IV
mille sept cents : et loin d'être soutenu cette fois par Tescadre de Zubiaur (1), il était pris en flanc par l'amiral Frobisher. Néanmoins, il tint ferme. Un mois s'écoula. Il fallait en finir. Le 17 novembre, les assauts se succédèrent sans discontinuer depuis l'aurore jusqu'au coucher du soleil : les colonnes se relevaient l'une l'autre... Juan del Aguila n'était plus qu'à trois ou quatre lieues. A l'instant d'être pris entre deux feux par l'armée de secours, Frobisher enleva ses matelots avec celte fougue qu'il avait déployée contre l'Invincible Armada; il tomba frappé à mort; le marécbal de camp de Liscoët gisait à ses côtés. Mais Paredcs venait d'être tué sur la brèche, et la forteresse de Crozon succombait. Elle fut rasée, afin de ne point servir d'asile et de point d'appui à la flotte anglaise : depuis lors, la presqu'île s'appelle la Pointe des Espagnols.
(i Le troisiesme lieu de la Bretagne, " le premier par son trafic, Saint-Malo, qui vivait en république, demanda aussitôt et obtint son pardon à des conditions particulièrement avantageuses : liberté du trafic, tribunal de commerce, fonte libre de ses pièces de marine (2). La Ligue ne tenait plus que les ports du sud de la Bretagne.
Cependant, un coup de théâtre s'était produit qui avait ébranlé la Ligue en supprimant sa raison d'être. Henri IV avait abjuré. Le 27 février 1591, il était sacré à Saint-Denis. Brissac lui ouvrait les portes de la capitale; Villars, pour le bâton d'amiral, livrait Rouen et la Normandie. Et voici ce qui se passait dans le sud.
Le 2 septembre 1594, les Lyonnais ataient eu, spectacle étrange et nouveau pour eux, une revue navale. Les trois frégates que le capitaine Jean Chevallier « présentait en
(1) Zubiaur avait six flibots, quatre zabres et 680 hommes, Brochcro quatre galères, c'est-à-dire de quoi livrer bataille à Frobisher (Drno, t. IIL
(2) Octobre 1594.
bataille, » commandées chacune par un lieutenant et un officier canonnier (1), devaient déjouer, par une incessante croisière sur le Rhône et la Saône, les malfaisants projets d'un prisonnier évadé le 20 juillet du château de Pierre- Encise. Ce prisonnier n'était autre que l'ancien gouverneur de la ville, Charles de Savoie, duc de Nemours, dont l'armée de ligueurs, de Suisses et de Savoyards, a fermait le passage aux Lyonnais tant dessus que dessous les rivières, aux fins de les contraindre » par la famine à capituler. Il comptait sans les frégates de Chevallier, sans les troupes du connétable de Montmorency, qui vinrent du Languedoc se loger sur ses derrières (2). Et bientôt, une défection sensationnelle lui enleva tout espoir de réussite.
Le porte-drapeau de la Ligue, le duc de Guise, passait au parti du roi avec le titre de gouverneur de Provence. Ses parents, Mayenne, Aumale, Mercœur, ne tenaient plus la campagne qu'avec le concours des Espagnols.