TRANSATLANTIQUES A BLINDAGE ÉTANG HE
Comme rOricntal ne respecte que la force, d'un coup, sans transition, devait paraître dans les mers d'Extrême- Orient une flotte de trente longcourrlers. Et quels longcourriers! Des transatlantiques spacieux, qu'un entrepreneur offrait de construire en trois ans, prévoyant dans son devis les moindres détails du gabarit et de l'arrimage, jusqu'aux citernes à eau et aux alambics à eau-de-vle. Que dls-je? Ces transatlantiques entraînaient une véritable révolution dans l'art naval par leur blindage étanche; du feutre d'Allemagne tenait lieu des fibres végétales qui masquent, en se gonflant au contact de la mer, les déchirures des œuvres vives des vaisseaux modernes. Un doublage d'airain l'enveloppait depuis la quille jusqu'à la ligne de flottaison. Contre une paredle cuirasse superposée à une membrure de chêne, les tarets ne pouvaient rien, les « brellins, sappinettes, caffre n glissaient sans adhérer, et les boulets n'avalent pas de prise.
Si la carte à payer était lourde, — quatre millions et demi en trois annuités, — elle assurait à l'Etat une flotte de guerre excellente, une artillerie de marine de onze cent quarante bouches à feu, deux mille sept cents hommes d'équipage, dont rcntretlen permanent ne coûterait rien au roi. Bien mieux! cette flotte constituait un placement de père de famille, puisque l'entrepreneur offrait de la
(t) Mciiioircs au roi sur la création de cette Compagnie : " Déclaration de la forme, grandeur et hauteur de trente navires entreprins pour le service de S. M. " ; » Clauses et conditions du contract pour la construction de trente navires » (B. N., Brienne 319, fol. 1, 33, 55).
a prendre à fief, » à raison de vingt mille livres par navire et par voyage. Que si le roi préférait faire à son compte le commerce d'Extrême-Orient, il aurait les deux tiers des bénéfices.
Pour la première fois, il était question, d'œuvres de prévoyance, que des prélèvements sur la solde suffiraient à doter (l) : tels un hospice pour les matelots infirmes; un collège avec chapelle, où seraient instruits les enfants des matelots; enfin, une caisse de secours pour les temps de chômage et pour les familles des marins en campagne. Des vaisseaux, des équipages, c'était le principal; mais 11 fallait aussi des ports en eau profonde, car les vaisseaux de fort tirant d'eau étaient contraints d'aller charger en Angleterre; l'entrepreneur proposait en conséquence la création d'un port, sinon de deux, en Normandie.
L'état-major, agréé par le roi, était ainsi composé : capitaine général, Jacques Bron, capitaine en la marine de Ponant; contrôleur général à titre héréditaire, Jean de Maucondult, sieur de Bunare; facteur général, X.
Ce programme naval avait autrement d'ampleur qu'une contre-proposition émanée de quelques particuliers, qui parlaient d'assurer la garde des côtes de la métropole à beaucoup moindres frais, une quinzaine de navires de deux à quatre cents tonneaux. — Sans doute, objectait l'entrepreneur, la construction reviendra à meilleur marché; mais l'entretien? Ce sera, pour le Trésor, un débours annuel de six cent mille écus.
Présenté au roi en septembre 1G05 par l'entremise du secrétaire des finances Le Grand, approuvé par la chambre de commerce, le programme de l'ingénieux entrepreneur fut soumis à l'examen de trois délégués du conseil, le président Jeannin, Chevallier et Desprez. Le rapport des com-
(,1) B. N,, Brienne 319, fol. 55,