LA GUERRE AVEC L ESPAGNE
La déclaration de guerre, signifiée à l'Espagne le 16 janvier 1595 (3), précipita le dénouement de la guerre civile. Ce fut la crise finale, où s'éliminèrent les germes morbides qui empoisonnaient le pays. « Le dedans du royaume est
(1) « Roolle de la monstre et res'eue faicte à Lyon, le deuxiesnie jour de septembre 1594 .. (R. N., Nouv. acq. franc. 3601, fol. 32).
(2) Pai.ma Cayet, Clu-onologie novcnaire, dans la Coll. Micliaud et Poiijoulat, 1"= série, t. XII, p. 661.
(3) Dès le 28 janvier, les Etats de Bretagne, h la liemandc du duc d'Aumont, écrivaient aux Malouins de courir sus aux Espagnols (B. N., Franc.
net et tranquille, écrivait bientôt Henri IV, toute la guerre étant en Bretagne et en Picardie (l). » Il omettait la Provence.
Marseille, et à sa suite les ports de la côte, avaient pris parti pour la Ligue; Toulon, seul, restait fidèle au roi. De ce point d'appui, la galère de l'amiral de La Valette et quelques frégates couraient sus aux Espagnols et Savoyards qui rôdaient autour de la cité phocéenne, devenue par son émancipation l'objet de la convoitise générale. Certain matin de juillet 1591, un galant parut avec seize galères chargées de troupes. Dans ce moment critique, la fière cité, que n'avait pu vaincre l'empereur Charlcs-Quint, s'humilia, et, incapable de se faire respecter de Charles-Emmanuel de Savoie, le supplia de n'entrer dans le port qu'avec deux galères. La fumée des salves dissipée, toute la flotte était à quai, en dépit des supplications, en dépit des arquebusades tirées de la tour Saint-Jean. La population anxieuse ne respira qu'en lui vovant prendre, le soir même, la route de la Ciotat (2). Mais le lendemain 8 juillet, un autre larron parut. Une escadre florentine amenait au château d'If les soldats du grand-duc de Toscane, d'accord, il est vrai, avec Nicolas de Bausset, capitaine de la petite forteresse (3). Bausset n'était point en communion d'idées avec les Marseillais. Et cette divergence de vues permit à l'amiral duc d'Epcrnon de tenter le blocus de la ville avec deux galères seulement, la sienne et celle de ]Montmorency (i); ainsi préparait-il un
(1) Henri IV à Savary de Brèves. 22 mai 1596 (Hkbger de Xivbky, Lettres... de Henri IV, t. IV, p. 589)
(2) Mémoires de Henri de Séguiiun (Bibl. de Carpentras 1775, fol. 105)
(3) « Mémoires du lieutenant Bausset [^sicolas de Bausset de Roquefort] concernant les derniers troubles de la ville de Marseille depuis l'an 158; jusques en 1596 » (B. IN., lUipuy 656, fol. 109 : publiés par la Société bis torique de Provence, Mémoires pour servir a l'Itisloire de la Lit/ne en Pro l'cncc : Besauduii, Bausset, Cassuiqnes. Aix, 1866, in-8°).
(4) Nouvelles de Toulon, 5 février 1593 (B. IN., Franc. 15575, fol. 02) — D'autre part, le duc de Savoie s'était emparé d'Antibes le 7 août 1592.
coup de main qui échoua, faute de pétards pour faire sauter les portes. De ce coup manqué, l'effet fut désastreux. « Comme des orphelins sans support, les consuls gouverneurs de Marseille, " Charles Cazaux, Gas et Séguin, se jetèrent dans les hras de l'étranger, quémandant de toutes parts des galères, deux au pape (1), et quatre au roi catholique {"2).
Telle était la situation de la capitale provençale, lors de la déclaration de guerre à l'Espagne. Si Bausset tenait toujours dans le château d'If avec le concours de quatre galères florentines (^î), Henri IV redoutait tellement l'entrée des Espagnols à Marseille qu'il obtint du sultan l'appui éventuel des vice-rois d'Alger, de Tunis, de Tripoli. Il demandait de plus le prêt de douze galères turques : « Je ne puis soustenir seul le faix de ceste guerre, avouait-il, tant mon royaume est faible encore (4). " Or, avant que les fils de l'Islam pussent intervenir, la trahison redoutée se consomma. Dans les premiers jours de l'année I59(), Don Carlos Doria entrait à Marseille avec douze galères et un millier de vétérans espagnols, que Charles Cazaux et Louis d'Aix, « les tyrans » municipaux, accueillirent comme des libérateurs.
Un Corse ne put supporter ce spectacle. Et comme sa charge de capitaine de la porte réale (5) le mettait à même de servir les desseins du gouverneur de la province, Pierre
(1) Les consuls gouverneurs au pape. Marseille, 27 mars 1593 (B. N., Dupuy 155, fol. 13). — Depuis 1590, Marseille faisait appel à la protection pontificale (A. Des.iardins, Négociations diplomatiques de la France avec la Toscane, t. V, p. 117, clans la Coll. des documents inédits).
(2) A détacher de l'escadre de Gênes. Avril-mai 1593 (Bausset, fol. 124 v°).
(3) Bausset au roi. 24- septembre 1595 (B. N., Franc. 17023, fol. 143 v").
(4) Henri IV à De Brèves, ambassadeur à Constantinople. il décembre 1595 (BERGEn DE XivREY, Lettres missives de Henri IV, t. IV, p. 475). — « Discours faict par le sieur de Brèves sur l'alliance qu'a vostre Majesté avec le Grand Seigneur .. (B. N., Franc. 18075, fol. 4 v").
(5) Bausset, fol. 144.
de Libertat s'aboucha avec Charles de Lorraine, duc de Guise; il mettait ù prix son concours. Mais 160 000 écus, les dépouilles des tyrans, leurs deux galèreS;, la charge de viguier et le commandement du fort Notre-Dame (1), ce n'était pas payer trop cher ce qui allait se passer.
Le 17 février, Lil^ertat tuait de sa main Cazaux; l'émeute grondait dans les rues, où bientôt le duc de Guise, venu à marches forcées de Toulon, faisait une entrée triomphale, écharpes blanches auvent. En moins d'une heure, une ville quasi espagnole redevenait française. " L'on n'oyoit dans le port d'autres clameurs que Coupe le cap, vogue, sye, rame, nos siamos perdidos ; et sembloit que l'emboucheure du port n'estoit pas assez grande pour sortir le moindre de leurs esquifs, tant la peur leur avoit saisi l'âme. " C'étaient les Espagnols qui fuyaient (2), laissant soixante cadavres derrière eux, alors que des renforts amenés par douze autres de leurs galères n'étaient plus qu'à quelques milles (3).
Henri IV n'en réclamait pas moins le prêt d'une escadre turque, afin d'être paré contre tout retour offensif (4). 11 ne se doutait pas que le danger restait tout proche de Marseille. A un moment où la fortune des armes nous semblait contraire, le 20 avril 1597, nos amis toscans, en créanciers impitoyables, se saisirent du château d'If comme d'un gage et jetèrent des fortifications dans la petite île de Calescraigue : parla, le frère naturel du grand-duc, Giovanni de Médicis, se trouvait maître des abords de Marseille. L'amiral duc de Guise, devant cette bravade, opposa forteresse à forteresse; il se dirigea avec les deux galères de Libertat et
(1) Traité passé à Toulon le 10 février 1596 (B. N., Dupuy 155, fol. 22.)
(2) Palma Cayet, Chroaoloçjie noveitaire, dans la coll. Michaud et Poujoulat, 1™ série, t. XII, p. 720.
(3) Bausset, fol. 155 v°, 157. — Lettre de Henri IV. 29 février (Bebgkr DE XivREY, Lettres missives de Henri IV, t. IV, p. 507).
(4) Henri IV à De Brèves. 17 juin 1596 (Berger de Xivrey, t. IV, p. 600).
une douzaine de bâtiments vers l'ile de Ratonneau, et sous le feu des quatre galères florentines, il pourvut de munitions les troupes de Beaulieu, qui tinrent dès lors en échec l'escadre des Médicis (l).
Sur ces entrefaites, quatre de ces galères barbaresques qui avaient ordre du sultan de nous prêter main forte, entrèrent à Marseille sous la conduite du fameux corsaire Mourad raïs. Le renard s'est pris au piège, disait le bâtard de INlédicis en guettant sa sortie : mais le renard, un mois durant, le fatigua par de faux départs; puis un beau malin, ses siq)erstructures de poupes démontées pour aller plus vite, il franchit les passes à toute allure ["2).
Calais n'eut point la même fortune que Marseille. Le 29 mars 1596, une colonne volante, détachée de l'armée de l'archiduc sous le commandement du maître de camp de Rosnc, surprenait le fort du Risban qui domine la passe, et refoulait dans la citadelle le gouverneur Saint-Paul de Bidossan. L'amiral hollandais Duyvenvoord arrivait à la rescousse des assiégés à la tête de douze vaisseaux et Henry Palmer avec six vaisseaux et trois pinasses de garde dans la Manche : mais l'un et l'autre furent tenus en respect par les batteries du Risban. Palmer rebroussa chemin vers Douvres. Frémissant d'impatience, le chevaleresque comte d'Essex voulait remettre à la voile pour forcer le blocus. Le 15 avril seulement, il put arracher à la reine l'autorisation d'embarquer trois mille hommes de ti'oupes sur ses meilleurs vaisseaux de guerre (3).
(1) A. Desjardins, Négociations diplomaticjues cte la Fiance avec la Toscane, t. V, p. 339, 347. — Lettres de Henri IV, 3i mai, 8 juillet 1597 (Berger de Xivrey, t. IV, p. 768, 805).
(2) Un FI, Histoire de la ville cte Marseille (1642), p. 305.
(3) Hatfield Papers, t. VI, p. 139 et suiv. — Julian S. Corbett, The successors of Drake. London, 1900, in-8", p. 27 et suiv. : On y voit figuré, d'après une gravure allemande du temps, le siège de Calais par les Espagnols (p. 38-39). — Surla coopération des Hollandais, voyez une lettre deBongars, 23 avril 1596 [^Lettres de Jacques de Bo.ngars, édit. de 1695, t. I, p. 461).
Mais sa coopération était l'objet d'un marché qui se débattait à Londres. « Il vous secondera, répondait Elisabeth aux instances de notre ambassadeur, à la condition que la ville me soit remise. " — « Autant être mordu par un lion que par une lionne et dépouillé par un ennemi que par un allié, » s'écria le bouillant Béarnais (1). « Nous mourrons, ajoutait un de ses ambassadeurs, mais du moins, nous mourrons debout (2). » Et la fatalité s'accomplit. Le 26 avril. Calais était aux mains des Espagnols : Bidossan s'était fait tuer sur la brèche.
Que de désastres, que d'avanies nous valait notre détresse maritime 1 Lors du traité d'alliance qui fut signé au lendemain de la prise de Calais (3), Henri IV promettait à la reine Elisabeth assistance en hommes et en vaisseaux. — « Vos vaisseaux? ricana le trésorier d'Angleterre. Mais vous vendez la peau de l'ours. Je sais bien que le roi n'en a pas (4). M Tout l'effort que nous pouvions faire, c'était de mettre sur les chantiers normands cinq vaisseaux de ligne (5) et d'armer la petite expédition de La Villaudoré pour le Brésil (6) ; pour « travailler » le royaume de Naples, nous étions réduits à escompter le prêt de douze galères turques (7).
Henri IV espérait pourtant qu'une violente « secousse » ébranlerait les fondements de la monarchie espagnole, que le colosse tremblerait sous le choc simultané des Turcs et
(1) Gaillard, Négociation de Messieurs de Bouillon et de Sancy en Annle- *erre, dans les Notices et extraits des 7nanuscrits, t. II, p. 119 et suiv.
(2) Lettre de Bongais. 24 juin {Lettres de Bongars, t. I, p. 472).
(3) 24 mai. I
(4) Négociation du baron de Sancy en Angleterre (B. N., Cinq-Cents Colbert 35, fol. 226 v").
(5) Trois vaisseaux de 5 à 600 tonneaux, et deux de 3 à 400 mis en chantier par ordre de l'amiral de Villars. Mandement royal de mai 1595 (Le P. FouR.NiER, Hydrographie, 2''édit., p. 254).
(6) Cf. ci-dessus, p. 339.
(7) Henri IV à Savary de Brèves. 11 décembre 1595 (Berger DE Xivrey, Lettres... de Henri LV, t. IV, p. 475).
dos Anglais (1). Le 16 juin 1596, le beau-frère du sultan quittait Gonslanlinople à la tête de cent cinquante galères (2;, au moment où les douze mille Anglais du comte d'Essex voguaient vers l'Espagne. Essex brûla Cadix; le capoudan- ]>acba ne lit rien d'utile; la double diversion de nos alliés n Mvait point réussi à nous dégager d'étreinte.
» Vous n'aurez jamais repos, écrivait-on au commandant de l'ile de Bréhal, jusqu'à ce qu'on ait cbassé tous ces tyrans espagnols de la Bretaigne (;î). r> Ces botes, solidement établis à l'emboucburc du Blavet, avaient pour allié (4) un pirate logé dans l'ile Tristan, près de Douarnenez. Pour expulser Guy Eder de La Fontenelle de son repaire, le gouverneur de Brest ne mobilisa pas moins de trois régiments et de six barques bien armées : mais au bout de six semaines de blocus, à la fin de novembre 1595, Bieux de Sourdéac dut renoncer à son entreprise (5). C'est d'égal à égal, comme » gouverneur du fort et isle de Douarnenez » , que le brigand traita avec Saint-Luc, général de l'armée de mer royale : La Fontenelle passait avec toute sa bande, cinq compagnies d'infanterie et deux capitaines de marine à la solde de l'Etat, qui lui conférait, en l'absence des lieutenants du roi en Bretagne, le commandement des vaisseaux ronds armés en guerre (6).
Un accident priva les Espagnols d'un autre allié. Le général de la flotte de la Ligue, Cbarles de Gondi, se fit
(I) Henri IV à De Brèves. 22 mai 1596 (Ibidem, t. IV, p. 587). (2> « Discours faict par le sieur de Brèvks sur l'alliance qu'a Vostre Majesté avec le Grand Seigneur » (B. N., Franc. 18075, fol. 4 v").
(3) Lettre adressée de Jersey le 19 août 1595 (Mémoires pour servir de preuves a l'histoire de Bretagne, t. III, col. 1637).
(4) Pour renforcer leurs quatre galères et leurs six navires, les Espagnols avaient demandé des hommes et des bateaux à La Fontenelle. Avis de Saint-Malo, 6 août 1595 (Mémoires... de Bretagne, t. III, col. 1637).
(5) A. DE Barthélémy, Choix de documents pour l'histoire de la Ligue en Bretagne, p. 202.
(6) Traité signé à Rennes, le 4 avril 1596 (Mémoires... de Bretagne, t. III, col. 1641).
2oÔ lilStOiRÈ DE LA MAtltlNE FRANÇAISE
tuer le 23 mai 1596, en donnant l'assaut au Mont Saint- Michel, que défendait Julien de La Touche de Kerrollan (1). Toutes ces circonstances portèrent le maréchal de Brissac à prendre à son tour l'offensive sur mer (2). Mais il avait affaire à forte partie, comme en témoigne le dénombrement des forces navales de la Ligue : au Blavet, les Espagnols entretenaient quatre navires de guerre, que renforceraient au besoin huit croiseurs de Bilbao et Pasajes, huit vaisseaux du duc de Mcrcœur et les quatre stationnaires de Belle-Isle, commandés par Albert Ruccelaï ou Rousselet de la Pardieu. La Fontenelle était l'arbitre de la situation : suivant qu'il se portait d'un côté ou de l'autre, il faisait pencher la balance en faveur de ce parti. Et voilà qu'au mépris du contrat passé avec Saint-Luc, il se proposait de joindre ses dix bâtiments de guerre, voire douze, à l'escadre espagnole (3).
Sourdéac est résolu d'en finir. En mars 1597, son lieutenant Dupré se sacrifie pour brûler le vaisseau amiral de La Fontenelle, encore en chantier. La Fontenelle veut venger cet affront et met en mer sept vaisseaux bien armés : « La témérité de son admirai, nommé Orange, l'amena droict au havre de Gamaret, embouchure du goulet de Brest. » Sourdéac forme en hâte « une armée volante « de cinq bâtiments brestois, l'Ange, le Royal, l'Espérance, le Saint-Melaine et le Riais, dont le tonnage varie de 300 à 80 tonnes; la rencontre entre « ces grondeurs à gueule fumante » fut des plus rudes. Elle se termina â la confusion d'Orange qui prit la fuite vers la haute mer, laissant trois vaisseaux sur le
(i) Mémoires de Bretagne, t. III, col. 1G87 et 1749.
(2) Henri IV lui donne l'ordre, à cet effet, d'armer des vaisseaux. 5 octobre 1596 (H. N., Cinq-Cents Colbert 292, fol. 6). — Le 13 juin, il avait donné le même ordre à l'amiral de Guyenne, Coligny (B. N.,Moreau 1340, fol. 27).
(3) Mendo de Ledesma au roi Catholique. Nantes, 5 avril 1597 (Gaston DE Carké, Correspondance du duc de Mercœur, t. II, p. 121).
LA LiGtJË âài
chaiiip de bataille, l'un à la côte, l'autre coulé, le ti*oisième pris, ceux du cadet des Salles, de la Roche-aux-Ramiers et de La Mare (l).
La puissance navale du bandit est brisée. Reste à le déloger de son repaire. Sourdéac arme quatorze navires (2), deux mille hommes, demande huit vaisseaux, six cents hommes aux Anglais et, en juin 1597, il recommence le siège de l'île Tristan (3). Mais le 20 août, quatre galères de Carlos d'Amcçola, arrivées d'Espagne, se portent au secours des assiégés avec les compagnies Zuniga et Mendoça (4). Une fois de plus, La Fontenelle était sauvé.
Il s'empressa de mettre son escadrille à la disposition des Espagnols : le gouverneur de Vannes, Julien de Montigny de la Hottière, qui possédait deux beaux vaisseaux, le Saint- Julien et le Jacques (5), en fit autant. Et bien que les Espagnols n'eussent pas grande confiance dans les deux condottiere, ils pensaient utiliser leurs navires, en y embarquant de l'infanterie (6). S'ils faisaient ainsi flèche de tout bois, c'est que le 2 novembre 1597, le jour des Morts, leurs espérances s'étaient évanouies. Une grosse flotte qui arrivait du Ferrol à leur secours avait été dissipée par la tempête en vue du Gonquet. Sourdéac, accouru de Brest pour s'opposer à toute descente, avait été témoin du désastre. Pour donner le coup de grâce à sept caravelles de l'arricre-garde qui abordèrent le 5 novembre à Camuret, il apprêtait à lirest trois vaisseaux. INIais le capitaine du Gonquet, Escourien, qui en armait trois autres sur son ordre, le devança et,
(1) Mémoires de SourdÉac (B. N., Franc. 3861, fol. 266, 267 v°) (2)/6ù/em, fol. 274. .
(3) Mendo de Ledesma au roi Catholique. Nantes, 10 juin 1597 (Gaston DK Caunk, t. II, p. 133).
(4) Rodrigo de Orozco au même. Le Pèlerin, 31 août (Ibidem, p. 136).
(5) De 500 et 100 tonneaux, avec 65 pièces de canon (Gaston de Carsé, t. II, p. 159, 1G3).
(6) Mendo de Ledesma au roi Catholique. Nantes, 26 janvier 1598 (Gaston DE C.vn>iÉ, t. II, p. 153).
après un sanglant combat, força les caravelles à vider la place (1).
Mercœur était désespéré. La Ligue n'avait plus comme port de salut en Bretagne que Nantes. Pour l'enlever, un vigoureux effort fut tenté : toute la côte s'y employa. La Rochelle détacha en croisière onze légers navires dont l'un portait le nom de la Belle Gabrielle ; Brest arma cinq vaisseaux (â), Bordeaux équipa le Royal et sa patache d'escorte aux frais de l'amiral et du chancelier (3) ; la reine Elisabeth fut priée d'y joindre six roberges (4) . « Brave Grillon, écrivait Henri lY à son vieux compagnon d'armes, ce seroit trop de n'avoir esté au siège d'Amiens et faillir à celuy de Nantes» , où je me rends (5). Le roi n'était encore qu'à Angers, lorsque la duchesse de Mercœur lui apporta la soumission non seulement de Nantes, mais de la province entière. Le !20 mars 1598, une circulaire royale prescrivait des réjouissances nationales pour la pacification de la Bretagne (0).
Au lieu des horreurs d'un siège, les Nantais eurent l'agrément d'une revue navale sous leurs murs : les deux vaisseaux et la patache de Rousseletde La Pardieu (7), soigneu-
(1) Avec ses trois vaisseaux {Mémoires de SoubdÉac, cités par Doin Taillandikh, Histoire... de Bretagne, t. II, p. 470; actuellement à la B. N., Franc. 3861, fol. 276 v»).
(2) Lettre de Mendo de Ledesma. Nantes, 20 janvier 1598 (Arcli. nat., K 1601, p. 70).
(3) Le Royal, de 30 canons et 300 tonneaux, était commandé par Jean Lopez. 7-8 février 1598 (B. N., Franc, 18162, fol. 86 v°. — Le P. Foun-
NIER, p. 254).
(4) Ambassade de Hurault de Maisse en Angleterre. Janvier (B. N., Franc. 15974, fol. 268).
(5) Henri IV à Grillon. 28 janvier (^Lettres missives de Henri IV, édit. Berger de Xivhey, t. IV, p. 899).
(6) Ihidem, p. 923.
(7) Des frais d'armement de ces trois navires, équipés pendant un trimestre pour la police de la côte, Roussclet de La Pardieu demanda vainement le remboursement. Ce fut son fils Rousselet de Châteaurenault qui obtint, le 3 janvier 1641 seulement, satisfaction. Les Etats de Bretagne lui allouèrent 20 000 livres (B. N., Franc. 8301, p. 394, 396).
sèment inspectés par l'amiral de Montmorency (l), allaient se mesurer au Blavet avec l'escadre de Pedro de Zubiaur, lorsqu'une nouvelle arrêta les hostdités. La paix venait d'être signée à Vervins le 2 mai. Avec elle, disparaissaient les derniers vestiges de l'occupation étrangère. Les Espagnols évacuaient Calais et le Blavet; le duc de Toscane nous faisait remise du château d'If. Les quatorze bâtiments de Julien de Montigny de La Hottière (2) et du capitaine Provençal vinrent se joindre pacifiquement à l'escadre de Zubiaur pour rapatriera Cadix les débris de l'armée d'occupation espagnole (3). Et l'édit de Nantes, le 13 avril 1598, en accordant la liberté de conscience aux huguenots, acheva de pacifier le royaume.
(1) Avril 1598. L'amiral de Montmorencv-Dainpville avait alors pour viceamiral de Bretagne le baron de Neufbourg (B. N., Franc. 17329, fol. 162.)
(2) Le Sainl-Jacoiies et le Saint-Julien du sieur de La Hottière, la Sainte- Marie, de Bordeaux; etc. 4 septembre (Areh. Nat., K 1601, p. 25; E 2'', fol, 121. — B. N., Franc. 18164, fol. 80).
(3) Bricf discours des choses plus remarquables que Samuel UE Ciiamri.\i\, de Brouaqe, a reconnues aux Indes..., édit. Laverdikbe, OEuures de Champlain. Québec, 1870, in-4o, t. L — Le 24 septembre 1602, six galères espagnoles de F'ederigo Spinola ayant relâché au Blavet, « tout le pays s'arma incontinant contre ceulx qui avoient mis pied à terre » et les chassa (Lettre de Henri IV du 28 septendire : Laffleur de Kermai>gant, Mission de Christophe de Harlaj, Pièces justif., p. 72).
L'histoire est un perpétuel recommencement. Voici trois siècles et plus que sont posés les problèmes cosmog^raphiques de notre époque, percement des isthmes et découverte des pôles : de leur solution, dépendait le choix de la route la plus courte pour accéder aux Indes. Et les Indes exerçaient sur tous une telle attraction, que le roi Henri IV, libéré des soucis de la gucrix civile, échafaudait tout un plan d'expansion coloniale en Extrême-Orient. Pour quelles raisons il échoua, c'est ce qu'on ne saurait comprendre sans pénétrer le secret de nos rivalités intestines, les tortueuses intrigues de nos concurrents et certaines complaisances peut-être d'hommes d'État réputés intègres. Héroïsmes obscurs, sourdes trahisons, crimes impunis, rien ne manque à la machination de ce drame historique... rien, pas même un prologue. Au gouvernement, l'initiative privée avait tracé la route, des Parisiens et des Normands en allant dans les mers boréales, des Malouins aux îles de la Sonde et un historien saintongeais vers un mystérieux continent austral, trait d'union entre l'Amérique et l'Insulindc.