LA FIN DU CAPITAINE DIABLE
L'affaire du Bastion de France semblait s'arranger; les populations algériennes, lésées dans leur trafic par sa destruction, en réclamaient le relèvement; un référendum « où s'étaient signez plus de deux mil cinq cens hommes, promettait de faire servir leur enfans de rampart pour la deffcace de ladite forteresse (i) »... quand un geste malheu-
(i) En 1611, selon J. de Hammer, trad. Hellert, t. VIII, p. 203; —en 1615, selon Mathieu de Goussascourt, le Martyrologe des chevaliers de Saint-Jean de Hiérusalern, dits de Malte. Paris, 1643, in-fol., t. II, p. 344.
(2) En 1613 (J. DE Hammer, t. VIII, p. 203).
(3) Waclaw SoBiESKi, Henryli IV ivobec Pols/ci i S:.wecji. Krakow, 1907, in-S", p. 241 : Plan Krucyati a wyprawa Ks. de Nevers r. 1602. — Dra- PKYROXj Un projet français de conquête de l'empire ottoman an XVP et au XVIP siècle, dans la Revue des Deux Mondes (\." septembre 1876).
(4) B. N., Franc. 17329, fol. 410 et 412 : « Mémoire pour le restablis-
rcux déchaîna pour vingt ans la guerre avec Alger. En novembre 1609, Simon Dansa, le capitaine Diable, quittait Alger les armes à la main, en livrant bataille aux Turcs à la tête des captifs français, anglais et flamands qu'il avait rachetés et mis à son bord. Ses anciens compagnons d'armes eurent quatre cents hommes tués, Ijlessés ou jetés à la mer. Mais ce qui les révolta le plus, ce fut l'enlèvement subreptice de deux canons du dey, que Dansa offrit au gouverneur de Provence (l). Car le capitaine Diable avait obtenu l'autorisation de rejoindre à Marseille sa femme et ses enfants, à la condition de « faire la guerre contre les pirates de la mer du Levant » (2). Aux lettres royales d'absolution, le Père Cotton avait ajouté comme pénitence le rapatriement de dix Jésuites esclaves à Alger. Avec ses trois vaisseaux, avec un magnifique galion des Indes qu'il venait de capturer à l'entrée du port de Séville et qui pouvait porter à lui seul un millier d'hommes (3), Dansa ne projetait rien moins que de s'emparer d'Alger : qu'on lui permît seulement d'arborer nos couleurs (4), et d'un coup, il supprimait la piraterie, en renouvelant contre son ancien repaire l'exploit de Beaulieu.
sèment du Bastion de Fiance. » — Paul Massom, Histoire du commerce français dans le Levant au XVII" siècle. Paris, 1897, in-S", p. 21. — Paul Masson, Histoire des établissements et du commerce français dans l'Afrirpie barbaresque . Paris, 1903^ in-8°.
(1) H.-D. DE Grammont, Relations entre la France et la Réqence d'Alger : les deux canons de Simon Dansa. Alger, 1879, in-S". — Emmanuel Va> Mexeren, l'Histoire des Pays-Bas (1618), fol. 667.
(2) Avec ses deux vaisseau.x. Lettres patentes de Henri IV, avril 1609 (B. N., Franc. 5809^ fol. F.) D'après Van Meteren, il n'avait rallié le pavillon algérien qu'après avoir dissipé en débauches ses biens à Marseille.
(3) Horatio F. Browk, Calendar of State papers and nianuscripts relating to Knqlisch affairs, existinq in the archives and collections of Venice, t. XI (1607-1610), n- 663, 687, 712, 730, 737 : le capitaine Diable prit la poste pour Paris en compagnie du duc de Guise. On l'appelait Simon Dansa, Dansker, Dantziger, Simon Simonson de Flcssingiie ou le capitaine flamand.
(4) Mai 1610 (H. F. Bnowis, t. XI, n" 916).
AUTOUR DE L'ISI.AAl 3.S9
On ne 1 écouta point, et l'on Ht de lui un policier. Les Marseillais restreignirent son rôle à l'escorte de leurs convois il , des trois convois de six bàliuients chacun qu'ils avaient résolu de former annuellement : le capitaine général, choisi par la chambre de commerce, avait défense d'abandonner son poste sous peine de châtiment corporel {"2). Mais, téméraire comme toujours, Simon Dansa commit la faute d'être imprudent. Dès son premier voyage, il tomba dans le piège que Beaulieu-Persac avait su éviter l'année d'avant; et la capture de Dansa et de son lieutenant à La Goulette fut la revanche de Kara- Osman. L'escadre, privée de chefs, regagna la Provencesous le commandement du capitaine Pierre (3). Dansa était mort.
Mais le ressentiment des Algériens lui survécut; les deux canons enlevés par lui nous valurent d interminables représailles; les raïs d'Alger, presque tous renégats, n'avaient pas moins de quatre-vingts vaisseaux, » les mieux armés qu'il fût possible de voir » (4). Et vivant exclusivement de la course, ils mettaient en coupe réglée le commerce méditerranéen. Bien loin que le sultan eût aucune action sur eux, leur corporation, la taïffe, tenait en tutelle le pacha turc, qui se trouvait en fait l'hôte d'une république. Des Juifs assuraient l'écoulement des prises à Livourne, à Civitta-Vecchia, à Ma-
(i) Suivant contrat passé le 28 août 1610 avec la chambre de commerce, Dansa devait emmener trois vaisseaux de guerre (Arch. des Bouches-du- Rhône, registre des insinuations de l'amirauté de Marseille, registre 1, fol. 291).
(2) xVntoine de Ruffi, Histoire de Marseille, t. I, p. 455,
(3) Albkiii, Relazioni deqli Stati Europei lette al Senato dagli ambasciatoti Veneziani : Francia, 2'^ série, éd. Barozzi, t. I, p. 495. — RuFFi, t. I, p. 456. — Paul Masson, Histoire du commerce français dans le Levant au XV II" siècle, p. 36, note 3.
(4) Le P. Dan, Histoire de la Barbarie et de ses corsaires. 1636, in-4°. — Eugène Plantet, Correspondance des deys d'Alger avec la Cour de France (1579-1833). Paris, 1889, in-8".
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jorque (l)-- Que dis-je! De Marseille, des indicateurs mandaient les départs et la route des navires chrétiens (2). Pour comble d'infortune, après les Tunisiens et les Algériens, une nouvelle mésaventure nous aliéna les gens du Maghreb.