‹ Histoire de la marine française (volume 3)Chapitre 12 sur 106 · EL-KSAR ES SEGHIR · texte numérisé non relu

EL-KSAR ES SEGHIR

Depuis que l'ambassade du colonel Piton, en 1533, avait obtenu pour nos marins la libre pratique des ports du Maghreb (4), le Maroc nous était ouvert. Avec la mission de M. de Montfort en 1556, nos relations d'amitié prirent la

(1) En 1577. Germigny à Henri III. 5 septembre 1580 (CharriÈre, Ibidem. — Paul Masson, p. 14).

(2) CharriÈre, t. IV, p. 177. — Comme les Lomellini réclamaient l'intervention de l'Espagne, Nicolini répliqua que les terrains concédés ne relevaient que du sultan (B. N., Franc. 17329, fol. 420, 422).

(3) B. N., Franc. 10204, fol. 39."

(4) Cf. le t. III, p. 287.

tournure d'une alliance. Plus que le don « d'ung orologe artificiellement élaboré et riche (1) " , la promesse de Lroupes auxiliaires fixées à cinq cents hommes de pied, dix Lîavaliers bardés de fer et autres gardes du corps, la perspective également d'être soutenu par nos vaisseaux, disposa Favorablement le chérif Abdallah-ben-Mohammed. Par le traité de juillet 1559 (2), il abandonnait à l'amiral de Guyenne un port alors réputé pour ses chantiers de constructions et pour son site dans la partie la plus resserrée du détroit de Gibraltar : j'ai nommé El-Ksar es-Seghir (3).

L'amiral de Guyenne n'était autre que le roi de Navarre, Antoine de Bourbon, qui, ce faisant, poursuivait une politique personnelle. En inquiétant l'Espagne par l'occupation lu détroit de Gibraltar, il espérait obtenir de Philippe II la restitution de sa souveraineté ou du moins une coinpensa- :ion. Gomme compensation, Philippe II parla vaguement lu royaume de Sardaigne; et à ce leurre mensonger, Antoine fut assez naïf pour se laisser prendre (4).

Pourtant il avait frappé juste. Le seul armement des i^aisseaux de Bertrand Agairre de Bidache, Jean Bertrand le Saint-Jean-de-Luz et Municot de Lhospital avait causé quelque anxiété en Espagne (5). C'était l'expédition promise

(1) Montfort partit en 1556 sur des vaisseaux de La Rochelle : le bruit ;ourait qu'il avait mission de tirer de Barbarie du cuivre pour les canons, ivec la licence du chérif (A. Baubot, Histoire de la Rochelle, t. II, p. 107).

(2) Jules Pierrot-Deseilugny, Traité d'Antoine de Bourbon avec le •Jiérif de Fez et tentative d' expédition au Maroc. Notice lue au Congrès cientitique international des catholiques le 6 avril 1891. Tirage à part, tfâcon, 1891, p. 11. — Comte Henry uv. Castriks, Les sources inédites de 'histoire du Maroc de 1530 à 1845. Paris, 1904, in-S», t. I, p. 178.

(3) Cf. sur ce port, que le Portugal avait un moment occupé en 1458, les lotes de M. G. Lefi^vre-Pd^talis, Chronique de Morosini, t. IV, p. 273.

(4) Il avait exposé ses réclamations lors du passage d'Elisabeth de Valois, emme de Philippe II, en décembre 1559 (L. Paris, Négociations sous 'François II, p. 162, 163, note. — Marquis Du Praï, Histoire d'Elisabeth le Valois, reine d'Espagne. Paris, 1859, in-8°, p. 80. — Baron A. de Ruble, intoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, t. II, p. 97).

(5) François H au roi de Navarre. Blois, 19 janvier 1560 (Pierrot-

au chërif marocain. Elle avait à bord le négociateur habituel, M. de Montfort, le portugais Melchior Vaez de Azevedo, Buade de Frontenac et les Billy de Prunay (1). Mais faute d'entente avec un caïd, l'escadrille, un moment poussée jusqu'au cap de Guir ou Agadir, ne put mener à bonne fin l'occupation de Ksar-es-Seghir. Le chërif déçu vint à résipiscence : et deux ans après, le roi de Navarre ne savait même plus s'il obtiendrait l'emplacement d'une simple factorerie, où il comptait loger deux cents hommes (2).

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