L'ALLIANCE FRANCO-ECOSSAISE
Une amie séculaire allait nous abandonner pour cause de religion : l'Ecosse. Là comme en France, les Guise s'étaient posés en champions du catholicisme. A la marée montante de la Réforme, la régente Marie de Lorraine tentait d'opposer une digue, avec le souci de concilier » les humeurs du pais et les désirs de la France » (1). A la suite des sourdes menées de l'agitateur britannique Ralph Sadler (2), en 1559, une « lettre mutine » du chef du parti prolestant, James Hamilton, comte de Haran, lui intima l'ordre de cesser les fortifications de Leith. Sur ces entrefaites, arrivèrent en France Jacques de La Brosse, lieutenant du duc de Guise, et l'évêque Nicolas de Pellevé, l'un pour faire la guerre, l'autre pour discuter (3). Marie de Lorraine reprit courage : Gardillac de Sarlabous et Glutin d'Oysel, à la tête de nos
(1) Agrippa D'ArBioÉ, Histoire Universelle, édit. par le baron Alphonse de lluble pour la Société de l'Histoire de France. Paris, 1886, in-8", t. I, p. 352.
(2) Dépêches de Gilles de Noailles, ambassadeur à Londres, 5-7 septembre 1559 (A. Teulet, Relations politiques de la France et de V Espagne avec l'Ecosse au yiw" siccle. Paris, 1862, in-8°, t. I, p. 345).
(3) Agrippa D'AcBiGMi, t. I, p. 354. — Quatre enseignes de fantassins étaient en partance le 8 août 1559 (Hibl. du Dépôt des cartes et plans de la marine 87, t. II, p. 41).
contingents et des troupes Fidèles, tentèrent d'arrêter les chefs de la conspiration. Mais vite débordés, ils durent gagner « le Petit-Lit » et dans Leith s'enfermer. La régente, prisonnière avec eu.x, fut sommée d'abdiquer son titre.
Pressé de porter secours à la régente, sa sœur, René de Lorraine, marquis d'Elbeuf, appareillait en décembre 1559 avec huit transports normands chargés de troupes (1) : mais sa cavalerie et sa garde atterrirent en naufragés sur les côtes britanniques. La tempête le rejeta avec cent soixante hommes vers notre littoral : seuls, les deux vaisseaux de Sébastien de Luxembourg, vicomte de Martigues, parvinrent à gagner l'Ecosse; encore, à peine nos troupes avaient-elles rejoint la garnison de Leith que les navires, dans une surprise nocturne (2), tombaient aux mains des assiégeants (3). Dix-sept vaisseaux anglais de l'amiral Winter avaient pris la mer en même temps que le marquis d'Elbeuf, tant pour lui coupei la route que pour appuyer les opérations du siège de Leith, échappant eux-mêmes de bien peu à l'audacieux coup de main du capitaine Trefforest, beau-frère de Jean Ribault, qui comptait les brûler dans la Tamise (4).
De part et d'autre, les souverains de France et d'Angleterre jetèrent le masque de la neutralité. Elisabeth promettait à James Stuart de l'aider de toutes ses forces à expulser les Français (5) : et pour forcer la croisière britannique dans le u Far d'Escosse, » pour porter secours aux partisans
(1) « État abrégé de la recepte et Jcspense faicte pour le faict de l'advitailletnent de l'armée de mer que le roy avoit délibéré mettre sus pour son service au pays de Normandie» (B. N., Franc. 3174, fol. 29).
(2) Entre autres, sans doute, le vaisseau du capitaine de la marine royale Jean liabert, qui le perdit en Ecosse (B. N., Franc. 11969, fol. 396 v°).
(3) Louis Paris, ISé<jociations, lettres et pièces diverses relatives ait règne de François II. Paris, 1841, in-4", p. 324 : Collection des Documents inédits.
(4) Mémoire baillé à M. de La Mothe-Salignac, ambassadeur en Ecosse (Teulet, p. 385).
(5) Traité de Berwick, 27 février 1560 (Ry.meh, Foedera, t. XV, col. 569).