ESCADRES DES CATHOLIQUES
Laissés à leur seule initiative, abandonnés par leurs chefs qui avaient pris rang à la tête des rebelles, les vice-amiraux de Normandie, de Bretagne et de Guyenne étaient réduits à la défensive. A défaut des vaisseaux du roi qu'une économie mal placée laissait pourrir au port de Brest (-4),
(1) GossEUN, Documents pour servir a l'histoire de la marine normande, p. 61. — Remontrances de l'ambassadeur de France à Elisal)eth. 25 avril 1569 (B. N., Franc. 15970, fol. 168j.
(2) Paul CotiRTEAULT, Blaisc de Monluc historien, p. 516.
(3) Il quitta La Rochelle le 15 octobre 1568 et aborda à Plymouth avec cinq prises espagnoles (Amos Barbot, Histoire de La Rochelle, t. II, p. 340. — La PopeliniÈke, Histoire de France, t. I, fol. 82. — Dépêche de La Mothe-Fénelon, ambassadeur de France en Angleterre, 15 décembre 1568, dans Teulet).
(4) A la date du 23 avril 1566, notre marine du Ponant ne comprenait plus que cinq vaisseau.x, la plupart à Brest : Henry, Hermine, Léopard, Aigle, Trinité (B. N., Franc. 3397, fol. 15 v°).
Bouille armait, pour faire face à trente-cinq voiles anglaises, une demi-douzaine de navires; les villes de Bretagne faisaient les frais de l'armement, où les marins d'Armorique ne voulaient point « qu'autre nation fût meslée parmy eulx (1) » . Mais les Etats de la province demandaient instamment qu'on ne confiât les commissions de capitaines qu'à des gens d'une scrupuleuse honnêteté (!2).
En Guyenne, la tâche de Monluc était des plus lourdes. Lieutenant général sur terre et sur mer (3), il avait à barrer la route à l'armée des Religionnaires provençaux et à tenir tète à la flotte protestante. L'intention avouée des Rochelais n'était-elle point de dériver sur leur ville le trafic de la Gironde et de la Charente (4) ! Ils voulaient prendre leur revanche de leur expulsion de Ré; ils en avaient été chassés dans la nuit du 25 mars 1568, par les troupes de Leberon, que soutenaient quatre roberges de Saint-Jean-de-Luz et une escadre bordelaise, commandées par les capitaines La Gombaudière (5) et Louis de Berre (6). De l'escadre organisée pour la garde de la Gironde, Monluc confia le commandement à l'ancien compagnon d'armes de son malheureux fils, à Louis de Lur-Saluces, vicomte d'Uza (7), qui prit comme
(1.) Bouille à Catherine de Mcdicis et à Charles IX. Nantes, 25 juillet; Rennes, 30 août 1568 (B. N., Franc. 15547, fol. 136, 362).
(2) 28 novembre 1568 (B. N., Franc. 8301, p. 393).
(3) Monluc avait reçu, le 6 juin 1565, les provisions de vine-amiral de Guyenne (B. N., Moreau 1340, fol. 20).
(4) Blandin à Catherine de Me'dicis. 8 septembre 1568 (B. N., Cinq- Cents Colbert 24, fol. 361).
(5) Paul CouBTEACLT, Biaise de Monluc, p. 508. — Montre des 202 marins et soldats de Jacques Gombault de la Gombaudière, commandant l'Ours. Bordeaux, 10 mars (B. N., Franc. 25802, fol. 228).
(6) Que Biaise de Monluc fait payer par Pierre de Miremont, commis à tenir les comptes de l'armée de mer. Bordeaux, 4 mars 1568 (Bibl. du dépôt des cartes de la marine, 87^ t. I, pièce 26). Le 2 mars, une partie des troupes d'embarquement était passée en revue à Bordeaux (Arch. nat., K 94, n» 52).
(7) Ses vaisseaux étaient le Charles, la Catherine, le Geroby, VArnault, l'Ours et la patache Bouton. 22 octobre 1568 (Vicomte A. de Goubgues.
lOi HISTOIRE DE LA MARINE FRANÇAISE
lieutenant le héros de la Floride, Dominique deGourgues (1). Mais pouvait-il être question, avec ces faibles forces, comme le roi le mandait à Monluc, de se porter contre La Rochelle et d'investir la place f2)?
C'était tout juste de quoi défendre Bordeaux : un groupe de marchands proposait à Monluc d'entretenir les six gardecôtes, à la condition d'en nommer l'amiral et d'avoir en franchise la traite des blés. Excellent moyen d'écouler, sous le couvert d'une pseudo-compagnie, le fruit de ses pillages ! ricanait Ottavio Fregoso, le nouveau général de l'armée navale de Guyenne. Et comme Fregoso affeclait vis-à-vis du vice-amiral de Monluc l'indépendance en s'arrogeant le droit de censurer ses actes (3), les protestants mirent à profit la mésintelligence des deux chefs pour tenter en Guyenne des coups de main répétés.
Le 30 avril 15G9, une soixantaine de transports amenèrent en Médoc les trois mille hommes du capitaine huguenot Armand de Clermont, sieur de Piles. La garnison de Saint- Christoly se replia sans livrer bataille; et les assaillants purent à loisir piller et incendier les églises de Saint-Christoly, Lesparre, Uch, Trélody, Saint-Germain et Podensac (4). Le 23 mai, c'était Pardailhan, autre capitaine protestant, qui investissait Bourg (5). La division Fregoso, em-
Doininique de Gourgncs. Auch, 1861, in-8', p. 22 : extrait du Bulletin d'histoire et d'archéologie de la province ecclésiastique d'AuchJ. (i) Attaché au service de la galère le 30 août (Ibidem, p. 13).
(2) B. N., Franc. 15544, fol. 187. — B. N., Franc. 15548, fol. 168.
P. CotJRTEArLT, p. 509.
(3) Ottavio Fregoso à Charles IX. Agen, 17 février 1569 (Archives historiques de la Gironde, t. X, p. 329). — Biaise de Moxlcc, Commentaires et lettres, édit. de Ruble, t. III, p. 267. — Paul Courteault, p. 524.
(4) Relation consignée dans les minutes de Duturc, notaire à Lesparre (Archives historiques de la Gironde, t. XLI, p. 111. — Jean de Serre.s, Cominentai-iorum de statu religionis et reipublicae in regno Galliae. 1572, p. 320).
(5) Journal de François de Syrveilh, chanoine de Bordeaux (1568- 1585), dans les Archives historiques de la Gironde, t. XIII, p. 263.
DEUXIEME ET TROISIEME GUERRES DE RELIGION lOr.
barquant aussitôt une partie de la garnison de Bordeaux pour se porter au secours du gouverneur Montesquiou de Sainte-Colombe, brûlait à Sainl-Seurin plusieurs navires protestants, chassait les antres de la rivière et dégageait la place. Le lendemain 3 juin, les huguenots étaient en pleine retraite avec quatre cents hommes hors de combat, lorsque Monluc arriva et s'attril)ua l'honneur de la délivrance (1). Cette rivalité paralysait toute offensive. Fregoso eût voulu renforcer son escadre (2j des vaisseaux Henry et Strozzy^ pour se porter contre La Rochelle (3). Mais les navires royaux n'avaient " ni ung grain de pouldre, ny ung seul boullet, )' ni un seul homme des cinq cents arquebusiers qu'ils devaient embarquer; sur les galions du pays basque, de Bayonne, Saint-Jean-de-Luz, Ciboure, les Espagnols avaient mis l'embargo, pour se venger de l'exécution faite par Dominique de Gourgues en Floride (4). Force fut à Fregoso de rester au mouillage d'Argenton près de Blayc (5), jusqu'à l'arrivée d'une division de renfort (G).
L'escadre attendue arrivait du Levant. A la vérité, il n'y avait plus de marine royale que là. De trente-cinq, puis de vingt en 1560 (7), le chiffre des galères avait été ramené à
(1) Fregoso au duc d'Anjou. Bordeaux, 14 et 17 juillet 1569 (B. N., Franc. 15550, fol. 9; Franc. 17022, fol. 305 : Archives de la Gùoiide, t. X, p. 331). — Monluc dut rassurer les Bordelais qui redoutaient une attaque. 8 juin (Paul Cguiiteault, p. 531).
(2) Henri, duc d'Anjou, lui avait fait délivrer 23 000 livres pour renforcer sa flotte, tlenri, duc d'Anjou, à Charles IX. 13 mai 1569 (B. N., Cinq-Cents Colbert 24, fol. 390).
(3) Lettres de Fregoso des 14 et 17 juillet.
(4) Charles IX à Fourquevaux. 18 juillet (B. N., Franc. 16103, fol. 270).
(5) Lettre de Fregoso. « De l'armée de mer estant en la ville d'Argenton, 26 août » (Archives historiques de la Gironde, t. X, p. 336).
(6) Dès le 14 juin, Charles IX prescrivait à Monluc de rafraîchir la f'otte du baron de la Garde, lorsqu'elle arriverait en vue de Bordeaux (B. N., Clairambault 355, fol. 194).
(7) B. N., Franc. 15641, fol. 90. — Louis Paris, Négociations... relatives au règne de François II, p. 248.
treize l'année suivante (1) et maintenu dès lors comme effectif normal (2). Un homme avait eu le courage ou le crédit de sauver du naufrage de nos institutions maritimes cette force navale : c'était le baron de la Garde. Lors même qu'il était en sous-ordre du général marquis d'Elbeuf (3), il s'était fait octrover le privilège de ne relever d'autres personnes que du roi, de porter fanal dans le port et bannière au large comme un commandant en chef (4). Il tenait ses marins en haleine en pourchassant dans les mers provençales les pirates barbaresques (5), ou en secondant discrètement par des croisières en Corse notre partisan Sampietro Corso, qui n'avait point renoncé au projet de soulever l'île (6). Ce fut même avec trois ou quatre cents Corses du colonel Alfonso d'Ornano et autant de soldats Provençaux à bord de ses huit galères, qu'il prit en 15(39 la route du Ponant (7).
(1) Sous François de Lorraine, grand prieur de France et général des galères. Mandement de Charles IX, 4 novembre 1561 (Arch. nat., K 93, pièce 5).
(2) Cf. la revue de la flotte royale. Marseille, 10 septembre 1566 (B. N., Franc. 15882, fol. 103).
(3) Cf. une quittance de René de Lorraine, marquis d'Elbeuf, capitaine général des galères pour l'entretien de la quinquérème Réale, de sa galère quatrirame et d'une frégate. 31 décembre 1564 (Arch. nat., K 93, n" 29). — Le 10 septembre 1566 seulement, La Garde reprit possession du généralat des galères (Jean G.\tJDi>-, Essai sur la vie du baron de La Garde, h' part , chap. i).
(4) Lettres de Charles IX. 29 août 1564 (Le P. Focrmer, Hydrographie, 2'=édit., p. 251).
(5) Qui venaient par 20 et 25 saccager la côte. Pierre Bon à la reine. Marseille, 26 mai 1564 (B. N., Franc. 15880, fol. 155).
(6) Mémoire remis à Catherine de Médicis de la part du baron de La Garde. 1566 (B. N., Franc. 15882, fol. 86 et 75). — Lettres de Pierre Bon de Meuillon. 1565 (Bibl. de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg, Autographes 98, t. II). — Au moment de partir pour le Ponant, en 1569, La Garde proposait de recreuser le port antique de Fréjus et de construire de nouvelles galères (B. N., Franc. 15549, fol. 90. — Bibl. de l'Institut, Portefeuille Godefroy 256, fol. 16).
(7) La Garde au roi. Marseille, 26 mars-1" avril 1569 (B N., Franc. 15549, fol. 90, 92, 99, 127, 128). — Comme le comte de Carcès usurpait le commandement des galères en l'absence de La Garde (Bibl. de l'Institut,
DEUXIEME ET TROISIEME GUERRES DE RELIGION lO"?
Le 1"^ octobre, l'apparition des galères provençales était signalée à Bayonne (1). Le 9, le baron de la Garde faisait dans le port de Bordeaux une entrée triomphale, aux salves répétées des pièces du Château-Trompette, des navires en rade et des régiments d'infanterie, tandis que le maire, Charles de Montferrand, l'archevêque et le grand sénéchal, Jacques des Cars de Merville, se portaient au-devant de lui (2). Dès le surlendemain, le parlement, le maire, les conseillers d'État envoyés à Bordeaux le mettaient à même de prendre l'offensive, en doublant sa division d'une douzaine de vaisseaux ronds, commandés par Lur-Saluces d'Uza (3) et montés surtout par des Basques (4). Pour assurer aux opérations navales l'unité de direction, une ordonnance royale venait de rappeler que tout ce qui concernait la flotte relevait de l'amiral de France, Villars (5).
Les protestants s'étaient retranchés à Meschers, dans un fort qui abritait une quarantaine de navires et commandait l'entrée de la Gironde, à deux portées de canon de Talmont. Le baron de la Garde dessina contre eux un mouvement enveloppant, par la rivière avec la flotte, par terre avec des
Portefeuille Godefroy 257, p. 67), le roi publia un règlement pour la marine de Levant. 1570 (B. N., Franc. 3174, fol. 1).
(1) Qui envoya des rafraîchissements aux galères royales, alors à Pasajes {^Archives municipales de Bayonne, Délibérations du corps de ville. Registres français. Bayonne, 1901, in-4'', t. I, p. 193).
(2) Journal de François de Syrveilu, chanoine de Bordeaux, dans les Archives historiques de la Gironde, t. XIII, p. 266. — Chroni<jue bordelaise, t. I, p. 149.
(4) Arrêt du parlement de Bordeaux, Il octobre (Arch. nat., K 98, n° 12). — Francisque Michel, Histoire du commerce et de la navigation de Bordeaux. — Ordre de Charles IX au maire de Bordeaux, 17 novembre (B. N., Franc. 20638, fol. 81). — Archives historiques de la Gironde, t. X, p. 341-350.
(4) Six pinasses de Capbreton, montées de 150 marins basques, furent employées à la garde de la Gironde. Elles perdirent 30 marins au cours de la campagne (Ducf.rÉ, Histoire maritime de Bayonne, les Corsaires sous l'ancien régime. Bayonne, 1895, in-8°, p. 67).
(5) 23 septembre 1569 (B. N., Moreau 1340, fol. 21).
troupes débarquées à un quart de lieue de là, sous la protection des batteries navales. La garnison lâcha pied. Mais à peine commençait-on à démolir les retranchements et à incendier les bâtiments en rade, qu'elle fit un retour offensif Un ouragan compliqua la situation. La Garde, forcé de rembarquer son monde par une mer démontée, sous les charges furieuses des troupes protestantes, donna ordre aux capitaines de compagnies de rester les derniers à terre, avec une vingtaine d'arquebusiers chacun, pour contenir les assaillants. Après deux heures d'un combat acharné, cette petite troupe, refoulée au bord de l'eau, pressée de toutes parts, se rendit : les capitaines Fabre de Marseille, Massés le jeune et Lymans n'avaient plus autour d'eux qu'une quarantaine d'hommes.
Le baron de la Garde eût voulu réparer cet échec en livrant combat à l'escadre du vice-amiral Sores. Mais il apprit par des navires bretons que Sores était en route pour l'Angleterre avec quatorze vaisseaux; et sur des instructions que lui communiqua Ottavio Fregoso, prescrivant de maintenir en sécurité la navigation de la Gironde, le baron de la Garde vira de bord vers Bordeaux, au lieu de gagner le large (1).
ESCADRE DES PROTESTAiNTS
Jacques de Sores, le conquérant de la Havane, venait de succéder, comme lieutenant général ou colonel de l'armée de marine des protestants, à Prévost du Ghastelier, tué aux
(i) Le baron de La Garde au roi. Bordeaux, 27-30 octobre (BIbl. de l'Institut, Portefeuille Godefroy 257, fol. 50, 78).
côtés de Louis de Condé à la bataille de Jarnac (1). Cette double mort avait dérangé certains desseins, qui étaient de continuer l'œuvre de Dominique de Gourgues en Floride et aux Antilles : il y aurait même eu partie liée pour une action commune entre le prince de Condé et la reine Elisabeth, s'il fallait ajouter foi à une biographie de Sores par Menendez le bourreau (2j. Sores avait amené à La Rochelle une division normande parfaitement équipée, avec les capitaines de la marine royale Claude de Berre, Jacques et Jean de Coquigny de Fécamp (3), Robert de Granville, Jean de Sallenove, Elie Chauldet de Honfleur, et enfin le surintendant de la marine Poussart de Fors, l'organisateur de la victoire navale des Dieppois en 1555. Autour de ce noyau, se groupèrent nombre de marins protestants, le roclielais Guillaume Mesmyn, si connu par son aventure tragique des Bermudes, le bordelais Bertrand de la Fourcade, capitaine du galion Caudale, les frères François et Mathurin Trumault du Croisic, j'en passe (4).
I L'amiral Henri de Navarre, chef du parti, en investissant Sores du commandement de la flotte, le 0 juillet 1569, lui avait dit : « Establissez un bon, seur et libre trafficq entre les subjetz du Roy qui font profession de la relligion Refformëe, et les voisins, amis et confédérés favorisans ceste cause (5). » Ces confédérés, c'étaient les Gueux de mer des Pays-Bas, auxquels le prince d'Orange avait donné des instructions semblables, après entente à La Rochelle avec les amiraux français. Astreints à une discipline de fer par
(1) Le 13 mars 1569.
(2) Lettre de Melendez ou Menendez de Avilés. 3 décembre 1570 (F. DcRO, Armada espahola, t. I, p. 213, note).
(3) Arch. nat., Z"* 1, fol. 105 v° et 121 : registre de l'Amirauté à la Table de marbre de Paris.
(4) Registre de 1' » Admiraulté de Guienne au siège de La Rochelle " , 14 septembre 1569-13 juin 1570 (Arch. de la Charente-Inférieure, B 174 : publié dans les Archives historiques du Poitou, t. VII, p. 196, 224, 262).
(5) Ibidem,
Adrien de Berghes, sieur de Dolhain, puis par Gillain de Fiennes, sieur de Lumbres, les Gueux de mer inaugurèrent brillamment les fastes de la marine hollandaise par leurs coups répétés contre le duc d'Albe (1).
Étaient encore « bienveillans » à la cause protestante les Anglais, dont Jacques de Sores allait demander l'appui. Un seul d'entre eux, William Hawkins de Plymouth, le parent et concitoyen du fameux négrier, arma huit navires de guerre pour s'enrôler sous la bannière rochelaise; les capitaines John Yon, John Morgan et Philip Budocusshler, dit Bourset, étalent avec lui. Douze autres bâtiments s'équipaient à même fin à Colchester et une trentaine dans la Tamise, sous les regards de la reine Elisabeth (2).
De cet accord entre les protestants, les navires des nations catholiques firent les frais : une foule de bâtiments bretons portant la gironde à crois noire à la cime du mât, desflouins de Dieppe et Fécamp, le Courtaut de Dieppe qui allait en Moscovie, trois navires portugais venant de Flandre, des hourques hanséatiques, le Samson de Brème, le Lion, l'Aigle Volant de Stettin, devinrent la proie de Sores durant sa croisière dans la Manche (3). Mais ce n'était rien encore.
Le 10 décembre 1569, la Giustiniana, grande carraque vénitienne de quarante-cinq pièces de canon, quittait le mouillage de l'île de Wlght, quand elle fut subitement investie par les vaisseaux de Jacques de Sores, Claude de
(i) LeUre de Piennes, 26 novembre 1569 (B. N., Franc. 15550, fol. 157). — Vice-amiral Junip:^ de La GnAviÈnE, les Gueux de mer. Paris, 1893, ia-i2, p. 180, 191. — Lettres de La Mothe-Fénelon, 15 décembre 1569, 4 et 15 janvier 1570 (Archives historiques du Poitou, t. VII, p. 195).
(2) Deux chroniques de Rouen, édit. Héron, p. 358. — Soixante navires, disait-on, attendaient à Portsmouth le moment de partir pour La Rochelle sous l'escorte de quatre vaisseaux de la reine (B. N., Franc. 1554-8, fol. 158).
(3) Archives historiques du Poitou, t. VIT, p. 233. — A. B.\rbot, Histoire de La Hochelle, t. II, p. 353,
Berre, Robert de Granville et Jacques de Coquigny, venus de Portsmouth. Deux d'entre eux se tenaient à portée d'arquebuse sur sa hanche de tribord, les deux autres à bâbord/ Ordre lui fut donné, au nom de la reine de Navarre et du prince de Condé, d'envoyer son écrivain, puis son maître d équipage, à bord du vaisseau-amiral de Sores. Ces officiers ne revinrent pas. Jugeant l'équipage démoralisé, Claude de Berre, capitaine du Petit-Basque, se présenta avec cinquante hommes pour prendre possession de la carraque. Les Vénitiens répondirent qu'ils se feraient plutôt sauter. Mais devant la menace d'un massacre général, Malipietro capitula.
On apprit par les prisonniers qu'une carraque encore plus grande, la Vergi ou la Casselera, tirait vers l'Angleterre. Elle fut découverte le 23 décembre, doublant le cap Lizart. Confiant dans la force de ses batteries, le capitaine Nicolas de Corfou ne tint aucun compte des sommations du viceamiral Sores et du branle-bas des équipages protestants. A l'instigation de Berre, deux des prisonniers mandèrent à leurs compatriotes que les Français étaient décidés à enlever le vaisseau, dussent-ils « y crever « . Sur la promesse que sa (1 robe 11 serait sauve, Nicolas de Corfou mit alors pavillon Jjas. Cette double prise ne valait pas moins de trois cent mille écus et dotait de magnifiques vaisseaux la flotte du parti protestant (1).
Sores revenait à point à la fin de décembre 1569 pour gêner un coup de main sur La Rochelle, que le jeune La
(1) Rapports d'Alvise Contarini, ambassadeur de Venise, au doge. Angers, 12-26 février 1570 (Rawdox Bnow.N, Calendar of State papers and maniiscripts relatinq to enqlish affairs existing in the archives and collections of Venice, t. Vil (i558-J580). London, 1890, 8% n°» 472-474, 476- 478. — La PoPELiNu'aiE, Histoire de France, t. I, 'î' part., p. 161. — Arch. nat. , Z''' 1, fol. 105 v". — Registre de V « Adniiraulté de Guienne au siège de La Rochelle », 14 septembre 1569-13 juin 1570, aux Arch. de la Charente-Inférieure, B 174. — Correspondance de Contarini et autres (B. N., Italien 1727, fol. 113 y" et suiv.). — De Thou, t. VI, p. 18.
Kivière-Puytaillé comptait offrir au roi pour ses étrennes (1). Il desserrait l'étreinte des forces catholiques qui a bridaient » et affamaient les protestants; le comte du Lude en Poitou, La Kivière-Puytaillé à Brouage, le vice-amiral de Landreau aux Sables et le général des galères aux abords de La Rochelle.
Le baron de La Garde, de tous « le plus ennuyeux » , fut forcé de se jeter dans la Charente : à deux lieues de son mouillage de Lupin, la place protestante de Tonnay-Charente lui barrait la route en amont. Résolu de l'enlever avec le concours du gouverneur de Brouage, il engagea dans la rivière ses cinq galères et une galiote en serre-file (2). La galère de tète, commandée par un lieutenant en l'absence de Pierre de Beaulieu des Ghasteigners, allait jeter à terre la compagnie d'Arènes, quand une nuée de cavaliers et d'arquebusiers, plus de cinq cents hommes, jusque-là dissimulée dans les halles de Tonnay-Charente, fondit sur elle. Il se trouvait que La Noue avait voulu surprendre la place catholique de Brouage dans le même temps que la garnison de Brouage marchait sur Tonnay-Charente.
En un instant, le pont de la galère fut balayé par les balles; le lieutenant, l'argousin étaient tués; tous les coups portaient, la galère étant à la bande ; les forçats refusèrent de scier à reculons, dès qu'ils entendirent crier du rivage : «Liberté! » La galère était prise; elle fut menée à Taillebourff pour former la conserve de celle de Romegoux. Le reste de l'escadre avait battu en retraite à toutes rames, sans répondre aux arquebusadcs autrement que par les pièces de chasse. Et gagnant le large, La Garde rallia
(1) Agrippa d'Acbig-né, édit. de Ruble, t. III, p. 181.
(2) Dans l'ordre suivant : les galères de Beaulieu des Ghasteigners et Albizzi, la Réale, les deux galères de Gondi de Retz, celle du comte Fieschi et la galiote. J.e baron de La Garde avait laissé deux de ses galères à Bordeaux : la chiournie de la huitième avait égorgé les soldats de garde et s'était échappée.
Brouage, qu'il mit ainsi à l'abri d'un coup de main. La Noue se rabattit sur Marans, qui succomba le 27 février 1570 (1).
Puis, il lia partie avec Jacques de Sores pour investir Les Sables d'Olonne, base d'opérations du vice-amiral catholique des côtes du Poitou. Avec cinq vaisseaux, Charles llouault de Landreau avait causé des maux incalculables au commerce rochelais, accumulant aux Sables un immense butin. Aussi comprend-on quelle était l'impatience des protestants de s'en rendre maîtres. Une première attaque échoua : Sores n'avait pu débarquer cinq cents arque- JjLisiers qu'il amenait, tant la tourmente était forte. Le 15 mars, les assaillants revenaient à la charge. Les Sables d'Olonne avaient la forme d'un croissant, baigné par la mer et protégé de l'autre côté par des marais. La Noue parut avec deux compagnies dans l'avenue du Poitou; les troupes de débarquement, enfonçant dans la vase jusqu'à la ceinture, essayèrent d'emporter les retranchements faisant face à la mer, cependant que le Prince de Jacques de Sores engageait un violent duel d'artillerie avec le vaisseau amiral de Landreau, splendide bâtiment sous grand pavois, peint et décoré des armes et devises de son chef. A la nuit, la vdle, l'escadre catholique, Landreau lui-même, une quarantaine de navires, un butin énorme étaient pris (2).
Le baron de La Garde avait tenté une diversion, en attaquant les deux carraques de garde au Chef de Baye ; il en captura une, mais pour bien peu de temps. Un marin, Jean d'Arvert, avait promis à la reine de Navarre de ne point lui laisser ce trophée. Et pénétrant, lui dixième, dans le port de Brouage avec deux barques de pèche chargées de poudre, il massacre le corps de garde; quelques instants
(i) La l^oPKi.tNiKRE, l'JIisione de France, Ij. XXI; etiit. de 1581, t. I, 2" part., fol. 161. — A. Barbot, t. II, p. 367.
(2) La Popelinière, L. XXI; t. I, %' part., p. 16V.
après, la carraque sautait en l'air au milieu des galères royales. L'autre carraque, la Vergi, baptisée la Gratide Huguenotte, forçait quatorze navires flamands à se détourner de la route de Bordeaux pour relâcher à La Rochelle, d'où ils furent dirigés, sous l'escorte d'un petit navire anglais, sur les Sables d'Olonne. Assailli par les cinq galères de La Garde, l'Anglais vira bord sur bord pour décharger toutes ses pièces et rompit la palemente d'une des galères en fonçant sur elle. Puis, démâté, brisé par les coups, il s'accula sur le platin d'Angoulins, près de la pointe de Coureilles, où l'arrivée opportune d'une troupe d'arquebusiers et de trois navires de La Rochelle le sauva. Il avait perdu dix hommes; La Garde, cinquante. Mais le convoi, dégagé par les galères, avait repris la route de Bordeaux (1).
Sous les yeux du général des galères, les protestants continuaient leurs succès. Trente-neuf de leurs bâtiments, des chaloupes pour la plupart, amenaient quatre cents marins et deux compagnies dans l'île d'Oléron. Et Minguetière enlevait tour à tour les forts Saint-Pierre, Saint-Denis et le Château, malgré l'intervention des deux galères dépêchées à leur secours sur un signal lumineux parti du Château.
Les catholiques n'avaient plus comme base d'opérations navales que la ville de Brouage, en face d'Oléron, dans une rivière où mouillaient, à l'abri de tous les vents, les grandes flottes qui venaient charger le sel des marais salants de Saintonge. Le lest, jeté pendant des siècles à son embouchure, avait fini par constituer un terrain solide; Jacques de Pons y fonda une petite place-forte de quatre-vingts pas de côté, Jaco-polis, dont le nom n'eut pas meilleure fortune que Francisco-polis; et de la rivière, la place garda le nom : Brouage. Charles IX l'avait inauguré en septembre 15G5, ce qui avait été l'occasion d'une naumachie, où un
(Ij La l'orKUMÈRE, ibidem, p. 164-165.
vieux navire, poursuivi par des pseudo-pirates, était venu s'embraser en une gigantesque pièce d'artifice (1). Depuis lors, le gouverneur La Rivière-Puytaillé avait renforcé la défense d'un bastion construit par les ingénieurs Belarmati et Bephano. La garnison était, en 1570, des six compagnies de La Rivière et de cinq compagnies italiennes de Coconat; dans la rade, stationnaient trois galères du baron de La Garde, le Grand Ours et un autre vaisseau, lorsque la place fut investie par terre et par mer.
La Grande Huguenotte, flanquée de deux vaisseaux et une galiotte, avançait. Impuissants à l'arrêter dans sa marche, écrasés par son feu effroyable, vaisseaux et galères catholiques lui firent place en prenant la route de Royan (2). La grande Huguenotte, que commandait Gargouillaud, s'embossa alors devant le fort de Brouage; ses feux plongeants rendaient intenable la situation des défenseurs, d'autant que deux hourques montées par les soldats de Jean Verd s'étaient rangées près d'elle. Il fut impossible à la garnison de brûler l'escadre : dans une sortie, les assiégés culbutèrent le régiment de Blacons, de garde aux tranchées, lorsque les capitaines Normand, La Garde et Chauldet rétablirent le combat et refoulèrent les assaillants. Ce fut le dernier effort de la défense. Quelques jours après, le 11 juillet 1570, Brouage capitulait (3).
Jacques de Sores n'était pas à la tête de l'escadre victorieuse. Il fallait vivre et, pour alimenter la caisse du parti, aller en quête de butin. Et quel butin n'offraient point les flottes qui rapportaient du Pérou et du Mexique cinq à six
(1) I. P. T., Histoire véritable de plusieurs voyages adveiUureux, p. 115.
(2) Lettre du baron de La Garde. Royan, 29 juin 1570 (B. N., Franc. 15552, fol. 88). — Agrippa d'Aubigné, t. III, p. 198.
(3) La PopELiNiÈRE, t. I, 2« part , p. 160, 179 et 190. —A. Barbot, t. II, p. 367. — ArcÈre, t. I, p. 386. — Journal historif/ue de Denis GÉ:yÉROUX (1567-1576), éd. Bélisaire I^dain. Niort, 1865, gr. in-8°.
millions! Il n'était bruit en Espagne que des préparatifs du marin huguenot contre elles, voire contre les Indes Occidentales et la Floride : l'île de Madère, conquise au préalable, serait la base d'opérations de nos gueux de mer (1). De fait, comme le vice -roi Luis de Vasconcellos en route pour le Brésil stationnait à Madère, une escadre française de six vaisseaux parut au large le 2 juillet. Vasconcellos, épaulé par les forts de Funchal, mit en bataille ses dix gros vaisseaux, dont la contenance obligea Sores à chercher un mouillage au port de 8anta-Gruz. Un des plus grands vaisseaux portugais s'était depuis deux jours détaché de la flotte pour aller nouer quelque négoce aux Canaries. Avisé du fait, Sores se mit à la poursuite du Santiago qu'il rencontra et accrocha le 15 juillet dans les eaux de Palma. Le vaisseau transportait au Brésil des missionnaires jésuites, ils exhortent leurs compagnons à bien mourir en déployant une image de la madone (2j . « Trois Soriens " , dont le capitaine de marine Jean Boucard, l'un des plus résolus de la troupe, ont sauté sur le tillac, quand les grappins se décrochent. En voyant jeter ses hommes par-dessus bord, Jacques de Sores, ivre de fureur, mène lui-même l'assaut. Le P. Ignace de Azevedo, percé de trois coups de pique, meurt dans les bras du P. Diego d'Andrada ; morts ou vifs, quarante Jésuites sont jetés à la mer, avec leurs images saintes, chapelets, livres pieux et reliques. De cinq cents personnes, six seulement furent épargnées (3). Ré-
(1) Fourquevaux à Catherine de Médicis. Madrid, 29 juin 1570 (B. N., Franc. 16103, fol. 609 : A. Bahbot, t. II, p. 376. — Calendar of letters and State papers relating to english affairs preserved principally in the archives of Simancas. Élizabeth (1568-1579), édit. Martin A. -S. HrME. London, 1894, in-8°, p 257.
(2) Cette scène a été l'objet d'un tableau du célèbre artiste Jacque» Courtois, dit le Bourguignon.
(3) Le P. Pedro Dus, relaçaô de martyrio do V. P. Ignacio de Azevedo c seus compunheiros remitida as P. Leaô Henriques. Ilha de Madeira, 18 de agosto 1570 (Maffeiï, .fie/'wm a Societate Jesii in Oriente gestarian. Neapoli,
sisler au terrible huguenot était impossible. Le seigneur et maître de Gomera, Tune des Canaries, l'éprouva à ses dépens pour avoir voulu lui couper les vivres. Après une courte croisière au large de l'île de Madère, que Vasconcellos n'osait quitter, Jacques de Sores regagna triomphalement en août le port de La Rochelle.
Ses brillantes campagnes contrastaient avec l'inertie lamentable de la marine royale. Aux plaintes de l'étranger qu'elles avaient lésé, Charles IX ne trouvait d'autre réponse que des excuses, d'autres excuses que " la mallice et connivence des officyers de son admiraulté » (1). Sans doute, un nouvel amiral, Honnorat de Savoie, marquis de Villars, avait remplacé Gaspard de Coligny, révoqué pour forfaiture (2j. Mais il coml)attait avec l'armée de terre, prenant part comme un simple capitaine à la bataille de Moncontour le ^ octobre 15G^), où son adversaire était Coligny. Le viceamiral llouault de Landreau était hors d'état d'agir : prisonnier dans la tour de la chaîne à La Rochelle, il ne fut sauvé du supplice que par la menace d'inIHger la peine du talion au marquis de Renti, fait prisonnier à Rourges (3). En Normandie, le vice-amiral de La Meilleraye, privé de ses meilleurs marins, de ses meilleurs vaisseaux par le départ de Jacques de Sores, avait à s'occuper des relations avec l'Ecosse. La pauvre reine Marie Stuart était, depuis 15G8, la captive de la reine Elisabeth, qui lui avait offert, en guise
1573, p. 229). — P. Menendez de Aviles au roi d'Espagne. 3 décembre 1570 (F. DuRO, Armada espanola, t. I, p. 213, note). — Beauvais et Garotjra, La vie et le martyre d'Azevedo. Venise, 1745, in-8". — Barboza, Memorias del rei D. Sebastiaè, part. III, lib. I, cap. 27, p. 239. — Vas- CONCELLOS, Vida del Padre Anchieta, IV, p. 18. — La PopeuniÈre, L. XXIII ; t. I, fol. 194. — De Thou, t. VI, p. 58, 59.
(1) Charles IX à Fourquevaux. 29 juillet 1569 (B. N., Franc. 16103, fol. 273).
(2) 8 octobre 1569 (B. N., Brienne 258, p. 168. — Moreau 1340, fol. 284 et 21. — Dupuy 487, fol. 64).
(3) Arcère, t. I, p. 385.
d'hospitalité, une geôle. A l'instigation du cardinal de Lorraine, une petite expédition s'apprêtait pour soulever les provinces catholiques du nord de l'Ecosse (1); elle se réduisit en définitive à deux vaisseaux chargés de munitions de guerre, le Lévrier et l'Hirondelle^ qui transportèrent en Calédonie le valet de chambre du roi, Bérac (2) . Et ce fut la seule intervention du roi pour délivrer une belle-sœur qui lui fut chère. Mais aussi, que faire dans le désarroi de notre marine?
Les seuls marins en état de livrer bataille aux Rochelais, c'étaient les Malouins. La visite que leur rendit Charles IX, en mai 1570, n'était point désintéressée; ils le comprirent et lui donnèrent en spectacle une revue navale, où la jeunesse de la ville défila sur une vingtaine de bateaux armés en guerre et accoutrés en galions (3). Les Basques auraient pu venir à la rescousse des Bretons, si les constructeurs de Bayonne n'avaient pris la fâcheuse habitude de vendre en Espagne les nombreux navires, chaloupes et galions qui sortaient de leurs chantiers (4). Bref, la meilleure issue à une situation fâcheuse où le prestige du pavillon royal était plus que compromis, ce fut la paix. Le 8 août 1570, avec la paix du roi Charles, les troisièmes troubles prirent fin. Il
(1) Six grands vaisseaux et trois mille arquebusiers, disait-on en janvier 1570 i^Calendar of State papers, Foreign séries, édit. Allan James Chosby. London, 1874, 8°, t. IX, n»' 643, 988).
(2) « Estât de la despence que le Roy veult et entend estre faite... pour le voiage du sieur de Bérac au royaume d'Ecosse tant en l'achapt d'un navire nommé Le Levriei', munitions de guerre que Sadite Majesté veut estre envoiéz audit royaume, que pour l'équippaige d'un autre navire nommé l'Irotidelle. » 30juin 1570 {^Catalogue of manusci'ipts illuminated historical, ivith a collection of rares bibles and liturgies, by Bernard Quaritch, 15 Piccadilly, London. January 1898, p. 6.)
(3) « Discours de l'entrée du roy Charles IX fait en cette ville de Saint- Malo, le mercredy 24° jour de may, vigile du Sacre, l'an 1570, » dans le P. MÉ.NÉTRIER, Bibliothècjue Curieuse. Paris, 1704, in-12, t. II, p. 102.
(4) Délibération des jurats de Bayonne, 28 août 1570 (^Archives inunicipales de Bayonne. Délibérations du corps de ville. Registres français. Bayonne, 1901, in-8", t. I, p. 247.)
était temps. Les corsaires rochelais allaient enlever au passage sa sœur, la reine d'Espagne (1).
L'an d'après, un lieutenant de Sores, Jean Capdeville ou Cadouilh, était en chasse avec cinq vaisseaux, dont le Printemps de La Rochelle et le grand navire britannique Castle of Comjoi't. Or, la fatalité, les maladies, la tempête, s'acharnant sur Vasconcellos, l'avaient empêché de prendre pied au Brésil et le rejetaient le 13 septembre 1571 vers les Canaries. Attaqué aussitôt par Cadouilh, il lutta, mais le lendemain périt en combattant ; à ses côtés, le P. Pedro Diaz et quatorze Jésuites eurent le sort d'Azcvedo, leur confrère (2) .
La piraterie ne faisait point trêve, bien au contraire. Pour aller à l'encontre des écumcurs épars sur la mer, deux capitaines empruntaient de grosses pièces de canon aux granges de la marine (3). Et Coligny recevait ordre « d'adviser aux moyens de rendre le trafhc lil)re » , en pourchassant les pirates (4). Le meilleur moyen d'y arriver, n'était-ce pas de les entraîner loin de France, comme Du Guesclin l'avait fait pour les bandits des Grandes Compagnies.
(1) Charles IX, aussitôt la paix conclue, écrivit à la reine de Navarre. alors à La Rochelle, d'y mettre bon ordre. Charles IX à Fourquevaux. 13 août (C. Douais, Lettre de Charles IX à M. de Fourquevaux, ambassadeur en Espagne (1565-1572). Paris, 1897, in-8", p. 301).
(2) Vasco.noellos, IV, 112. — Bauboza, Memorias d'el Rey D. Sébastian, P. III, L. II, chap. 5, p. 334. — Relations, par le P. Garcia de Iracheto, des méfaits des hérétiques rochelais à l'ile de Goinera, et par Vicente Steves de Xérès des pirateries françaises aux Indes (Madrid, Deposito hidrographico, Collection Vargas Ponce : DucÉnÉ, Histoire maritime de Bayonne : les corsaires, p. 348). — Relation anglaise, 22 novembre J571 (Martin A. -S. Hume, Calendar of letters and Slatc papcrs relating to enqlish affairs preserved . . . in the archives of Simancas. Elizabelh (1568-1579). London, 1894, in-8», p. 351,481).
(3) Coligny les fait délivrer dans ce but à la barque de Cardillac de Sarlabous et au capitaine Préauix, commandant l'Espérance. 15 décemjjre 1571 (B. N., Franc. 27298, dossier Coligny, p. 69 : Franc. 20638, fol. 65).
(4) Coligny au prieur et aux consuls de la Bourse de Nantes, leur demandant leur avis. 17 novembre 1571 (Arch. de Nantes, EE 217).