Deux mois après, Robert de Houdetot ramenait au port de Leure sa vaillante petite escadre (5).

L'automne etl'biver s'écoulèrent dans l'inaction (G) : trois mois avant la lin de la trêve, rien n'était prêt pour soutenir une guerre navale. Le Li mars DÎ^I enfin, l'office d'amiral, vacant depuis la mort de Quiéret, fut pourvu d'un nouveau titulaire, Louis d Espagne, comte de Talmont (7), arrièrepetit-fîls d'Alphonse X de Castille et de saint Louis. Aussitôt, tout s'anima comme par enchantement. Des u maistres d'aisse, calfats et remiers i> de Garcassonne affluèrent aux chantiers maritimes de la Seine. La division Grimaldi, rap-

(1) Rymek, t. IL 4' p., p. 8i, 97, et t. III. i^' p., p. 14.

(2) jNouv. acq. franc. 9241, f" 8.

(3) Franc. 20901, p. 110.

(4) 11 octobre. En décemljre, il inantlait aux vicomtes de faire le «lénombrement de tous les vaisseaux de son royaume. i^RvMKn, t. II. 4'" p., p. 85.)

(5) ÎNouv. acq. franc. 9241, f" 8.

(6) Edouard III fait rijjoureuseiiient observer la trêve par le.s marins de Southampton, Cornwall, Somerset, Dorset et Devon, tout prêts à nous molester. 18 janvier 1341. (Hymer, t. II, 4'" p., p. 87.) — Il fait escorter les convois de Guyenne. Octave de Pâques 1341. (Uymer, t. II, 4'' p., p. 102, 104, 110.)

(7) Compte de François do l'Ospital. (Nouv. acq. franc. 9241, f" 34.)

i(iO IIIS'l'OI m; l)K LA MAHIM-: FIIANÇAISK.

pelée d'urgence (1), franchit en plein hiver le détroit de Gibraltar. Tout le long du littoral, » de Xantonge jusqu'à Calés " , un notaire rédigeait <i l'inventoire des nefs de touz les porz du royaume " . Durant le recensement, qui dura six mois (2), le capitaine Robert de Iloudetot (li) s'occupait de mobiliser nos forces navales.

Quant à l'amiral, il s'embarquait (i) à la Rochelle pour aller faire appel aux sympathies d'une nation étrangère. La trêve le couvrant encore, il ne fit escorter sa nef, VKdouarde, que par six bateaux de Hartlcur. Le capitaine de pavillon, Guillaume de la Hogue, avait cédé galamment son poste à l'Espagnol Ferrand Martinez. D'autres Espagnols, des arbalétriers, avaient embarqué pour servir de recruteurs et le Rayonnais Radin Du Four pour servir d'interprète dès l'arrivée en pays basques. C'est là qu'on se rendait. L'amiral venait Il traitier aus bonnes genz du pais afin qu'il venissent au servise » de la France. Le 21 avril, l'escadre jetait l'ancre à Rcrmeo (5).

Froissart, le seul auteur qui parle de ce voyage, sans en connaître les motifs et la date, l'a placé à la suite de la bataille de (Tuernesev, qui eut lieu lui an plus tard. Un récit mouvementé, dramatique autant que faux, rachète chez notre conteur l'insuffisance des renseignements (0). Enveloppée parla tourmente, l'escadre s'écarta, dit-il, de la côte où elle craignait de " froter » , et dériva pendant la nuit et la journée du lendemain jusqu'en vue de la iNavarre (7) : deux navires sombrèrent. Le troisième jour, le calme re-

(1) Le !«' mars. {Ibidem, 9241, f 38.)

(2) Du 13 mars au 6 septeml^re. Le notaire s'appelait Jean de Saint-Simon. [Ibidem, f" 34.)

(3) De concert avec Guillaume Pinchon et Simon Bautlry 14 mars. {Ibidem, f» 29 V".)

(4) Il quiUa Paris le 19 mars. [Ibidem, f" VI.)

(5) Nouv. acq. franc. 9241, f» VI.

(6) Froissart, éd. Luce, t. III, p. 13, 211.

(7) Ce que la distance de Guernesey à l'Espagne rend invraisemblable.

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vint. L'amiral vira vers la Rochelle; il y Ht son entrée avec quatre nefs bayonnaises capturées en route.

La vérité est que Louis d'Espagne perdit deux mois on pourparlers avec les Frères de la côte. Il se rendit à Castro, ancienne capitale de leur confédération, obtint quelques promesses, manda au roi des " nouvelles du navire d'Espalgne " , mais dut revenir au plus vite pour prendre le commandement de la flotte française. A peine débar(|ué à la Rochelle, le 3 juillet, il envoyait deux bâtiments « ovier vl contraitier ans ennemis (1) » . La trêve était expirée. L'amiral Clinton et Pès de Puyane (2) entraient en ligne, quand une nouvelle trêve fut signée (3). David Bruce, qui avait été l'occasion ou le prétexte de la guerre, quittait la France et regagnait l'Ecosse (4). Les belligérants allaient se retrouver en présence sur un terrain neutre, en Bretagne.

(1) Nouv. acq. franc. 9241, f° VI.

(2) Kymef, t. II, V p., p. 110.

(3) Août 1341. (RY.MER, t. II, 4''p., p. 111.)

(4) Sur les vaisseaux français de Lambert Spaldfis et de Copin, dit Godard. Il abordait le 2 juin 1241 à Inverbervie. [Exchequerrolls of Scotland, t. I, préface clxi.)

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