‹ Histoire de la marine française (volume 2)Chapitre 63 sur 72 · MARINE ROYALE ET MARINE DES VILLES · texte numérisé non relu

MARINE ROYALE ET MARINE DES VILLES

Réduit à ses seules forces navales, Jean II n'eut garde de les essaimer. Charles de Blois, forcé de se suffire en Bretagne, eut un amiral distinct de Tamiral de France (1). Le nouvel oflicier, Baldo ou Baude D'Oria, ne quitta };uère, il est vrai, le continent. De Paris, on suit son itinéraire par Château-Chinon, Angers {"2), où on relève des traces peu équivoques de son passage, un viol et un vol; Touffou, où il se fait verser 40 livres; Redon, où il installe le gros de sa troupe, cinquante arbalétriers et quinze écuyers génois (3). Paris exerçait sur l'amiral une telle fascination qu'on le vit plus souvent à l'hôtel de la rue du Bourg-Tibout (4) qu'en Bretagne.

Ce n'est pas que le fils de l'ancien capitaine des galères royales eût dégénéré. Mais il n'avait ni vaisseaux ni ports :

(1) " Amiiaiit (le la mer pour Monsour de Rrct;i{jne » ou " aiiiiraut de Bretagne " 1351. (^Mémoires pour servir a V histoire de Bretagne, par DOM MoiucE, t. I, coK 1474 et 1485.)

(2) Lettres de rémission des 23 mars 1352 et 4 mai 1353. (Archives nal., JJ 81, n"' 281 et SUS.)

(3) Mémoires... île Bretagne, t. I, ooL 1474, 1485: il est à Paris le 26 février 1353 et en 1355. (Glairair.l)aii!t, vol. 60, pièce 4613.)

(4) l'hilippe VI avait donné à Antoine D'Oria, en raison de ses l>ons services, deux maisons sises à Paris, rues du Bourg Tiliout et du Franc Mourier, près du vieux cimetière Saint Jean. Janvier 1348. (Archives nationales, JJ 77. cap.)

Jean II dut lui prêter une nef (1) et un quartier spécial au Clos des galées de Rouen, celui qu'on appela depuis les Halles de Bretagne (2). Quant au littoral, Matthieu de Gournai, capitaine de Brest, qu'Edouard III avait investi de l'amirauté bretonne (3), l'occupait de Saint-Pol de Léon jusqu'à Vannes. Il accaparait si bien les profits des brefs de Bretagne que le duc Jean IV résolut de faire concurrence à ses alliés.

A cet ordre d'idées se rattache la création d'une troisième amirauté bretonne, que Jean IV institua dans son apanage de Guérande, et dont Nicolas Bouchart fut le titulaire. Boucliart construisit le château-fort du Croisic pour la protection des navires marchands (4) ; un feu fut allumé chaque nuit au sommet de la collégiale guérandaise de Saint- Aubin (5), dont le clocher émerge encore si haut au-dessus des alluvions de la plaine ; la division guérandaise, qui conserva son autonomie sous la puissante dynastie des Bouchart (6), menaça les dernières possessions de Charles de Blois sur l'Océan.

Pour les sauvegarder, Baldo d'Oria ne pouvait mettre en

(1) Que Baldo rend le 22 mai 1354 au {jarde des nefs royales de Har- Heur, Etienne Du Moustier. (Pièces orig., vol. 2076, doss. Moustier, p. 2.)

(2) Ch. de Beaurepaire, Rechei'ches sur Vaiicien Clos des galées, p. 13.

(3) 20 septembre 1357. [Mémoires... de Bretagne, t. I, col. 1521.) Parmi les revenus de Matthieu de Gournai, sont mentionnés les profits du château de Brest, les brefs de S. Matthieu, les pêcheries.

(4) Alain Bouchart, Croniccjue, liv. IV, fol. 131, 132.

(5) Bulle de Léon X « Ecclesiaruni fabricis " pour la réfection du clocher de Saint-Aubin, cpii depuis un temps immémorial servait de phare, l"^"" mai 1521. [Archivio segreto du Vatican^ reg. Vatican, 1202 fol. 60-61.)

(6) En 1369, 1377, jNicolas Bouchart envoie ses nefs au service de Charles V. (Franc. 26008, p. 806. — Franc. 26009, p. 813. — Delisle, Mandement: de Charles V, p. 781, n° 1570.1 — En 1390, Jean Bouchart commande la barge ducale la Katherine. (De La XicolliÈre, la Marine bretonne aux xv" et xvi* siècles, p. 15.) En 1407, il fait partie de l'armée navale de Guérande qui causa tant de dommages aux Anglais. (Blanchart, Lettres et mandements de Jean V, t. II, p. 38, 45, 47.) — A cinq cents mètres du bourg de Batz, le château de Kerbouchart rappelle le souvenir des grands armateurs guérandais.

ligne que deux galiots stationnés à Nantes. Le Dauphin lui prêta, le 18 mars 1358, une galère et une galiote royales de la Rochelle, et prit à sa solde, pour une campagne de deux mois, les quatre cents Franco-Génois de la flottille (1). C'était trop peu, on l'imagine, pour ramener la victoire sous les drapeaux de Charles de Blois. Les marins du Croisic redoublèrent d'audace, et, en fin de compte, ayant " moult bien conforté le conte de Montfort de navires et de gens (:2) )> , contribuèrent à son triomphe décisif en 1364.

Les destinées de la France et de la Bretagne s'écoulaient parallèles, aussi sombres d'un côté que de l'autre. La France avait un souverain que l'on se plaît à représenter comme un prince orgueilleux, fastueux, emporté, entièrement ignorant des plus simples notions du gouvernement et de la guerre (3) : jugement trop sévère, inspiré et presque motivé par les nombreux revers du règne de Jean II. Mais était-ce ignorer le gouvernement que de renouveler, au moment d'une guerre navale, une alliance offensive et défensive avec la Castille (4) , d'obtenir des Génois l'offre de leurs galères (5) , ou d'imposer aux bourgeois d'Aigues- Mortes, en retour de la confirmation de leurs privilèges, l'engagement de servir sur la flotte royale (6).

Une mesure autrement heureuse et qui, au service d une

(1) Franc. 26008, p. 781, publiée par S. Llxe, Histoire rie Du Guesclin, p. 534-535, pièce justificative XIII. — Mandement de Charles V aux trésoriers de payer 6,940 livres tournois à Baldo D'Oria pour l'entretien de la galère et des trois galiotes. 17 mars. (Franc. 25701, p. 133.)

(2) Al.iix BorcH.\RT, Cronicque, liv. IV, fol. 132. (3j Henri 3Iartin, Histoire de France, t. V, p. 120.

(4) Traité de Burgos ronfirmé par Jean II. A1)haye de Preuilly, juillet 1352. (Archives nation., JJ 81, cap. 497.)

(5) Edouard III écrit au doge de Gènes d'empêcher le nolis des jjaièrcs de la République par les Français. Westminster, 6 mai 1352. (Hymeis, t. III, l-p.,p.78.) .

(6) Février 1351. (Archives nation., JJ 81, cap. 465.)

haute intelligence, eût porté de nombreux fruits, fut la réorganisation de la marine royale.

A la dure école de la défaite, Jean II s'était plus que jamais convaincu de la nécessité d'avoir sons la main une flotte suffisante pour arrêter l'ennemi et exempte des retards qu'entraînait le nolis à l'étranger.

Quinze nefs ou coques, que le vicomte de Montivilliers acheta en Flandre en ]^Tr2 (I), rejoignirent la grande nef l'oyale d'Harfleur (:2). Un progrès notable a été réalisé dans l'armement des l)âtiments flamands, ainsi que le montre un acte contemporain, le compte de la flotte de Louis de Maie en 1350 (3). On y voit figurer quatre ribaudequins , mitrailleuses de u ti'ois à quatre canons rangés de front sur hautes charrettes en manière de brouettes devant, sur deux ou quatre roues bardées de fer, à tout longues piques devant à la pointe (4) » . On reconnaît là, il est vrai, des pièces de campagne, analogues aux chars de guerre à deux canons adoptés plus tard par les Ecossais ; elles furent débarquées au camp, devant Anvers. Les engins propres à l'escadre de Louis de Maie étaient des cernons^ provenant des ateliers de Tournai ; la poudre et le plomb avaient été achetés à Bruges. De même, les nefs de Jean II ont " III canons» parmi leurs « estoreûres» de réserve, venues de Flandre (5). Et qu'on nous parle encore, après ces exemples multipliés,

(1) Jean II mande à l'amiral de recevoir par inventaire <> les nef/, ou coquez ou apparaulx et garnisons que nostre viconte de Monstivillicr a fait et fera venir de Flandrcz à Harefleu» . Bois de Vincennes, 22 septembre 1352 : Vidiums de l'amiral. (Franc. 25700, p. 48.)

(2) Qu'on réparait le 23 mars 1351. (Pièces orig., vol. 2337, doss. Poolin, p. 2.)

(3) Les douze vaisseaux de Louis «le Maie, huit grands et quatre petits, capitaine Jacques Buulc, avaient un effectif de 1,316 hommes. (A. Goovaerts, la Flotte de Louis de Maie devant Anvers en 1356, dans le Compte rendu des séances de la commission royale d'histoire. Bruxelles, t. XIV (1886), p. 33-58.)

(4) Fkoissakt, cité ibidem.

(5) 5 janvier 1356. (Pièces orig., vol. 2089, doss. 47597, p. 6.)

— combat de 1338, Hotte de Jean II, — de l'apparition de l'artillerie navale en 1372 (1).

La coque Saint-Christophe ^ la nef Sainte-Marie et les autres voiliers du roi (2) furent confiés à un garde général, Etienne Du Moustier, assisté de quinze gardes subalternes (3). Le garde général allait passer vice-amiral. Ainsi se reconstitua, avec état-major, magasin (4) et budget spécial imputé sur la recette de la vicomte do Montivllliers (5), l'escadre des transports royaux.

A Rouen, la seconde escadre, entretenue sur le budget de la vicomte de Rouen et composée des croiseurs, s'augmenta, dans le courant de l'année 1352, de " nombre de galées et autres vaisseaux (<)) " , réparés ou construits par Guillebert et Laurent Poolin : 20 galères, l galiote, I lin, 5 barges et 3 bargots ('). Ajoutez aux deux escadres plusieurs bateaux éclaireurs (8), les barges stationnaires des ports d'amirauté (0), le Sagittaire ou Seetier détaché à Paris (10).

Un Frère hospitalier fut l'artisan de cette rapide réorga-

(1) Froissart, éd. Luce, t. VIII, p. 37.

(2) Gardes Adam Beugler et Guillaume Godeffroy. Quittances datées de Leure, 10 février 1359. (^Ventes cVautoqraplies du 18 mars 1885, n" 152, et du 26 mai 1886, n" 106.)

(3) Moyennant une solde quotidienne de six sols pour Etienne Du Moustier et de trois sols pour chacun des autres. Quittances des 4 juin et i" septembre 1354. (Pièces orig., vol. 2076, doss. Moustier, p. 2, 3.)

(4) Qui était la maison du bourgeois liarflcurais Jeannet le Courtois. (Pièces orig., vol. 2089, doss. 47597, p. 6.)

(5) Les comptes de Jean Riliaut, vicomte de Monlivilliers, pour les dépenses de la marine existaient encore en 1737, avant l'incendie de la Chambre des Comptes. (Archives nation., PP 99, fol. 32.)

(6) Clairandjault, 1313, p. 60. — Pièces orig., vol. 2089, doss. 47597, p. 4 : Mandements du roi et de l'amiral en date du 20 décembre 1351.

(7) Franc. 25701, pièce 124. — Franc. 26001, p. 482, — Franc, 25999, p. 39. — Pièces orig., vol. 2337, doss. 52645, p. 3, 4, 5. — De Beaurepaire, Piecherches sur l'ancien Clos des galées, p. 13,

(8) Franc. 26001, p. 490.

(9) Pièces orig., vol. 1522, doss. La lieuse, p. 13 et 15, et cf. Infra.

(10) Jean II mande au vicomte de Rouen d'envoyer à Paris « navem nostram marinam vocatam Seetier, apud Rothomagum vel circa existentem, munitam nantis ". Paris, 5 décembre 1351. (Franc. 25700, pièce 33.)

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aisation. Le roi lui avait donné pleins pouvoirs, juridiction étendue (l), nom et office d'amiral de France. Jean de Nanteuil, prieur de l'Hôpital en Aquitaine, avait appris la stratégie navale dans les croisières que tout chevalier de Saint-Jean devait faire contre les musulmans. Sa compagnie d hommes d'armes fut la pépinière des amirau.x: et viceamiraux du XIV siècle : Jean de Ghamigny, Ktienne Du Moustier. un Jean de Vieiuie (2), servirent sous ses ordi'es. A une épofjue où les meilleurs capitaines recherchaient les appertises d'armes, Jean de fauteuil proposa à ses compagnons un grand exemple à imiter, le célèhre comhat des Trente, qui traversa comme un météore le .'^ombre ri-gnc de Jean II. Il s'entoura de ce nombre fatidique de trente hommes d'armes, que suivirent, selon l'usage, deux fois autant d hommes de pied , archers , ai^balétriers ou lanciers (3).

A ce beau corps manquait la vie, l'audace ou la force, depuis que l'ennemi, à l'Ecluse, avait fauché toute une génération de marins. Les bandes du duc de Lancastrc purent incendier les faubourgs et les vaisseaux de Boulogne. L'année suivante, en mars 1352, les sept vaisseaux du corsaire Thomas Cock rôdaient impunément sur les côtes normandes et picardes (4) ; et « trente-huit nefs d'armée " anglaises étaient signalées à l'horizon du Cotentin , sans qu'on les attaquât (5). C'est que l'ennemi avait ha])ilenient profité de la gestation de notre marine pour prendre

(1) Ordonnance du 25 mais 1351. [Ordonnances, t. II, p. 408-409.)

(2) Montre de l'amiral de Nanteuil en mai-juin 1355. (Clairamhault, vol. 1313, p. 65-66.) — Les mots « amiral de France » se substituent à cette époque à l'ancien titre « amiral de la mer " : la création de l'amirauté de Bi-etagne oblige désormais à préciser le domaine du granil officier.

(3) Mandement royal du 12 novembre 1353. (Archives nation., K 47, n" 24, orig. : Tardif, Cartons des rois, p. 388.)

(4) Nicolas, Ilistory of the Royal Navy, t. II, p. 115, 116.

(5) Fr. 25999, p. 132.

501 iiisToir.i': m- la maiuM'; françaisk.

Toffensive. Il se retrancha derrière des trêves (l), dès que nous fûmes en mesure de le repousser.

L'attente énerva nos marins, sans cesse tenus en haleine. A peine Jean II avait-il prescrit de réparer « tout le navire que nous avons, disait-il, es parties de Normandie et de Picardie et ailleurs, en faire de nouvel certaine quantité et envoier certains messages et cspies en plusieurs parties (2) » , qu'une trêve venait annihiler ces efforts.

En 1355 enfin éclata la guerre. Le 1" mai, vingt-quatre galères et vaisseaux devaient appareiller (3) avec six mille arbalétriers et pavoisiers des capitaines Renier (Trimaldi et Baldo D'Oria (4). On commit une première faute en différant d'un mois l'entrée en ligne de la flotte (5), une seconde faute en se laissant prévenir par l'ennemi. Le 5 juin, on apprenaitqu'il était en mer. Le Dauphin Charles, qui s'était porté à Deville, près de Rouen, manda aux milices de gagner la côte au premier signal « des fouyers acoustuméz à faire en tel cas sur les lieux de la marine (G)" . Mais l'orage se détourna de la Normandie. Où était-il passé? C'est ce que deu\ bateaux de l'amiral de Nanteuil allèrent savoir (7).

Edouax'd III, avec une grosse Hotte et trois mille cinq

(1) Trûvcs (lu 10 mars au i" août 1353, — du 20 novembre 1353 au 15 avril 1354, prolongée jusqu'au l" avril 1355.

(2) 10 mai 1354.! (Clairaml)ault, vol. 213, fol. 9463, p. 25.) — Vidimus de l'amiral Jean de ISanteuil du 4 juin 1354. (Clairambault, vol. 1313,

(3) Mandement royal de préparer du biscuit pour ces liàtiments pour le !"• mai. Teuiple-lés-Paris, 22 février 1355. (Franc. 25700, p. 01, orig.)

(4) Du 3 décembre 1354 au28 juillet 1355. (P. Axselme, Ilisloire généalogique, 1" éd., t. II, p. 898. — Clairambault, vol. 60, p. 4613.)

(5) La trêve expirant le 1" avril. — Seule, la galère de Jean D'Oria partait le 9 avril 1355 en reconnaissance. (Franc. 25700, p. 93.)

(6) Biitish Muséum, Additional Charters, n" 15, lot acheté à M. de Courcelles en 1855 : Coj)ie aux Archives de la Marine G 193. — Cf. Le- MOiNE, Chronique de R. Lescot, publié pour la Soc. de l'Hist. de France. Paris, 1896, in-8».

(7) Maîtres Guillaume de Franche et Colas Lambert. 4 août 1355. (Franc. 26001, p. 490.)

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ceiils soldats, courait la mer depuis le 10 juillet. N'ayant |)a atterrir à Cherbourg, il touchait à Saint-Picrre-Port en Guernesey, puis regagnait péniblement, en septembre, la ville de Winchelsea. Deux mois après, il allait dépfapor Calais, qu'iHic armée française menaçait. Les vents, contraires au roi d'Angleterre, avaient favorisé son lils le prince de Galles, dont les trois cents navires voguaient tranquillement vers la Guyenne (I).

Avant de s'embarquer, Edouard III avait prescrit aux hal)itants des côtes de tirer chaque soir leurs navires à terre, en lieu sûr, et de ne s'aventurer en mer qu'en flottilles bien armées (2). Précautions superflues! Les dix galères, cinfj barges et trois bargots du clos de Rouen, commandés pour la croisière estivale (;i), n'avaient pas encore reçu leurs vivres à la mi-août : et le î) septembre, au moment où ils étaient en partance au Chef de Caux (i), l'amiral de Nantenil s'attardait à « arrimer " les agrès de l'arsenal et à mener les galères de réserve en amont de Rouen u tant pour péril de feu comme autrement (5) » .

La campagne de 1355 eût été stérile, si les Écossais n'avaient envahi l'Angleterre avec l'aide d'Yon de Garencières, lieutenant du roi de France es parties d'Ecosse ((>). En dehors d'un subside de dix mille marcs que les prélats et les barons se partagèrent, Yon de Garencières amenait

(1) Ils étaient partis de Plymoutli. (Nicolas, History oftlie Royal Navy, t. II, p. 118-119.)

(2) 8 juillet 1355. (^Lettres de roi.%, reine:i, etc., éd. Champollion-Figeac, t. II, p. 111.)

(3) -Mandement de i'ainiral fixant les garnisons de vivres nécessaires pour ces 18 bâtiments. Rouen, 16 août 1355. (Franc. 26001, p. 482.)

(4) Entre autres, la barge royale Saint-Nicolas, 70 hommes d'équipage, qui accompagnait les galères. (Franc. 26000, p. 468.)

(5) 16 septembre. (Clairambault, vol. 1313, p. 64. — Pièces orig., vol. 2337, doss. 52645, p. 7.)

(6) Biblioth. nation.. Collection De Camps, vol. 83, fol. 559 copie. Plusieurs chevaliers revinrent avant leur chef : tels, Robert Du Bus, qui partit d'Ecosse le 24 août 1355; Jean de Vaux, qui revint le 2 novembre 1355

:)()li H ISIOIII K 1)1', I.A MAIÎINI', FRANÇAIS!;.

une soixantaine de chevaliers et écuyers, deux frères de Vaugontart, quatre Du Bus, deux de Vaux, trois de Mesalent, trois de Guiencourt, trois LM^standart, de vrais clans français au pays des clans. La petite bande rejoignit dans le Border les troupes de William Douglas, qui faisaient une guerre atroce aux Anglais. Plusieurs ennemis étant tombés prisonniers dans une embuscade à Nesbit, comté de Durham, un des gentilshommes français les acheta à prix d'or et leur trancha la tête pour venger la mort de son père, tué en France (1).

Garencières assista au siège de Berwick, qui fut emportée et remise au gardien du royaume, Robert Stuart. Son « emprise i> terminée, il revint par la voie d'Aberdeen, le ^:2 janvier 1356 (2). Il avait réussi à détourner contre l'Ecosse une partie des armements anglais.

Il Plusieurs escumeurs tant de Seine que de Somme (3) v profitèrent de cette diversion pour mettre au pillage les côtes méridionales de l'Angleterre, que l'amiral Jean Paveley, prieur de Saint-Jean de Jérusalem, vint à la hâte protéger (4). Chose étrange! deux prieurs de l'Hôpital, Frère Jean de Nanteuil et Frère Jean Paveley, deux frères d'armes ou de religion, se trouvaient en présence. Qu'ils aient évité de parti pris toute rencontre serait une explication plausible de l'extraordinaire pénurie des engagements navals.

Fn mars 1356, quatorze galères flanquées d'un lin appa-

(1) FoRDUN, Scotichionicon, lib. XIV, cap. ix, val. II, p. 350. — Francisque Michf:l, Le<! Ècossain en France, t. I, p. 67.

(2) Chronocjraphia regum Francoruni, éd. Moranvillé, t. II, p. 255, n. h. — Clairambault, vol. 7, p. ?,^1 ; vol. 68, p. 5281; vol. 84, p. 6649. — Chronique normande, p. 299, n. 4. — NîCOLAS, History of the Royal Navy, t. II, p. 129.

(3) Armés par l'amiral de JNanteuil avant le 10 janvier 1356. (Pièces orijT., vol. 2089, doss. 47597, p. 6.)

(4) Aux abords de Soutliampton. Mandement d'Edouard III à Paveley, 18 janvier 1.356. (Rymer, t. III, 1'" p., p. 114.)

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reillaient au clos de Rouen pour la défense du pays de Normandie et du royaume de France (1). Le roi d'Arapon. Pierre IV. en promettait quinze autres avec trois cents cavaliers et neuf cents piétons (8 janvier) (:2).

Stoïcisme ou abnégation, je ne sais comment qualilier la conduite du roi d'Aragon. Oul)liait-il quel appui avaient prêté à son rival Jacques II de Majorque l'escadre de Charles Grimaldi et les Languedociens? Ou peut-être la vic-loirc efface-t-elle toute rancune. Le 2~) oelobrc i;>49, les trois mille cinq cents Français de Jacques II étaient écrasés par des forces aragonaises six fois supérieures dans la grande plaine majorquaine qui s'étend entre Palma et Luchmayor (3). Si le roi Jean s'adressa sans vergogne au vainqueur, c'est que la guerre de Gènes avec Venise avait tari la source de notre recrutement habituel, c'est aussi que la marine aragonaise jouissait d'un grand prestige, auquel les Ordonnances de ce même Pierre IV sur tes escadres de guerre [A) et sur la navi galion en temps de gner^re (5) n'avaient pas peu contribué.

Au moment où l'escadre promise à la France s'équipait, Pierre IV déclara, le :2() février 1^556, qu'il prêterait ses ga-

l'I) Suivant mandement des généraux des aides, en date du dernier février 1356. Rouen. (Franc. 26001, p. 523.)

(2) Chaque galère devait porter trente arbalétriers en plus des rameurs. Jean II rendrait les bâtiments dans leur état et valeur, .sauf à les acheter suivant prix arbitré. Il paierait mille florins d'or pour la solde mensuelle de chaque galère et fournirait en outre le pain. La convention, passée à Sérignan, près de Béziers, le 8 janvier 1356, ratifiée en février par Jean II, entra en cours d'exécution le 27 mars où le clerc des arbalétriers Jean de L'Ospital partait de Paris avec la solde des galères aragonaises. Le paiement eut lieu à Vallone au diocèse d'Elne le 13 mai 1356 en présence du Montpelliérain Jacques de Magnane, commissaire royal de la flottille. (Clairambault, vol. 60, p. 4611, a»' 110-111; vol. 84, p. 6647, n" 193. — ZuRiTA, Anales d'Aiagoti, liv. VIII, cap. lxi. — Capmanv, Memorias... de Barcelona, t. IV, p. U7. — Histoire du Languedoc, n. étl., t. IX, p. 160.)

(3) Lecoy de la Marche, Relations de la France avec le royaume de Majorque, t. II, p. 162-163.

(4) Barcelone, 5janvicr 1354. (Pardes.sus, Lois maritimes, t. V, p. 432.)

(5) Barcelone, 4 mars 1354. {Ibidem, p. 460.)

r.OS HISTOFHK l)K I.A AIARI.NR l' lî A N ÇA f SK.

Icres aux armateurs qui voudraient courir sus aux Génois (I). L'empressement de ses sujets fut tel que le roi dut réduire à huit galères, une galiote et l,7S5 hommes les secours promis à Jean II. Ils quittèrent Barcelone le H juin \:\T){i sous les ordres du majordome François de Perillos {"2).

Cette escadre déchaîna une grosse guerre pour un petit fait, pour la capture de deux navires })laisantins que des Génois chargeaient de vinaigre à San Lucar de Barrameda. Le fait en lui-même s'expliquait par les hostilités de Gênes et de l'Aragon : mais il v avait violation des franchises territoriales do rKs})agno, violation ([ui s'aggrava d'un crime do lèse-majesté. Non loin de là, le roi do Castillc Pierre se récréait à la pèche du thon aux Alniadravcs. Une galiote génoise poursuivie par Perillos vint chercher un refuge au iianc de sa galère. Sommés d'arrêter, les assaillants répondent par une grêle de traits et dévastent les rives du Guadalquivir. De rage, Pierre gagne Séville, arme sept galères, six nefs et se lance à la poursuite des pirates. Malgré sa diligence, quand il arriva à Tavira en Portugal, l'escadre aragonaise avait passé depuis plusieurs jours et ravageait déjà les côtes de Galice. Il revint pâle de fureur et demanda au roi d'Aragon raison de l'insulte; une guerre atroce éclatait (3) .

En France, tout allait à la dérive, faute de direction ou d'énergie. L'amiral de Nanteuil (4) n'avait pu tenir tête aux cinquante-deux voiles du duc de Lancastre (5), dont les

(1) Ordonnance sur la Course. (^Ihidem, p. 465.)

(2) P. Anselme, Histoire (jénéaloçjique, t. VII, p. 758.

(3) GoNZALO DE Lk HiNOJOSA, Cltronicoii, apud Colleciàn de documeiitos iuedilos para la historia de Espaiia^ t. GVI, p. 78. — Zurita, Anales d'Aracjon, liv. IX, cap. i, p. 269. — ÎNavarrete, Coleccion de viarjes, t. 1, p. XX. — Duno, La Marina de Cas ti lia, t. I, p. 113.

(4) Qui est à Caen le 14 juin 1356. (Pièces orij;., vol. 2089, doss. INauteuil, p. 1.)

(5) Parti le 18 juin d'Anjjleterre. :]Nicoi.as, Flistorj of the Royal Navy, t. II, p. 121.) Il avait 2,100 Anglo-Navarrais coinine troupes.

troupes, débarquées à la Hougue au mois de juin, déj^aîrèrent les forteresses navarraises de Pont-Audemer et de Breteuil (l). Il n'avait alors soi:o la main que les quatre galères de son vice-amiral Jean de Charaigny (2). Les renforts amenés par Perillos ne firent pas meilleure besogne : dès leur arrivée à Quillebeuf, les marins aragonais désertent, quelque mesure que l'on prenne de leur barrer les routes (3) et de désarmer leurs galères au clos de Rouen (4). Une terreur panique les a saisis, bien compréhensible, hélas! Le H) septembre, l'armée française, écrasée par les Anglais, dormait son dernier sommeil dans les champs de Poitiers; le roi était prisonnier.

On ne peut guère imaginer de situation plus désespérée que celle du royaume et de position plus difficile que celle du régent, jeune homme sans expérience. Les Anglais se répandent partout : point de troupes à leur opposer, rien dans le Trésor de guerre. Le prince de Galles emmène en Angleterre (5) l'armée vaincue, le roi et la chevalerie de France (avril 1357) : et Jean II, devenu le jouet de son geôlier, mande à son fils Charles « que, sur encourre en son indignation et sur toute s'amour, il ne feist armée " de mer (6). Force fut de signer le 23 mai une trêve de deux ans. Lors même que le régent eût voulu, malgré tout.

(i) Dupont, Histoire du CoteiUin, t. II, p. 348.

(2) En particulier, la galère vice-auiirale Saint-Georges, armée le 10 septembre. (P. Anselme, Histoire (fénéalogi(jue, t. VII, p. 758.)

(3) Le 15 octobre, le bailli de Rouen fait barrer les routes aux fugitifs, en ordonnant de les ramener vers leur patron à Rouçn. (Franc. 26001, p. 710.) — Le 18 octobre, Perillos touchait 4,912 Vwhei à Rouen. (Clairambault, vol. 84, p. 6649, n» 194.)

(4) En novembre. (De Beaurepaire, Reclierches sur le Clo:; des gale'es, P- 13.)

(5) SouS la garde de 2,500 hommes de troujjes. Il aborda le 5 mai à Plyraouth, et non à Sandwich comme le dit Froissart. (Kmghton, t. II, P- 93.)

(6) CEuvres de Froissart, éd. Kervvn de Lcttcnhove, t. XYIII, p. 408-

arracher son père à rennemi, il n'avait aucune Hotte disponible. Perillos avait mené ses Ara5i[onais au secours de l'ont-Audemer (1) que venaient de prendre les Français; puis sa troupe s'était évanouie. Les marins normands étaient retenus à la défense de leurs propres foyers : une bande de six cents Anglais, installés à llonfleur, barrait la Seine en aval, tandis que Charles le Mauvais l'occupait en amont, du côté de Paris.

Solidarisés pour la commune défense de leurs intérêts, les villes commerciales organisèrent une flotte : le prévôt des marchands, Etienne Marcel, envoya des soudoyers parisiens; Rouen, Harfleur, Chef de Caux, toute la côte jusqu'à Dieppe mobilisa vaisseaux, arbalétriers et marins {"2). Ce fut avec cette flotte improvisée qu'im amiral au nom populaire, Enguerrand Quiéret, vint bloquer Ronfleur vers la fin d'août 1357. Dans la hâte du départ, on avait négligé les vivres (3), ce qui fit brusquer l'attaque.

Dès (ju'il aperçut dans le lointain l'armée de Louis de Harcourt (4) et de Roltertde Clermont qui arrivait de Pont- Audemer pour seconder les opérations du siège, l'amiral Quiéret accosta les remparts du port. " Et assaillirent ceulx des vaisseaulx tant longuement que la mer se retraïst » en laissant à sec plusieurs bâtiments français : les Anglais les brûlèrent en dépit de Louis de Harcourt. Les troupes de terre durent de même, au bout de quelque temps, al>an-

(1) 23 octobre 1356. (Franc. 26001, p. 710.)

(2) Chronique des quatre premiers Valois, p. 63.

(3) Le 31 août 1357, Enguerrand Quiéret fait savoir au A-icouitc d'Auj;c « (jue nous sommes devant Honnctleu, o tout grant quantité de gens d'armes, arbalestriers et de pié estans en certain navire pour obvier à l'aide de Dieu à la inale volenté et euiprinse d'aucuns des anemis du roy et du duc nosseigneurs, et illecques avons grant neccessité de vivres pour la garnison dudit navire". (Franc. 26002, p. 746.)

(4) Le 27 aovit, le garde du Clos, Vincent du Ilonmie, porte 1,600 livres au Pont Audemer à Louis de Harcourt et ses gens de ]iied » ordennés de présent à aler es parties de Honnefleu pour la deffense d'icelli pays » . (Clairambault, vol. 213, p. 9497, n» 82.)

donner le siège. Seuls, les croiseurs de Leure et de Harfleur restèrent «garder la rivière (1)" durant Tautoiime (:2). Un moment, l'office d'amiral fut confié par le dauphin au sire d'Aubigny, prisonnier des Anglais. Mais le parti populaire, représenté par les Etats de février 1358 (3), fit réintégrer Quiéret dans sa charge, en faisant déclarer qu'il avait été révoqué injustement.

La fin de la trêve approchait, et avec elle le souci de parer aux éventualités d'une guerre prochaine. Comme il arrive parfois après de grands désastres, la nation perdant confiance en elle-même souhaitait une intervention étrangère, un coup de théâtre, d'où qu'il vînt. Elle reprit à son compte les prophéties de Merlin l'Enchanteur, qui avaient pesé pendant des siècles comme la malédiction des Gallois vaincus sur leurs vainqueurs. Aux Etats de Languedoc, le frère du régent, Jean, ne craignait pas de les rappeler en ces termes : « aucunes pronostications dient bien que le roi de Danemarche destruira le pays d'Angleterre. "

Conclusion : des subsides permettraient d'armer Valdemar III contre l'Angleterre et d' « avoir vengeance par estranges gens, » au grand profit du roi et du peuple. C'est du reste une nécessité, ajoutait le prince; «carnous n'avons mie navire, ne l'appareil » naval, dont les Anglais ont « plus grant paour que de riens du monde (4) "

Il se trompait. L'énergie de la nation se réveilla. D'un trait de plume, le prisonnier d'Edouard III ayant sacrifié à

(1) Chronique des rjualre premiers Valois^ p. 64.

(2) D'oclobre 1357 à janvier 1358, Gîlbert Gaude, bourgeois de Marfleur, fournit des munitions à l'armée navale. (P. Anselme, //JJfOîVe (jénéalogique^ t. VII, p. 753.)

(3) Les Etats de Paris en février i'io'6,^d.v Paul Viollet, Mémoires de V Académie des Inscriptions, t. XXXIV, 2" p., p. 271, 276.

(4) Mémoire de Jean de France , plus tard duc de Berry , aux Etats de Languedoc. Mars 1359. (Pièce du grand chartrier de Montpellier, publiée par Kekvyn le Lettemîove, OEuvres de Froissart, t. XVIII, p. 408- 413.1

5l'2 IIISTOIRK DE LA MARINE FRANÇAISE.

renncmi la moitié du royaume (1), les Etats généraux, mandés dans la capitale, refusèrent de ratifier le honteux traité et jurèrent bonne guerre aux Anglais. Du coup, la marine de guerre, qu'on croyait morte, se releva. Six jours après la déclaration des Etats, le 25 mai, le capitaine de la mer, promu vice-amiral, prêtait solennellement serment de fidélité en Cour du Parlement (2). Le 3 juin, c'était le tour du nouvel amiral. Le Baudrain de la Heuse, maréchal de Normandie (3). Les corsaires dieppois avaient étrenné la campagne en janvier par la capture d'une « grant quantité de ])iens, tant vins et autres denrées » anglaises (-4).

Mais Edouard, avec sa promptitude ordinaire, débarquait à Calais une grosse armée (5), sans que le lieutenant de l'amirauté à Dieppe, Jean de Clares, et plusieurs vaisseaux de guerre picards et normands pussent faire autre chose que harceler ses convois (novembre) (6). Si tout mal comporte un bien relatif, c'était le cas de l'invasion présente : en dégarnissant les côtes britanniques, elle rendait possible l'enlèvement du roi Jean. Ce fut un trait de lumière pour le lieutenant général Louis de Harcourt. Sur son ordre, l'amiral de France vint entretenir le conseil de certaines " besoingnes touchans le bien et prof fit du pais de Normandie (7) » . Ecouté, applaudi de tous, Le Baudrain de la Heuse emporta la conviction que la cour, comme les populations, lui prêteraient leurs concours.

(1) Traité de Londres, 24 mars 1359, signé par Jean H.

(2) l'ranç. 21309, fol. 63 : Table alphabétique des registres du Parlement, par Le Nain. Le nom d'Etienne Du Moustier y est détiguré.

(3) Ibidem, et P. Anselme, Histoire généaloqique, t. VII, p. 758.

(4) Franc. 26002, p. 899".

(5) Le 30 octobre.

(6) Le Saint-Esprit de Rouen armé le 2 novembre, la coque de Jean de Clares armée le 8 novembre, devaient, ■- avec pluseurs autres vesseaux tant des jiarties de Normandie que de Picardie... porter dommage aux ennemis du royaume. « (Pièces orig., vol. 2076, doss. Moustier, p. 4; vol. 1522, doss. Heuse, p. 13.)

(7} Pièces orig., vol. 1522, doss. Heuse, p. 14.

Aussitôt à l'œuvre, en plein hiver, il préparc l'expédition. Le :20 décembre, il est à Rouen, le M) à Abbeville, en compagnie du Aace-amiral (1).

Ce jour-là, le niaitre du stalionnaire d'AI)l)cvillc s'apprêtait à partir avec la barge royale et une nef, la Catherine, rpi'il possédait (2). Ses chefs lui avaient confié la périlleuse mission de découvrir la prison du roi Jean (li). C'était un hommage rendu à la valeur dont il avait fait j)rcuve toute sa vie et en particulier durant le siège de Calais, lin trait peint riiommc. L'année suivante, il refusait de prêter serment au roi Edouard, devenu maître d'Abbevillc. Transporté à Douvres, il est écroué dans un cachot, sans cpi'on daigne lui a ouvrir voie de droit ne à ses amis rpii le poursuivoient » . Quand on le croit brisé, il est tiré de prison et conduit au sommet d'une tour battue par un ressac furieux. Des hallel)ardes s'enfoncent dans sa chair : u Jure fidélité à notre glorieux Edouard, roi de France ; tu auras la vie sauve. — Jamais, " s'écric-t-il, et il est précipité dans l'abîme (4).

Tel était le capitaine Enguerrand Ringois, modeste héros dont rien ne rappelle le souvenir, dont on a tout oul)lié, jusqu'au nom, au point d'en faire un " Jean d'Abbevillc, héritier présomptif de la sirerie et pairie de Bouberch et Domvast (5) » . Mais sa clairvoyance ne fut pas à la hau-

(1) Pièces orig., vol. 1522, doss. lieuse, p. 14 et 15.

(2) Pièces orig., vol. 1522, doss. lieuse, p. 15 : " Avons ordenc que nostre amé Enguerran Ringot, inaistre lie la nef appellcc Le Katcriiie, mete che ycelle nef sur la mer avecques une barge appartenant à nos dis seigneurs, de laquelle il est garde et maistre. « Prenez, dit-il au garde du Clos,

Il lettre de recognoissancc dudit Ringuois » . Cette lettre de reconnaissance ou quittance de Ringois existe aussi en original aux Pièces originales, vol. 2488, doss. Ringois.

(3) Ou du moins de servir d'éclaireur et d'aller aux renseignements.

(4) Griefs adressés au roi d'Angleterre par Charles V, mai 1369. (Archives nation., J 654, p. 4. — Grandes chronùjues de France, éd. P. Paris, t. VI, p. 291.)

(5) 0. de Poli, Un martyr de la pairie : Recherches sur Binr/ois d'Abbevillc. Paris, 1879, in-18, p. 204.

teur de son courage, si c'est lui qui détourna nos efforts contre les Ginq-Porls, alors que Jean II était enfermé à Somerton dans le Somerset, puis à Berkhamstead, château du prince de Galles situé dans le Hertford (1).

Marins et soldats, paysans et bourgeois, tous, dans la commune détresse, marchaient à l'ennemi. L'élan de la nation pour délivrer son roi fut tel que l'absence de l'instigateur de l'entreprise (2), tombé prisonnier au combat de Préaux, passa inaperçue. Le connétable, le comte de Saint- Fol, Hugues de Ghâtillon et les grands seigneurs, à la tête de leurs troupes, se pressaient vers les ports d'embarquement (3). Fremin Andeluye, écuyer du Dauphin, amenait les bourgeois d'Amiens; Rifflard, fi'ère bâtard du comte de Flandre, arrivait avec les Flamands (i). Paris lui-même envoya un contingent de bourgeois commandés par Pépin Des Essarts, le patriote qui renversa Etienne Marcel (5). Au lendemain de la chute de son tribun (6), la Cité avait hissé au mat de sa nef emblématique le pavillon fleurdelisé, comme pour marquer sa fidélité à la Couronne. Quelques mois plus tard, la nef symbolique des INautes devenait une réalité ; elle était armée en guerre, pourvue d'un gaillard

(1) Chronographia rerjum Francoruin, l. II, p. 292.

(2) Louis de Ilarcourt. — M. Dupont {Histoire du Cotcntin, t. II, p. 364), ne tenant pas compte de ce fait que l'année commençait à Pâques, a le tort de placer l'expédition de Winchelsea en mars 1359, au lieu de mars 1360.

(3) Chronique des quatre premiers Valois, p. 110-113.

(4) S. LuCE, Histoire de Bertrand Du Gueselin, p. 546-530, et pièces justiHcatives XXII.

(5) Ibidem.

(6) Un des derniers actes auxquels est appcndu l'ancien sceau, en date du 18 avril 1358, est une mutinerie contre l'autorité royale, avec la complicité de Marcel. (Glairambault, re{;. 69, p. 5411.) Â la fin de l'année, Marcel ayant succombé, la nef du sceau est surmontée de la flamme fleurdelisée : c'est du reste comme auparavant une nef marcliande aux bordages plats. (Voyez sur les modification.s du sceau de la ville de Paris, le comte UK CoETLOCON et TiSSAKDiER, Emblèmes de la Ville de Paris. Paris, 1875, t. I, p. 62-63, dans la collection in-4" publiée par la Ville de Paris.)

d'avant et d'un (gaillard d'arrière (1); et ce vaisseau des armes de Paris, qui a traversé les âges, est peut-être celui ([ui déploya sa vodc pour voler à la délivrance du roi Jean. Derrièi'e les hommes d'armes et les bourgeois, le lieutenant du maréchal d'Audrehem, Jean de Neuville, alijjna six cents brigands (i) recrutés dans les Grandes Compagnies. Le nombre et la hardiesse de ses soldats, le soin qu'il avait pris d'assembler pour le transport des troupes les vaisseaux normands et picards, le firent reconnaître unanimement comme capitaine par les gens des communes, les marais et les arbalétxiexs. C'est un signe des temps que cette mise au second plan de 1 armée régulière, connétable, seigneurs et hommes d'armes (.3), dont le prestige s'est évanoui à Poitiers, tandis que bourgeois et paysans se lancent dans la lutte avec une naïve confiance. Cette année-là, les paysans de Guillaume L'Alouc faisaient face aux Anglais : et partout la victoire couronna l'audace que donne le désespoir. Aux premiers jours de mars 1360, la Hotte française, partie du Crotoy, jetait l'alarme à Southampton, Portsmouth et SandAvich (4). Une croisière d'une semaine témoigne de l'incertitude où l'on était sur le lieu de détention du roi;

(1) Elle est presque semblable à la nef de l'amiral d'Anjjleterre en 1395, le comte de Rutland. (Cf. Demay, te Costume au moyen âge d'après les sceaux. Paris, 1880, in-8'', p. 261.) La vérité m'oblige à reconnaître que ce type du sceau parisien n'apparait que depuis l'année 1406 et en tout cas après 1395. Mais c'est en 1300 seulement que Paris arma et mit en mer un vaisseau de guerre comme celui qui figure dans ses armes.

(2) Charles V lui avait donné pour faire cette levée 2,000 deniers d'or. (■S. LucK, Histoire de Bertrand Du Guesclin, p. 547.) — Paiement de 2,382 crus, restant des gages de l'armée navale, 28 septembre 1360. (Franc. 26002, p. 995. i

(3) Citons parmi les chevaliers qui participèrent à la campagne, Jean de Longvillcrs, Engucrrand Deudin, etc. — Parmi les vaisseaux ligure la nef Rostre-Dame de Leure, seigneurs Jean Houe et Gobelet Godcfroy, qui vont

K en cest présent voiage de la mer pour porter grieves et domage aus ennemis " sous le gouvernement de l'amiral. Rouen, 9 février 1360. (Franc 26002, p. 916.)

(4) Mandcmeirts d'Edouard III. 2 mars 1360. (Rymer, t. III, 3° partie, p. 194.)

51() HISTOIRE l)K LA MARINE ERANÇAISE.

mais elle avait sufli à dérouter remieini. Le 12 mars, douze cents lances et huit cents arijalétrlers, débarquant à quelcjues lieues de Winchelsea (1), marchent rapidement sur la ville au son des araines, des trompettes et des clairons. Normands en tête avec Neuville, Picards au centre et en queue avec le connétahle et Saint-Pol, nos trois batailles ont vite raison de trois cents cavaliers qui harcèlent rarrièrc-jjarde. Le 15 mars, ils livrent l'assaut pendant que la Hotte de l'amiral de la Heuse, avec les contingents flamands et parisiens, pénètre dans le port, l'un des plus heaux de l'Angleterre. Sur un vaisseau de guerre anglais à la carène écarlate, le hrave Gamache plante le pennonceau d'un chevalier de Bergues, son maître; mais les Flamands de Rifliard d'accourir et d'accaparer la prise après avoir tué Gamache (2). Qu'on juge par ce menu fait du désordre qui eût éclaté dans les rangs français, si on n'avait pris soin de répartir les troupes suivant leurs provinces d'origine. Winchelsea emportée d'assaut, tout devient la proie des vainqueurs, qui ne respectent ni le sexe, ni l'âge; une femme expire sous leurs outrages dans l'église même où elle entend la messe (3). Un retour offensif de douze cents hahitants, vigoureusement repoussé par Neuville, fait craindre l'arrivée de forces plus considérables ; aux lueurs des incendies allumés dans la ville et sous les charges d'un corps de cavalerie qui tue cent soixante hommes, les corsaires se rembarquent et cinglent vers Calais; mais, découverts et tenus en respect par le guet, ils reviennent désarmer à Boulogne (i).

(1) Le débarquement se fit à une lieue de hi ville selon la Chronographia (t. II, p. 292); cà huit lieues, selon la Chroniiiiic des quatre premiers Valois (p, li2), plus vraisemblable.

(2) Chrono(jraphia recjum Francoruin, t. II, p. 293.

(3) Chrotiicon Angliœ a inonacho S. Albani, p. 40-41. — La Conthiua-tion de ISangis (t. II, p. 298) fixe l'attaque de Winehelsea au samedi 14 mars.

(4) Chronifjae des (juaLre premiers Valois, p. 113.

Rien ne peut peindre Témoi des Anglais, sinon leurs mesures hâtives pour prévenir le retour de nos corsaires : transfert des prisonniers dans les forteresses de Tintérieur (I), armement de toutes les jurandes nefs (2), équipement d une flottille par un des [jros armateurs de Londres, Henri Picart (3). Bref, en avril, les quatre-vinfjts vaisseaux de l'amiral Jean Pavcley jettent dix mille hommes à l'emhouchure de la Seine (4). Le fort de Leuro est emporté d'assaut. Harfleur enveloppé de tous côtés. Mais Louis de Harcourt a pu pénétrer dans la ville à la tête des gentilshommes du pays de Caux (5); Jean de Clares accourt de Dieppe avec la harge royale Notre-Dame et d'autres vaisseaux pourvus d'vui (i bon équippage de gens de deffense (0) " , })our prendre à dos Tennemi. Sur ces entrefaites, la paix était signée à Brétigny, le 8 mai.

Moins onéreuse que le traité de Londres, la nouvelle convention mutilait néanmoins la France de noml)reuses provinces, du Ponthieu et du Poitou, entre autres, et de deux grands ports, Ahbeville et la Piochelle. Par luie maigre compensation, elle nous rendait Jean II dit le Bon, le bon roi qui réservait ses largesses aux ouvriers de la nef royale d'Angleterre (7), rouge encore du sang de ses fidèles sujets. Nos marins ne lui gardèrent pas rancune. Parmi les seigneurs qui vinrent à sa rencontre à Boulogne, on voyait aux côtés du régent le vice-amiral Etienne Du Moustier (8).

La puerre finie, restait la piraterie, terrible fléau que

(1) Ordre d'Edouard III. 17 mars. (Rymer, t. III, l'^p., p. 198.)

(2) Ibidem. Gliaque grosse nef est armée de cent soixante hommes. Le 31 mars, 270 hommes d'armes et 760 archers vont s'emharquer à Sandwich sur la flotte.

(3) Clironifjue ila f/uatre premiers Valoi.<;,p. 117-119. — INicolas, ///ttory of the Royal Navy, t. II, p. 127.

(4) Le 28 avril, la flotte an{;lai.sc est en mer. (PiV.MEii, t. HIjl^p., p. 200.)

(5) Chioniffiie des r/natre premiers Valois, p. 117.

(6) Sur l'ordre de l'amiral. Rouen, 1*"^ mai. (Franc. 26002, p. 967.)

(7) DotJET d'Arcq, Compte: de l'argenterie des rois de France, p. 254.

(8) Que le régent avait spécialement mandé de Harfleur à Paris, et qui

Tamiral et le vice-amiral, sur la plainte des Harfleurais, eurent ordre de réprimer (1). Restaient aussi des bandes de brigands, si connues sous le nom de Grandes Compagnies, qui battaient l'estrade et menaçaient le commerce fluvial. Dès le 4 novembre 1358, Charles V, encore Dauphin, avait confié à " certains batteaux covivers " , montés de « genz d'armes et de pié, brigans, pavoisiers, archiers et arba- Icstriers " , l'escorte des convois marchands depuis Melun (2). La galère Saint-Victor allait et venait « par la rivière de Seigne, pour la garde et sceurté d'icelle et du païs de environ (3) u . Trois bateaux du Clos des galées gardaient la capitale (4). Enfin, sans lénergie des Rouennais qui éloignèrent les Navarrais de la Seine, aucun vaisseau n'eût pu remonter ni descendre le fleuve entre Paris et Rouen (5).

C'étaient d'abord Thomas Hurcz et Jean de Marie qui installaient leurs bandes dans le vieux château d'Orival, construit, disait-on, du temps du roi Arthur, et qui planaient de leur aire sur Elbeuf et Rouen. Les Rouennais, n'avant « cure de telz hostes à voisins " , tentèrent une attaque de nuit contre la forteresse : leurs galères et leurs foussets, aprc« une vive escarmouche, enlevèrent les bateaux des pirates, non sans laisser garnison dans l'île voisine pour protéger la « marchandise (6) (1360) " . Un second brigand, que Rertrand Du Gucsclin refoulait de

ramena ensuite Jean II et son fils de Boiilofjne ?i Paris. (Franc. 2fi01 1 , pièce 1366.)

(Il Juillet 1362. (GrÉRix, Histoire maritime de la France.

(2^ F. Lecarox, Origines (le la municipalité parisienne, apail Mémoires de la Soc. de l'IIist. de Paris, t. VIII, p. 181.

(3) 9 mai 1359. (Franc. 26002, p. 82'i- et 827.) Le patron se nommait Jean Tartarin.

(4) Octobre 1359. Guillaume de Waste-terre, cliambellan ilu roi, les conduisait. (Franc. 26002, p. 858.)

(5) Continuation de Nangis, éd. Géraud, t. II, p. 259, 277.

(6) Chronique des quatre premiers Valois, p. 107, 110.

la vallée de la Divc, s'emparail de l'abbaye de Cormcilles (l) et poussait des incursions jusqu'aux portes de Rouen. Contre ce James de Pipes, on dut protéger l'arsenal maritime situé sur la rive gauche et les a galées et vessiaux, en péril d'cstre arcs et gastés (2) » . Un adversaire plus redoutable encore s'emparait du donjon de Rolleboise, près de Mantes. Rocher escarpé, murailles épaisses de vingt-huit pieds qui baignaient dans la Seine, c'était assez pour que Jean Joël, l'homme d'Edouard III, le pillard sans vergogne, se crût à l'abri de tout et de tous :

Qui Jelian JoucI prendra

Chent mille/, francs ara

Et autant l'en tlemourra (3).

Plus tard, un autre homme ne devait pas s'évaluer à moins que cet ancien tailleur anglais : mais il était connétable de France, et il s'appelait Bertrand Du Guesclin. Ce fut lui précisément qui releva le défi de Joël en mars 1304. Un l)alcinier de Leurc, commandé par Jacques Brnment, et huit ])atcaux d'armée l'avaient précédé des le mois de novem])re (4) avec un matériel de siège : leurs troupes de débarquement, des arbalétriers et quelques jeunes gens de Rouen, avaient même enlevé un monastère voisin défendti par une trentaine d'Anglais, mais n'avaient pu s'y maintenir (.">). Du Guesclin, de même, dut abandonner le siège

(1) 17 avril 1362.

(2) Le capitaine «le Rouen, .Tacqucs Le Lieur, mit au Clos des galées une {Tarnison de vingt arbalétriers. Mandement de Charles V régent confirmant cette décision. Rouen, 21 juillet 1362. (Franc. 25701, p. 238.)

(3) P. Cochon, Chronif/ne, p. 111. — CuÉrdel, Histoire de Rouen (1150-1.382), t. II, p. 220.

(4) Maître Guillaume Gueront, Guillaume Gonihout, Gycffroy le Bouclier, Jean Cave, Jean Caperon, Petit du Fossé, Adam Le Breton; chacun d'eux reçut du maître du Clos des galées 10 armures, 2,000 viretons, 6 phanars ou fanais, 2 bannière.'* de France, 5 pics et autant de houes. 2 novembre 1363. (Franc. 26005, p. 1481-1490, 1500-1506.) — L'ordre d'armer, donné par Charles dauphin, est du 31 octobre. (Franc. 25701, p. 292.)

(5) Chronique des quatre premiers Valois, p. 136.

5i»0 HISTOIRE PK LA MARINE FRANÇAISE.

de Ilolleboisc pour faire face aux Navarrais. La prise de Mantes et de Meulant, la victoire de Gocherel le 1 (i mai 1 3G4, luarqucrent la défaite de Charles le Mauvais. Mais des renforts venus de Navarre (I) coml)lèrent les vides de son parti.

Pour protéger les convois fluviaux, le » cappitaine do la mer et garde des pors et rivières" , Etienne Du Moustier (2), et le capitaine de Rouen, Jacques Le Lieur, redoublèrent de vigilance. Des bateaux de guerre, échelonnés sur la Seine, formèrent une chaîne continue de Paris jusqu'à la mer. La levée du siège de Moulineaux avait parliculièrement « effroyé le païs, mis en doubtc que les ennemis qui avoient bateaux ne s'efforchassent de passer par dccha l'eauc de Saine " . Aussi, dès le 12 septembre, une flottille de quatre bateaux patrouillait entre Pont-de-lWrche et Caudebec (;i). Deux autres bateaux la rejoignaient un mois plus tard (i) : un petit stationnaire gardait Caumont, et un autre les environs du Val de la Haie (5). Tous ces postes, astreints à une vigilance de jour et de nuit, étaient tenus sur le qui-vive par le capitaine de Rouen, qui les inspectait à l'improviste (G). Le chevalier Colin, marincl de Leure, capitaine du lin du roy et de deux bateaux, occupait l'extrémité de la ligne " es parties devers Yernon et Rouleboise (7) » . Il fut bientôt rejoint par Jacques Le Lieur,

(1) En juillet 1304. (RnuTAir.iiS, Documents extraita ilca Arclilvcx de Navarre, p. 95, 121.)

(2) Franc. 26002, p. 827.

(?>) Quittances de {;n{;es. Rouen, 13 septembre 1364. (Glnirainl)au]t, vol. 214, p. 9541.)

(4) Montres tics deux maîtres Jean Cave et Jean le lîoucliet, (|ui ont chacun 7 arbalétriers et 19 mariniers. 8 octobre. (Franc. 25764, p. 152.)

(5) Maîtres Guillaume le Rarrier et Jean de Salvarville : avec chacun d'eux, 2 jjlaivcs, 5 arbalétriers et 5 nageurs. 6 décembre. i^Franç. 25764 p. 152-153.)

(6) Quittance de Jacques Le Lieur. Rouen, 28 octobre 1364. (Archives de Seinc-liiférieure, Lavette Clos des qalécs.^

(7) Il avait sous ses ordres le lin monté de 27 mariniers, 12 arbalétriers

charçc par le roi de « miner, raser et abatre " la forteresse de Ilolleboise : en mai 13()5, c'était chose faite (I).

Les maraudeurs, empêchés de franchir le fleuve en amont, se décidèrent à tenter le passage à Tcstuairc de la Seine. Mais là, Etienne Du Moustier veillait : ayant appris par ses i; cspics " que deux vaisseaux de guerre, armés à Pont-Audemer, descendaient la Ilille avec des intentions hostiles, il fit retirer au pays de Caux « tous vesseaux estans en païsdesu entre Dyve etCaudebec» (18 février \Mny) (2). Puis il lança en éclaireur le bateau Saint-Jean., maître Jean Houe, avec ordre de barrer rembouchure de la liillc (:5). Le crayer La Mahière, qu'un « maronnier » royal de Leurc, Jean Bonne, armait à ses frais, allait aussi courir sus à l'ennemi (4). Les équipages de tous ces petits l)âtiments, forts de treize à cinquante hommes, " glaives, arbalestriers et nageurs, " firent courageusement leur devoir.

C'est ainsi que la marine partagea les travaux de 1 Hercule breton nettoyant les écuries d'Augias ou, pour employer l'expression officielle, « vuidant » les repaires des brigands. Il serait injuste d'oublier son rôle, d'autant que l'amiral de La Heuse y perdit un moment la liberté (5), que les marins s'aguerrirent à cette rude école et que leurs offi-

ct « une trompeté » ; un bateau d'année monté par un « nicstrc des enpins », 8 arbalétriers et 10 nageurs; un second i)ateau commandé j)ar Guillaume Gueroult, 7 arbalétriers et 8 nageurs. Quittances des 5, 10 et 11 mars 1365. (Franc. 25764, p. 162-164.)

(1) Jacques Le Lieur, que Charles V chargeait de cette besogne par lettres du 30 avril 1365, ne jugea pas suffisant l'effectif de vingt hommes d'armes couimandé pour protéger les sapeurs. Il prit un plus fort détachement, que Charles V fit payer le 16 mai. (Franc. 20584, p. 37, 38.)

(2) Pièces orij., vol. 2076, doss. Moustier, p. 16.

(3; 14 juin 1365. Houe avait 7 arbalétriers et 16 mariniers. (Franc. 25764, p. 176.) Ordre de pnvcr Jc.in Cave qui a gardé la Seine contre l'ennemi. 20 janvier 1365, n. st. [Bnli-.h Muséum, Add. Charters., p. 6720.)

(4) Acte de 1366, cité dans Du C\noe, Glossarium mediœ et in/îinœ l,itlnitalis, t. I, p. 645, col. 1.

(5) Pièces orig., vol. 1522, doss. La Heuse, p. 18-20.

ciers, })ar la manœuvre incessante des bateaux de guerre, se familiarisèrent avec la tactique navale.

Dans la lutte qui va recommencer, l'Angleterre, amollie par les douceurs de la paix, sera seule à s'étonner si l'empire de la mer lui écliap])e.

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