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DERNIERS JOURS DE L'ALLIANCE FRANCO-ÉCOSSAISE

de la régente (1) , toutes nos côtes, tous nos ports furent mis à contribution. Le capitaine Pierre de Goutes-La Chapelle fréta même à Brouage dix vaisseaux hollandais (2). Le Ponant seul fournit une centaine de navires armés en guerre (3).

Suivant la tactique précédemment adoptée, nos forces navales devaient gagner en deux divisions la Galédonie : les Normands par l'Est, les Bretons par la mer d'Irlande. (4) Le gros de l'escadre de Brest était formé par les grandes nefs royales de Clamorgan de Saanne, Henry, Hermine^ Léopard^ renforcées des six meilleurs vaisseaux de la région (5). Mais les armateurs bretons, si prompts à partir en course contre les Espagnols ou les Flamands, étaient beaucoup plustièdes vis-à-vis des Anglais : avec eux, disaient-ils, il n'y a rien u à gaigner, rien à pourfiter » (6).

Les Normands ne montrèrent pas plus d'ardeur, il fallut que l'amiral de Coligny allât en personne les stimuler, et que le capitaine Louis de Berre de Torette, sur son ordre (7) , mît arrêt de prince sur tous les navires propres à l'expédi-

(1) Lettre de Chastillon. Amboise, 24 février (H. N., Franc. 20508, fol. 147).

(2) Suivant ordre du 22 mars 1560, n. st. (Le P. Foi rnier, Hydrographie, 2' édit. (1667), p. 250).

(3y 4 à Brest, 60 dans la baie de Crozon, 5 à Cancale, 25 en Normandie, et l'on parlait du concours des Espagnols. Rapport de l'émissaire an-jlais Pawlet, 22 mai (llobert Lejios, Calendar of State Papers Domestic séries of the reign of Elizabetli (1560-1561), t. I, p. 501, 725).

(4) Ibidem.

(5) La Réale du Groisic, le navire du Blavet, la Biche de Penmarc'h, le Greffier de Quimper, le Saint-Jean de Roscoff, la Trinité' du même port. Brest, 7 juin 1560 (B. N., Franc. 15871, fol. 25 etsuiv.).— «L'Estat de ce que ont cousté les victuailles, que les commissaires qui sont au pais de Bretaigne ont faict achepter pour l'envitailiement de la marine, » à Saint-Malo, Nantes, Dinan, atteint 174 830 livres (B. N., Franc. 15871, fol. 167).

(6) Lettre du vice-amiral de Bouille. 1" juin (B. N., Franc. 15641, fol. 67).

(7) Lettres de Coligny en date du Havre, 4 juillet (Le P. FouR:NiEn, Hydrographie, 2" édit., p. 250).

i>8 HISTOIRE DE LA MARINE FRANÇAISE

lion (I). La campagne était impopulaire, soit. Mais elle fut compromise par le propre frère de Marie de Guise, François de fjorraine, grand prieur de France et général des galères. Mandé du Levant avec une dizaine de ses bâtiments (2), le sémillant cavalier, que la nouvelle de la guerre d'Ecosse avait été surprendre à Naples au milieu de faciles conquêtes, s'attardait encore à Lisbonne en une » infinité de rafraischissemens » , quand une dépêche lui apprit que c'en était fait de Ijeith, si l'armée navale n'était point dans vingt jours en Ecosse. En vain essaya-t-il de regagner le temps perdu. La tempête le jeta vers les récifs de Cordouan (3), où la Réale se serait brisée, si le capitaine Albizzi, en dépit des ordonnances maritimes, n'avait passé devant elle pour la piloter (4). Un courrier envoyé en Cour rapporta la nouvelle qu'il était inutile d'aller plus loin (5) . Toutes les autres escadres, décommandées de même, désarmaient (6). Cet immense effort, qui avait coûté un demi-million (7), s'effondrait d'un coup. Le capitaine Jean de Yignau, à lui seul, avait fait œuvre plus utile que toute la flotte, en perçant avec vingt matelots du Havre la croisière de blocus pour porter

(1) L'citat des frais d'armements en Normandie s'éleva à J 66 454 livres, dont 17 500 livres pour une earraque vendue par l'amiral au roi (H. N., Franc. 3174, fol. 29).

(2) Extraits des comptes des trésoriers du Levant (B. N., Franc. 17329, fol. 196 v").

(3) Mémoires de Michel dk Gastei.nau, L. II, ehap. v et vi, dans Buchon, Choix de chroniques, p. 112.

(4) François de Lorraine au cardinal de Lorraine. » De galère, à la bouche de la Gironde » , 14 septembre (Saint-Pétersbourg, Autographes 51, fol. 93).

(5) Le grand prieur, son lieutenant général Pontevès de Carcès, les capitaines Meuillon, Fieschi, Charlus, La Bastide, Albizzi sont ravitaillés le 17 septembre par Guy Chabot, gouverneur de la Rochelle (B. N., Franc. 15871, fol. 89). — Trois autres galères, battues de la tempête, se réfugièrent au Pèlerin (B. N., Franc. 17329, fol. 196 v").

(7) H L'e.xtraordiaaire » seul des dépenses pour la marine du Ponant atteignit 460 367 livres, 5 sols, 2 deniers (B. N., Franc. 17329, fol. 107).

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