‹ Histoire de la marine française (volume 3)Chapitre 45 sur 106 · IV · texte numérisé non relu

IV

Mais déjà, la discorde entre associés compromettait l'œuvre de la colonisation : le Malouin François Du Pont- Gravé tombait sur rEspoir-en-Dieu du capitaine Henri Couillard, de Honfleur, qui chargeait des pelleteries à Tadoussac avec l'agrément du vice-roi (l). Ses compatriotes demandèrent la dissolution de la Compagnie, que ruinait d'autre part la concurrence hollandaise. Bref, Du Gua de Monts, à la date du 7 janvier 1609, se vit déposséder à la fois de son titre et de son monopole (2).

Désormais sans frein, les sociétés locales, normandes, malouines, rochelaises et basques, se livrèrent bataille. Legendre et O" de Rouen saisissaient le Soleil envoyé par les Rochelais dans le Saint-Laurent : les Rochelais enlevaient, avec le concours du nouveau lieutenant-général d'Acadie, l'Ange-Saint-Michel des Normands, qui obtenaient a leur tour la saisie de la Fortune et de tous autres navires expédiés par le vice-amiral de Biencourt (3). Entre le lieutenant général et les missionnaires, la situation n'était pas moins tendue (4), si bien que le P. Ennemond Massé supplia une grande dame, la fameuse marquise de Guercheville dont la vertu avait désarmé Henri IV, de les mettre à même de fonder une nouvelle colonie (5).

Antoinette de Pons, marquise de Guercheville, obtint l'octroi d'un territoire large d'un degré au sud de la baie de Fundy; et son fondé de pouvoirs, La Saussaye, s'installa au

(1) Il reçut en dédommagement 6 000 livres, à prélever sur les navires basques et malouins qui traliquaient au Canada. 9 octobre 1609 (B. N., Franc. 18176, fol. 4).

(2) Arrêt de l'amirauté de Rouen. 30 août 1616 (Gosselik, p. 347).

(3) Factum du Procès enti-c Jean de Biencourt, sieur de Poutrincourt, et les Pères Biard et Masse, Jésuites, réédité par G. Marcel. Paris, 1887, in-8».

(4) Septembre 1606 (Gossklin, Nouvelles glanes hisLori(pies normandes. I^es Nonnands au Canada, extrait du Précis analytique des travaux de l'Académie... de Bouc n (1872), p. 337).

(5) Ibidem, p. 59.

pied des Monts Déserts. Le 20 juin Kîli, le Jouas de Honfleur, commandé par Charles Fleury, amenait des vivres, des munitions et dix pièces de canon pour garnir les remparts de la petite place. Faute de magasin pour les recevoir, La Saussaye pria Fleury de patienter en rade. Le Jonas attendait toujours lorsque, le 20 juillet, parut un navire de guerre anglais venu de la Virginie. Après un violent combat d'artillerie, qui décima notre équipage, Samuel Argall se rendit maître du Joiias : La Saussaye s'était enfui dans les bois avec ses vingt et un compagnons, abandonnant dans sa précipitation jusqu'à son coffre, jusqu'à la commission royale donnée à la marquise de Guercheville (1). Argall incendia notre poste : puis, se portant contre le Port-Royal que gardait Jean de Biencourt de Poutrincourt, il chassa nos colons et brûla leurs demeures.

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