‹ Histoire de la marine française (volume 3)Chapitre 27 sur 106 · EN BRETAGNE · texte numérisé non relu

EN BRETAGNE

La catholique Bretagne restait le fief de la Ligue. Au lendemain du désastre de l'Invincible Armada, dès que le roi Henri de Navarre avait voulu se rendre maître de l'embouchure de la Loire, en acheminant de ce côté une escadre

(1) 4 octobre 1593 [Mémoires pour servir de preuves à l histoire de Bretagne, t. III, col. 1551).

(2) G. Carkw, De rcbus Sueciœ : B. N., Cinq-Cents Colbert 40, fol. 67.

(3) Procès-verbaux des Etats qénéraux de 1593. e'dités par A. Bersard, dans la Coll. des Documents inédits, p. 650

(4) Lettres de récriminations d Elisabeth à Henri IV (Rymkb, Fœdera, édit. 1615, t. XVI, p. I42j. — Henri IV ne lui demanda pas moins de nouveaux subsides, particulièrement de l'artillerie. 24 mai et 1" novembre 1592 {Lettres de Henri IV, t. III, p. 636, 699).

(5) 20 mai 1593 [Calendar..., éd. Evlreït Gbee.n, p. 348).

rochelaise avec les troupes de Du Plessis-Mornay (1), les habitants de Saint-Nazaire, pour le repousser, avaient demandé de la poudre (2), et Mercœur leur avait dépêché comme renforts les marins d'Auray (3). A l'avènement de Henri IV, les ports bretons qui se déclarèrent pour lui furent attaqués aussitôt par la garnison de Guingamp; Pontrieux et La Roche-Derrien étaient en ruines, lorsque passa le délégué royal Philippe Du Halgouét. Lannion et, le 17 novembre 1589, Tréguier éprouvèrent un pareil sort, avant l'arrivée du régiment écossais et d'une compagnie anglaise que le délégué du roi avait été quérir à Dieppe (4). L'escadre de secours fut dispersée près de Jersey par un ouragan : il fallut implorer du gouverneur de Granville l'autorisation de débarquer les troupes étrangères (5).

Sur l'Océan, une belle rade servaitde refuge aux corsaires anglo-français du parti royaliste. Au printemps de 1590, le frère de Mercœur, François marquis de Chausseins investissait le gros bourg fortifié de Locrenan, à l'embouchure du Blavet, que les vaisseaux de Saint-Gelais de Lanssac battaient d'autre part. Après une résistance acharnée où les femmes elles-mêmes mirent la pique à la main, Locrenan ou Blavet fut emporté d'assaut le 11 juin et la population passée au fd de l'épée. Une trentaine de jeunes filles, qui fuyaient à bord d'un vaisseau, se jetèrent à la mer pour ne point tomber à la merci du vainqueur (G). Par là, Mer-

(1) Le projet avait été conçu par Agrippa d'Aubigné (D'AubioÉ, Histoire universelle, édit. de Ruble, t. Vil, p. 335).

(2) 3 octobre 1588 (Arch. de Nantes, EE 178).

(3) B. N., Duchesne 43, fol. 18.

(4) Le 16 novembre.

(5) Relation de Jean de Kercabin et Philippe Du Hallegoët, délégués par le parlement de Uretagne pour disposer les populations en faveur du roi de Navarre. J2 octobre 1589-15 avril 1590 (A. de B.vbthélemv, Choix de documents inédits sur l'Histoire de la Ligue en Bretagne. Nantes, 1880, in-8«, p. 27, 160).

(6) De Tuou, L. XCIX. — Mémoires de Jean Du Mats, sei(jneur de Ter-

cœur préparait un lit aux alliés qu'il attendait d'Espagne.

A la tête de trente-sept bâtiments et six mille cinq cents hommes, le général Sancho Pardo Osorio prit possession du Blavet le 27 octobre 1590. Des bastions construits par l'ingénieur Cristobal de Rojas défièrent bientôt toute surprise venant du large; l'escadre de Zubiaur assura les relations avec la métropole, tandis que deux galéasses et trois galères du napolitain Perochio Moran couraient la côte bretonne, donnant aux gens de Vannes du renfort et l'alarme aux Croisicais, aux Malouins (1) ...

Et aux Anglais, par surcroit. Drake reçut ordre de déloger les intrus (2), qu'il avait un moment tenus bloqués à La Gorogne (3). Mais les Anglais avaient à compter avec un tiers parti, qui ne voulait pas plus d'un roi huguenot que de la domination étrangère. Le troisième port de Bretagne, le premier pour son trafic (i), Saint-Malo vivait en république. Maîtres du château à la suite d'une escalade, débarrassés du vice-amiral de Fontaines, leur gouverneur, les Malouins s'administraient eux-mêmes. Ils avaient rompu de leur propre autorité toutes relations maritimes avec l'Angleterre (5); et ce n'était pas un vain mot. Leurs corsaires étaient capables de porter de terribles coups au commerce britannique! Jean Jonchée Desportes, avec trois pataches et cent vingt hommes, se rendait redoutable sur les côtes normandes, prêtait appui à la garnison du Mont Saint- Michel et tenait Granville en respect; Mayenne mandait dans la Seine l'escadre malouine de François Grout; Mer-

chant cl de Motmartin (i589-i598), publies par Dom Ch. Taillandier, Histoire ecclésiastique et civile de Bretagne, t. II, p. cclxxv et 391).

(1) C. Fernandez Duro, Armada Espaùola, t. III, p. 67.

(2) Lettre de Drake au prince de Dombes. 13 novembre 1590 (Ry.mkr, Fœdera, édit. 1615, t. XVI, p. 85, 86).

(3) Dom Taillandier, Histoire de Bretagne, t. II, p. 396.

(4) Palma Cayet.

(5) Décision du conseil de Saint-Malo. 27 septembre 1590 (B. N., Franc. 5553, fol. 3.)

LA LIGUE â3l

cœur réclamait un concours analogue contre Morlaix ; et Pierre Gravé de Bellechausse, à la requête de Tévêque de Saint-Brieuc, emmenait deux palaches et deux cents volontaires malouins pour occuper Bréhat (1). Mais tout à coup Gravé se replie sur Saint-Malo; son compatriote Jacques Pépin Prélambert abrite au Blavct le Croissant et le Dauphin qui apportent d'Espagne une cargaison de trois cent mille écus... Une flotte anglaise de trente-trois voiles vient d'être signalée, le 11 mai 1591, dans les eaux de Jersey (2).

Elle amène au secours des troupes royalistes du prince de Bombes les trois régiments anglais du général Norris. Menacé par les corsaires malouins à gauche, par les marins espagnols sur sa droite, Norris voudrait être assuré d'un port pour rester en communication avec l'Angleterre. Brest précisément est « en tel estât que les païsants seuls l'ont contrainct demander secours à la royne (3) » : Ce serait rendre service au roi que de l'occuper. Mais aux premières ouvertures d'Elisabeth, Henri IV oppose un refus formel de causer « un tel dégoustement» à ses serviteurs (4).

Or, Brest était convoité par les Espagnols qui pensaient y introduire la compagnie de Prospero Monaco, en séduisant par la vanité le gouverneur Rieux de Sourdéac. Ayant à leur dévotion Montigny, gouverneur de Rhuys, ils tenaient l'entrée du Morbihan, où un fort devait être construit à la pointe de Port-Navallo. Une garnison de trois cents soldats à Saint-Nazaire, un fort près de l'embouchure de la Rance entre les pointes de Bellegrève, l'occupation de Conq, de la Rochebernard sur la Villaine, de Quimperlé et du château

(t) Chronique de Saint-Malo, de L\ MabOxnais, citée par Jal, dans le Glossaire nautique, art. Patache. — Gustave Dupont, Histoire du Cotentin,, t. III, p. 588.

(2) B. N., Franc. 5553, fol. 33, 39 v°, VO, 46, 58.

(3) « Oppinion du seigneur de Norreis, générall des Anglois. » 15 août 1591 (Rymer, t. XVI, p. 113).

(4) Lettres de Henri IV, t. III, p. 642.

du Taureau, compléteraient rinvestissemenl des Bretons, « peuple indigne qu'il faut manier comme Indiens (f). " Occuper rembouchure des grandes rivières de France, paralyser le trafic, maîtriser l'adversaire par un étroit blocus, tel était le plan général du parti franco-espagnol (2).

Mais ce parti avait des fissures, en Bretagne notamment; la duchesse de Mercœur, héritière des droits de Charles de Blois, n'entendait point abdiquer ses prétentions en faveur de l'infante d'Espagne, héritière des Valois (3). Et cette seconde lutte, écho de la mémorable guerre des Deux- Jeanne, empêcha Philippe II de se servir des gentilshommes bretons et des marins d'Armorique, « les meilleurs du munde pour la domination et pour la monarchie de l'Occidenti) (4).

Cependant, Norris avait débarqué à Paimpol : des renforts lui vinrent l'année suivante par Morlaix (5). Pour intercepter tout arrivage nouveau, le malouin Jean Jonchée réoccupa l'île de Bréhat (6), et Diego Brochero, lieutenant général des galères de Malte, venu de Blavet, ravagea la côte morlaisienne. Ailleurs, à Saint-Nazaire, il battait deux corsaires rochelais soutenus par trois bâtiments britanniques, et il entamait, au Conquet, une lutte épique

(1) Mémoire de Guy de Lusignan de Sainl-Gelais, dit M. de Lanssac, au roi d'Espagne. Madrid, 7 mai 1591 (Gaston de CarsÉ, Documents sur la Lif/ueen Bretagne. Correspondance du duc de Mercœur et des ligueurs bretons avec l'Espagne, extraite des Archives nationales. Vannes, 1899, in-4°, t. I, p. 39). — « Estai de ce qu'il est nécessaire de faire en Bretaigne « (Ihidem, t. I, p. 74).

(2) Mémoires de Lamotte-Jacquelot au roi d'Espagne. Juillet 1591 (Ibidem, t. I, p. 71).

(3) Ibidem, t. I, p. 75, 148.

(4) Ibidem, t. I, p. 142 : 12 à 15 000 soldats, 4 000 gentilhommes, 10 à 12 000 marins bretons, telles étaient, disait-on, les forces que les Espagnols pourraient tirer de la province.

(5) Preuves pour servir à l'histoire de Bretagne, p. 161, 172. — B. N., Franc. 23311, fol. 131.

(6) 3 juin 1591. Il reprit le château de Bréhat sur le capitaine Lépine Boulanger (B. N., Franc. 5553, fol. 46).

contre tout un convoi hollandais (1). Le 17 août 159i enfin, deux galères espagnoles et dix-huit vaisseaux jetaient dans la rivière de Tréguier une nuée de démons : durant trois jours, le vol, le viol, le sacrilège, l'incendie firent rage à Tréguier, Plougrescant etPlouguiel i'2'\. Des remontrances faites par les États de Vannes, du maintien de leurs " souldartz en la discipline militaire, » Diego Brochero et Juan de Aquila n'avaient cure : que la Bretagne fût « despopullée » ou non, c'était le moindre de leurs soucis f3).

Le général des galères de la Ligue, Charles de Gondi, n'avait aucune action sur ses alliés. Avec le petit croiseur de son cousin, Albert Rucellaï ou Rousselet de la Pardieu et la galère d'Orazio Minucci (4), comment aurait-il pu faire respecter les pouvoirs que lui avait délégués Mercœur pour le commandement de la flotte bretonne (5).

L'épisode le plus romanesque du monde l'avait privé de la galère Réale. Un capitaine protestant v avait été mis à la chaîne ; la duchesse de Mercœur, dépitée de n'avoir pu le convertir, lui avait fait l'ironique souhait de se tirer de là. La Pine tint la gageure. Une nuit, toute la chiourme se souleva au cri d'alarme : " Debout, debout! La Pine est sauvé. Il C'était une fausse alerte : quelques bras furent abattus à coups d'épée, quelques cadavres jetés à la mer, et tout rentra dans l'ordre. Mais une autre nuit, La Pine parvient à se déferrer : un charpentier provençal lui

(1) Correspondance de Juan de Aquila ou del Aguila, aux Arch. nat., K 1581, p. 29, et à Madrid, Colecciôn Sans de Barutell, art. 4, n. 1123. — F. DuRO, Armada espaTwla, t. III, p. 67.

(2) A. DE Barthélémy, Choix de documents inédits sia- l'histoire de la Liçjue en Bretagne, p. 161, 172. — B. N., Franc. 22311, fol. 131.

(3) Instructions des Etats aux députés envoyés au Blavet. 28 mars 1592 (A. DE Barthélémy, p. 123).

(4) G. DE Carné, t. II, p. 11.

(5) Il Articles accordez par Mgr le duc de Mercœur à M. Charles de Gondy, marquis de Belle-Isle, général des galères. » 22 novembre 1591 (B. IN., Franc. 18704, fol. 11).

baille une épée el s'arme de sa hache; un trompette anglais se joint à eux; et, rampant dans les ténèbres, tous trois surprennent à la poupe le corps de garde endormi. Le comité grec de la Réale et ses neuf hommes sont exterminés en un instant. Au cri de guerre « La Pine est sauvé, debout compagnons! » toute la chiourme met la tête entre les genoux, tant la répression passée lui cause d'épouvante.

Le commandant de la Réale, La Rivière, lui, ne s'est pas mépris sur le timbre de la voix. A son appel, les soldats accourent de la proue et montent en foule à l'assaut de la chambre de poupe. Mais au sommet de l'échelle, la hache du charpentier provençal tournoie en fendant les crânes, l'épée de La Pine, du même coup, abat deux assaillants, et l'Anglais à ses côtés ne s'épargne point. Bientôt, personne n'ose plus se hasarder sur le tillac. La Pine est maître à bord, les forçats auxquels il rend la liberté sont avec lui; il sort de la Loire et amène son trophée, la Réale^ au colonel Agrippa d'Aubigné, qui en fit remise aux Rochelais (1).

L'amirauté de Guyenne, dont Henri IV était titulaire lors de son avènement, avait pléthore de chefs : un amiral à La Rochelle (2), un vice-amiral à Bordeaux (3), un vice-amiral

(1) Agrippa d'AubigxÉ, Histoire universelle, édit. de Ruble, t. IX, p. 181 : l'événement est contemporain de la prise de Moncontour, mars

(2) François de Coligny, nommé amiral de Guyenne le 17 décembre 1589 (Le P. Akselme, Trésor géuéaloçjifjue, t. VII, p. 905).

(3) Jean Jaubert de Barrault, nommé vice-amiral de Guyenne le 1" juin 1587 à la suite de la mort du baron d'Hervault (Le P. Foubnieb, Hydrographie, 2' édit., p. 254).

le la cote sud, d'Arcachon à Hendaye (l), et à Broua^e, i un général de l'armée de mer mise sus par le roy pour la ûreté des costes de Guyenne, de Poitou et de Bretagne (2). » jC général de la flotte, François d'Epinay-Saint-Luc, ne 'entendait ni avec nos alliés britanniques (3), ni avec amiral fleuri de Coligny (4), un enfant de neuf ans, incatable il est vrai de toute opposition (5), s'il n'avait été le lupille et l'homme de paille des adversaires acharnés de aint-l^uc. Les Rochelais, furieux des croisières de ses eutenants La Limaille et Carlo Uccellini aux abords de 3ur ville, mécontents surtout de la levée d'un droit sur mrs marchandises, armèrent deux galions et plusieurs vaiseaux sous les ordres du sergent-major Gargoudleau. Déloés du Chef de Baye après un vif combat, les six croiseurs e La Limaille étaient tenus en respect par deux batteries e côtes, où les Rochelais se relevaient tour à tour de façon (0), lorsqu'un incident dériva le cours de leurs colères, le 2i avril L-)93, les uns et les autres étaient mandés dans i Gironde, en même temps qu'un amiral hollandais alors n rade de La Rochelle (7).

(1) Jean-Paul d'Amou, sieur de Senipé, bailli de Labourd, nommé viceiiiial de la côte sud le 3i juillet 1592 (B. N., Dupuy 464, fol. 9 v»), fut ainicnu dans sa charge par arrêt du Parlement de Bordeaux le 15 janvier )03 (B. N., Nouv. acq. franc. 1754, fol. 22).

(2) (Juittance de Saint-Luc pour son état de général de l'armée de mer jpuis octobre 1592 (B. N., Franc. 22311, fol. 164; Franc. 18173, I. 145).

(3) Deux de ses vaisseaux capturent le bâtiment de Henry Philipps. )91 (B. N., Franc. 18173, fol. 145).

(4j Nommé amiral le 20 octobre 1591 en survivance de son père Franlis de Coligny (Le P. Anselme, t. VIT, p. 905), il eut pour successeur n frère Gaspard, le 24 novembre 1601 (B. N., Moreau 1340, 1. 287 v°).

(5) Arrêt du Parlement. 26 mars 1593 (B. N., Franc. 21309, p. 92). ss le 27 septembre 1590, le père et prédécesseur du jeune amiral avait connu à Saint-Luc le droit de délivrer des permis de navigation. (6j Cf. le Diaire de Merlin, cité ci-dessous.

(7) Jy GÉLiNE.\u, le Dernier triomphe de la Liquc sous Henri IV : siètjc • Blaye par Matignon (1592-1593). Paris, 1905, p. 57.

Voici ce qui se passait :

Maître de Blaye, un capitaine ligueur, Jean-Paul d'Esparbès de Lussan, enrayait le trafic de Bordeaux : une demi-douzaine de navires anglais, qu'il avait saisis, prélevaient sur les marchands des taxes écrasantes. Et depuis le 21 décem]>re 1592, il tenait en échec l'armée du lieutenant général Goyon de Matignon, les quatorze pataches du viceamiral Jaubert de Barrault et les six vaisseaux de l'amiral Houghton, chargés de la police de la Gironde pour le compte de l'Angleterre flj. Que dis-je? il recevait des renforts, cent vingt braves par exemple, venus de Marmande en trois bateaux, qui avaient esquivé au bec d'Ambès la croisière des royalistes, en se jetant dans le canal de la Jaille.

Mieux encore! Dans la nuit du 18 avril 159^5, seize navires de guerre et deux pataches, partis de Pasajes, bousculaient l'escadre anglaise de blocus. Pourchassé par Pedro de Zubiaur, atteint au bec d'Ambès et accroché par la capitane espagnole, l'amiral Houghton, plutôt que de mettre pavillon bas, se fit sauter : un de ses hommes, projeté dans l'eau, se poignarda pour éviter la captivité. Mais le pavillon anglais tomba entre les mains du lieutenant-amiral espagnol Irigoyen, qui en fit don à la chapelle de Renteria. Zubiaur eut peine à se tirer de la catastrophe; il fut sauvé par le capitaine Juanes de Villaviciosa, qui avait incendié un autre

(1) Le 21 novembre 1592 (Calendar of State pape/s. Domestic séries. Elhabeth (1591-1594), p. 286). — Cf. une vue de Blaye en 1605, dans

GÉLINEAU, p. 22.

(2) Sur le siège de Blaye, les sources narratives abondent : « Discours du siège de Blaye en 1593 » (B. N., Cinq-Cents Colbert 31, fol. 557). — Récit de la rencontre des flottes française et espagnole dans la Gironde, version rochelaise (Collection du vicomte, de Gères, publié dans les Archives historiques de la Gironde, t. XIII, p. 194). — Chronique d'Etienne de Cruscau, publiée par les Bibliophiles de Guyenne. Bordeaux, 1879, t. I, p. 69. — Gabriel de Lupbe, Chronique bourdeloise. Bordeaux, 1594, p. 53. — Historia de Antonio de Herrera, de los successos de Francia (1589-1594). Madrid, 1598, in-4», p. 267. — Diaire de Jacques Merlin, ou Recueil des choses les plus mémorables qui se sont passées en cette ville

bâtiment anglais. En retour, les Espagnols avaient perdu deux vaisseaux et nombre d'hommes, entre autres le capitaine italien Adriano Brancaccio. Et Matignon et Barrault, battant pavillon à bord du Marchand Royal (l), les forçaient à rétrograder sur Blaye.

C'est à les bloquer dans la Gironde que Matignon conviait l'escadre catholique de Brouage et l'escadre protestante de La Bochelle. Le 1" mai, la première était au rendez-vous : à la tête de douze vaisseaux, Jean-Robert de La Limaille (2t, ['ancien compagnon de Henri IV au siège de Brouage, s'avançait en ordre de hataille; il avait donné à ses capitaines ses dernières instructions ; on n'était plus qu'à un :juart de lieue de Pauillac, à la vue de l'ennemi, quand parvint l'ordre de ne point engager l'action avant que la flotte bordelaise de Matignon fût aux prises. Or, Matignon l'était encore qu'à Plassac ou à la Roque de Tau. Ce malencontreux retard fut le salut de l'escadre espagnole. Il était six heures du soir. La Limaille mouilla, au désespoir de ses matelots qui criaient à la trahison et jetaient leurs armes par dessus bord.

Son attitude paraissait en effet si bizarre que le gouverneur de Blaye fit demander, par chaloupe, à cet ancien ligueur s'il laisserait le passage libre. — Non, répliqua La Limaille; et un boulet ponctua sa réponse. Mais le tirant

de La Rochelle (1589-1620), dans les Archives historir/ues de la Saintonne et (le VAunis, t. V, p. 69, 71. — Carte du siège, avec les vaisseaux anglais au mouillage (British Muséum, Cotton, Augustus I, vol. II, n" 80 : publiée par Francisque Michel, Histoire du coninicrce de Bordeaux, t. I, p. 444). D'après celte carie, les capitaines anglais étaient Wilkinson, Thomas Johnson, Michaell Meriall, William Bower, Braford et Courtney.

(1) B. IN., Franc. 18160, fol. 94 v"; Franc. 18159, fol. 79; Franc. 18162, fol. 48; Franc. 20153, fol. 621. — Jean-Jacques dk CaillÈres, Histoire de J. de Goyon de Matignon, maréchal de France. Paris, 1661. — Ranion vSeoane y Febreb, marquis de Seoane, Naverjantes Guipuzcoanos. Madrid, 1908, in-8', p. 54.

(2) Sur Jean Robert de La Limaille, voir L. Meschi.net de Richemond, les Marins rochelais. 2° edit. >«iort, 1906, in-8", p. 16.

d'eau de son bâtiment l'empêcha de s'aventurer à la poursuite de Zubiaur, qui se laissait dériver avec le jusant vers l'embouchure du fleuve. Il se bornait à un feu très vif d'artillerie et de mousquetterie, quand l'échouagc de la nef de Lussan lui parut une occasion de tenter l'abordage. Mais à peine avait-il coupe son amarre, qu'il alla dans les ténèbres heurler son vice-amiral; il dut mouiller à nouveau.

Le lendemain matin 2 mai, il était rallié près de Caslillon par vingt-quatre vaisseaux et deux galiotes du maréchal de Matignon; Zuljiaur était alors vis-à-vis de Saint-Seurin. Les galiotes légères du maréchal le talonnaient. Quelques instants encore, et une troisième escadre de quatorze vaisseaux et trois galiotes, celle de La llochelle (1), rendrait impossible toute retraite. Pressé de toutes paris, Zubiaur promit un ex-voto au Christ vénéré du sanctuaire de Lezo, s'il faisait une trouée à travers les quatre-vingt-trois bâtiments qui l'enveloppaient : et forçant de voilure, il s'échappa {'2). Toute son escadre était sauve. La Limaille suivait de loin; croisant près de Royan la division rochelaise, même en présence de l'ennemi, le patriotisme ne remj)orla point sur l'esprit de parti; le lieutenant de Saint-Luc passa fièrement, pavillon au mât, sans daigner saluer l'amiral de Guyenne, Henri de Coligny, dont s'étaient fait accompagner les quatre échevins de La Rochelle, uniquement pour maintenir leur préséance sur leur rival exécré (3).

De tous, La Limaille fut le bouc émissaire. Les Rochclais demandèrent au roi de le relever de ses fonctions pour incapacité, offrant leurs vaisseaux et douze bâtiments hollandais à leur solde pour barrer la route aux Espagnols.

(1) Le P. AncÉnK, Histoire de La Rochelle, t. II, p. 75.

(2) Martinez dk Lsasti, Historia de Gidpuscoa. San-Sebaslian, 1850, in-8°, p. 432.

(3) L'amiral Henri de Coligny se trouvait aussi en conflit avec Mati.iTnon, auquel il reprochait de délivrer abusivement des passeports. 17 octobre 1592 (B. N., Nouv. acq. franc. 20030, fol. 74).

LA LIGUE tiSG

Matignon le fit traduire pour couardise en conseil de guerre : « Étais-je tenu de vous obéir? questionna La Limaille. — Sans doute. — Eh bien! dit-il en sortant de sa poche un paquet, voici les deux lettres par lesquelles vous m'interdisiez d'engager la bataille (I). "

En juillet 1593, Villavlclosa réitérait la brillante expédition d'avril. Avec six pinasses et trois cents hommes, il entrait de nuit dans la Gironde, jetait dans Blaye la compagnie Manrique de Vargas et poussait jusqu'à Bordeaux. Sans crainte des bâtiments en croisière, il en capturait trois ; et, le 4 août, il enlevait la galiote du maréchal. L'intervention du hardi capitaine fut décisive. Le siège de Blaye, qui traînait depuis sept mois, fut levé du coup (!2).

Bayonne, comme tous nos ports du sud-ouest, était sous la menace d'une surprise. Une expédition s'apprêtait à Fontarabie, des intelligences se nouaient dans la place, quand le gouverneur de Bayonne, La Hilllère, intercepta des lettres suspectes où il était question de « saigner le malade » . Le malade, c'était lui. Il ne se laissa point faire et congédia ses étranges médecins (3).

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