‹ Histoire de la marine française (volume 3)Chapitre 47 sur 106 · REPRISE DES EXPEDITIONS AU BRESIL · texte numérisé non relu

REPRISE DES EXPEDITIONS AU BRESIL

La mort de Catherine de Médicis avait-elle enseveli à jamais le secret de la reine? Non, Henri IV l'exhuma, lorsqu'il déclara la guerre à l'Espagne. Voici comment nous le savons. Gomme l'Anglais James Lancaster, maître de Pernambouc (1), soutenait péniblement une contre-attaque de la garnison portugaise, le 29 mars 1595, un coup de théâtre se produisit... Une escadre était en vue. Cinq vaisseaux, armés aux frais de l'amiral de Villars (2), amenaient au Brésil les éléments d'une petite colonie; et le Dieppois Jean Noyer prit aussitôt position aux côtés de Lancaster, qu'il avait déjà deux ans auparavant sauvé aux Antilles.

Pour détruire la flotte anglo-française , les Portugais mirent tout en œuvre, batterie de siège, caravelles en flammes, radeaux gigantesques transformés en brûlots.

(i) Il avait sous ses ordres le Consent, le Saloiiwii elle ]'ii(jin, a lui confiés avec 275 hommes par les aldermen de Londres : le Pereçriiie, le Welcome et une pinasse de Plyinouth, aux ordres de Venner, et trois bâtiments hollandais (The loell qoverncd and prospérons voycicje of M. Jame Lancaster, dans HàCKLTJYT, Principal Navigations, t. III, p. 708).

(2) Et en partance le 6 février 1595 au moment où Ralcigh quitta 1 Angleterre (Hackluyt, t. III, p. 637, 711).

Voulant en finir avec ces agressions, — il n'y en avait pas eu moins de onze en un mois, — les alliés lancèrent à l'assaut des retranchements qui commandaient le port une colonne de deux cent soixante-quinze hommes. Elle délogea les Portugais, les chassa de la langue de terre où ils étaient campés, mais se laissa entraîner à la poursuite des fuyards. Les compagnies portugaises, soutenues par des hordes sauvages, firent alors volte-face et tombèrent sur les assaillants épars. Pour couvrir la retraite, tous les chefs, Jean Noyer, un capitaine rochelais, le vice-amiral Edmund Barker, John Barker, Cotton, se firent tuer avec trente de leurs hommes : le soir même, le 29 avril 1595, les escadres appareillaient pour Parahiba et Potaju, à quelques lieues au nord.

Deux ans après, une grosse escadre devait prendre la même route sous les ordres de Toussaint Conen de La Villaudoré (1), capitaine de la marine royale domicilié à la Rochelle (2). Henri IV n'avait pas versé moins de 60 000 écus pour couvrir les frais du voyage (3).

Le 3 juillet 1597, le gouverneur de Parahiba apprenait soudain par un prisonnier de guerre la présence de sept grands vaisseaux français dans le rio Grande, l'attaque })ar treize autres du fort Caboledo. Le commandant du fort avait été tué : mais ses vingt soldats avaient soutenu, une semaine durant, le bombardement de la flotte, repoussé les assauLs de trois cent cinquante hommes, blessé mortellement un de nos capitaines et couché bas nombre des nôtres : si bien que le Dieppois Miffaut (4), le bras emporté, avait battu en

(1) Le 3 novembre 1596, Henri IV approuvait le choix que l'amiral de Guyenne avait fait de La Villaudoré pour commander l'arme'e navale équipée contre les Espagnols (B. N., Moreau 1340, fol. 27 v").

(2) BrÉaiid, Documents inédits relatifs a la marine normande, p. 168. (3^ « 60 000 ecus au S'' de La Villaudoré pour l'armce navalle qu'il dresse

en Guyenne.» 20 janvier 1597 (H. N , Franc. 3558, fol. 104). — Henri IV

fait paver les 60 000 écus susdits pour le voyage du capitaine La Villaudoré.

20 mars 1597 (Lettres de Henri IV, édit. Hkrgkr dk Xivrky, t. IV, p. 714).

(4) Parent du gouverneur de Dieppe David [Miffaut, c'était peut-être

retraite vers le rio Grande, laissant à La Villaudoré (1) la charge de fonder un établissement au Parahiba. Et il appareillait pour saccager les ports du Honduras.

Deux de nos vaisseaux restaient embossés dans le rio Grande avec le capitaine Riffault (2), l'ami intime du chef indien Ouyrapive, « l'arbre sec » . Et nous étions si solidement installés sur la rive avec l'aide des Indiens Petiguars, que le gouverneur du Parahiba, Carvalho, et Manuel de Mascarenhas, commandant quatre vaisseaux de guerre de Pernambouc, n'osèrent nous livrer bataille. Le 29 juillet, ils rebroussèrent chemin (3) . Le plus grand vaisseau de Riffault malheureusement sombra ; l'autre appareilla pour la France, laissant parmi les tribus indiennes de nombreux matelots. En 1603, dans la Sierra d'Ibiapaba, dont la haute cime supporte un vaste plateau non loin du Gamousi, la colonne de Pedro Coelho de Sousa se vit barrer la route par un de ces abandonnés, M. de Mombille. Les années s'étaient écoulées sans qu'il vît poindre l'expédition tant annoncée de La Villaudoré (4). Seul, un capitaine français Pois de Mil était venu se faire capturer avec cent seize hommes, qui furent emmenés prisonniers à Sergipe (5).

Nos corsaires prenaient plus volontiers la route du golfe du Mexique et des îles du Pérou, où les galions des Indes offraient une proie si tentante.

(Charles Miffaut d'Ancourt (Vieille V. Toussaint au Havre. Gonfreville, 1899, in-8°, p. 201).

(1) « Villadorca » , écrivait Carvalho, doit arriver en janvier prochain.

(2) Le P. CtàrDE d'Abbeville, Histoire de la mission des Pères Capucins en l'isle de Maraqnan et terres circonvoisines. Paris, 1614, in-S", p. 12. Mais il place le départ de France de Riffault à l'année 1594, le 15 mai.

(3) A Spécial letter written from Feliciano Cieça de Carvalho, the governor of Paraiva, ta Philip the second. Paraiva, 20 august 1597 (Hacrluyt, 2-^ édit., t. III, p. 716).

(4) Jean de Laet, Histoire du Nouveau-Monde . Leyde, 1640, in-fol., p. 561. — SouTHEY, History of Brazil, t. I, p. 375.

(5) 1597 (Varnhagen, Historia gérai do Brazil, t. I, p. 310).

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