IV. J
espagnol qui l'a vaincu aux Açores; et pour trouver la clef de l'énigme, le secret de la reine, il faudra trois siècles et des recherches minutieuses dont nous verrons les curieux résultats. Lisez la glorieuse histoire de Dominique de Gourgues! Ses compagnons n'apprirent qu'à leur arrivée en Floride, en voyant se balancer dans les forêts d'acajous et de magnolias séculaires des cadavres de Français, quel rôle de vengeurs leur était réservé.
C'est alors que la belle campagne des armateurs normands en faveur de la liberté des mers porta ses fruits, en triomphant à la fois de l'apathie officielle et de l'ostracisme portugais. Nos cartes s'enrichirent d'une France Antarctique, d'une France Équinoxiale, d'une Nouvelle-France, cependant que l'Eldorado ouvrait aux imaginations en quête d'aventures, de riantes perspectives. Hélas! les décevants mirages! Nous n'avions point encore compris que marine de guerre et colonie sont fonction l'une de l'autre, qu'une nation sans vaisseaux est un oiseau sans ailes. Et nos colonies tombaient tour à tour faute d'être secourues par la mère-patrie. Que dis-je! Elles tombaient victimes de ses dissensions intestines, qui arrachaient à Dominique de Gourgues ce cri de désespoir : « La dixiesme partie des hommes qui sont morts en la moindre de nos guerres civiles, eust esté trop plus que suffisante pour conquesLer l'estendue de plusieurs royaumes! "
Le mal sacré dont la France souffrait alors, dont les attaques périodiques l'épuisaient et l'obligeaient à se replier sur elle-même en abandonnant toute velléité d'expansion, c'étaient les guerres de Religion. Et notre empire colonial ne fut stable que du jour où un remède énergique enraya les douloureuses crises. Jamais la France n'était tombée si bas qu'au temps de la Ligue. Impuissante à se protéger ellemême, réduite en fait de marine à deux vieux vaisseaux, épaves de la magnifique flotte du roi Henri II, elle devenait
le champ clos où l'Angleterre et 1 Espagne vidaient leurs différends. L'entrée d'une escadre anglaise, puis d'une escadre flamande dans la Seine rappela les plus mauvais jours des invasions normandes ou de la guerre de Cent Ans, avec cette aggravation que nous-mêmes prenions soin d'ouvrir nos frontières à l'ennemi. Alliée et en quelque sorte vassale de Philippe II, comme Henri IV l'était d'Elisabeth, la Ligue mandait en Bretagne ses vaisseaux, en Normandie et en Provence ses satellites, les ducs de Parme et de Savoie. Dans la Gironde, les Basques livraient bataille aux marins britanniques, en présence de deux escadrilles royalistes, l'une catholique, l'autre protestante, qui faillirent elles-mêmes en venir aux mains.
Le Blavet, notre futur Port-Louis, devenait la base d'opérations des Espagnols, Morlaix celle des Anglais. Seule, une égale convoitise des belligérants sauva Brest d'une occupation étrangère; et Saint-Malo, pour échapper aux uns et aux autres, vécut en république. Menacée par des prlncipicules comme le duc de Savoie ou le grand-duc de Toscane, Marseille, la cité inviolée que n'avait pu dompter le grand empereur Charles-Quint, faisait appel dans sa détresse ;.u pape, « comme une orpheline à son tuteur » . La tutelle, Henri IV voulait la confier au sultan.
Oh! le triste bilan de nos discordes! Nos rivaux, nos voisins mesurent à notre faiblesse leurs affronts. Le prestige de la France à l'étranger n'est plus qu'une ombre; la tutelle des chrétiens en Orient nous échappe; les Espagnols nous défendent de franchir les lignes de paix, aux Açores et aux tropiques; les Hollandais nous chassent des Indes orientales, les Anglais du Spltzberg, les Portugais du Brésil. Et ces sévères leçons ne parviennent pas à secouer l'indifférence du pays. L'arme qui lui assurerait d'autrul le respect, la marine de guerre, reste de ces dépenses somptuaires qu'on peut impunément rogner : « A la vérité, ce n'est pas
le faict du Français que la marine ! » déclarait avec désinvolture un vieux maréchal (l). Persuadé du contraire, Henri IV, qui fut amiral avant de monter sur le trône, cherchait à nous doter d'une flotte... sans bourse délier : au problème donnant une solution élégante, le roi Vert-Galant se remaria avec une fdle de banquier. La dot paya des galères, dont une taxe sur les tripots couvrit les frais d'entretien. Le duc de Nevers trouva une recette encore meilleure pour acheter une division navale : il battit monnaie avec un ordre de chevalerie qu'il fonda, l'ordre de la Milice Chrétienne. C'est ainsi qu'aux jeux de l'amour et du hasard, à l'exploitation de la vanité, la France dut l'ombre d'une flotte.
Est-ce donc que nos gloires maritimes aient à cette époque subi une éclipse? Non, bien au contraire. Rien n'égale le stoïcisme de nos matelots ponantais, « réduits à manger jusqu'à leurs souliers " , ou l'endurance des compagnons de Beauregard qui, le ventre creux, rationnés à vingt-deux fève» par jour, se battent un contre dix et remportent la victoire. Mais aussi, quels chefs! Gourgues sacrifie sa fortune pour laver une injure faite à la nation. Beaulieu-Persac, avec le seul vaisseau de ligne que possède Henri IV, venge l'affront fait à notre pavillon par une escadre anglaise et détruit sous la Goulette toute la flotte des pirates tunisiens. Piazilly, un chef d'escadre illustre, demande à servir au Canada sous les ordres d'un simple capitaine de vaisseau, parce qu'il estime Champlain plus compétent que lui. Et je ne sais pas de plu.";; belle définition du patriotisme que l'admirable maxime du capitaine Gargot à la jambe de bois : « Les particuliers ne font que remplir leur devoir, quelques services qu'ils rendent à l'Etat; estant obligez de donner leurs biens, leur sang et leur vie ])0ur sa
(1) François de Scépeaux de Vieilleville, mort en 1571.
conservation, ils ne les exposent et ne les consument que comme des choses qui luy appartiennent. " Les héros de l'antiquité firent-ils jamais mieux! Mais eux, ils eurent un Plutarque pour les chanter, tandis que les nôtres...
Les nôtres sont réduits à cacher leur pavillon, à emprunter la bannière de Malte, de Savoie, de Florence ou de Naples, pour attaquer l'Islam sans violer les Capitulations. Sous pavillon étranger, le Normand Jacques Pierre, la terreur du Levant, le dernier des Vikings, accomplit des exploits prodigieux : avec six vaisseaux contre cinquante, il met en déroute le capoudan pacha, et plus tard, il remplit Venise d'épouvante. Ailleurs, dans les mers de la Sonde, un ancien matelot de Honfleur, Berthelot, quitte la bure monastique pour mener à la bataille les escadres portugaises. Dans les mers polaires. Anglais, Hollandais et Danois n'ont d'autres guides, d'autres harponneurs à bord de leurs baleiniers que nos Basques de Saint-Jean-de-Luz,
Et l'initiateur du grand mouvement qui porte les Hollandais vers les Indes orientales, le promoteur des voyages de Barendz à la recherche du détroit polaire, est un réfugié français, Balthasar de Moucheron, dont le nom, populaire encore aux Pays-Bas, figurait alors sur les cartes depuis la Nouvelle-Zemble jusqu'aux rivages africains.
Ainsi se dissipaient au profit d'autrui les énergies de notre race, quand elles ne se retournaient pas contre nous : tels, ces renégats français les plus redoutables des raïs algériens, ou ces protestants dieppois, les Kirke, passés sous le pavillon britannique, qui prirent à tâche de nous chasser du Canada et de Terre-Neuve. En France même, comme le pavillon étranger se substituait au nôtre, ce fut de la lassitude de nos négociants à lui payer tribut que naquit l'Acte de Navigation. Car l'Acte de Navigation n'est point, comme on le croit, une idée de Cromwell : cette mesure protectionniste, ce privilège accordé au pavillon national, qui a fait la
fortune de la marine an^flaise, date de 1616; elle eut pour auteurs des armateurs normands.
D'où venaient donc notre faiblesse maritime et notre impuissance coloniale? D'un déplorable esprit de particularisme. « En France, écrit Chateaubriand (1), on a le courage; le courage mérite le succès; mais il ne suffit pas toujours pour l'obtenir. Et des peuples étrangers ont fait, par un concours de volontés nationales, ce que n'ont pu achever, en France, des individus isolés, abandonnés à leurs propres forces et à leur propre génie. » Cette union de la nation sur le terrain économique, le contrôleur général Du Noyer tenta de l'obtenir : ses gigantesques projets ne comportaient rien moins que la création d'une flotte, d'une Compagnie de navigation, de colonies, de ports francs, de Paris port de mer... Et vingt années d'efforts ne parvinrent pas à remuer l'opinion.
Enfin Richelieu vint : et tout de suite, le grand-maître de la navigation agit. Des procédés violents que lui reproche l'histoire, il se justifiait d'avance par la raison d'État : Il Comme es grandes maladies, disait-il, la douleur des remèdes ne doibt dissuader de les chercher, de nostre part nous n'espargnerons ny sang, ny vie pour conserver l'Estat en la grandeur à laquelle Dieu l'a eslevé (2). u Mais quelle lâche fut la sienne! De notre marine militaire, matériel et personnel, flotte et discipline, rien ne subsistait que des organes parasitaires. Ports de guerre et charges d'amiraux étaient les fiefs d'une féodalité nouvelle. Et pour réagir, quel appui?
Il y avait « des personnes de quallité, mesmes du Conseil, pour soutenir que la navigation n'estoyt point néces-
(1) OEuvres, édit. Lefèvre, t. XII (1833), p. 74.
(2) Mëmoire pour Richelieu dans son procès contre l'amiral duc de Guise (Bibl. de Carpentras, ms. 1775, fol. 172).
sayre à la France, que les habitants d'ycelle avoyent toutes choses pour vyvre et s'habiller, sans rien emprunter des voysins, partant, que c'estoyt pure erreur de naviguer. Vieilles chymères ! » Et Razilly, l'inspirateur du grand maître de la navigation, établissait dans un lumineux mémoire cet axiome : « Quiconque est maistre de la mer, a ung grand pouvoyr sur la terre. » Avec sa rude franchise de marin, il n'hésitait pas à désigner les coupables : « Ceux quy ont gouverné l'Estat cy devant, se sont moqués de la navigation. » Au lieu d'encourager les bons citoyens qui risquaient leurs biens ou leur vie pour la France, armateurs et voyageurs au long cours, ils réservaient leurs faveurs pour (i tous les vicieux et importuns qui suyvaientla Cour» . Il fallait donc que, dans la résurrection prochaine, l'impulsion vînt du chef de l'État, « du premier moteur » (1).
En France, plus que partout ailleurs, c'était, c'est une nécessité. A travers nos évolutions politiques et sociales, une loi s'affirmait comme une de ces constantes dont la variation des facteurs ne modifie pas le résultat. La marine, loin d'être la préoccupation du pays et comme une forme naturelle de l'activité française, était le baromètre de l'énergie gouvernementale. Elle était l'indice d'un gouvernement assez fort pour s'élever au-dessus des questions de parti et pour élever la nation avec lui, en « subordonnant les intérêts particuliers aux intérêts généraux d de la France dans le monde. Cette belle formule est de Richelieu. Elle caractérise la manière du grand maître de la navigation.
(i Tout ce qui peut faire la grandeur d'un pays, c'est-àdire tout ce qui peut élever l'humanité, le passionnait. Or, dans ces natures énergiques, comprendre, se déterminer, agir, c'est tout un. Ces hommes voient l'action, ils ont, dans le cerveau, de ces belles et souples détentes qui leur per-
(1) Suivant la jolie définition, que donne le P. Faber, du patron d'un navire. (Cf. ci-dessus, t. I, p. 264).
meUeiit de faire sans fatigue, en une courte vie, la besogne de plusieurs générations (1). " Après le tableau lamentable de nos chutes, ce sera un spectacle prestigieux que le relèvement de notre marine militaire et marchande. De là, le ministère de la marine; de là, nos ports de guerre; de là, le principe des ports francs; de là, nos escadres et nos divisions garde-côtes. Et nous eûmes la pierre de touche de notre puissance dans rinimilié de l'Angleterre, qui a toujours mesuré son amitié à la faiblesse navale de qui lui plaît.
Mais dire que la marine date de Richelieu suivant l'axiome béat des manuels, c'est commettre une hérésie, c'est méconnaître complètement la philosophie de l'histoire. La marine date de Philippe le Bel, de Charles Y, de Louis XII, de Henri II, comme de Richelieu ou de Colbert. Elle marque le passage au pouvoir d'un homme. Est-il meilleur critérium de la virilité d'un ministre ou d un souverain que ces créations vitales pour une nation, alors que le ministre ou le roi n'est assuré d'aucun appui moral et que l'indifférence trop souvent l'affranchit de tout contrôle! Richelieu réussit où d autres, si volontaires qu'ils fussent, avaient échoué. La Compagnie générale de navigation, rêvée par Louis XI, n'avait pu se constituer, faute du concours des bonnes villes : et pour sa Compagnie des Indes orientales, Henri IV, ne trouvant comme bailleurs de fonds que des armateurs étrangers, avait eu la douleur de n'aboutir à rien.
Aux Compagnies à charte, formées parle grand cardinal, l'esprit égalitaire du Français fit de même un grief de blesser par leur monopole l'intérêt d'autrui. Mais comme ce monopole est un juste retou-r des frais de premier établissement dans nos colonies, comme il assure le peuplement du Canada, des Antilles, de la Guyane, du Sénégal et de Mada-
(1) Gabriel Hahotacx, l'Énergie française. Paris, 1902, in-S", p. 246.
EN QUKTE D'UN EiMIMRE COLONIAL îl
gascar, Richelieu passe outre à l'opposition des parlements. I^ar la presse dont il a pressenti la puissance, par l'appât des hochets de la vanité, lettres de nohlesse et ordres de chevalerie, va-t-il enfin provoquer en faveur de la marine marchande un mouvement d'opinion? Peut-être. Mais les bonnes volontés resteraient encore isolées et impuissantes, si elles n'avaient pour drapeau de ralliement la rouge soutanelle du grand maître de la navigation. Chez une nation qui passe pour n'avoir guère aux colonies que des fonctionnaires, on vit alors ce prodigieux paradoxe : des colonies de peuplement commanditées par un syndicat de fonctionnaires de la métropole!
Le 1" octobre 1550, lorsque le couple royal, avec son cortège d'ambassadeurs, d'amiraux et de capitaines, visita Rouen, il eut le spectacle étrange des scènes de la vie brésilienne. Dans la prairie des Emmurées, des sauvages au visage « entrelardé » d'émeraudes couraient à travers des taillis, après des singes et des sagouins, au vol effrayé des perroquets. Ailleurs, c'étaient deux cent cinquante matelots, familiarisés avec la langue des Tupinambas, habillés comme eux, c'est-à-dire " tous nus, halléz et hérissonnéz » , qui se balançaient dans des hamacs à côté de loges couvertes de roseaux, ou qui troquaient du bois contre des serpes avec des marins aux braies de satin. Tout à coup, au son d'une courge desséchée et remplie de cailloux, au bruit éclatant d'une trompe qui n'est qu'une cuirasse de tatou, des Tabajares en costume de guerre, bouclier en cuir de tapir au bras, disque en plumes de nandou sur les reins, se jettent sur les Tupinambas, les refoulent et criblent leurs cabanes de flèches incendiaires : et la victoire devient prétexte à danse guerrière où les sauvages claquent des mains et trépignent des pieds avec un bruit de tonnerre (1).
(1) F. Denis, Une fête brésilienne célébrée à Rouen en 1550. Paris, 1850, in-8", d'après une relation du temps : C'est la déduction du somptueux ordre, plaisants spectacles et magnifiques théâtres dressés et exhibés par les citoyens de Rouen. Rouen, 1551. — D' E.-T. Hamy, le Bas-relief
Cette exhibition avait un but : frapper les imaginations en haut lieu et provoquer par là un revirement de la politique royale. 11 y avait trois ans que Henri II, comme don de joyeux avènement... pour les Portugais, avait interdit nos navigations au Brésil. Ces Brésiliens, sire,
Vous les verrez d'un cuœur au nostre esgal
Faire fuyr l'ennemi : Portugal.
... Il n'est pas jusqu'aux Canniballes, Isles à tous, fors à nous, desloyalles, Où nous ne soyons en bonne seureté.
La démonstration fut si claire qu'un des meilleurs hydrographes de la marine royale, Guillaume Le Testu, fut dépéché vers le Brésil pour en établir la carte, en vue d'expéditions futures. Il en était besoin. Les notions que nous possédions sur l'Amérique du Sud, entre autres un routier de Pernambouc au Rio de la Plata, dressé par un pilote qui avait fait dix-huit fois le voyage (l), manquaient d'exactitude et ne concordaient point entre elles (2). Parti de Dieppe le 14 juin 1551, en compagnie du P, André Thevet, capucin et cosmographe, Guillaume Le Testu gouverna droit sur le cap Saint-Augustin (3).
Non loin de là, un îlot boisé, long d'une lieue, commande l'entrée de la rivière Saint-Dominique. On y voyait encore les vestiges d'un fort et de pêcheries, d'où les Portugais avaient été chassés par les marins du Havre. C'était l'emporium où, chaque année, se troquaient nos produits dans des loges en roseaux que les sauvages avaient la prévenance
de l'hôtel (ht Brésil an Musée départemental d'antiquités de Rouen, extrait du Journal des Américanistes de Paris. Paris, 1907, in-S".
(1) Note concernant les courants entre le cap de Bonne-Espérance et le Brésil, donnée à sir John Yorke, en présence de Sébastien Cabot, par un pilote français ayant fait dix-huit fois le voyage du Brésil (Hackluyt, Principal navigations, 2" édit. (1600), t. III, p. 719).
(2) iVndré Thkvkt, Relation de deux voyages aux Indes australes, B. N., Franc. 15454, fol. 126.
(3) André Thevet, Grand insulaire, B. N., Franc. 15452, fol. 106.
d aménager pour nos gens. La traite finie, les Indiens par centaines regagnaient le continent, hamac et bagages troussés en sautoir. Le 7 décembre, par les "id" de latitude australe, l'expédition entra dans une rivière dont elle prit possession par cet écriteau : « Vif decemb. MDLI, Franci hune portum appiilsi vagum inveneî^e, cujus nomme Nnne Francus Tiironeyisis (1) hoc insigyie erexit » .
Testu comptait sans les Portugais. Deux de leurs vaisseaux l'attaquèrent à la hauteur de l'île de la Trinité ; l'habitacle atteint par un boulet, la boussole brisée, Testu n'aurait pu retrouver sa route pour rentrer en France, s'il n'avait mis la main, en fouillant son coffre, sur un vieux compas (2) . Il rapportait une moisson d'observations qu'il consigna dans un magnifique atlas dédié à l'amiral de Coligny (3).
En ce moment même, un étranger était témoin de notre popularité parmi les indigènes. Arquebusier à bord d'une escadre portugaise qui avait ordre d'intercepter toutes relations de la France avec le Brésil, l'Allemand Staden tombait prisonnier des Tupinambas. Il allait être dévoré, lorsqu'une inspiration lui vint : " Je ne suis point de vos ennemis les Portugais, dit-il, mais d'une nation amie des Français. — Des Français? de ceux qui nous donnent chaque année des contres, des haches et des miroirs en échange de notre acajou et des plumes d'oiseau? Nous allons voir. En voici un. 11 Et ils appelèrent « Karwattuware », le courtier du navire dieppois Marie-Bellotte, qui venait de battre et de capturer au cap Frio un navire portugais (4). L'Allemand
(1) Le Tourangeau Nane.
(2) TiiEVET, B. N., Franc. 15V52, fol. 106 v°, 303; et Franc. 15 454.
(3) En 1556. L'atlas est au dépôt du ministère de la guerre. La carte du Brésil a été reproduite par Arthur Heulhard, Villeqaqnon, roi d'Amérique; un homme de mer au XVI' siècle (1510-1572). Paris, 1897, in-8°, p. 176-177.
(4) 29 avril 1554 (Lisbonne, Arch. de la Terre do Tombo, p. i, leg. 92, doc. 113 : Sa.ntarkm, Quadro elementar, p. 337).
ne put se faire comprendre du Dieppois : l'équipage de la Marie-Bellotte le repoussa, tandis qu'il gagnait à la nage le bord. Et le pauvre Staden eût été une nouvelle victime du terrible roi Quoniambec, qui se flattait d'avoir dévoré cinq Portugais, lorsque, fort heureusement, un nouveau navire français jeta l'ancre à huit milles de là, au port d'Iteronne (Rio-de- Janeiro). Plus humain que son collègue, le capitaine Guillaume de Moner réclama l'Allemand : et le 31 octobre 1554, le captif quittait le Brésil à bord de la Catherine de Vatteville. Le 25 février suivant, il débarquait à Honfleur, en pleins préparatifs d'une expédition mystérieuse (1).
En ouvrant au vice-amiral Durand de Villegagnon un crédit de dix mille livres (2), en lui confiant les roberges de Brest et de Saint-Malo (3), le roi Henri II avait stipulé que le but de son voyage serait tenu secret. Mais les marchands rouennais souriaient de ce mutisme. L'achat, par centaines d'aunes, des frises rouges, bleues et vertes (4) si prisées des sauvages du Brésil, était plus qu'un indice, un aveu. De la fête brésilienne de 1550, le roi tirait la moralité, en faisant à l'intelligente ténacité des Normands un succès triomphal, Il fondait outre-mer une colonie. Villegagnon emmenait six cents hommes, des gens de métier, des laboureurs, mais non des proscrits, comme on l'écrivit plus tard. D'exode
(1) Americae tertia pars mernorabilem provinciae Binsiliac historiam continens, qermanico primuni sermone scriptam a Joannc Stadio Homburqensi Hesso, mine autem latinitate donatain a Teucrio Ak.naeo. Edil. Th. DE Bry. Francofurti ad Mœnum, 1591, in-fol.)
(2) 26 mare 1555 (B, N , Franr. 5128).
(3) Mandement à Jacques de Launay, lieutenant-gouverneur de Saint- Malo, de délivrer à Villegagnon la roberge de Saint-Malo pour certain voyage. 2 mars 1555 (Jouon des Lo^;grais, Jacques Cartier. Paris, 1888, in-8% p. 78).
(4) Paiement de 396 aunes de frises livrées à Villegagnon pour emporter en un voyage secret fait par celui-ci par commandement du roi et que « ledit sieur a dit ne vouloir autrement être ici spécilié » . Bouen, 7 mai 1555 (E. GossELiN, Documents authentiques et inédits pour servir à l'histoire de la marine normande et du commerce rouennais pendant les XVI' et XVIP siècles. Rouen, 1876, in-S", p. 147).
calviniste, il n'était point encore question : Coligny n'avait point prononcé son évolution vers le protestantisme; et son vice-amiral, au départ, ne fit point autre chose que Jacques Cartier. Il communia de la main de son compagnon de route, le moine Thevet.
Deux faux départs, une voie d'eau qui força de relâcher à Dieppe, puis au Havre jusqu'au 14 août 1555, le bombardement de Ténériffe en punition d'une salve meurtrière, une épidémie terrible à bord du bâtiment amiral, des pluies infectes » au promontoire d'Ethiopie, » une déviation de route d'un millier de lieues vers l'île de l'Ascension, telles furent les péripéties du voyage. Le 6 novembre, » une rivière d'une bouche si estroite qu'une arbaleste tireroit de blanc en blanc de costé en autre » , se trouvait en vue. On était au cap Frio. Non loin, les îles Maquehay des Tupinambas, dites les îles Perlé du nom d'un capitaine rochelais qui venait d'y faire sa convalescence, semblaient propices à un établissement. Un chef indigène nous y conviait en offrant à Villegagnon, suprême politesse ! la viande boucanée d'un Indien Margaïa, quand la brusque attaque du roi des Cannibales fit diversion. Nacol-Absou, un horrible bonhomme au visage marqueté de pierres blanches, fut du reste repoussé avec pertes.
Le 10 novembre, l'escadrille entrait dans « la poche de mer" , en indien Ganabara, dont nos marins firent Genève. Et de fait, les montagnes qui ceignent la baie de Rio-de- Janeiro, ne sont pas plus hautes que les collines baignées par le lac de Genève. Laissant à bâbord le mont du Pot à beurre ou du Pain de Sucre qui commande le chenal, Villegagnon s'établit à l'intérieur de la baie dans une île d'une demi-lieue de tour, l'île aux Français, qui porte aujourd'hui le nom de Villegagnon. A la cime d'un roc, il établit son II auditoire » : de ses cinq boulevards bientôt élevés avec l'aide des sauvages, le Fort Coligny dominait l'île et
croisait ses feux avec la batterie de deux pièces installée sur le rocher du Ratier, à l'entrée du chenal. Sur le continent, fut créée la bourgade de Henryville. La France Antarctique était fondée (1).
Des feux de joie avaient signalé notre arrivée; un palais de verdure avait été préparé pour nous recevoir. De nous, les Tupinambas et Tamoyos espéraient aide et protection contre les Margaïas et les Tabajares. D'eux, nous pensions tirer parti pour l'exploitation des bois, des marbres et des mines. Leur chef, Quoniambec, maître de la côte sur une longueur de vingt-huit milles, étendait sa domination jusqu'au rio Paraeibe et jusqu'aux montagnes des Margaïas (2).
Produit hybride de la barbarie et de la civilisation, anthropophage et artilleur, cet hercule, dont le palais avait pour enseigne des crânes et le village des canons pour défenses, était un affût vivant : une pièce de campagne sur chaque épaule, le dos tourné vers l'ennemi, il ouvrait le feu. Doux, mais voleurs, ses gens ne se faisaient pas scrupule d'un larcin, même inutile comme le vol d'un astrolabe de cuivre que Thevet avait rapporté d'Alexandrie. En
(1) André Thevet, les Sincjularitéz de la France antarctique. Paris, 1558, in-4°. — Du même auteur, Relation de deux voyages aux Indes australes (B. N., Franc. 15454, fol. 105 v"); et Grand insulaire (B. N., Franc. 15452, fol. 226). — ÎNicolas Barré, Discours sur la navigation du chevalier de Villeqagnon en Amérique. Paris, 1558, in-12, et lettres éditées par Ternaux-Compans, Archives des voyages, t. I, p. 102. — Copie de quelques lettres sur la navigation du chevalier de Villegaiqnon es terres d'Amérique, par un des qens dudict seigneur. Paris, 1557, in-12. — Histoire des choses mémorables, advenues en la terre de Brésil depuis l'an 1555 jusqu'en l'an 1558. 1561, in-S". — Jean de Léry, Histoire d'un voyage fait en la terre du Brésil. La Rochelle, 1578, in-8°. — P. Gaffarel, Histoire du Brésil français au XVI" siècle. Paris, 1878, in-8". — Arthur Heulhard, Villegagnon, roi d'Amérique ; un homme de mer au XVP siècle (1510-1572). Paiis, 1897, in-8"; ouvrage documenté et orné de nombreuses gravures. — Francisco Adolpho de Varnuagen, Historia gérai do Brazil. llio-de-Janeiro, 1854, petit in-t", t. I, p. 229.
(2) Stade.n, édit. de Bry, p. 105.
retour, nous empruntâmes aux sauvages certains rouleaux d'herbes dont l'arôme, dégagé par une combustion lente, calmait la faim et chassait le coryza. Et Dieu sait quelle fortune était réservée au tabac, dit aussi pétun en indien, ou nicotiane et herbe à la reine, de Nicot qui l'envoya de Portugal à la reine Catherine de Médicis. Thevet l'introduisit en France sous le nom d'Angoumoisine (d'Angouléme, sa patrie), lors de son retour en février 1556 : il rapportait également quantité de curiosités, chapeau en plumes de toucan pour le roi, instrument de musique en coco, le maraca, pour le géographe Nicolas de Nicolaï, une peau d'aï pour Gessner et pour Mélanchton des graines, pour la nation enfin, une description des Singularités de la France Antarctique, de nature à provoquer une émigration suivie vers des rives enchanteresses.
Villegagnon réclamait trois ou quatre mille hommes afin de conquérir les Indes. C'est ce que son neveu Paris Legendre, sieur de Bois-le-Comte-lès-Meaux, vint exposer à la Cour, avec tout le poids que lui donnait le titre de capitaine jTénéral de la flotte en la France antarctique (1). « Coligny eut alors une idée absurde et généreuse qui gâta tout : exporter au Brésil une religion qui n'avait point cours en France (:2i. " Villegagnon demandait des soldats : l'amiral envoya des pasteurs... suisses, lîicher, Chartier et C'% un lot de jeunes gens et de jeunes filles, des maçons et un entrepreneur rouennais (3j, en tout trois cents personnes (4j et trois vaisseaux, la Rosée, la roberge de l'Espine de Sainte- Marie et celle de Bois-le-Comte L'un des pilotes, Jean de
(1) Lettre de 1 ambassadeur Renard a la princesse de Portugal. Août 1556 (Heulhard, p. 128).
(2) Heulhard, p. 128.
(3) Richard de La Porte : les femmes des ouvriers qu il emmenait tourlièrent en 1558 une délégation sur la solde de leurs maris (Gosselik, Documents pour... l'histoire de la marine normande, p. 149.)
(4) Qui furent passées en revue au Chef-de-Caux le 20 novembre 1556.
Meun, de Harfleur (1), avait une physionomie typique : totalement illettré, il maniait si dextrement cartes, astrolabes et bâtons de Jacob qu'au plus fort de la tourmente, il en remontrait à un savant cosmo^raphe. Les pasteurs genevois n'avaient jamais navigué : la vie du bord révolta leurs estomacs autant que leurs consciences, car on se procurait des vivres en « dégraissant » les navires rencontrés en route (2j. Le 7 mars 1557, le supplice cessa. Les ministres étaient accueillis au fort Coligny comme " un trésor de la divinité tombé du ciel " .
La discipline sévère établie par le vice-roi, l'interdiction de vivre en concubinage avec les femmes indigènes, avaient provoqué un complot et, sans le dévouement de sa garde écossaise, Villegagnon sautait avec la sainte-barbe placée au-dessous de son lit. Tel était le terrain où tomba la semence calviniste : Calvin devint à distance le directeur spirituel de la colonie (3). Liberté absolue de conscience, régime parlementaire avec Conseil des Dix, droit de grâce réservé au vice-roi, telles furent les institutions adoptées dans la France Antarctique. Et nunc erudimini!
Neuf sectes de sacramentaires passent leur temps à discuter théologie, Richer, un ancien Carme, à prêcher la doctrine de Calvin, Cointat, un ex-Jacobin, à lui opposer la Confession d'Augsbourg, Villegagnon à écouter chacun " pour y trouver une résolution. » A s'immiscer dans ces discussions religieuses, à enquérir de Richer ses croyances sur le Christ, le vice-roi s'aliène les Calvinistes. On ne l'appelle plus que Durand : il sera tout à l'heure le tyran. L'anarchie religieuse se double d'une anarchie politique.
(1) L'autre pilote, Jeao Humbert, était de Hontleur.
(2) Agrippa d'AubigkÉ, Histoire universelle, éditée pour la Société de l'histoire de France par le baron Alphonse de Rubie. Paris, 1886, in-8°, t. I, p. 118.
(3) La Rosée emporta une lettre que Villegagnon écrivit à Calvin le 31 mars 1557 et datée du Fort Colignv.
Le Thoret, capitaine du fort, déserte : le chef des protestants, Philippe Du Pont-Corguilleray, quittant le vice-roi sur cet ultimatum : « Laissez-moi partir, ou j'emploie la force, " va s'établir à l'ombre d'une colline qu'il baptise sans vergogne le Mont-Corguilleray. Autour de son établissement de la Briqueterie, se trouvent les villages de Pépin et Gosset, l'un patron de navire, l'autre interprète, des alliés éventuels pour ameuter les sauvages contre Durand.
Justement, Durand de Villegagnon n'a plus qu'une poignée d'hommes. Une vingtaine de marins sont partis explorer le rio de la Plata (1), où ils s'attardent à caréner leur navire sous la protection d'un bastion de fortune, provoquant ainsi un tel émoi en Espagne que Rasquin eut ordre d'aller nous chasser (2). Mais à cinq journées de navigation de là, des sauvages gigantesques, porteurs d'eau bénévoles qu'une sotte plaisanterie met en fureur, poursuivent nos marins sous les canons du vaisseau et les forcent à rebrousser chemin vers la colonie.
La France Antarctique venait d'échapper aux horreurs de la guerre civile. Les dissidents, Richer, Du Pont, Léry, La Chapelle, Boissy, étaient partis de leur plein gré à bord du Jacques le 4 janvier 1558. Villegagnon ne cachait pas sa joie d'en être délivré. S'il avait su quelle réputation ils allaient faire au Gain de l'Amérique, sa joie eût été courte : Calvin lança contre lui l'anathème, tandis que Richer jetait sur son œuvre le discrédit. « Un roi! ce compagnon des bétes fauves! — Un palais! cette cabane de branchages! — La terreur des barbares! ce fortin! — Un royaume! cette douzaine d'arpents, celte ile où l'on ne vit que de poissons, de vipères et de racines! — La métropole de la France Antarctique! cette Henryville sans murailles, ni clôtures! — Un vainqueur des Margaïas! cet imposteur qui tremble
(1) TuEVET, Cosmographie, t. II, p. 903. — HEULiiAnn, p. 162.
(2) 1558 (F. DuRO, Armada Espanola, t. II, p. 463).
devant ses propres alliés! Voilà le roi de la France Antarctique, voilà quel est son empire de sable (1). »
Gomment dès lors recruter des volontaires? Bois-le-Gomte fut trop heureux d'obtenir, en guise de colons, des forçats (2) : et son rapport, au retour de l'escadre au Brésil, fut si pessimiste que Villegagnon jugea urgent d'aller se justifiera la Cour. Il quittait le fort Coligny dans un moment critique, alors que le conseil de Lisbonne, convaincu que nous disposions de deux grands vaissseaux, trois galères et huit cents hommes (3), décidait l'envoi d'une douzaine de bâtiments pour nous chasser (4).
A peine l'escadre de Bartholomé de Vasconcellos fut-elle arrivée à Bahia que le gouverneur général Men de Sa, y joignant les contingents disponibles de Santos, Saô-Vicente, Espiritu-Santo, Porto-Seguro, avec vingt-six navires et deux mille hommes, gouverna droit sur la France antarctique. Son entrée dans la baie, le 21 février 1560, nous prit au dépourvu : les ouvrages avancés étaient dégarnis de défenseurs; le capitaine général de la flotte, Bois-le-Comte, était à s'égayer sur le continent en compagnie de la garde écossaise (5).
Le seul stationnaire en rade fut enlevé par la galère Ezaura. Et tout eût été fini en un instant, si la garnison du fort Coligny, — soixante-quatorze hommes en tout, — n'avait tenu bon. Elle était, à vrai dire, dans une position formidable. Le roc lui servait de muraille, la mer de fossé. Deux bastions, à chaque extrémité de la forteresse, se dressaient
(1) Heulhard (p. 178), d'après Riguer.
(2) Rouen, 27 septembre et 13 novembre 1558 (Gosselin, Documents pour... l'histoire de la marine normande, p. 148-149).
(3) Varnhagek, t. I, p. 463.
(4) Lettre de Nicot. Lisbonne, 4 septembre 1559 (B. N., Nouv. acq. franc. 6638, fol. 148).
(5) TuEVET, Cosmof/raphie, livre XXI, chap. il. — Varueiage::» (t. I, p. 239) ne donne à Men de Sa que dix bâtiments.
à pic sur les flots. En vain, après un ultimatum illusoire, le canon tonna-t-il deux jours entiers. Quand la fumée du bombardement se dissipa, le drapeau français flottait toujours; quarante hommes de renfort s'étaient jetés dans la place ; un millier de Tamoyos bordaient la baie; et c'étaient les assiégeants, à court de munitions, qui parlaient de se retirer.
Un dernier effort de Men de Sa réussit (1). Le 15 mars, tandis que ses vaisseaux tenaient en haleine les défenseurs du fort, il débarquait dans le quartier des Tamoyos à la tête de cent vingtsoldats portugais : cent quarante sauvages, commandés par Martim Affonso, le secondaient énergiquement. Après une lutte acharnée qui dura sans trêve ni répit jusqu'au lendemain soir, les assaillants parvinrent jusqu'à l'esplanade des Palmiers. Dès lors, la garnison saisie de panique se sauva ou se rendit. Men de Sa enleva l'artillerie du fort Coligny, fit sauter la poudrière, saccagea l'île et ne laissa aucun vestige de notre domination, si grande était sa crainte de voir revenir Villegagnon avec des renforts qui eussent peut-être détruit les capitaineries. Car, il ne cherchait point à le dissimuler, la politique de notre vice-roi était bien supérieure à celle des Portugais : notre libéralité et notre esprit de justice avaient conquis l'affection de la vaillante tribu des Tamoyos, qui avaient appris de nous divers métiers utiles et l'usage des armes à feu (2).
vSans souci d'une attaque, Villegagnon recrutait en France de nouveaux colons (3) et armait deux grands vaisseaux de guerre (4), lorsque parvint la nouvelle foudroyante que
(1) Lettres de Men de Sa sur les services de B. de Vasooncellos da Cunha et de sa flotte. 31 mars 1560 (B. N., Nouv. acq. franc. 9386, fol. 413); Saô-Vicente, 17 juin (Heulhard, p. 200, n, 2).
(2) Lettre de Men de Sa du 17 juin 1560 déjà citée.
(3) Le 13 août 1560, il recevait à Rouen treize condamnés pour coloniser la France Antarticque (Gosselin, Documents pour l'histoire de la marine normande, p. 149).
(4) 18 octobre (Joseph Stkve^son, Calendar of State papers. Forciqn séries of the reign of Elizaheth (1560-1561). London, 1865, in-8", n" 648.)
LA FRANCE ANTARCTIOUE
" nostre pauvre isle demeurait orpheline» (1). Saisi de sa j)lainte, le conseil royal exigea satisfaction, reconstruction du fort, mise en liberté des prisonniers, versement de dommages-intérêts {"2). Autrement, ce serait la bastonnade, la