‹ Histoire de la marine française (volume 3)Chapitre 56 sur 106 · IV · texte numérisé non relu

IV

vois du Levant, l'escadre détacherait deux vaisseaux vers le détroit de Gibraltar pour protéger l'arrivée des terreneuviers (l). Les marins du Ponant étaient conviés à renforcer l'armement f2), les Hollandais à rallier le pavillon de l'amiral duc de Guise pour écraser les Barbaresques (3), de concert avec le viking Jacques Pierre, qui les prendrait entre deux feux (4). ^lais l'Espagne ne s'avisa-t-elle point d'en avoir ombrage et de barrer le détroit de Gibraltar aux vingt bâtiments hollandais que le vice-amiral de Mantin, disaitelle, amenait du Ponant (5), et qui en réalité passaient à la solde des Vénitiens sous le commandement de MelchiorVan den Kerkhoven (6).

Charles de Guise ne fut pas autrement fâché de ce contretemps. Il se trouvait pris dans un singulier dilemme : comme amiral du Levant, il devait châtier des gens que ses intérêts en Afrique le portaient à ménager : car il avait acheté de Thomas Lenche le droit d'occuper militairement le bastion de France (7), à la suite d'un retentissant échec subi par Jean-Louis du Mas de Castellane, baron d'Allemagne (H), que les corsaires algériens avaient fait prisonnier à La Galle (9). Le duc de Guise pensait être plus heureux : en

Hollande par quatorze brasses de fond. Lettres d'Aubéry Du Maurier et Thumery de Boissise. La Haye, 10 octobre et 14 décembre 1618 (B. N., Franc. 15957, fol. 47V, 499).

(1) B. N., Franc. 16656, fol. 45.

(2) Lettres patentes du 3 mars 1618 (Gh. BrÉard, Les archives de la ville fie Honfleur. Paris, 1885, in-8°, p. 57).

(3) Ordre daté de La Haye, 25 août 161S (B. N., Franc. 15957, fol. 429). — Toulon envoie 3 000 livres au duc de Guise pour subvenir à l'armement. 26 novembre (Arch. de la ville de Toulon, BB 54, fol. 312).

(4) Cf. le chapitre suivant (p. 415).

(5) Port Sainte-Marie, 23 septembre 1618 (B. N., Franc. 16 117, fol. 290\

(6) De Jonche, Nederlaud in Venetie, p. 86.

(7) Movennant une pension de 4 800 livres. 9 septembre 1619 (Plantet, Cori-espondance des bejs de Tunis, t. I, p. 80, note 3).

(8) Gendre de Pierre Vion Des Novers, directeur de la compagnie tunisienne du corail (P. Masso', Histoire des établissements français, p. 23.)

(9) Plan colorié de la Galle et de la Montagne que le baron d'Allemagne

1620, trois de ses vaisseaux, confiés au sieur d'Argencourl, et lestés d'une provision de cinquante mille livres, reprenaient la rouie du bastion (l). Un traité préalable entre Marseille et Alger garantissait aux deux contractants la sécurité de la navigation (2). Or, comme les plénipotentiaires algériens se trouvaient à Marseille pour la ratification du traité, le 14- mars 1620, on apprit l'assassinat de tout l'équipage d'une polacre par le pirate Regheb raïs. Dans un élan de fureur contre cette indigne violation de la parole jurée, la populace massacra les diplomates algériens, auxquels les consuls firent vainement un rempart de leur corps (3). L'attentat eut pour corollaire une formidable émeute, le 8 août, à Alger : notre consul faillit être brûlé vif.

La double catastrophe annulait un humiliant traité. « Les Marseillais avaient consenty à une soubmission honteuse » , qui était de subir la visite des Barbaresques, " comme si l'eslendart du Roy debvoit cedder à quatre marauts » (4), comme si la capture de deux cent cinquante-trois bâtiments français en quelques années n'appelait point un châtiment (5). 0 Avec ceux de Barbarie, ny paix, ny amitié — conseillait quelqu'un d'informé, — qu'ilz n'ayent premièrement senty quelques bastonnades » (6).

La bastonnade fut copieuse. A la tête de sept galères, le général Philippe-Emmanuel de Gondi (7) commença; et

avait fortifiée de l'autre côté de la Galle Miisagnèles (B. N., Franc. 16164, fol. 5).

(1) Affaires Étrangères, Mémoires et documents, Alger, vol. 12, fol. 13.

(2) 21 mars 1619 (B. N., Franc. 16141, fol. 256). '

(3) De Grammont, Histoire du massacre des Turcs a Marseille en 1620. Paris, 1879, in-16.

(4) Lettre de Harlay de Césy, ambassadeur de France à Constantinople, sur les affaires de Barbarie. 1621 (B. N., Franc;. 16164, fol. 30-31 v").

(5) De 1613 à 1621, les corsaires Algériens n'enlevèrent pas moins de neuf cent trente-six navires, dont deux cent cinquante-trois sous pavillon français (Bibl. de Carpentras, ms. 1777, fol. 60).

(6) Lettre de Harlay de Césy, citée.

(7) Appelé communément le con>te de Joigny.

telle était son attitude déterminée qu'à l'embouchure de l'Èbre, il faillit en venir aux mains avec l'amiral espagnol Gabriel de Chave, pour s'être vu " marchander " le salut. IjC 22 juillet 1620, après relâche à Oran, où le vice-roi espagnol Cardefias de Maqueda lui réserva l'accueil le plus courtois, Gondi enlevait à l'abordage deux corsaires algériens, de dix-sept canons chacun, et mettait aux fers cent soixante pirates (1). La semaine suivante, un grand vaisseau de quarante pièces de canon tentait vainement d'échapper, en fdant » par vent frais à douze mil l'heure. » Soliman raïs, forcé à la course, n'eut d'autre ressource que de faire sauter son beau navire, après l'avoir jeté à la côte. Le lendemain, c'était le tour d'un autre corsaire, dont l'artillerie s'ajoutait à nos trophées. Et seule, la bourrasque mit fin au blocus que notre général des galères avait établi au large d'Alger. Le Divan riposta, en équipant « huictante navires de guerre, aux fins de saccager La Ciotat, Cassis et toute la Provence " (2) : dix mille janissaires turcs et cinq mille zouaves indigènes, dont moitié prenaient habituellement part aux campagnes navales (3), pouvaient nous tomber dessus d'un instant à l'autre. Les grands armements que l'amiral duc de Guise avait fait voter (4), n'avançaient point: et déjà les Barbaresques rôdaient autour de Porquerolles, dont ils comptaient faire leur base d'opérations (5). Un raïs, natif

(1) Lettre (I i< Il t/ciitiilioninic à un sien amy, eoiileiKiiit les exploits fniels es castes tl' Espai/nc et Barbarie, par Monsieur le ennile de Joif/iiy, chevalier des Ordres du Rov et général des galères de France. Signé D. G. à Marseille, ce 27 aoust 1620. Impr. (R. N., Portefeuille Fontanieu 473, fol. 15). — F. DuHO, Armada Espahola, t. 111, p. 499.

(2) Lettre du consul Chain aux consuls de Marseille fArcli. de la Chambre de commerce de Marseille, A A 462. — Paul Masson, Histoire du comnicree français dans le Levant au XVLI^ siècle, p. 31)

(3) 1 500 à bord des sept galères, 6 000 à bord des cent vaisseaux corsaires. La population d'Alger atteignait alors, en 1621, 200 000 habitants (Bibl. de Carpentras, ms. 1777, fol. 60).

(4) Arcli. communales de Marseille, Deliheralions du 8 novcndire 1620.

(5) P. Massoin, Histoire des clahlissemonls, p. 25.

de Saint-Tropez, et d'autres renégats marseillais se glissaient près de là dans une flottille que guettait au passage un corsaire armé de douze pièces.

Aux uns et aux autres fort heureusement, la galère d'escorte infligea de sévères leçons. Le 25 février 1G21, Louis Prévost de Beaulieu, après une vigoureuse poursuite, coulait le corsaire aux aguets; le capitaine de la prise, un Français de l'ile de Ré, fut exposé « en perspective à l'hostel de ville " marseillais. Un autre pirate, un Arlésien, forcé à la course, s'échoua sur le rivage de Gavalaire.

Pensant venger ses camarades, le raïs Andalou Ali, dont les vingt canons avaient contraint quatre galères espagnoles à reculer, présenta la hataille parle travers de Saint-Tropez; un de ses Turcs afhcha son mépris en abattant « ses calsons » . Dans la cible qu'il montrait, une balle ne s'égara point, cependant que Beaulieu, pointant lui-même son canon de coursie, jetait bas le grand mât de l'Algérien, brisait une pièce de chasse, en démontait une autre et, au soixante dixseptième coup, envoyait son adversaire dans l'abime. En quelques semaines, Beaulieu, à lui seul, avait "diminué les forces d'Argers de cinq cens trente Turcs prins, tués ou noyés » (I), auxquels les chevaliers de Lorraine et Abenante, sous pavillon de Malte, ajoutèrent d'autres victimes (2). Et la liste de nos victoires n'était pas close.

Sous la conduite des trois vaisseaux de Mantin, un convoi quittait Marseille en 1(J22. La tempête avait séparé l'amiral de son lieutenant Philippe d'Estampes, chevalier de Lisle ; un combat contre Samson le forban lui avait coûté la Sainte-Catherine^ lorsqu'il recoupa par le travers de Syra-

(i) La de ff aide de cinq cens hommes et de quatre vaisseaux de quei-re par le s' de Beaulieu, capitaine d'une des qallères du Hoy. Paris, 1621, in-8°, réimprimé par H. TEnsAux-CoMPANS, Archives des voyaqes. Paris, s. d., in-8°, t. III, p. 402.

(2) Mars et 11 mai {^La victoire obtenue par les qalions de Malte sur les vaisseaux Turcs de Tunis. Paris, 1621, in-8°).

cuse la route de l'escadre barbaresque. Pour donner au Saint-Esprit et au Bon-Ange du capitaine de l'Estrade le temps de se mettre à l'abri, Théodore de Mantin brouilla ses voiles; sourd à tout conseil de retraite, « quand bien même toute la Barbarie l'attaquerait, » il attendait le choc de cinq vaisseaux de ligne, le feu de cent soixante-dix pièces (1).

Aussi palpitant d'émotion qu'aux jours d'Archimède, le peuple de Syracuse se pressait en foule sur les remparts; dans les églises, sonnait le tocsin avec l'angoisse de le muer en glas. A bord du vice-amiral du Levant, régnait au contraire un silence impressionnant, tant l'équipage rompu aux règles de la discipline restait attentif aux moindres commandements. Au son éclatant des fanfares, avec des hurlements de bêtes fauves, les Barbaresques approchaient. (i Amène! » crièrent-ils en élongeant notre galion à longueur de pique. — « Venez-y donc, » répliqua Mantin avec un dédain superbe. A la bordée du renégat Edward qui venait en tête, il riposta de sa batterie haute, réservant le feu de sa batterie basse au forban Samson, l'amiral des pirates, dont le vaisseau tout neuf à la poupe toute dorée laissait passer les gueules de quarante-six pièces. Le troisième adversaire, Roumadan raïs, plus opiniâtre « combattit durant une demi-heure pair à pair » . Mais il perdit contenance après deux décharges qui lui ouvrirent le flanc à fleur d'eau, emportant quatorze hommes d'un seul boulet. Les derniers bâtiments furent reçus de semblable façon, au retour de la chasse qu'ils avaient donnée au Bon-Ange et au Saint-Esprit. Les Barbaresques avaient trois cent huit

(1) La grande et mémorable victoire emportée par les navires de Monseigneur le duc de Guyse..., suivant la lettre véritable escrite par le sieur de Mastis. Paris, 1622, in-8°. — Les voyages et pérégrinations de Vincent Le Blaxc, lequel était alors en Sicile (B. N., Franc. 5652, fol. 240, ou l'édition). — Le P. FouR>-iEK, Hydrographie, 2'' édit., p. 259. — A. de Ruffi, Histoire de la ville de Marseille, t. I (1696), p. 465.

hommes hors de combat, nous trente, dont le maître canonnier (1). Après dix-huit passades, après dix heures de lutte, après une canonnade à distance avec des boulets rames, les forbans tunisiens avouèrent leur impuissance en battant en retraite. « Je n'ay jamais veu de si bons canonniers, ny si bon équipage que le mien, disait Mantin; c'étaientde vrais lyonsqui eussent combattu cent navires. » Mantin fit une entrée triomphale à Syracuse, mais en quel état! la galerie d'arrière anéantie avec le poste qui l'occupait, un trou large comme une porte dans le tableau de poupe et les mousquets encore si brûlants qu'il fallait les tremper dans l'eau; un soldat n'avait pas vidé moins de trois fois sa bandoulière! Et pourtant, avec cette épave qu'il alla regréer à Malte, il refusa fièrement d'abaisser le pavillon royal devant le grand galion de l'Ordre (2).

Mantin fit école. Au mouillage d'Alexandrette, les navires marchands qu'il avait sauvés reposaient doucement, veufs de leurs capitaines (3j qui montaient vers Alep pour traiter de leurs affaires, lorsque parurent une hourque et une grosse polacre de pirates algériens. Osman raïs envoya sommer nos marchands de verser 6 000 piastres de rançon pour chaque bâtiment. — Cédez, conseillait l'aga d'Alexandrette. — Résistez, disait notre vice-consul; après délibération avec ses collègues qui » se liguèrent avec lui de foy, d'amour et de fervante affection » , Fautrier, lieutenant du Saint-Esprit, répondit au pirate : « Notre présent est à la bouche de nos canons. » Et il s'embossa près de terre, le flanc vers le large, encadré par la Sainte-Claire et le Bon- Jésus. C'était le 15 juin 1623.

(1) Les frères de MM. Bouquier et Arpin, un caporal, etc.

(2] Mantin n'était que vice-amiral du Levant : et l'on verra dans un autre chapitre {^Richelieu et la centralisation de l'autorité maritime) quels honneurs on rendait à Malte au général des galères de France (p. 574).

(3) L'Estrade, Constant et Campe.

La hourque d'Osman raïs vint joindre bord à bord le bâtiment de Fautrier, le provoquant ainsi «à faire avanie " . Mais le lieutenant, impassible, «les canons en dedans et les portaux fermés, laissa commencer la feste » , pour riposter aussitôt de ses canons et de ses grandes arquebuses à rouet, avec une telle violence que le sang sortit à flot par les «ambourneaux » de la hourque adverse. Osman se dégagea, mais pour tomber sous le feu de la Sainte-Claire, qui lui ouvrit un trou béant à fleur d'eau : d'autres salves de la Sainte-Claire avaient fait à la polacre « deux gentilles croisées sans menuisier » : sans attendre qu'on y ajoutât une porte, les pirates s'enfuirent honteusement à Lajasso pour se faire radouber. Cinquante boulets avaient porté dans leurs œuvres mortes, et on apprit par un Arménien que la moitié des pirates, soixante-dix hommes, étaient hors de combat (1).

C'est dans ces conditions que prit consistance un projet de conquête de l'Algérie {"1). « Sire, au pays d'Africque, y a un port de mer où se peut dresser une fort grande armée navalle, et se pourra dresser une forteresse qui subjuguera les royaumes d'Alger et de Thunis. » Sis à proximité de Constantine, entre Bougie et Bône, à l'intersection des deux grandes principautés barbaresques, c'est de notre port actuel de Philippeville qu'on pronostiquait ainsi l'avenir. Le prophète était un Marseillais, longtemps « nourry » parmi les Barbaresques, où il avait noué des intelligences, notamment à Bône, La Calle et Stora. Biaise Reimond Mérigon était fort intéressé à la réussite de son plan : que la paix fût rétablie, et, sous la garde de deux croiseurs de

(i) Relation du combat naval par Bordier, consul à Alep, jointe à la lettre qu'il écrivait le 5 juillet 1623 à notre ambassadeur près de la Porte (B. N., Franc. 16161, fol. 17).

(2) La notice rédigée sur les forces algériennes en 1621 disait que, durant les croisières des pirates, huit mille hommes seulement gardaient Alger (Bibl. de Carpentras, ms. 1777, fol. 60).

l'Etat, sa Compagnie eût procédé à « l'enlèvement de toutes sortes de marchandises " . En cas de guerre, même avantage; sa forteresse eût servi de base d'opérations à nos trouj^es, et pour conquérir tout le littoral barbaresque, une armée de dix mille hommes, avec vingt-cinq galères et dix vaisseaux, suftisait. Il n'en coûterait rien au roi : Mérigon en prélèverait les frais « sur le publicq j)ar une assignation si douce qu'on ne s'en appercevrait pas " ; et il servirait de guide à l'expédition, avec l'agrément du roi, à la tête d'une galère (1). La proposition ne tomba point dans le vide : l'an d'après, en 1623, sur l'invitation formelle du garde des sceaux, le Marseillais venait s'établir près de la Cour (2).

Son programme faisait accroc à l'entente franco-turque, en disposant de territoires qui relevaient du sultan. Mais que valait une entente où les détrousseurs restaient impunis et les victimes bafouées (3), où nous ne trouvions plus le moindre avantage, ni le protectorat des nations chrétiennes, maintenant affranchies de tutelle (^j, ni la clientèle turque, devenue une charge. Au troc en nature de nos draps et de notre mercerie contre les soieries du Levant ou les

(1) De ce mémoire, il existe une foule de copies du temps, ce qui prouve l'intérêt qu'on y portait (B. N., Franc. 16141, fol. 266; Franc. 16167, fol. 300; Franc. 17329; Cinq-Cents Colbert 483, fol. 459; Cinq-Cents Colbert 332, fol. 74. — Bibl. de l'Arsenal, ms. 4742. — Ministère des Affaires Étrangères, Mémoires et documents, Turquie, vol. 2, 194). Il a été publié par M. Henri Stein sous le titre : Un dessein français sur Alger et Tunis sous Louis XIII, dans la Revue de Géographie, t. XII (1883), p. 23. I/allusion à la prise de Porquerolles par les Barbaresques, événement qui eut lieu en 1621, date le mémoire (P. Masson, Histoire des établissements,

(2) Supplique de Biaise Reimoiid Mérigon au parlement de Provence. 27 mai 1627 (Bibl. de Carpentras, ms. 1775, fol. 207).

(3) Les envoyés marseillais se voyant " moqués et bouffonnes » par les pirates de Tunis. Lettre de Vénérier. Tunis, 10 novembre 1624 (Plantet, Correspondance des bejs, l. I, p. 75).

(4) L'Angleterre, puis le 6 juillet 1612, la Hollande avaient obtenu des capitulations semblables aux nôtres, en dépit de l'opposition de notre ambassadeur et du Capoudan-pacha (De Hammer, traduction Hellert, t. VIII, p. 192).

épices, était substitué le paiement en argent comptant, qui entraînait un exode annuel de sept millions déçus. Si l'alliance turque était répudiée au contraire, de quelles entreprises ne seraient pas capables les treize galères royales et ces légions de volontaires français qui demandaient l'aveu du grand-duc de Toscane, de l'Ordre de Malte ou du vice-roi de Naples pour courir sus aux Turcs (1).

Le différend entre Marseille et Alger se dénoua par un coup de théâtre. En 1626, à la suite de l'invite d'une députa tion algérienne (2), le Bon-Jésus quittait la cité phocéenne avec le rameau d'olivier : par le capitaine Samson Napollon, ancien consul d'Alep (3), l'amiral duc de Guise offrait aux Algériens la paix (4-), cette paix si nécessaire aux opérations du Bastion de France qui était sien. L'accueil des Barbarcsques fut assez cordial pour qu'on jetât les bases d'un traité; Ibrahim raïs Arapadji, général des galères algériennes, mettant pied à terre « soubz la chaîne du port de Marseille » , fit savoir aux consuls que le divan était tout disposé à vivre en paix avec eux (5). Napollon reprit, à la

(1) Advis au roy des moyens de bannir le luxe du royaume, de faire par chacun an un fonds asseiire, qui pourra cstre destiné en des armernens de mer afin de pouvoir employer beaucoup de noblesse et de gens couraqeux, éviter les gueri-es civiles (161Vj : réiiupriiiié dans Cimbeii et Dasjou, Archives curieuses, 2' série, t. I, p. 431.

(2) Archives communales de Marseille, Délibérations, 16 février et 21 mars 1625.

(3) Léon BouRcrÈs, Sanson Napollon, dans la Revue de Marseille et de Provence (mai 1886-juin 1887). — Dk Grammont, La mission de Sanson Napollon. Alger, 1880, in-8°.

(4) En vertu d'instructions royales en date du 14 février 1626 (Affaires Etrangères, Mémoires et documents, Afrique, t. 8, fol. 16). — « Discours sur le voyage du sieur Samson Napollon,» dans Cimber eiïiii'SJOv, Archives curieuses de l'histoire de France, 2* série, t. IV, p. 104. — Eug. Planïet, Correspondance des deys d'Alger avec la cour de France. Paris, 1889, in-8», t. I, p. 30.

(5) Savary de Brèves à Richelieu. Paris, 30 septembre 1627 (Bibl. de l'Institut, Portefeuille Godefroy 270, fol. 86). — Lettre de Mustapha, capitaine général des galions d'Alger, à Charles de Lorraine, duc de Guise,

tête de trois vaisseaux, la route de l'Afrique et signa, le 19 septembre 1()!28, un traité qui rendait au commerce la sécurité : s'il stipulait le rapatriement réciproque des captifs, il avait le tort de permettre aux Barbaresques l'examen de nos connaissements (1), et par là de porter atteinte au prestige du pavillon.

Mais Samson, gratifié de « deux vestes d'honneur et de gloire 1) par le divan et le pacha (2), y trouvait son profit. Tandis que le traité coûtait à l'État 272 435 livres en présents, en rachats d'esclaves, en frais d'expédition navale, en restitution des deux canons enlevés jadis par Dansa, il permettait au négociateur de relever nos comptoirs de Bône et de la Galle, d'installer des corailleurs et d'ouvrir au cap Rose un grand commerce de blé (3). Les intérêts de la France avaient été subordonnés à ceux du Bastion de France.

et à Samson Napollon. Bône, mai 1628 (B. N., Dupuy 429, fol. 121 : Plax-

TET, p. 29).

(i) Mercure de France, t. XV, p. 159. — Cimber et Danjou.

(2) Ibrahim raïs Arapadji, général des galères d'Alger, aux consuls de Marseille. Alger, 8 octobre 1628 (Plantet, t. I, p. 33).

(3) K Estât de ce qui est nécessaire pour l'entretien du Bastion, La Galle, cap de Rose, la maison de Bône et celle d'Alger, construites par Samson Napollon ). (B. N., Brienne 78, fol. 237. — Planïet, t. I, p. 40 note).

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