ATTAQUE DE L ILE DE VILLEGAGNON PAR L ESCADRE PORTUGAISE
(D'après Tlievet.)
guerre de course, dont la seule perspective jeta l'émoi parmi les gens de Lisbonne (3). Villegagnon demandait
(1) Thevet, Grand Insulaire, B. N.. Franc. 15452, fol. 235.
(2) En conseil prive du roi. Orléans, 24 janvier 1561 (R.N., Cinq-Cents Colbert 27, fol. 285).
(3) Lettres de Nicot. Lisbonne, 12 avril et 28 mai 1561 (Hedliiard, p. 203. — R. N., Franc. 3192, fol. 103).
sept vaisseaux de guerre; à la ruine de son fort, il eût riposté par la destruction des établissements portugais au Brésil. Goligny arma donc la grande carraque f Aigle (1); un autre bâtiment reçut des vivres et des munitions pour huit mois de campagne au Brésil (2); toute une escadre royale était mobilisée par les soins de l'amiral (3) ; les Portugais étaient mortellement inquiets de la route qu'allaient prendre les huit vaisseaux armés au Havre (4), lorsque les guerres de religion les tirèrent d'inquiétude en jetant leurs adversaires, Goligny et Villegagnon, dans deux camps opposés. Villegagnon, privé d'appui, entra en composition avec l'ambassadeur portugais (5). L'escadre, montée des seuls huguenols, fut dirigée par Goligny sur la Floride.
Gependant, nos capitaines de marine, Bois-le-Gomte, L'Espine et Brésay, attendaient au Brésil un retour de la fortune (6). Sans autre appui que leur poignée d'hommes, les Tamoyos tenaient les Portugais en haleine ; ils attaquaient Saô-Paolo en 1561, Espiritu-Santo en 1563, enveloppaient l'escadre d'Estacio de Sa, lors d'une reconnaissance opérée en février 1564 dans l'île de Villegagnon et l'obligeaient à regagner précipitamment Santos. Pour triompher de nos derniers colons, presque tous protestants, que nos vaisseaux
(1) 23 août 1561 (B. N., Franc. 32614, fol. 279.) — L Aigle est désarmé au retour du voyage du Brésil et rendu au roi, 7 octobre 1563 {Ibidem, fol. 280).
(2) B. N., Franc. 15881, fol. 343.
(3) 22 novembre 1561 (B. r^., Franc. 32614, fol. 281 v°).
(4) Lettres de l'ambassadeur espagnol Quadra, 20 décembre 1561 e 4 janvier 1562 (Heuluard, p. 240). — Déjà, le 26 avril 1561, Manoël de Aranjo s'inquiétait de certains navires français qui allaient au Brésil reconstruire le fort de Villegagnon. (Arch. de la Torre do Tombo à Lisbonne, Corpo Cronologico, analysé dans B. N., Nouv. acq. franc. 9386, fol. 414.)
(5) Lettre de Joâo Pereira d'Antas au roi de Portugal. 10 janvier 1563 (Ibidem^ .
(6) " Ils demeurèrent douze ans [1555-1567] en ces païs-là, » non loin de l'ile de Villegagnon (Thevlt, Deux voyages aux Indes Australes, B. N., Franc. 15454, fol. 107 v").
ravitaillaient au prix de grands dangers (I), il fallut mobiliser une escadre de onze navires et les troupes du gouverneur général; il fallut donner l'assaut, le 20 janvier 1567, à la petite redoute d'Uruçumiri sur le rio Calete que défendaient onze Français et quelques Tamoyos; il fallut bombarder Parana-Pacuy dans l'île du Chat, place très forte, devant laquelle Estacio de Sa fut blessé mortellement. Et, si nos gens n'avaient pas eu une poudre éventée, peut-être n'auraient-ils pas été forcés de s'échapper sur les quatre vaisseaux qu'ils gardaient en rade. Une dernière tentative pour s'établir à Récif fut repoussée par les Portugais d'Olinda. Sur un roc, les vainqueurs déchiffrèrent l'adieu de nos colons : le mufide va de pis ampi (2).
Lorsque des vaisseaux français, au nombre de quatre, reparurent en juin 1568 devant l'île de Villegagnon, leurs équipages ne se doutaient point que la place était occupée et qu'au fond de la baie, on construisait une ville. Dès qu'ils eurent mis pied à terre sans défiance, les Portugais de Salvador Correa et les Indiens convertis de Martim Affonso les accablèrent de boulets et de flèches, puis, au retour du flux, leur donnèrent la chasse jusqu'à la hauteur du cap Frio. Un vaisseau bien armé qui arrivait de F'rance attaqua à son tour les assaillants : on voyait à son banc de quart le capitaine en grand uniforme, armé de toutes pièces, l'e'pée d'une main, le poignard de l'autre; trois fois, il jeta à la mer le gouverneur Correa qui montait à l'abordage. Une flèche enfin abattit le valeureux officier. Ses marins,
(i) Lettre du P. Joseph Anchieta. Saint- Vincent, 8 février 1565 (^Annaes da bibliotheca nacional do Rio-de- Janeiro, t. II (1877, Rio-de- Janeiro), p. 90 et 119. — Une grande nef française, montée de cent dix hommes, fut chassée de la baie de Ganabara par trois vaisseaux portugais. Lettre du P. Anchieta, 21 mars 15G5 (Bevista do Inslituto historico e qeoyrafico do Brazil (Rio-de-Janeiro), t. VI, p. 410. — VASCO^CELLos, Vida del Padre Anchieta, t. II, p. 113).
(2) SouTiiEY, Ilislory of Brazil. London, 1810, in-4°, t. I, p. 301.
Vabnhagen, t. I, p. 253.
enveloppés de toutes parts par les canots des sauvages et frappés dès qu'ils se découvraient pour tirer, durent se rendre : les canons du bord servirent à défendre la rade de San-Sebastiaô (1). Tout retour offensif semblait dès lors superflu. Une ville nouvelle, Rio -de- Janeiro, rivait sous la domination portugaise ce qui fut la France ayitarctiijue.
(1) Vascoxcellos, Vida del Padre Anchieta, t. II. — Sodthkv, t. I, p. 304. — Un de nos capitaines, Hector Dumesnil de Dieppe, fut pendu à Viana en Portugal pour avoir avoué qu'il venait du cap Frio {Remontrances très humbles (/ue font au roy les capitaines de la marine de France : B. N., Dupuy 464, fol. 48 ; rééditée dans les Nouvelles Annales des voyages, t. I,