‹ Histoire de la marine française (volume 3)Chapitre 6 sur 106 · DERNIERS JOURS DE L'ALLIANCE FRANCO-ÉCOSSAISE · texte numérisé non relu

DERNIERS JOURS DE L'ALLIANCE FRANCO-ÉCOSSAISE

à la garnison de Leith de la poudre et des boulets (1).

Le défenseur de Leith, "le couronnel général des bandes françoises en Ecosse •> , Sébastien de Martigucs, venait de se couvrir de gloire, soit dans une vigoureuse sortie, le lundi de Pâques, en mettant hors de combat six cents hommes, soit les 3 et 12 mai, en repoussant assaut sur assaut, malgré le concours donné aux assiégeants parles dix-huit vaisseaux de l'amiral Winter. Au large, nous tenions le petit fort d'Inch Keith ou de l'Ile aux Chevaux, et il eût suffi d'une quarantaine de navires de guerre pour faire lever le siège (2).

Le dénouement fut tout autre. La régente Marie de Guise mourut à la peine (3). Leith capitula le 5 juillet, et, par traité avec « la noblesse et peuple d'Ecosse " , nos plénipotentiaires (4) souscrivirent à l'évacuation du territoire par les troupes françaises.

Le dernier lien qui nous attachait à l'Ecosse fut brisé par la mort. Le 5 décembre 1560, Marie Stuart était veuve. Elle eût préféré rester en France simple douairière, plutôt que de retourner comme reine « en son pays sauvage n . Sur les instances de ses oncles, elle finit par se décider pourtant et, vers la fin d'août, s'achemina vers Calais. Les galères de Meuillon et d'Albizzi, deux vaisseaux de charge, pour tout armement, l'attendaient. Ah ! les déchirants adieux! Accoudée sur la lisse de poupe, la pauvre princesse, en larmes, suivait des yeux les côtes qui fuyaient; elle se fit réveiller à l'aube pour les apercevoir encore : " Adieu, P'rance ! Adieu donc, ma chère Erance! je ne vous verray

(1)11 reçoit en conséquence 960 livres le 24 juillet (Arch. nat., KK 127, fol. 2170 : B. N., Nouv. acq. franc. 4966, fol. 136).

(2) Lettre écrite le 13 mai au duc de Guise et au <ardinal de Lorraine (T,. Paris, Négociations,. .. p. 373).

(3) 10 juin Ï560.

(4) Ij'évêque Jean de Monluc et Charles de La Piochefoucauld-Randan (L. VAiMii, Négociations..., p. 392. — Rymkr, Foedera, t. XV, col. 591).

jamais plus! (1)" Un brouillard épais tomba; et sans la décision du grand prieur François de Lorraine, qui accompagnait sa nièce, on se fût jeté sur des écueils. Mais la pauvre reine, dans le deuil de son àme, ne craignait point la mort. Elle ne souffrait que pour autrui.

De voir battre les forçats, le cœur lui faisait mal : et dans sa compassion pour eux, elle fit défendre au comité de les frapper. On attérit à Leith. Avec Marie Stuart, la grâce, la beauté, la douceur avaient quitté, semblait-il, la terre de France où la guerre civile déchaîna ses horreurs.

(1) Bra>tomk, Vie des dames iUustres, dans OEuvres complètes, t. VII, p. 413, et t. IX, p. 309.

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