CI-GIT DU ROI d'Ethiopie l'original ou la copie
Levant. Paris, 1654, in-4°. Il était sans doute porteur de la lettre que Louis XIII écrivait en 1638 au shah (Affaires Étrangères, Turijuie 2).
(1) Peiresc aux PP. Gilles de Loches et Thomas de Saint-Calaiii. 20 mars et 10 avril 1634 (ApoLLiKAinE de Valence, Correspondance de Peiresc avec plusieurs niissionnaii-es et religieux de l'ordre des Capucins, p. 32 et 46j.
(2) .1 Relation du prince d'Élhiopie qui est venu à Piome l'an 1633, sur le récit du P. Récolet qui l'a acompagné depuis Nazareth jusqu'à Rome » (Bibl. de l'Institut, Godefroy 516, fol. 351).
(3) Auquel il « étalait ses misères » dans une lettre en date du 15 décembre 1635 (Affaires étrangères, Asie, Indes Orientales 2, fol. 1).
(4) Le sieur de Réchac, Les eslranges événements du voyage de Son Altesse le sérénissinie prince Zaça-Clirist d'Ethiopie. Paris, 1635, petit
L'ORIGliNE DE NOS COLONIES D'AFRIQUE " 1 :>
L'Aljyssinie, évangélisée par des Jésuites portugais, venait de faire retour au schisme jacobite; le ras Zela-Ghristos, (i la colonne des catholiques " , avait été jeté en prison, et les Jésuites incarcérés à Souakim faisaient appel à notre consul du Caire pour être rapatriés dans Tînde (\) . Deux capucins français, les PP. Agathange de Vendôme et Cassien de Nantes, eurent ordre en 16;î7 d'aller braver la persécution : mais, à leur arrivée à Gondar, le négus ordonna de les pendre, et la populace ameutée par un lulhérien allemand les lapida [2). L'Abyssinie se fermait, au moment où la fondation d'une colonie française dans l'Océan Indien nous en facilitait l'accès, au moment où les Dieppois, à l'exemple des Malouins, montaient vers la mer Rouge.
Au cours d'une croisière depuis Aden jusqu'à Suez, un de nos vaisseaux (3j parut en vue de Massaouab, bourgade tributaire du négus. Mais ce fut pour capturer un grand seigneur abyssin, qui ramenait de l'Arabie heureuse une jeune épouse, fort belle dans sa tunique de salin blanc et rouge, sous son petit turban. Mieux que les douze canons de son bâtiment, la grâce de sa femme sauva le ras de captivité. Et le vaisseau dieppois, sans plus, reprit la route de notre colonie de Madagascar.
in-i-". — Le vicomte de Caix de Saixt-Aymocr, Histoire des relations de la France avec VAbyssinie chrétienne (1634-1706). Paris, 1886, petit in-8°, p. 31,43.
(1) Nouvelles d'Ethiopie. Le Caire, 9 mars 1635 (Apollinaibe de Valence, p. 176). — Dès 1634, un vaisseau français chargeait à Alexandrie trois prêtres chassés du Tigré (« Viaggio degl' Etiopi » : B. N., Cinq-Cents Colhert 483, foi. 565).
(2) Gustave Fagniez, Le Père Joseph, t. I, p. 365.
(3) Parti le 15 août 1642 de Madagascar (Relation du l'oyac/e cjue François Gauche de Rouen a fait à Madagascar, isles adjacentes et caste d'Afriijue, rccueilly par le sieur Morisot. Paris, 1651, in-4°, p. 105).
LA FRANCE ORIENTALE (Madagascar)
De ses vaines tentatives aux Indes orientales, Augustin de Beaulieu tirait la morale, non point avec désenchantement, mais avec la philosophie pratique des Normands : « L'humeur des François est que, ne succédans en un voyage avecq proffit, ils n'y retournent le segond. Sortans d'un pays tempéré et si abondant comme est celuy de leur naissance, s'ils en rencontrent d'inclémens et difficiles, ils en sont incontinent rebuttéz. Ainsy, de les envoyer d'une Irailte en Sumatra, Java Major, Sian, Cochinchine, les Molucques, Jappon et autres lieux esloignéz, et y rencon Irans les obstacles tels que peuvent faire naistre les Hollandais, c'est jeter de l'argent en la mer. Mon opinion pourra estre contreditte quand je diray qu'ils se doibvent habituer en l'isle Madagascar, veu que les Portuguays, les Holandois et Anglois ne s'y sont jusques à présent arrestéz (1) » . Et Beaulieu proposait de reconnaître les ports de l'île et de la cote voisine depuis Mozambique jusqu'à l'entrée de la mer Rouge, pourvu que le prêt de deux vaisseaux royaux lui fût consenti.
La reconnaissance faite, une Compagnie au capital d'un million pourrait entreprendre la colonisation de Madagascar. Quatre grands vaisseaux, deux pataches de la marine royale emporteraient vers la baie de Saint-Augustin, précé-
(1) « Dessein touchant les Indes orientales, proposé à Monseigneur le mareschal de Fiat par. de Beaulieu » (B. N., Franc. 4826, fol. 39). Le mémoire se trouve daté implicitement par le fait que d'Effiat, nommé maréchal en 1631, mourut le 27 juillet 1632.
clemment explorée par Beaulieu, sept cents soldats, cinq cents matelots, deux ans de vivres. Moitié de l'escadre resterait protéger la construction d'un fort; les autres vaisseaux battraient l'Océan vers le Bab-el-Mandeb et la côte de Malabar, réalisant ainsi des bénéfices qui couvriraient les frais d'envoi de six cents nouveaux colons. Les pataches ravitailleraient la garnison en riz des Gomores; tirant du Monomotapa, du Cuama, de Sofala l'ivoire, l'or et l'ambre, elles rayonneraient également au nord vers Mazulipatam, le Bengale, le Pégou, à l'est vers l'insulinde, vers Atjeh, Ticou, Bantam.
Beaulieu faisait sien un projet soumis en 1G26 à Richelieu. Mais plus pratique que son devancier, 11 ne tablait point sur le bon vouloir des rois indigènes. Il n'entrevoyait point non plus comme couronnement de notre œuvre " quelque chose de grand à faire du costé des Indes orien, taies 1) (l), la conquête d'un pays fertile, propre « à participer au trafic des Molucques, de la Chine et du Japon, d'après les mémoires d'un voyageur (2) que l'orage y avait porté depuis quelque temps n . Ce pays n'était pourtant rien moins que la cinquième partie du monde, l'Auslralic.
Le 13 mai 1632, un capitaine anglais trouvait dans un îlot de la baie de Sainte-Hélène une bouteille de verre. A l'intérieur, une lettre d'un capitaine dieppois fixait un rendez-vous à ses conserves en route pour l'Océan indien (3).
Les Dieppois donnaient suite au programme développé par leur ancien général. Ils confièrent, en 1635, au capl-
(i) Affaires Etrangères 783, France 40, fol. 154 : Revue de Geoçrapfiie, t. XVII, p. 367.
(2) Pedro-Fernandez de Queiros. La relation de sa découverte venait d'être publiée à Paris : Coppye de la requeste présentée au Roy d'Espagne par le capitaine Pierre - Ferdinand de Quir, sur la découverte de la cinquième parlye du Monde appelée Terre Australe. Paris, J(ji7.
(3) W. Noël SAiKSnuBY, Calendar of State l'apers. Colonial Séries. East Indies and Persia (1630-1634), p. 271. Un rapport anglais daté de Sainte-Hélène, 1" janvier 1633, est confié à un Dieppois flhid., p. 392).
laine Gilles Rézimont, natif de Liège, un vaisseau de trois cents tonnes et de seize pièces de canon : sous couleur de charger à l'île Maurice du Ijois d'ébène (1), Rézimont explora les côtes africaines, l'Arabie heureuse, le golfe Persique et jusqu'aux terres du grand Mogol, dont les sujets se rendaient de Diu, de Surate, de Goa aux foires de Médine et à La Mecque (2). Trois jonques persanes « aux voiles de nattes de jonc » ayant exigé de lui le salut, il leur donna la chasse, en prit deux et ne relâcha les équipages qu'après les avoir soulagés, en patagons et en monnaies orientales, de cent mille écus. Mais pour n'avoir poin ramené de passagers en attestation de son droit de prise, ou plutôt pour avoir indisposé une nation que notre diplomatie ménageait, Rézimont expia durant trois mois dans les cachots de la Bastille la faute d'avoir mécontenté Richelieu (3). Un acte de charité, le rapatriement d'un compatriote naufragé à Madagascar, eut, par contre, d'heureuses conséquences (4), aussi heureuses qu'une mésaventure advenue au même Gilles Rézimont.
A l'embouchure de l'Indus, il avait lié connaissance avec un capitaine anglais, qui l'invita à dîner. A peine à bord : (i Pourquoi troubler notre commerce dans l'Inde? lui dit son hôte. Vous êtes prisonnier ». — « Fuyez » , cria Rézimont aux matelots de sa chaloupe. L'alarme donnée par eux, le second repoussa rudement l'attaque du félon, puis
(1) David AsSELiNE, Les Antiquitéz et Chroniques de la ville de Dieppe, t. II, p. 243. — Déjà le 19 avril 1633, un vaisseau dieppois rapportait de l'ile une cargaison d'ébène (Gazette de Rexaudot (i634'), p. 160).
(2) Jacques Savahy, Le parfait négociant, ou instruction générale pour ce qui regarde le commerce de toutes sortes de marchandises, tant de France que des pays cstrangers. Paris, 1675, in-i", liv. II, p. 116.
(3) Desmarquets, Mémoires chronologiques pour servir à rhisloire de Dieppe, t. I, p. 355, sous la date fausse de 1632, alors que Savary, Asseline et Flacourt sont d'accord pour assigner au voyage la date de 1635- 1636 ou 1635-1637.
(4) De Flacocrt, histoire de la grande isle de Madagascar. Paris, 1658, in-4", p. 36.
effectua son retour à Dieppe. A deux mois de là, Rézimont y reparut aussi. Durant la relâche de l'Anglais à Surate, le lieutenant du grand mogol avait été saisi de l'affaire par Rézimont : non content de forcer son geôlier à le rapatrier et à faire passer, dans les deux ans, certificat en règle de ce retour, sous peine de châtiment, le gouverneur hindou nous invitait à organiser une escale à Surate (1).
Le 15 janvier 1638, une flûte assez légère pour faire quatre-vingt-dix lieues par jour malgré un triple doublage, appareillait à Dieppe. Alonse Goubert avait quatrevingt-dix-sept hommes â bord du Saint-Alexis, et ce n'était guère pour fournir les éléments de divers comptoirs. Aux iles Diego-Rois (Rodrigues) et Mascareigne, Goubert dut se contenter de graver sur un tronc d'arbre les armes de Finance. A l'île Maurice qu'il avait « intention d'habiter II , il trouva la place prise (2). Quand il atterrit le 6 juin 1638 au Grand Port, il y avait trois mois que la Compagnie néerlandaise des Indes en avait commencé l'occupation, en construisant un fort. A l'interdiction de charger du bois d'ébène, le capitaine d'un navire anglais en rade, — le William, de vingt-huit canons, — nous proposait de répondre par l'attaque de la garnison. Mais Goubert, pour éviter tout froissement, alla charger son vaisseau de l'autre côté de l'ile Maurice, au Port-Louis; puis il gagna Madagascar (3).
Il abordait, en juillet, dans la partie sud-sud-est, à Manghafia, dit le port de Saint-Luce. Andlanramac, roi de la contrée, nous vint reconnaître à la tête de quatre cent.
(1) Dksimarquets, Mémoires chronologiques pour servir à l'histoire de Dieppe, t. I, p. 358. — Jacques Savaby, Le Parfait négociant, p. 115.
(2) Relation du vov'Kfc que François Cauchk de Rouen a fait à Madagascar, isles adjacentes et coste d'Afrique [1638-1644], recueilli par le sieur Morisot. Paris, 1651, in-4'', p. 7-8.
(3) Première lettre du premier gouverneur hollandais de l'ile Maurice, C. Syinonsz Gooyer, au.x directeurs de la Compagnie des Indes (Alfred et Guillaume Grandidier, Collection des ouvrages anciens concernant Madagascar. Paris, 1904, in-8°, t. II, p. 466.)
hommes et, après explications, nous gratifia de cadeaux, zébus à bosse, moutons à longue queue, chèvres à poil ras, en échange des bracelets de verre, des agates et des colliers de fausses perles qui formaient notre cargaison. Au bout de six mois, les fièvres chaudes ayant « troussé » une partie de l'équipage, il fallut déloger et gagner un endroit plus sain, le port de Sainte-Claire, à huit lieues dans le sud. INIais un malheur ne va jamais seul. Le Saint-Alexis^ troué « par des vers qui brillaient la nuit comme de petites chandelles, » se coucha sur le flanc pour ne plus se relever : la barque du bord ne pouvait porter plus de vingt hommes. Elle appareilla pour la France à la fin de mars 1(J40, suivie presque aussitôt de la Marguerite de Diep[)e, capitaine Digarl, qui avait fait escale à Sainte-Claire, au retour d'une croisière dans la mer Rouge. Laissant à terre François Cauche et Sébastien Drouard, Alonse Goubert allait rendre compte de l'expédition à Berruyer et à Antoine Desmartins, bourgeois de Paris (l), non sans tenter encore, à son passage à l'ile Maurice, de prendre une cargaison d'ébène; mais il ne put suborner le gouverneur Van der Stel (2).
La déception à Madagascar avait été vive : il s'y trouvait du zinc, que des matelots avaient pris pour de l'argent; et Goubert pensant y découvrir une mine avait emprunté à 70 et 80 pour 100 : le naufrage du Saint-Alexis le libéra des créances à la grosse aventure dont son vaisseau était le
gaf;e(3).
Son délégué, Cauche, se fit explorateur : mais il est fort douteux que ce Rouennais, quoi qu'il en dise, ait longé Madagascar depuis la baie d'Antongil jusqu'à celle de Saint-
(1^ Relaliuii du voyage de François Cauclie, par Morisot, p. 23-25.
(2) 15apports d'Adrien Van der Stel, commandant de 1 ile, et d'Antonio Van Diémen. Batavia, 12 déeend>re 1641 (Iloland Box.^parte, Le premier élablissenient des Néerlandais à Maurice (1890), p. 51. — Gr.vndidier, l. II, p. 506.)
(3) E. DE Fi„4C0CRT, Histoire de... Madagascar (1658), p. 194.
Augustin. Gomme il revenait à son point de départ à la fin de l'année 1641, un indigène lui apprit l'arrivée d'un vaisseau français. Une quarantaine d'hommes débarqués sous les ordres de Jacques Pronis et Jean Fouquembourg construisaient au port de Sainte-Luce une forteresse. Quant au Saint-Louis qui les avait amenés, il allait repartir, lorsqu'il fut jeté par un coup de vent au port des Galions et s'échoua à quatorze lieues dans le nord. Les matelots du capitaine Coqucy et de Jean Rézimont, contraints d'abandonner l'épave, « se buttèrent avec leurs voiles soustenues de fourches » . Leur situation était précaire : fort heureusement, un nouveau bâtiment arriva de P'rance le 1" mai 1642 : Gilles Rézimont, père et fils, amenaient sur le Saint-Lcfurent une soixantaine de colons, avec toutes sortes d'outils (1).
Une Compagnie venait de se constituer pour » prendre possession de Madagascar et îles adjacentes au nom de Sa Majesté très chrétienne » . Un vieu.x capitaine de la marine royale, Rigault, qui soutenait depuis trois ans le faix de ces voyages, s'était avisé d'en garderies profits par l'octroi d'un monopole. Ses associés, Berruyer, Foucquet et autres officiers de la marine royale, le premier commis de Loynes, les commissaires d'Aligre et de Gorris, le trésorier Le Vasseur, le commis de Beausse, les bourgeois parisiens Gillot et Desmartins l'aidèrent à former un capital de 54 000 livres à verser en deux annuités, qui fut le fonds social de la Compagnie d'Orient. On a reconnu dans les deux premiers les directeurs de la Compagnie des Iles d'Amérique, dont les statuts, promulgués le même jour, le 29 janvier 1642, servirent de modèle à la nouvelle société (2). Comme l'autre.
(1) Relation du voyage de François Caiiche, par MoRlSOT, p. 88-91.
(2) Henri Froidevaux, Documents inédits relatifs à la constitution de la Compagnie des Indes Orientales de 1642, publiés dans le Bulletin du comité' de Madagascar (1898), p. 484. — Le P. Fourkieh, Hydrographie,