AUX INDES
Cependant, les associés de la Flotte de Montmorency {\) avaient armé en même temps que les Maloiiins deux vaisseaux. Acheté en Hollande, où il s'appelait la Vache Tachetée de Horn, et rebaptisé du nom de l'amiral, qui avait à l'occasion du baptême semé dans la foule quarts d'écus et deniers de billon (:2) , le Montmorency n'avait comme conserve que la Marguerite, bâtiment vieilli où dix personnes sur soixante-trois avaient la pratique du naviguage. Ni le général Charles De Nets, capitaine de la marine royale, ni son vice-amiral, Augustin de Beaulieu, n'étaient familiers avec les mers de l'Inde.
Autre inconvénient : les équipages étaient mixtes; les officiers mariniers recrutés dans les Pays-Bas refusèrent de faire le quart, s'appuyant sur l'autorité du premier commis De Caen, qui les avait embauchés. Et les mêmes compétitions entre le commandement et le pouvoir civil, qui avaient désolé l'expédition malouine, se répétèrent à bord des navires dieppois (3). De Caen alla jusqu'à émettre
(1) Le 19 mars 1616, les associés rouennais .Jacques Muisson, Henry Carrelier, Simon Leiuaître et Augustin de Beaulieu donnaient pouvoir à Jean Guiot et Jacques de Beaulieu de les représenter à l'Assemblée à Paris (GossELls, Documents relatifs à la marine normande, p. 162).
(2) David Asseline, Les Antiquiléz. et Chroniques de la ville de Dieppe, édit. Hardv, Guérillon et Sauvage, t. II, p. 191.
(3) j\ous possédons deux relations de ce voyage aux Indes : l'une de M. DE Saint-Axdré, officier du Montmorency, est datée de Bantam, le 12 mars 1617; elle est adressée au vice-amiral de J>sormandie, de Villars- Houdan, gouverneur de Dieppe (Bibl. de Carpentras, ms. 1777, fol. 332). — L'autre relation est un rapport d'Augustin de Beaclieu, capitaine de la
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la prétenlion de faire juger Beaulieu par ses ofiiciers subalternes. Quant au général De Nets, il avait si peu de confiance dans ses matelots flamands qu'il les faisait surveiller jour et nuit, malgré le triste élat de son équipage.
Quand le Montmorency parvint dans la baie de Saldanba, vingt-huit cadavres avaient été jetés à la mer, et une cinquantaine de malades auraient suivi le même chemin, si une cure de plusieurs jours à terre n'avait enrayé le (i screbut. » Non loin de là, la Marguerite^ perdue de vue depuis une semaine, faute d'avoir compris les signaux, était à l'ancre dans la baie de la Table. Le M) octobre M>1(), l'expédition doublait le cap de lîonne-Espérance, sans découvrir à terre la moindre habitation. On fit route » nord et sur de l'isle Morisse et de la terre Australie. "
Le T) février I()I7, la Marguerite^ séparée une nouvelle fois du .\fontmorency, jetait l'ancre au milieu d'une escadre hollandaise mouillée à cinq lieues de Bantam, avec des croiseurs en grand'garde qui guettaient, disait-on, une flotte portugaise. Inquiet d'apprendre que ni les Malouins, ni son général n'avaient paru, Beaulieu entra dans le port de Bantam, où il eut la surprise de retrouver sa conserve, qui avait passé de nuit. Du gouverneur javanais ou perana, qu'un présent de deux miroirs et d'une pièce d'écarlate avait favorablement disposé, nos gens reçurent les plus grandes démonstrations d'amitié.
Pourtant, le pilote, le truchement et quatre autres Hollandais du Montmorency^ envoyés à terre, ne reparurent plus. Le chef de la factorerie néerlandaise les avait fait arrêter (1). Instruit du fait par un Portugais, Charles de
Marquerite, aux directeurs de la Compagnie des Indes de Dieppe. Bantam,' 5 mars 1617 (B. N., Franc. 9670, fol 67).
(1) Rapports du chef de la factorerie aux directeurs de la Compagnie des Indes néerlandaise. Bantam, 10 et 15 février 1617 (Arch. anciennes de Batavia, Besolutien à la date).
Nets dépécha vers le roi de Bantani le sieur de Saint-André avec une suite de gens » d'assez bonne mine » . Après avoir défilé devant les factoreries anglo-hollandaises, Saint- André pénétra sur la place d'armes, où il vit un parc d'artillerie de cinquante-trois pièces et, comme train des équipages, quantité d'éléphants de guerre enchaînés par un pied à leur niche. En apprenant les procédés de nos rivaux et l'attitude menaçante de leur escadre, Alimuddin, roi de Bantam, entra dans une violente colère : à tout événement, deux cents hommes de sa garde eurent ordre de renforcer nos équipages. Espérant par voie de réciprocité trouver près des nôtres un appui, le roi de Bantam convoqua tous les chefs de l'expédition et leur donna licence d'établir une factorerie dans une maison chinoise, l'un des plus beaux immeubles de la ville.
Suivant le vieil adage, " mieux vaut douceur que violence » , le premier commis De Caen crut « gagner par la courtoisie » le président hollandais Goen, dont la flotte tenait le port comme bloqué. Il fut déçu. Au lieu de rendre nos matelots, le président Coen, à l'issue du diner qu'il avait offert aux chefs de l'expédition française, réclama les autres sujets des Pays-Bas; leurs lettres de naturalisation, disait-il, n'avaient aucune valeur, tant que leurs familles continuaient à résider dans les Provinces-Unies. Et il retint en otage le commis De Caen. Par des missives secrètes, dont aucun des nôtres ne put savoir le contenu, les charpentiers, canonniers, pilotes et truchements hollandais eurent ordre de déserter notre bord : sinon, le président Coen ferait avancer toute sa flotte pour les prendre de force. Les malheureux obéirent.
Outré de ces procédés, Beaulieu courut demander justice au roi de Bantam. Il ignorait quelle terreur inspirait au Malais la menace de voir délaisser son port par la Compagnie des Indes. La réponse fut : Cédez, pour éviter pis.
LES ROUTES DE L'INDE 29î
Quand vous reviendrez, ayez de plus grands navires et vous serez servis les premiers.
Au moins nos gens, avec leurs " petites forces" , ne voulurent rien « ravaller de l'honneur qu'on doiht aux bandlères françoises » : plutôt que de baisser leur pavillon devant l'amiral néerlandais, ils le tinrent jour et nuit arboré. Mais faute des charpentiers déserteurs, on ne put radouber la Marguerite^ qui tombait en « décndence » et qu'on dut vendre avec douze de ses canons au roi de Bantam (I).
Les équipages, choisis par " compère et commère », étaient formés de jeunes gens sans expérience, ni matelots, ni soldats. « Nous sommes icy apprentifs, avouait Beaulieu ; une autre fois, y pourrons revenir meilleurs ouvriers. " Il fut arrêté en conseil que Saint- André irait avec les bateaux du bord quérir une cargaison d'épices aux Moluques et aux Philippines, tandis qu'on » raccomoderait » le Montmorency. Au retour en France, on ramènerait des Javanais et des interprètes portugais, pour n'être plus à la merci de la Compagnie des Pays-Bas. Une minutieuse enquête parmi les Turcs, les Arabes et les Hindous du Guzerat, qui fréquentaient Bantam, apprit quels énormes profits réaliserait une croisière à l'embouchure de la mer Rouge ou à l'entrée du golfe Persique. « Une promenade » de ce côté, au temps de la récolte, eût même dispensé de « mettre la main à l'argent apporté de France » . Et nos gens regrettaient vivement de n'avoir reçu à ce sujet aucune instruction de Messieurs de la Compagnie des Indes. Soit à Bantam même où ils vendirent des esclaves au gouverneur, soit à Japara où s'était rendu De Caen (2), nos
(1) Lettres de Cornelis Buyseio. Bantam, 29 mars 1617-15 janvier 1018 (P. -A. TiELE, Bouwstoffen voor de Geschiedenis der Nederlanden in dcit Maleyschen Archipel. La Haye, 1806, t. I, p. 184).
(2) Ralph Coppindall à George Bail. Bantam, 21 juin 1617 (W.-N. Sains- BURY, Calendar of State Papers, East Indien (1617-1621), p. 39).
30r) HISTOIRE DK I.A MARINE FRANMIAISE
Dicppols complétcrenl la cargaison du Monlinorency . Les sanglants démêlés de TEast India C" avec la Compagnie néerlandaise leur avaient valu des avances de la part des Anglais, qui vovaient en nous d'éventuels alliés : tant et si bien qu'au retour du vaisseau à Dieppe, l'amiral de France adressa à l'East India (? un témoignage officiel de satisfaction (1). Tous frais déduits, le voyage rapportait aux actionnaires 400 pour 100 de profit (2).
Les Hollandais des iles de la Sonde, qui nous avaient vus à l'œuvre, nous jugeaient ainsi : les Français s'entendent si mal entre eux que leur ruine est à prévoir (;i). Et de fait, après les Malouins, que l'amiral tachait de regagner en leur donnant la lieutenance générale de la flotte armée pour le Japon (4), les Marseillais battaient en brèche vine Compagnie qui leur faisait concurrence pour l'importation des épices f5) ; et les Rouennais menaçaient de faire défection à leur tour, au cas où le siège de la société ne se ferait point dans leur ville (6). On les contenta toutefois en confiant à deux d'entre eux (7) le poste d'administrateurs, alors que le règlement du 5 février 1019 établissait à Paris, avec
(1) Saiksbcry, p. 185, 187, 205 : au retour du Montmorency, l'un des passagers, Beau Pin, écrivit la relation des démêlés entre les compagnies anglaise et hollandaise. Dieppe, 25 août 1618.
(2) Desmarquets, t. I, p. 325, sous la date fausse de 1610, au lieu de 1618.
(3) Rapport du chef de la factorerie hollandaise. Bantam, 10 et 15 février 1617 (Arch. anciennes de Batavia, Resolutien à la date).
(4) Au sieur Grout, sous le sieur de La Bardelière, 17 mars 1618 (H. N., nouv. acq. Franc. 1754, fol. 99).
(5) Délibération du J8 décenilirc 1618 (Arch. communales de Marseille, Deliherations) .
(6) Délibération prise en assemblée générale à Rouen, le 29 janvier 1619 (B. N., Nouv. acq. franc. 9387, fol C).
(7) Jacques Muisson et Ézéchiel De Caen, qui avaient formé, dès le 17 février 1618, une association pour naviguer aux Indes (Gosselin, Documents pour l'histoire de la marine normande, p. 162). Des lettres royales du 6 décembre 1618, notifiant la constitution de la Compagnie, furent lues à Dieppe le 17 (Asseline, t. II, p. 203).
François de Magny poui* greffier, la Compagnie des Indes (orientales (1). Et les deux Normands marquèrent immédiatement leur prépondérance, en refusant, comme « vieil navire coupé et rallongé par le parmy » , l'Ours Blanc que leur collègue parisien avait acheté à Middelbourg (!2j.
Ils confièrent au général Augustin de Beaulieu une petite escadre d'un millier de tonnes, deux cent soixante-treize hommes d'équipage et cent six pièces de canon, le Montmorency^ l'Espérance du vice-amiral Robert Gravé et la pataclie l'Hermitage. Le départ se fit à Honfleur, le 2 octobre 1019 : le 15 mars suivant, l'expédition jetait l'ancre dans la baie de la Table (3) .
Une équipe envoyée en reconnaissance vit avec surprise, le long d'un ruisseau, un fortin gazonné et flanqué de redans, mais vide. Près de là, se desséchaient des cadavres, dont les vêtements épars attestaient l'acharnement d'une lutte désespérée.
A quelques jours de là, on eut l'explication de cette scène sinistre. Les pilotes Le Tellier et Soinet trouvèrent un paquet ficelé avec soin. On déroula successivement une grosse toile goudronnée, une plaque de plomb, des lambeaux de frise rouge; et d'un sac tombèrent des lettres de l'amiral Veraghen, en date du 2 février précédent. Elles mettaient en garde les marins contre les sauvages, qui avaient jonché le sol des cadavres que l'on avait vus. D'autres nouvelles, fort graves pour l'avenir de l'expédition, y étaient contenues : les Hollandais donnaient la chasse aux
(1) Le P. FouRMER, Hyrirographie, 2'' édit., p. 256.
(2) Honfleur, 16 avril 1619 (Ch. et P. BRÉiRD, Documents relatifs a la marine normande, p 222.)
'3) Mémoires du voyaqe aux Indes Orientales du (général Bl.vulieu, dressés par lu y nicsme, dans ThÉvenot, Collection des Voyages. Paris, 1644, in-fol. — Le pilote Jean Le Tellier laissa également le récit de son Voyarje fait aux Isles Orientales, dont la substance se trouve dans ASSEU.NE, t. II, p. 211.
302 HISTOIRE DE LA MARINE FRAiNÇAISE
Anglais et assiégeaient Bantani avec trente-cinq bâtiments.
Ce siège contrariait fort les plans de Beaulieu. Ses instructions formelles, signées de Gamin et Bachelier et confirmées verbalement par Fiuict, portaient d'aller droit à Bantam. Pour concilier les ordres impératifs de la Compagnie avec le nouvel état de choses, il décida, après en avoir conféré avec les commis, d'envover au port indiqué le viceamiral Gravé, tandis qu'il ferait lui-même un crochet par la côte de Coromandel. L'état du Montmorency et de C Hennitage lui imposa du reste l'obligation de relâcher le 21 mai à Madagascar, dans la baie de Saint- Augustin.
Ce fut une occasion pour les mousquetaires de pousser quelques explorations et pour Beaulieu de faire des observations de tous genres, géologiques, ethnographiques, que sais-je? Il s'était contenté de mesurer au gonomètre le mont de la Table : il fit plus à Madagascar, et gravissant la montagne voisine du mouillage, découvrit de cet observatoire un pays splendide de prairies et de bois qu'il ne devait plus oublier. Aussi bien, avait-il posé les premiers jalons de notre domination en concluant avec VAnrea du lieu, au son des trompettes et des tambours, une sorte d'alliance cimentée par des présents.
Pour des coutelas, une rame de papier et un miroir, le roi de l'ile Comorre déclara aux Français qu'ils pouvaient disposer de sa terre comme si elle était leur. Au cap Gardafui, l'accueil fut tout autre : une pluie de pierres lancées du haut des falaises faillit nous empêcher d'accoster. Faute de renseignements sur la route de l'île Socotora, où des pilotes arabes avaient conseillé de s'abriter, il fallut gouverner sur la côte malabare. Près de Mangalore, le 28 septembre, M. de Monteurier s'aventura avec vingt-trois hommes à reconnaître un bâtiment suspect : à peine avait-il abordé le navire par la hanche, qu'une nuée de pirates malabars surgit des écoutilles de l'avant et fondit
sur ses hommes, les accablant de Hèches et de pots à feu. Beaulieu ne put sauver que cinq blessés. Sur ces entrefaites, un calme survint, comme on gouvernait sur Sumatra; et la maladie, sous ces climats tropicaux que ne tempérait plus la brise, fit de tels ravages à bord que l'équipage du vaisseau amiral se trouvait réduit à di.\-huit personnes valides et celui de la patache à trois, quand, le 1"' décembre, l'escadrille fit son entrée à Ticou. L'Espérance y avait passé quatre mois auparavant : des matelots envoyés à l'aiguade y avaient séjourné quelque temps, sans pouvoir rallier le bord. Le seul homme resté à Ticou, un interproie indigène embarqué à Dieppe, ne sut dire ce qu'était devenu son vaisseau.
Tout ce que Beaulieu obtint du roitelet de l'endroit, ce fut de mettre à terre ses malades. La libre pratique lui fut refusée tant qu'il n'aurait pas un passeport du roi d'Atjeh : ce qui n'empêcha pas les Malais d'obliger les débris de l'équipage à se garantir contre leur invasion en clouant les écoutilles, en barricadant l'habitacle et en braquant sur le tillac sept pierriers. Un vieu.v canonnier envoyé aux nouvelles, jadis compagnon des Espagnols aux Moluques et des Hollandais aux îles de la Sonde, manda que l'Espérance, presque démunie d'hommes, avait été emmenée de IJantam à Jacatra-Batavia par les Hollandais. Beaulieu, dépêchant aussitôt V Hermitage au secours du vice-amiral en détresse, se mit en route pour Atjeh, fixé comme rendez-vous général. On était en janvier 1021.
Les présents splendides qu'il offrit au roi d'Atjeh, — armure de cavalier damasquinée, coutelas-pistolet d'Allemagne, mousquets, miroir, camelot cramoisi, flasques d'eau de rose, — sem])laient de nature à conquérir les bonnes grâces du potentat. I']t de fait, banquets, danses de bayadères, combats de coqs, visite du trésor royal, il n'est sorte de divertissements que le Malais n'imaginât pour
304 HISTOIRE UE LA MARIJNE EllANÇAISE
charmer son hôte, déclarant son intention de contracter alliance avec le roi de France, un ami du Sultan! Il écrivit même une lettre, accompagnée de quelque peu de poivre, à l'adresse de Louis XIII (1).
Mais Beaulieu s'aperçut bientôt que toutes ces coquetteries étaient celles d'un marchand vis-à-vis d'un client, et que le rusé monarque ne voulait autre chose que vendre son poivre hors de prix. » Je remarquay bien, écrit-il avec désenchantement, que là où le prince est marchand, il v a bien peu à faire pour les particuliers. >» Impuissant à obtenir le permis de trafiquer à Ticou, en butte aux vexations des commis hollandais et anglais, aux fraudes des insulaires qui lui remettaient des pièces hors d'usage rognées par les Chinois, il se décida à gagner, le 24 juillet, la cote de Malacca. Le potentat, en lui donnant congé, lui décocha cette flèche du Parthe : votre roi n'est-il pas vassal du roi d'Angleterre qui se dit aussi roi de France? Et Beaulieu, pour le confondre, dut se livrer à un cours d'histoire.
Poulo Lancahuy ou Poulo Lada, L'ile au poivre, où il se rendit, dépendait d'un petit souverain de la côte de Malacca résidant à Queda. Le don de deux pièces de canon dont le roitelet avait un urgent besoin pour repousser les attaques du roi d'Atjeh nous permit de faire une ample provision de poivre. L'ile, fréquentée par les Portugais de Malacca et les Chinois de la péninsule, eût été une station agréable, si elle n'avait été si proche du royaume d'Atjeh.
De retour à Atjeh, Beaulieu ne trouva point l'Espérance, dont un officier du bord vint lui apprendre la lamentalde
(1) Bibl. de l'Institut, portefeuille Godefrov 269. Cette lettre disait, entre autres : « Aussy ledit de Beaulieu m'a prouiis la rcsponce de la présente avec force navires, chargés de marchandises pour trafiquer en ce royaume. " — Les huit pesées de poivre, offertes par le roi d'xVtjeh, furent données à lintendant de la marine, M. de Villemenon. 1621 (Plumitif de la Chambre des Comptes, Aich. jNat., P 2759, fol. 33).
odyssée : le séjour à l'ile Nassau devenue le cimetière de l'équipage, la capture des survivants par le capitaine Schouten, l'internement à Batavia, finalement le pillage de la cargaison et l'incendie du navire, au vu de huit vaisseaux des Pays-Bas. Etreint par « une véhémente fièvre causée de fascherie " , le capitaine Gravé ne rallia son chef que pour expirer entre ses bras.
Le I" février 1622, le Montmorency quittait solitaire la rade de Ticou, rapportant un millier de ballots d'épices, à peine le cinquième de sa cargaison normale (l). Des soixante-quinze hommes qu'il ramenait, tous ne virent point la France quand, dix mois après, jour pour jour, Beaulieu jeta l'ancre au Havre.
Vingt-cinq marins étaient restés aux Indes à bord de r Hermitaye, vendu aux commis malouins que /e Saint-Louis avait laissés à Banlam. Rebaptisée du nom de Petite-Espérance, la patache quittait à peine les côtes d'Atjeh, sous le commandement du malouin André Josset et sous la direction du pilote honfleurais Pierre Berthelot, qu'un vaisseau de guerre hollandais lui barrait la route et l'emmenait prisonnière au port d'Iambi, puis à Batavia. Elle put toutefois cingler vers les Moluques, vers Makassar, le principal port de l'île Célcbes, oh elle reçut un accueil fort courtois. Mais au bout de six mois, la mésintelligence éclata parmi nos malheureux marins : le capitaine Josset fut massacré; le pilote Berthelot passait au service des Portugais, en compagnie du huguenot provençal Pierre Colombin de Manosque, et remportait victoire sur victoire à la tête des escadres lusitaniennes : il dégageait brillamment, en 1629,
(1) Vendue 274 800 livres, 16 sols, selon le compte arrêté le J2 mai 1624 par le conseiller ^liehel Sarrus, directeur de la Compagnie, et François de Magnv, greflier trésorier d'icelle. Normalement, le protit eût été de 1200 000 livres (Thomas Lp;fkvre di' (iiiAxo Hamkl, Discours tir fa navi- (/Ktion, p. 136). Aussi des lettres de laai'ques jusqu'à concurrence de 800 000 livres fuient drlivrécs coutie les Hollandais (Ihid., p. 191).