MYSTÉRIEUSE EXPÉDITION DE MONLUC
« Mon fils ne pouvant non plus vivre en repos que son père, écrivait Biaise de Monluc (3), se voyant inutile en France pour n'estre courtisant et ne sçachant nulle guerre étrangère où s'employer, désigna une entreprise sur mer. " Il mit en chantier à Saint-Jean-de-Luz deux beaux vaisseaux (4), dont le Basque Dalsada surveilla soigneusement la construction. Le roi Frédéric II de Danemark nous quêtait alors des vaisseaux pour remplacer sa flotte, qui avait sombré peu de temps après avoir détruit le fameux Sans- Pareil des Suédois, forteresse flottante de 225 bouches à feu (5) . Le jeune Peyrot de Monluc offrit ses services et ses vaisseaux \ii) ; une demi-douzaine de bâtiments dieppois armés par le vice-amiral de La Meilleraye devaient s'y
(1) Lettre royale adressée à Coligny a pour le faict du cappitaine Bontemps ... Octobre 1566 (B. N., Franc. 15882, fol. 60).
(2) Albert de Gondi au roi. La Meilleraye, 7 septembre 1571 : le sinistre avait eu lieu cinq ans avant (B. N., Cinq Cents Colbert 7, fol. 353).
(3) Commentaires et lettres de Biaise de Monluc, édit. de Ruble, t. III, p. 74; t. V, p. 56.
(4) Bramôaie, édit. Lalanne, t. IV, p. 40.
(5) P. -H. Rese-n, Frcderik II kronike. Copenhague, 1680, in-4''.
(6) Lettre de Biaise de Monluc en réponse à la défense faite le 17 mai à son fils. 5 juin 1566 (Commentaires, t. V, p. 54).
joindre, lorsqu'un double contre-ordre vint de la Cour : en prenant parti, Charles IX craignait de cimenter par contrecoup l'alliance de la Suède avec l'Angleterre (1).
Cependant, Peyrot de Monluc continuait ses armements sur lesquels planait désormais le mystère. Son père, le viceamiral de Guyenne (2), l'aidait de son autorité (3) ; ses oncles, les évêques de Condoni et de Valence (4), de leur bourse; son frère Fabien, de sa personne, en s'enrôlant parmi les partants. Du moment qu'il y avait danger à courir, pays nouveaux à voir, les cadets de Gascogne répondaient en foule : présent! Louis de Lur-Saluces, vicomte d'Uza, Geoffroy d'Aydie, baron de Guitinière, deux fils du vicomte de Pompadour, le baron languedocien Bertrand de Guers de Laval, Jean d'Antras de Samazan, trois ou quatre cents gentilshommes et hommes d'armes, autant de marins (5), tel était le corps expéditionnaire qui prit passage à Bordeaux sur les deux vaisseaux de Monluc, sur quatre roberges et une patache (6). Par contre, trois vaisseaux malouins, dont l'un, le Pestre-Pol, appartenait au cousin de la reine, Philippe Strozzi (7), ne rallièrent point au rendez-vous convenu (8). Et le cosmographe du roi, André Thevet, invité à participer au voyage, en fut détourné par le procureur général (9) .
(1) " Discours du sieur Danzay des affaires de Danemark » . 12 avril 1575 (Louis Paris, la Chronique de Nestor, t. I, p. 339),
(2) Biaise de Monluc avait été nommé vice-amiral de Guyenne le 6 juin 1565 (B. N., Moreau 1340, fol. 20).
(3) En demandant aux consuls d'Agen de lui fournir deux pipes de pain et deux de vin. 6 août (Archives historiques de la Gironde, t. XXIX, p. 54).
(4) Robert de Gontaut et Jean de Monluc (Tamizey de Larroqce, Notes et documents pour servir à la biographie de Jean de Monluc. Paris, 1868, p. 46; et du même. Lettres inédites de quelques membres de la famille de Monluc. Paris, 1890, p. 25).
(5) Monluc, t. V, p. 61.
(6) B. N., Nouv. acq. franc. 6638, fol. 118.
(7) B. N., Cinq-Cents Colbert 29, fol. 580.
(8) B. N., Nouv. acq. franc. 6638, fol. 118.
(9) André Thevet, Grand Insulaire, B. N., Franc. 15452, fol. 139 t».
Le i23 août 1566, les Gascons partaient le cœur léger, a bourse de même, guidés vers l'inconnu par des Portugais, il quels Portugais! Un juif converti. Luis de Castro, un incien valet de chambre du cardinal de Portugal, Gaspar jalderon de Tanger, un prisonnier sorti le matin même des cachots du fort du Hà. Encore le prisonnier Francisco 3iaz Mimoso, natif de Faro, était-il le plus recommandable lu lot, le plus brave certainement, car il avait attaqué jadis ivec deux petits bâtiments dieppois sept navires espagnols m large de Saint-Domingue; et il en avait enlevé quatre à 'abordage (1).
Tout ce qu'on savait de l'expédition, c'est qu'elle allait îtablir des relations commerciales avec les Maures « de la ?oste de... {"2) » Ici, le vice-amiral de Monluc s'arrêtait jrusquement; Peyrot y écoulerait la pacotille baillée pour LHie centaine de mille livres par les négociants bordelais et renverrait sa flotte. Il ne garderait avec lui que deux roberges agiles pour aller à la découverte d'iles inhabitées (3) dont ses pilotes portugais lui vantaient la fertilité : non montent d'y planter comme marque de possession des padrons fleurdelisés, il avait tout un matériel d'exploitation agricole pour s'y établir.
Aucun des contemporains ne perça le mystère du voyage : seuls, le chef de l'expédition, son père et la reine en connaissaient le but. Quel était-il? Peut-être « descouvrir les secrets de la Guinée et des royaumes des nègres » (4) , passer des traités avec les rois du Manicongo et de Mozambique et
(1) Plainte des Espagnols de Séville. Mars 1561 (B. N., Franc. 16J03, fol. 21). — Sur son incarcération, cf. Monluc, t. V, p. 50, et B. N., Franc. 10751, fol. 573.
(2) Biaise de Monluc à Catherine de Médicis. Agen, 8 juillet 1566 (Moslt:c, t. V, p. 61).
(3) Ce ne serait donc point Madagascar, comme le pense M. de Ruble (MosLuc, t. III, p. 76, note). Cf. pourtant plus loin (p. 125).
(4) Thevet, Vie des hommes illustres, p. 461.
construire chez eux une forteresse, afin de soustraire nos marchands aux tracasseries des Portuf;ais (1). Mais surtout, écrivait Charles IX, qu'on n'aille point où l'on puisse « offenser aucun de mes amys et alliés, qu'on ne s'ingère aucunement d'aller en terre nydu roy d'Espaigne, nydu roy de Portugal (2) » .
Le conseil n'a rien de superflu (3). Mais la fâcheuse rencontre de seize corsaires anglais le fera oublier à nos jeunes I gens. Ils quittent la Gironde comme des pirates, après avoir razzié les bestiaux : puis, ils se ravitaillent au large du cap Finisterre, aux dépens de deux hourques flamandes chargées de blé (4); à l'Ile de Porto-Santo, où ils vont à l'aiguade sans rencontrer personne, la population alarmée a fait le vide devant eux. Mais les fugitifs, en portant la panique dans l'île de Madère, vont provoquer l'incident qui éclate le 3 octobre suivant.
Quand les vingt-trois bâtiments anglo-français se déployèrent dans les intentions les plus pacifiques en face de la belle plage de Funchal, ils furent accueillis par les feux croisés des batteries de terre et de quatorze navires
(1) De Thou, t. IV, L. IV, p. 121.
(2) Charles IX au vice-amiral Biaise de Monlue. 9 août 1566 (B. N., Franc. 15 882, fol. 159).
(3) Sur l'expédition de Peyrot de Monlue, nous possédons une relation portugaise du superintendant des finances à Madère. 22 octobre 1566 (Bibl. de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg, Autographe 110 : copie à la B. N., Nouv. acq. franc. 6638, fol. 116 v", 118; publiée avec un assez médiocre commentaire par Falgairolle, Une expédition française à. l'île de Madère en 1566. Paris, 1895, in-8", extrait des Mémoires de l'Académie de Nîmes (1894). — Mémoires de Jean d'Antras de SAMAZAJ^J, qui fit partie de l'expédition, publiés par J. de Carsalade Du Pont et Ph. Ta- MiZEY DE Larroque. Sauvcterre-de-Guyenne, 1880, in-8'', p. 92. — Paul Gaffarel, le Capitaine Peyrot Monliic, dans la Revue historique, t. IX (mars-avril 1879), p. 273. — Paul Courteaclt, Biaise de Monlue historien. Paris, 1908, in-8°, p. 496. — Michel de Mg.ntaig.ne, Essais, 1. II, chap. VIII, édit. de 1635, p. 297. — Barboza, Memorias del rei Don Sebastiâo, part. II, lib. n, cap. 24, p. 639.
(4) Lettre de Fourquevaux (B. N. Franc., 10751, fol. 494).
portugais (l). Les matelots envoyés à l'aiguade furent blessés. C'était prétexte à se battre, pour les Gascons un jeu.
Peyrot de Monluc tourne la position en débarquant ses troupes dans un petit port voisin. Bertrand de Laval, commandant les cent arquebusiers de lavant-garde, voit venir sur lui un étrange cortège de trois ou quatre mille hommes armés, que précèdent des croix. Il les l'efoule, les culbute et les disperse à coups de canon : les fuyards tombent au milieu de la colonne de Fabien de Monluc, postée près des remparts pour leur couper la retraite, et pénètrent pêlemêle avec elle dans les rues de Funchal. Les navires en rade, deux vaisseaux à destination de San-Tomé et des Canaries, sont capturés. Les derniers défenseurs de la place se réfugient dans le château fort. Au moment où Peyrot de Monluc, las d'attendre le rapport de ses éclaireurs, s'avance à découvert pour en reconnaître les approches, une balle de mousquet lui casse la cuisse; les jeunes de Pompadour tombent à ses côtés; les Gascons s'exaspèrent et, d'un furieux élan, emportent la forteresse.
A la nouvelle que la population s'assemblait en armes dans la montagne, qu'elle était renforcée par les contingents de Machico et Santa-Gruz, les Gascons élevèrent des barricades dans les rues. Ils voulaient laisser mourir en paix leur jeune chef, quoi qu'il pût advenir. Une semaine après, Peyrot de Monluc n'était plus de ce monde; et les insulaires ne purent savoir, tant ses frères d'armes prirent soin de le cacher, si le corps avait été emporté à bord ou inhumé dans la cathédrale.
Dès lors, le nouveau capitaine général, Louis de Lur- Saluces d'Uza, ne put contenir ses gens. Les édifices sacrés, les palais, les maisons furent mis à sac : de la cathédrale, tout fut enlevé, orgue, cloches et ornements; du couvent
(1) Lettre de Fourquevaux. 2 novembre (B. N., Franc, 20977, fol. 258).
des Cordeliers, le trésor; du monastère des Clarisses, les statues, les tableaux, les orgues et les manicordions, pendant que le bris des verrières et de la vaisselle accompagnait la chute des cloches, lancées du campanile. La menue artillerie embarquée, les grosses pièces enclouées, les moulins à sucre rompus pour en retirer l'étain et le cuivre, les sucres, les vins et les conserves jetés à la mer, la ville en ruines, l'escadre leva l'ancre le 18 octobre et disparut, tous les feux allumés, dans le nord-est, sans que les insulaires aux écoutes pussent apprendre sa destination.
Et le mieux, c'est que les Gascons ne le savaient pas davantage. Peyrot avait emporté dans la tombe son secret (1). Ignorant où aller, ses compagnons regagnèrent piteusement la Guyenne et se tinrent cois. La colère royale éclatait. Ordre était donné dans tous les ports de les arrêter comme perturbateurs de la paix publique. C'était une satisfaction immédiate pour les Portugais qui parlaient de nous « fricasser (2) » . On connaîtra par là, ajoutait le roi, " qu'il n'y a revanche de la Floride, ny autre considération qui me sceut faire trouver bonnes telles actions (3) » . L'enquête portugaise avait été si complète que leur plainte indiquait l'état civil, le domicile et les ressources des principaux chefs, du vicomte d'Uza et du baron de Guitinière.
Des procédures allaient être engagées contre eux, lorsque l'amiral de Coligny les arrêta par un éloquent plaidoyer devant le Conseil royal : il montra qu'ils n'avaient point été les agresseurs; et d'avoir vengé avec tant de courage les
(i) Jean d'Aktkas.
(2) Fourquevaux à Catherine de Médicis. 29 novembre (édit. Douais, t. I, p. 178).
(3) Charles IX à Fourquevaux (Lettres de Catherine de Médicis, édit. H. DE La Febuière, t. II, p. 400, note 1. — C. Douais, Lettres de Charles IX a M. de Fourquevaux, ambassadeur en Espagne (1565-1572). Paris, 1897, in-8», p. 65).
injures reçues par la France au Brésil, qui pouvait les blâmer (1) !
Peyrot de Monluc, dont la reine attribuait « les desportements à la rage d'un homme désespéré (2) » , eut, Dieu merci, une oraison funèbre plus virile. Quand j'appris que je ne reverrais plus mon fils, « mon bâton de vieillesse, le soutien de son pays, il me sembla que l'on m'eût coupé les deux bras. » Et le vieux Biaise de Monluc avait le « crèvecœur » de penser que le pauvre garçon, éloigné de toute effusion filiale par » une contenance refroignée " , était mort sans connaître « l'extrême amitié " et l'estime que lui portait son père (3).
" Mais pour ung vieux guerrier tel que je suis, je confesse que je fis une grande faute de n'avoir, avant partir, descouvert l'entreprinse à quelque autre, veu que les vicomtes d'Uza, de Pompadour et mon jeune filz estoient de la companie, qui eussent peu tenter fortune et poursuivre l'entreprinse projetée : de laquelle je me tairay, parce que peutestre la royne la renouera quelque jour (4). »
Quel était ce mystère?
D'étranges légendes, propagées par les récits du missionnaire jésuite Gonzalès de Silveira, commençaient à circuler sur les richesses de Monomotapa, où le roi indigène avait des lambris d'or, des chandeliers d'ivoire, de la vaisselle de porcelaine sertie dans des rameaux d'or massif (5). Ce pays fabuleux, l'Ophir du roi Salomon (6), c'était le Transvaal.
Dès 15G1, notre ambassadeur à Lisbonne en révélait
(1) De Thou, t. IV, p. 122.
(2) Catherine de Médicis à Fourque\aux (Lettres de Catherine de Médicis, édit. H. de La Ferrière, t. II, p. 400).
(3) Michel de Mont.a^igne, Essais, 1. II, chap. viii, édit. 1635, p. 297.
(4) Monluc, t. III, p. 76.
(5) N. GoDiNHO, Vita patris Gonsalvi Silveira (f 1561), 1. II, chap. xi.
(6) " Des royaumes de Sophala, Monomotapa » (Thomas Le Fèvre do Grand Hamel, Discours de la Navigation (1650), p. 111).
l'existence à l'amiral de Golif;ny, qu'il savait « fort désireus des nouvelles de ces païs-là» . Il situait les gisements à deux cents lieues environ de l'embouchure du Guama ou Zambèse, à l'intérieur des terres, par les 28" 1/3 de latitude australe, non loin des montagnes de la Lune, où les grands fleuves africains, Nil, Congo et Guama prenaient leur source. De là venait l'or charrié jusqu'aux rives du Bénin. Les Portugais redoutaient d'autant plus notre concurrence (l), qu'un corsaire rochelais, Boudart, avait été saisi en 1560 dans les parages du Guama et aussitôt exécuté à Mozambique (2). Leurs craintes étaient fondées.
Nicot, notre ambassadeur à Lisbonne, adressait à Catherine de Médicis un mémoire sur le commerce très fructueux à établir » en ces païs méridionaulx (3). » Et comme l'amiral de France avait témoigné le vif désir d'avoir « ung pilote practique des routes et navigations orientales (i) » , Nicot débaucha un parent et homonyme du cartographe chargé de rectifier les variations du compas à bord des flottes des Indes (5). Cartographe lui-même, André Homem se mettait en devoir d'exécuter une carte marine pour François II, lorsque l'ambassadeur de Portugal à Paris le prit à son service pour l'empêcher d'aboutir. Las d'être joué par le diplomate, Homem, au bout de quatre ans, en 15G5, menaça de remettre la carte enfin achevée à l'amiral de
(1) Jean Nicot à Du Fresne. Lisbonne, 17 août 1561 (B. N., Nouv. acq. franc. 6638, fol. 206). — Sur les monts de la Lune, d'où sort le Congo, cf. Jean Alfoxse, Cosmographie, B. N., Franc. 676, fol. 125 v".
(2j CoRBEA, Lendas do India.
(3) Nicot à Catherine de Médicis. Lisbonne, 16 avril 1561 (B. N., Franc. 3192, fol. 93).
(4) Nicot au cardinal de Lorraine. Lisbonne, 5 novembre 1559 (B. N., Nouv. acq. franc. 6638, fol. 184 : Falgairolle, Jean Nicot, p. cv).
(5) Lopo Homem. 1517 (Sousa Viterbo, Trabalhos 7iauticos dos Portuguezes nos seculos XVI e XVII. Parte I, Marinbaria. Lisboa, 1898, in-*", p. 165).
Colif;nv, si son pays natal ne lui versait point de pension (1).
Ce ne fut point Goligny, mais l'amiral anglais Winter, ce ne fut point Charles IX, mais la reine Elisabeth qu'il choisit définitivement pour dépositaires de ses secrets. Le 2G avril 1567, il leur offrait cent cinquante lieues en » Ethiopie» d'un terroir riche en or et en épices, à la condition d'en recevoir le gouvernement à titre héréditaire (^). Pour le prévenir sans doute, les Portugais dépêchèrent une escadre vers le Guama, avec ordre de mainmise sur les mines du Monomotapa (3).
LA COMPAGNIE ROUENNAISE d'aFRIQUE
Cependant, nos commerçants normands, gens pratiques qui ne tablaient point sur le rêve et le mystère, poursuivaient sans à-coup ni décousu leur politique de pénétration africaine, en s'attaquant au Maroc. Une industrie alors prospère dans la région du Sous et qu'on cherche à faire revivre, la culture de la canne à sucre, donna lieu, en 1570, à la création d'une puissante Société de raffineurs rouennais, la Compagnie Hallé-Le Seigneur (4). Trévache, l'un des associés, organisa des comptoirs à Saffi, à Marrakech, à Tharoudent et à Sainte-Croix du cap de Ghir, qu'abrite le
(1) André Homem à Pereira, ambassadeur de Portugal. Paris, 28 février 1565 (SousA ViTKiino, p. 160).
(2) Londres, 26 avril 1567 (British Muséum, Cotton Nero B i, fol. 178).
(3) Avril 1569 (Barretxo de Rezende, Livro do estado da India : B. N., Portugais 36, fol. 54 v°; Portugais 8, fol. 241).
(4) Acte d'association entre Barthélémy, Andrieu et Laurent Halle, Alonce et Adrien Le Seigneur, Bonaventure de Cramant et Eustache Trévache. Rouen, l'"' octobre 1570 (Comte Henry de Castries, les Sources inédites de l'histoire du Maroc de 1530 à 1845, t. I, 1'^ part., p. 303).
dernier contrefort de l'Atlas. Malgré les déboires inhérents à tous débuts, surtout à une époque où la mer était infestée de pirates (1), la Compagnie poursuivit le cours de ses opérations jusqu'aux Canaries, jusqu'à Palma, Ténériffe et la Grande-Canarie (2), ouvrant ainsi un large débouché aux produits des manufactures normandes.
La réussite provoqua l'émulation des Malouins, qui armèrent eux aussi pour les Canaries (3), puis des Marseillais, qui tentèrent un autre genre d'exploitation, la pêche du corail. En se faisant concéder le monopole de ces pêcheries H en Barbarie de Ponent jusqu'aux îles du Cap- Vert (4) », Jean Gués (5) et C'" espéraient trouver, comme les fondateurs du Bastion de France, le chemin de la fortune.
Pour la protection d'intérêts sans cesse croissants, la création d'un » consul de la nation françoise es royaumes de Marroc et Fez » s'imposait. Le premier titulaire de l'office, chargé » d'avoir l'œil et surintendance au faict du Iraffic " , le chirurgien Guillaume Bérard se rendait à son poste avec le facteur François Vertia (6) et une nombreuse
(1) A la date du 17 octobre 1573, la Compagnie, que dirigeaient Barthélémy Halle et 'frévache, chargé le second de la traite, l'autre des frets et des assurances maritimes, avait déjà perdu cinq bâtiments enlevés avec leur cargaison de sucre (Ernest de Fréville, Mémoire sur le commerce maritime de Rouen, t. II, p. 481).
(2) Cf. les armements faits pour les Canaries de 1579 à 1582 dans E. GossELiK, Documents inédits pour servir à l'histoire de la marine normande et du commerce rouennais pendant les XVI' et XVJI" siècles. Rouen, 1876, in-8", p. 167, 111 : les comptoirs rouennais étaient tenus aux Canaries par Paul Regnault et Jean de Moy; au Maroc par Jacques Mignot (p. 155), de Marceilles, etc.
(3) L'Occasion de Rouen est affrétée pour les Canaries par Thomas Porée, de Saint-Malo. 1581 (Gosselix, p. 166). — Mathurin Le Moyne de La Reboursière, habitant Vitré, demande un passeport pour envoyer un navire au.\ Canaries. 1604 (N. Valois, Arrêts du Conseil d'Etat, t. II, p. 178).
(4) Placet de Jean Gués au roi (B. N., Franc. 17329, fol. 422).
(5) Sans doute, le père du Jean Gués qui fut plus tard le correspondant de Peiresc (Bibl. de Carpentras, ms. 1777, fol. 156).
(6) Provisions signées de Henri III les 10 et 11 juin 1577 (Comte H. de Casthies, Les sources inédites de l'histoire du Maroc, t. I, p. 367, 371).
mite de commerçants marseillais, lorsque les galères de ^arde au détroit de Gibraltar lui barrèrent la route. — Qu'est 3eci? disaient les Espagnols en fouillant son bâtiment, pour f trouver à tout prix un prétexte à confiscation : des plans ie fortifications? Et cela? Des explosifs? — Or, il s'agissait ie gravures de scènes champêtres et de barils d'eau-de-vie. Par mésaventure, les Espagnols se méprirent de même sur ie contenu du coffre de chirurgien. A l'épreuve, — une épreuve souvent répétée, — certains massepains aux confitures leur parurent succulents; et bientôt ce fut, parmi eux, une vive galopade pour gagner un coin discret. « Ces canailles de Français nous ont empoisonnés» , hurlaient-ils. L'explication était moins tragique... Les massepains étaient des laxatifs.
Relâché sur l'intervention de la reine d'Espagne, Bérard gagna Fez (1), où il acquit sur le chérif un tel ascendant, il montra si bien la supériorité des élèves d'Ambroise Paré sur les Esculapes indigènes, qu'un service permanent de médecins français fut attaché à la Cour marocaine (2).
En 1578 précisément, la victoire d'El Ksar-el-Kebir, en donnant au chérif Muley Abd-el-Malek figure de souverain, le faisait entrer dans le concert des puissances occidentales, tandis qu'elle rayait pour un temps de la carte le royaume du vaincu. La disparition du roi de Portugal Sébastien sur
(1) L'un des marins de l'équipage, le navigateur Vincent Le Blanc (Albus) nous a laissé un récit très pittoresque de ce voyage qu'il place au début de 1578, avant la bataille d'El Ksar-el-Kcbir (h Histoire naturelle et mémorable de rindie, .. B. N., Franc. 2033, fol. 146 v").
(2) G. Jacqueïon, Documents marocains, dans la Revue Africaine (1894), p. 5. — « Harangue prononcée par ledit s"^ Hudert (médecin Orléanais qui succéda près du chérif aux docteurs Bérard et de L'Isle), en 1601 au Collège de Cambray » (B. N., Franc. 13423, fol. 293). — Cf. une lettre de Guillaume Bérard à Villeroy, datée de Marrakech, 23 aoiit 1583 (Bibl. de l'Institut, Portefeuilles Godefroy 260, p. 82); et l'article que j'ai publié dans le Correspondant du 25 août 1907 : la (Question niaroeaine d'antan.
le champ de bataille laissait un trône en déshérence, dont le roi d'Espagne se nantit. Philippe II ajoutait un fleuron à sa couronne, mais un nouveau souci à ses ennuis. L'occupation des places que les Portugais tenaient de longue date sur la côte africaine, Anafé, Azamor, Mazagan, Tanger, Geuta, Arzile, le mettait directement aux prises avec les anciens maîtres de la péninsule hispanique et l'obligeait à renforcer ses troupes de couverture. C'est dans ces conditions qu'un marin français, le vice-amiral Guy de Saint- Gelais de Lanssac, eut l'aberration de lui offrir ses services pour saisir le port de Larache (I). Nos diplomates démasquèrent à temps la machination, sauvegardant ainsi notre situation au Maroc.
Au Mai"oc et dans le sud, la Compagnie rouennaise étendait sans cesse notre rayon d'action (2) ; elle exportait les produits du Sénégal, cuirs de bœuf, de buffle ou de gazelle, peaux du dancoy de la Gambie, cire, gomme, ambre, musc, or et ivoire de la Guinée (3), qu'elle troquait à bon compte contre des verroteries dites margriettes, des chaudières et des marmites, ou des manilles de cuivre dont les négresses se faisaient une parure (4). Sans doute, la Compagnie sui vait là des sentiers battus; sans doute, d'autres armateurs; normands, des Honfleurais expédiaient des navires au ca Vert, à Sierra-Leone et à la côte des Bonnes-Gens (5)
(1) Août 1579 (Comte Henri de Castries, Les sources inctiites de l'histoire du Maroc, l'"' série, France, t. II, p. 63).
(2) En 1580-1583, la Galère d'Adrien Le Seigneur va au Sénégal et en Guinée (Gosselin, p. 167).
(3) Alvarez d'Almada, Tratado brève dos rios de Guino do Cabo verde (1594); publié par Diego Kôpke. Porto, 1841, in-8% résumé par Tersaux- Compass, dans les Nouvelles Annales des voyages, ann. 1842, t. II, (t. XCIV), p. 91.
(4) Telle était, avec des toiles et des mantes, la cargaison des navires de la Compagnie cités plus bas le Chérubin, l'Espérance, l'Aventureuse.
(5) Cf. les armements faits à Honfleur de 1575 à 1584, dans Ch et P. BrÉard, Documents relatifs a la marine normande et a ses armements aux XVr et X Vil" siècles. Rouen, 1889, in-8°, p. 150.
Mais elle prît une part prépondérante dans la conduite des opérations à la Côte de l'Or, lorsque les nègres d'Accra nous mandèrent, en 1576, après avoir massacré le poste portugais dont ils ne voulaient plus supporter les violences, donnant ainsi le branle aux populations noires de Cormentin et de Takorai, de part et d'autre d'Elmina (l).
Un des navires de la Compagnie Trévache-Le Seigneur faisait la traite à Cormentin le 25 avril 1581, lorsque le gouverneur d'Elmina, Vasco Fernandez Pimentel, l'assaillit à la tête de deux galiottes. Après un violent combat où « il tua ou dégrada » vingt-trois hommes, Pimentel remorqua sous la forteresse le Chérubin tout fracassé de coups. Le capitaine Louis le Mire avait péri : les survivants gagnèrent en barque le Brésil, en se rationnant par jour à un morceau de pain du poids d'un écu.
L'an d'après, Pimentel envoyait aux Rouennais d'humbles excuses : « Seigneurs, il vous plaira me pardonner de la faulte que j'ay faicte en vostre endroict (2). » Un coup de théâtre s'était produit dans l'intervalle. Le prétendant au trône de Portugal, Don Antonio de Crato, était venu quérir notre appui (3) : et comme son connétable avait réquisitionné des vaisseaux français pour aller charger les monceaux d'or dans la forteresse d'Elmina (4j, une chaleureuse
(1) ViLLAULT DE Bellefond, Relation des castes d'Afrique appellées Guinée. Paris, 1669, in-8", p. 432.
(2) Lettre de Pimentel datée de « la Mine, le 21" d'aoust 1582 » (Ch. de Beaurepaire, La marine normande su?- la côte de Guinée et particulièrement près du Castel de la Mine, dans les Bulletins de la société de l'histoire de Normandie (1887-1890), p. 261). — A la suite du pillage du Chérubin et d'autres navires ancrés près du « Castel de Mine » , Henri III délivra des lettres de représaille pour 600 000 livres à Jacques Le Seigneur et à sa Compagnie rouennaise (Thomas Le FÈvre du Gramd Hamel, Discours de la navigatioti. Rouen, 1650, in-4'', p. 75, 191).
(3) Cf. le chapitre : le Secret de la reine.
(4) François de Vimioso, connétable de Portugal, à Lanssac. Tours, 9 avril 1581 (Arch. de Reims, Collection Tarbé, carton XI, pièce 61).
réception fut faite à l'escadrille de la Compaj^nie rouennaise. Non content d'accueillir en rade l'Espérance^ l' Aventureuse ei leurs barques (1), Pimentel transforma la forteresse en un entrepôt : par accord passé " le 27' jour de juillet 1582, soubz la ramée où se déchargent les marchandises (2) » , les facteurs rouennais Sénécal et Lézart furent autorisés à débarquer dans la basse-cour de la citadelle toute leur pacotille, et à s'établir dans la place comme résidents. Notre situation commerciale sur les côtes africaines semblait bien assise... Elle s'effondra d'un seul coup.
Dès que la fortune des armes à la bataille navale de Terceire eut affermi sur sa tête la couronne de Portugal, Philippe II résolut d'en récupérer les antiques possessions. Sur son ordre, le capitaine espagnol Juan Rodriguez Passague investit Elmina à la tête de quatre vaisseaux, s'empara du gouverneur Pimentel et l'évacua sur Lisbonne, avec l'or et les marchandises françaises entreposés dans la citadelle. En arrivant à Axim près du cap des Trois-Pointes, le 28 juin 1583, la Levrière eut connaissance du désastre, comme de la mort des facteurs de la Compagnie : elle eut peine à esquiver la poursuite de Passague, en se dérobant vers l'île San-Tomé (3). Adrien Le Seigneur apprenait, l'année suivante, par une lettre de SafH, que six croiseurs de Biscaie avaient mission de détruire notre commerce africain (4j.
Les Normands se raidirent contre la fatalité; Drake, au cours de son grand voyage, aperçut une de leurs escadrilles
(1) La Petite-Espérance, la Petite- Aventureuse, capitaines Jean Croix, Jean Scot, Guillaume Malherbe.
(2) Publié dans les Bulletins de la Société de l'histoire de Normandie, (1887-1890), p. 294.
(3) Une enquête fut faite là-dessus par J.-M. de Limoges, lieutenantgénéral de la Table de marbre, le 12 octobre 1585 (Arch. de la Seine-Inférieure, fonds de l'amirauté : Ibidem, p. 265).
(4) Doléances des Rouennais au roi. 20 août 1584 (E. de FrÉvillk, Mémoire sur le commerce de Rouen, t. II, p. 505).
POLITIQUE AFIUCAINE 97
mouillée à l'abri du cap Blanc (1). Mais chaque année aggravait leurs pertes. En 158G, l'Espérance de Dieppe était coulée en rade d'Accra par deux vaisseaux partis de Lisbonne (2). L'année suivante, deux autres bâtiments de la Compagnie rouennaise, le Caïman et le Don-de-Dieu étaient enlevés par le Marchand royal de Londres et ses conserves (3). En 1588, une compagnie se formait entre marchands de Londres et d'Exeter pour recueillir notre héritage, tant au Maroc qu'en Sénégambie (4).
Tout contribuait à édifier sa fortune sur nos ruines, et le concours des réfugiés portugais qui avaient suivi le prétendant don Antonio, et nos malheureuses guerres civiles qui îrmaient, les uns contre les autres, Dieppois et Rouennais. \\n 1590, un bâtiment dieppois était brûlé à Cap Coast; ['équipage, enfermé dans les cachots d'Elmina, était traité avec une si grande rigueur que, pour avoir tenté de î'évader, l'un des prisonniers fut attaché à la gueule d'un canon (5). Une suprême tentative d'Adrien Le Seigneur pour renouer des relations avec la Guinée, voire avec l'An- ■jola, échoua en 1595 : le Serpent de Dieppe fut intercepté par un vaisseau britannique (6).
Forcés de se muer en corsaires, nos marchands devinrent \ leur tour redoutables. Ln mai J59i, deux navires de Hondeur enlevaient près du cap Vert 80 quintaux d'ivoire embarqués sur la Sirène de Dartmouth (7). L'année suiv^ante, une expédition rochelaise s'emparait du fort élevé
(1) 13 novembre 1585 (Hacrluyt, Principal Navi(jatio)is, t. III, p. 536).
(2) ViLLAULT DK BelLEFOND, p. 436.
(3) Le commandant du Don-de-Dieu, Corneille Cupre, tit un nouveau i^oyage en mars 1588 avec le Lévrier et 90 hommes (E. GosSEH>i, p. 155).
(4) Patentes de la reine Elisabeth pour cette Compagnie. 1588. — En 1591, le Nii^htinqale de Londres va au Sénégal (Walckenaer, t. II, p. 201).
(5) ViLLAULT DE BelLEFONM, p. 436.
(fi) E. Gosselin, p. 151.
(7) R. N., Franc. 15980, fol. 91.
par les Espagnols au cap Blanc (1). Et en 1597, trois de nos capitaines, soutenus par les matelots de Raleigh, tentaient de se rendre maîtres des « îles du Feu et du Sel» , dans l'archipel du Cap-Vert (2).
Si la traite avec les côtes d'Afi'ique n'existait plus, — et les Etats de Normandie s'en plaignaient vivement (3), — il s'établissait au large une industrie nouvelle et alors très prospère, mais si négligée depuis deux siècles qu'on croit faire une innovation aujourd'hui en la créant de toutes pièces : je veux parler des pêcheries du banc d'Arguin. On y allait de Marseille (4), de Saint-Malo, de La Rochelle, des Sables-d'Olonne... Halebranches et mulets, les poissons y étaient en telle abondance que la barque les « râpait « , comme si elle eût passé sur un banc de sable.
Mais nos pécheurs étaient tenus d'être constamment sur le pied de guerre, témoin la mésaventure de Jean Mocquet. Comme le navire malouin qu'il montait arrivait de nuit sur les lieux de pêche, sept bâtiments mouillés à l'abri du cap Blanc l'environnèrent aussitôt, clairons sonnant le branlebas; les Malouins roulèrent l'artillerie aux sabords, tendirent entre les gaillards la voûte du pont volant; ils allaient attaquer, quand ils reconnurent leur méprise. Ils étaient tombés au milieu d'une flottille des Sables-d'Olonne, qui allait charger du sel à l'île de Mai (5). Lors d'un autre voyage, Mocquet fit une abondante récolte de coquillages « mailletés de couleur d'or, tels qu'il ne se peut rien trouver
(i) Le P. FouRMEK, Hydrographie, 2'éclit., p. 254.
(2) Hackhjyï, Principal Navigations, t. III, p. 692 : ce sont les iles del Fuego et de Mai.
(3) En 1607 (Caliiers des Etats de Noimandie sons Henri IV, t. II.)
(4) Vincent Le Blanc alla pêcher au cap Blanc en 1592 (B. N., Franc. 5652, fol. 206 v°. — Les voyages fameux du sieur Vincent Le Blanc, Marseillais . Paris, 1649, in-4").
(5) En 1601 (Jean MocnrET, Voyages en Afrique, Asie, Indes Orientales et Occidentales. Paris, 1616, in-S").
ie plus beau » , dans un îlot du rio de Ouro, « droit sous le tropique du Cancer » .
La pêche, en un mot, avait si bien remplacé la traite sur [es côtes d'Afrique, qu'elle donnait lieu à des armements de tous genres : tel cherchait le corail, tel autre la tortue à l'ile Saint- Vincent (1) ; et il fut question d'établir des centres de pèche à Mogador, au cap Vert et en Gambie, avec l'assentiment des roitelets de la côte (2).
(1) En 1643 (Paul BoYER du Petit-Puy, Véritable relation du voyage de M. de Brétigny, p. 57).
(2) En 1626 (Affaires étrangères 792, France 49, fol. 173).
La politique de la paix à tout prix, la pusillanimité de Charles IX devant les rodomontades espagnoles et portugaises, avait pour excuse le souci de rester paré pour une éventualité redoutable. Le traite de Cateau-Cambrésis nous laissait Calais en gage de paix pour huit ans. Le terme échu, lorsqu'en avril 1567 le vice-amiral Winter et lord Smith se présentèrent pour en prendre possession, ils se heurtèrent! à une fin de non-recevoir. — Il y avait une déchéance prévue au traité, déclara le chancelier de France : par la prise du Havre, vous Tavez encourue : un acte d'hostilité vous a fait perdre votre gage (l).
De la perte de Calais, rendue définitive par sa faute, la reine Elisabeth avait l'àme ulcérée. Sa rancœur se traduisit par des observations déplacées (2), que la reine Catherine' de Médicis releva vertement : « Le Roy ne veult recevoir ni juge, ni arbitre, ni médiateur entre luy et ses subgetz " écrivait-elle à notre ambassadeur (3). L'ambassadeur s'est j
(1) B. N., Cinq-Cents Colbert 36, fol. 172, 180. — Cf. Comte Hector] DE La FerriÈre, La seconde guerre civile, dans la Revue des questions historiques, t. XXXVII (1885). p. 116.
(2) Que présenta son ambassadeur Xorris dans l'audience du 9 septembrej 1568 [Lettres de Catherine de Médicis, t. III, p. 179, note.)
(3) 9 septembre [Ibidem, p. 182).
bien souvenu de sa leçon, riposta Elisabeth, » mais je n'ignore, madame, ne vous déplaise, de quelle boutique de telles drogues sortoient (l) " .
Gomme l'histoire se recommence, une nouvelle guerre de religion éclatait à point, en 1567, pour servir les revendications britanniques. Et les protestants, loin de cacher leurs sympathies, se vantèrent u de faire venir les Anglois à leur aide quand il leur plairoit (2) » , au même titre que les Italiens et autres étrangers mandés par le roi de France (3). Une paix éphémère signée le 23 mars à Longjumeau avait été un court entracte entre la seconde et la troisième guerre civile. Saint- Valéry, dont le capitaine huguenot Gocqueville s'était emparé, eût été leur place-forte pour tenir « la mer à commandement (4) », si la ville n'avait été enlevée d'assaut le 18 juillet 1568 par Timoléon de Cossé-Brissac. Les Anglais cherchèrent un autre point d'appui (5) : tel leur prêtait un projet d'attaque contre Honfleur (6), tel autre une récidive contre Le Havre. Et en effet, dans la nuit du 3 février 1569, un tumulte extraordinaire se produisit au Havre; de nombreux soldats sortaient d'un navire entré dans le port sous des allures paisibles : le guet était battu, l'alarme partout, quand le gouverneur Cardillac de Sarlabous parvint à rétablir l'ordre (7). Mais il fallait changer la garnison, suspecte de complicité (8), armer des croiseurs,
(i) Lettres de Catherine de Médicis, t. III, p. 183, note.
(2) Deux chroniques de Rouen, édit. Héron (1900), p. 350.
(3) Blandin à Catherine de Médicis. Poitiers, 8 septembre 1568 (B, N., Cinq-Cents Colbert 24, fol. 361).
(4) Deux Chroniques de Rouen citées.
(5) Veillez aux ports de Normandie et de Bretagne, écrit Henri d'Anjou au roi. Les Anglais ont 25 navires de guerre prêts. \" décembre 1568 (B. N., Franc. 17022, fol. 266).
(6) Lettre de Rouen, 14 septembre 1568 (B. N., Franc. 15548, fol. 51).
(7) Guillaume dp: Mabceilles, Fondation de la ville Françoise de Grâce, p. 36 et 48.
(8) Le vice-amiral de La Meilleraye à Charles IX. Caudebec, 3 avril 1569
et parer, par la construction d'une citadelle, à une nouvelle surprise (I).
A des ennemis désorientés, des Français se chargèrent d'indiquer notre point sensible, car le théâtre de la guerre s'était déplacé. C'est en Aunis et Saintonge que se concentraient les protestants, avec les amiraux Gaspard de Coligny et Henri de Navarre, que le baron Jacques de Grussol d'Assier cherchait à rejoindre à la tête d'une armée provençale (2). C'est là que les Anglais furent priés d'intervenir. La convocation leur fut portée par le lieutenant général de la flotte protestante, Prévost du Chastelier-Portault, commandant neuf vaisseaux rochelais et neuf cents hommes; comme on l'imagine, il n'eut aucune peine à obtenir une réponse favorable (3).